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Le nouvel Express, un copier-coller de The Economist
Publié le 

22 janvier 2020

Temps de lecture : 2 minutes
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Le nouvel Express, un copier-coller de The Economist

Les lecteurs non anglophones connaissent mal The Economist, hebdomadaire fer de lance anglo-américain de la pensée dominante libérale libertaire dans le monde anglo-saxon. Un vrai succès économique que la nouvelle formule de l’hebdomadaire français L’Express recopie fidèlement, sans être assurée du même succès.

L’Express, de moins en moins lu et de moins en moins cher

Quand en 2006 le groupe belge Roular­ta rachète L’Express au groupe Das­sault pour plus de 200M€, il a l’impression de faire une bonne affaire. L’hebdomadaire dif­fuse alors plus de 400000 exem­plaires chaque semaine et attire les annon­ceurs. En 2015 Patrick Drahi rachète le titre pour 10M€, la valeur de la mar­que a dimin­ué de 95%. Mais le pire est à venir. Plom­bé par des pertes dev­enues abyssales (voir notre arti­cle) 51% des parts de la société d’édition sont ven­dues en 2019 à Alain Weill (parte­naire de Patrick Drahi) pour… un euro. Encore Altice médias (Drahi) s’engage-t-il à remet­tre au pot et à con­serv­er 49% des actions. Après une sévère cure d’amaigrissement sur fond de plan social, Alain Weill relance le titre mi-jan­vi­er 2020.

L’Express ou « Le Économiste » ?

The Econ­o­mist, est main­tenant pro­priété à 43% d’Exor, la hold­ing de la famille Agnel­li, de la branche anglaise de la famille Rotschild et d’actionnaires privés. Un action­nar­i­at très ouvert à la mon­di­al­i­sa­tion heureuse des grandes for­tunes et à leurs intérêts matériels et moraux. Le jour­nal dif­fu­sait env­i­ron 2 mil­lions d’exemplaires en 2018, la majorité aux États-Unis, prof­i­tant de la langue com­mune entre l’Empire et la per­fide Albion.

Nous avons com­paré L’Express nou­velle for­mule (numéro 3576, semaine du 16 au 22 jan­vi­er 2020 à The Econ­o­mist (numéro 9177, semaine du 18 au 24 jan­vi­er 2020), les ressem­blances sont telles (et assumées) que l’un sem­ble la ver­sion fran­coph­o­ne de l’autre.

Sont iden­tiques : le for­mat, la pag­i­na­tion (86p con­tre 90p), les typogra­phies, le type de papi­er, l’absence d’ours (liste des jour­nal­istes), l’éditorial non signé, le nom­bre de pages de pub­lic­ité (19 ou 22 pages), la cou­ver­ture graphique (celle du pre­mier numéro sur Net­flix est une réus­site), le choix de plus de dessins que de pho­tos, des for­mats audio. Et bien enten­du une ligne édi­to­ri­ale libérale et atlantiste. Pour cette dernière ori­en­ta­tion, la présence de Bruno Ter­trais comme respon­s­able de la géos­tratégie et de Yascha Mounk comme celui de la rubrique « idées » devrait ras­sur­er Lan­g­ley. Ter­trais est ancien employé de l’OTAN et de la Rand cor­po­ra­tion, mem­bre du groupe de Bilder­berg et de Ter­ra Nova. Mounk est nat­u­ral­isé améri­cain.

L’éditorial du pre­mier numéro de la nou­velle for­mule veut « sor­tir par le haut de la crise de la presse écrite et retrou­ver la con­fi­ance des lecteurs ». Démar­quer l’hebdomadaire anglo-sax­on, ardent défenseur de l’abolition des fron­tières et des intérêts financiers des gros action­naires, sera-t-il suff­isant ? Aux lecteurs fran­coph­o­nes de répon­dre.

PS : Pour ceux qui ont vingt min­utes à per­dre et veu­lent s’offrir un petit plaisir, nous recom­man­dons L’Instant M de Sonia Dev­illers sur France Inter le 15 jan­vi­er 2020, rece­vant Éric Chol, le nou­veau directeur de la rédac­tion de l’hebdomadaire. Le cirage et le coup de brosse, le coup de chif­fon final pour la bril­lance, rien ne man­quait pour met­tre en valeur les chaus­sures (anglais­es sup­posons-nous) du nou­veau respon­s­able. À dis­sé­quer en école de jour­nal­isme. À titre de con­tre-exem­ple.

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