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Pub­lié le 27 août 2018 | Éti­quettes : , ,

L’Aquarius en recherche d’un port d’accueil : une pression médiatique bien orchestrée

L’opinion publique, ça se travaille. Depuis que le gouvernement italien refuse d’accueillir des bateaux d’ONG dans ses ports, nombre de ceux-ci sont après le recueil de migrants en recherche d’un lieu de débarquement. Une pression sur l’opinion publique pour accueillir les clandestins se met alors en marche dans les médias. Ceux-ci offrent des tribunes qui vont quasi exclusivement dans le même sens : accueillons-les ! Quand l’information cède la place à l’opinion. Illustrations.

Côté pile : le bateau de la providence

À partir du 10 août, l’Aquarius, le bateau de l'ONG SOS Méditerranée, est une nouvelle fois à la recherche d’un port. À son bord : 141 clandestins. De nombreux médias font le décompte des jours en mer avant qu’un pays n’accepte le débarquement des passagers. Les premières personnalités à qui l’on donne la parole font part de leur indignation.

Sur France Info le 13 août, une députée en Marche, Sonia Krimi, affirme « Les étrangers ne sont pas un paillasson sur lequel les politiques français peuvent s'essuyer les pieds. Le droit maritime dit que le bateau doit accoster au port le plus sûr et le plus proche». Le Parisien interviewe le 14 août Bernard Kouchner : « Le France doit être plus généreuse avec les migrants ».

Sur France Inter, le journaliste Anthony Bellanger estime dans une chronique le 16 août qu’« en Europe, il n’y a guère que le nord qui sache accueillir et intégrer ces migrations et ce, depuis longtemps. C’est donc à nous de prendre le relais : « Nous y arriverons », comme dirait Angela Merkel ».  Le 17 août, la radio publique donne le la parole à 2 universitaires dans « le grand entretien ». Le message est tout en nuance : « il faut changer le paradigme, en faveur d'une politique d’immigration. Les gens veulent avoir l’impression qu’on maîtrise les flux. Or les politiques en viennent au zéro immigration ». L’une des chercheuses s’explique sur son courrier envoyé au Président de la République : « je suis chercheuse, c’est normal qu’on écoute ce que j’écris ; je suis censée être utile ». Le militantisme s’exprime tant par le choix des invités que par le contenu et les titres des reportages et chroniques.

Sur Arte, l’été est propice à l’entre-soi. Le 10 juillet, Renaud Dely, ancien directeur de l’information de Marianne, s’interroge : «  L'Aquarius : Macron a-t-il abandonné les plus démunis ? ». Pour répondre à sa question, un seul invité, un « marin sauveteur » de l’Aquarius.

France Culture n’évoque le 13 août que la position de 2 personnalités favorables à l’accueil par la France du bateau : Jean-Claude Gayssot, qui propose le port de commerce de Sète (il en est le président) et la députée En Marche Sonia Krimi. Dans la revue de presse de la radio publique du 16 août, le constat est que « la situation indigne et pose question ».

RTL nous apprend le 20 août que pour les clandestins débarqués de l’Aquarius à Valence, « l'heure est maintenant à l'intégration ».

La boucle est bouclée : on passe d’une situation d’urgence à des débuts réussis d’insertion. Seuls des esprits chagrin - 54% des français - refusent encore l’accueil de migrants en France, selon un récent sondage d’Atlantico. Et pourtant…

Côté face : des aspects passés sous silence

Quelques médias élargissent le cadre de la réflexion sur les arrivées incessantes de clandestins sur le continent européen. Des arrivées légales et illégales qui en dépit d’une baisse de celles passant par la méditerranée sont en progression constante en France.

Une urgence humanitaire organisée…pour aller en Europe

Valeurs actuelles publie le 21 juin un reportage sur les « liaisons dangereuses » entre humanitaires et passeurs. L’enquête conclut à des échanges d’informations entre passeurs et ONG quelques heures précédant le sauvetage. « D’autres associations ont carrément reconnu être intervenues dans les eaux libyennes, ce qui leur a valu d’être surnommées les « taxis de migrants ». Alors qu’un pays africain accepte d’accueillir des migrants bloqués dans le bateau d’une ONG, le site TunisWebdo nous apprend le 29 juillet que selon le chef du gouvernement tunisien, « les 40 personnes se trouvant à bord du bateau refusent de rester en Tunisie. Les migrants veulent rejoindre les côtes européennes ». L’asile ou le niveau de vie européen ? Le choix est fait.

