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L’accueil des migrants dans les médias : les roses sans les épines svp !

10 juin 2018

Temps de lecture : 7 minutes
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L’accueil des migrants dans les médias : les roses sans les épines svp !

Le dernier weekend de mai a été marqué par le geste héroïque d’un jeune clandestin malien qui a sauvé un enfant en escaladant un immeuble parisien. Cela a été pour les médias l’occasion de mettre en avant une image positive de l’immigration clandestine. En creux, c’était une nouvelle narration de la crise migratoire que de nombreux médias appelaient de leurs vœux. « Un autre récit est possible » se réjouissait-on sur France Info le 28 mai. Les roses sans les épines, en quelque sorte. Il nous a paru important de revenir sur ces fameuses épines et leur couverture médiatique.

Cha­cun a en mémoire l’accueil chaleureux par cer­tains alle­mands des cen­taines de mil­liers de migrants en 2015. Par­mi eux, des réfugiés fuyant la guerre en Syrie mais égale­ment de nom­breux migrants économiques comme le soulig­nait une uni­ver­si­taire au site Atlanti­co en 2015. C’est avec force ban­deroles et fleurs que ceux qui ont for­cé la porte de l’Allemagne ont sou­vent été accueil­lis. Un imag­i­naire col­lec­tif et médi­a­tique a per­mis ce mou­ve­ment mas­sif, dont la philosophe Françoise Bonardel a analysé les ressorts dans une récente tri­bune.

Comme l’OJIM l’a relaté dans plusieurs arti­cles, l’Union européenne, le Comité économique et social européen ain­si que de nom­breux organes d’informations ne sont pas avares en con­seils pour val­oris­er une présen­ta­tion pos­i­tive de l’immigration. Mais qu’en est-il du revers de la médaille ? C’est ce que nous ten­tons de voir au tra­vers de quelques exem­ples illus­trant les fameuses épines de l’accueil.

Des chrétiens jetés à la mer

En avril 2015, une douzaine de chré­tiens sur une embar­ca­tion ral­liant l’Europe sont jetés à la mer en rai­son de leur reli­gion par des migrants musul­mans. Cet événe­ment trag­ique a béné­fi­cié d’une assez large cou­ver­ture médi­a­tique : Le Monde, Le Parisien, Le Point, Causeur, RTL, France Info, Europe 1, etc. y ont con­sacré un arti­cle. La majorité de ces titres se base sur une dépêche de l’AFP. Pour cer­tains médias, les faits sont avérés (RTL), tan­dis que la majorité d’entre eux par­le de l’événement au con­di­tion­nel.

Des kurdes passés à tabac en Grèce

L’information a été totale­ment ignorée en France, hormis le site d’agrégation de con­tenu Fdes­ouche : il y aurait eu le 25 mai 2018 une « émeute géante dans un camp de migrants, des Kur­des (ont été) attaqués par des musul­mans parce qu’ils ne fai­saient pas le ramadan ». On recenserait 72 blessés, dont 10 graves. A l’étranger, l’événement est cou­vert notam­ment par Jpost, Voice of Europe, RT, Kurdistan24. La sur­pop­u­la­tion dans les camps en Grèce est sou­vent évo­quée dans les arti­cles comme fac­teur expli­catif.

La cohabitation dans les campements de migrants du nord de Paris

LCI évoque en 2017 des « con­di­tions san­i­taires déplorables ». Le Parisien a ren­con­tré sur un campe­ment « la générosité, l’entraide, l’humilité et l’amitié ». Seule réserve « il faut tra­vers­er l’entrée du périphérique pour voir chaque recoin où se réfugient les Éry­thréens, les Afghans, ain­si que les Tcha­di­ens, chaque nation­al­ité vivant en groupe ». Pour 20 Min­utes le 22 mai, il s’agit d’ « une sit­u­a­tion un peu plus chao­tique chaque jour ». Bour­so­ra­ma repro­duit une dépêche de l’agence Reuters où les prob­lèmes majeurs sur les campe­ments sauvages parisiens sont le manque de place et les con­di­tions de vie déplorables. Un point com­mun aux arti­cles : les ten­sions ne sont pas évo­quées sous l’angle « eth­nique ».