Une politique de peuplement

Le site d’information Breitbart rapporte les propos du Ministre espagnol des affaires étrangères, Josep Borrell : « l'Europe risque de se transformer en un « continent de vieillards » si les migrants ne lui apportent pas du «sang neuf ». Des préconisations dans le sens de celles du Fond Monétaire International - citées par le quotidien espagnol El Mundo - qui estime nécessaire l’arrivée de 5 millions de migrants en Espagne pour financer les retraites. Ceci en dépit d’un taux de chômage de 34% des jeunes Espagnols nous rappelle Breitbart dans un autre article… …Comme l’indique Causeur, ces préconisations valent également pour l’ensemble des pays européens tancés d’ouvrir les bras à l’immigration.

Une main d’œuvre que le patronat réclame

En France, les réticences de la population semblent de peu d’importance face aux exigences de main d’œuvre du patronat. Ainsi France Info donne le 6 août la parole à un député En marche : « nous avons besoin de personnel que nous n'avons pas en France ». Une position qui est également celle de fédérations professionnelles du secteur de l'hôtellerie-restauration, qui sera très largement relayée dans les médias, notamment par La Croix, Le Parisien, Le Monde, BFMTV, etc...

Se confiant aux Échos, un directeur de Pôle Emploi tempère néanmoins ces complaintes au sujet des emplois saisonniers : « Parler de pénurie est excessif. Dans 95 % des cas, les offres d’emplois créés sont pourvues. L’employeur met plus de temps et fera peut-être plus de concessions sur les conditions de travail ». Ça va mieux en le disant…

Hasard du calendrier, dans la même période, Le Monde nous apprend le 15 août au sujet des migrants de l’Aquarius accueillis par la Maire de Lille que « des restaurateurs lillois ont déjà proposé des emplois à ces réfugiés », ceci bien qu’ils ne parlent pas encore français, alors que la ville de Lille compte 6 quartiers parmi les plus pauvres de France selon La Gazette des communes et 23 830 demandeurs d'emploi inscrits à Pôle Emploi selon Ville Data.

Comme en écho, Le Figaro nous apprend le 16 août qu’en Grande Bretagne, « les entreprises (sont) forcées d'augmenter les salaires face à la pénurie de main-d'œuvre ». « L'afflux de travailleurs venus de l'Union européenne s'est fortement tari depuis le vote du Brexit en 2016, entraînant une forte baisse du nombre de candidatures pour les postes à pourvoir ».

Curieusement, aucun rapprochement entre ces informations n’est fait dans les médias : de nombreux pays européens souffrent d’un un chômage de masse, certains employeurs réclament constamment de la main d’œuvre nouvelle, les salaires sont tirés vers le haut quand la main d’œuvre se fait plus rare. Une des rares réactions négatives à la demande de fédérations professionnelles d’accueillir davantage de migrants vient d’un contributeur de Breizh Info : « Plutôt que de s’interroger sur les causes du turn-over, de cette pénurie de main d’œuvre, c’est la solution des migrants qui est envisagée par ces patrons sans vergogne ».

La soupape migratoire

RTL nous apprend que le continent africain compte 1,2 milliard d'habitants en 2017 et devrait avoisiner les 2,5 milliards en 2050. Selon The Conversation, « 30 millions de jeunes Africains arrivent chaque année sur le marché du travail ». Le site d’information énumère les enjeux et mentionne qu’un nombre important de nombreux jeunes africains souhaitent émigrer en Europe.

Mais S. Kaufmann le rappelle dans une chronique parue dans Le Monde du 7 mars 2018: « Il semble de plus en plus clair que les opinions publiques européennes « ne le veulent pas », si l’on en juge par les résultats des élections les plus récentes en Italie, en Pologne, en Grande Bretagne, aux Pays-Bas, en France, en Allemagne, en Autriche, en Hongrie. « La crise migratoire a retourné l’opinion publique européenne ». A lire les médias mainstream, la caste médiatique ne veut toujours pas en tirer les conséquences et n’a pas renoncé à nous éduquer…

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