Le site d’information ital­ien Occhidellaguerra.it con­sacre un reportage au camp de migrants de la Vil­lette : « Voy­age dans l’enfer parisien ». Il ne fait pas l’impasse sur le com­mu­nau­tarisme qui n’est évo­qué dans aucun média français, à l’exception du Parisien qui par­le de « vie en groupe » : « Pen­dant que je suis sur le ter­rain, trois per­son­nes arrivent avec une camion­nette. Ils por­tent env­i­ron dix tapis de prière et quelques rideaux. « Ça a l’air d’un beau geste, n’est-ce pas ? », mur­mure un employé de la munic­i­pal­ité à son poste pour garder l’ordre. « Regardez ici », ajoute-t-il. Et il me fait remar­quer une tente qui dit « don de la com­mu­nauté musul­mane ». « Celles-ci ne peu­vent être util­isées que par des migrants musul­mans. Les Éry­thréens chré­tiens ortho­dox­es du camp ne peu­vent pas s’en approcher. Il me dit que sou­vent cer­tains comités locaux dis­crim­i­nent les non-musul­mans. « Par­fois, la nour­ri­t­ure leur est don­née d’abord, puis, s’il en reste, à d’autres ».

Un niveau de formation en question

Sou­venons-nous : en 2015, les migrants récem­ment arrivés étaient présen­tés comme ayant un niveau de for­ma­tion élevé et allaient être une aubaine pour l’industrie alle­mande. Le Parisien don­nait ain­si en sep­tem­bre 2015 la parole au prési­dent de la fédéra­tion des indus­tries alle­man­des. Selon lui, face à la pénurie de can­di­dats à cer­tains emplois, « l’af­flux de migrants pour­rait chang­er la donne, juste­ment, et ce d’au­tant que beau­coup d’en­tre eux sont jeunes, et qu’ils ont «de vrai­ment bonnes qual­i­fi­ca­tions». Le Monde évo­quait pour sa part les nom­breux ingénieurs par­mi les migrants syriens.

Avec le temps et le recul, la réal­ité est plus con­trastée. Les ingénieurs et autres médecins syriens sont peu nom­breux. Un écon­o­miste alle­mand le con­fie à La Croix : « Les réfugiés qual­i­fiés ne sont pas assez nom­breux. Et il faut être réal­iste : l’intégration des réfugiés est un proces­sus très long, entre 8 et 10 ans ». Express Busi­ness fait le con­stat que « 5 ans plus tard, les trois quarts des réfugiés sont encore au chô­mage ». Une infor­ma­tion restée dis­crète en France hormis quelques rares arti­cles dont celui de Valeurs actuelles.

Une augmentation de la délinquance constatée en Allemagne

Au moins deux études ont établi un lien entre arrivée mas­sive de migrants et aug­men­ta­tion de la délin­quance en Alle­magne. Le jour­nal alle­mand Die Zeit attribuait en 2017 à par­tir de sources poli­cières l’augmentation de la crim­i­nal­ité vio­lente en Alle­magne essen­tielle­ment aux dél­its com­mis par les migrants. Une étude cor­roborée par un autre rap­port d’ex­perts com­mandé par le min­istère alle­mand de la Famille. Ses con­clu­sions ont été présen­tées en France en jan­vi­er 2018 par le site Atlanti­co, Sput­niknews et RT.

Le Monde est en févri­er 2017 un des seuls jour­naux main­stream à com­menter les sta­tis­tiques de la délin­quance en Alle­magne liée aux migrants. Pour le quo­ti­di­en du soir, ne pas con­tex­tu­alis­er les sta­tis­tiques, c’est une façon de les « détourn­er ». France Info retient du rap­port qu’il faut favoris­er le regroupe­ment famil­ial pour faire baiss­er la crim­i­nal­ité des étrangers.

Autre prob­lème et non des moin­dres : la cou­ver­ture médi­a­tique de l’infiltration de ter­ror­istes par­mi les migrants. Celle-ci a fait l’objet d’articles de l’OJIM en 2017 et 2018. L’actualité récente vient de rap­pel­er que cette « épine » n’était pas la moins impor­tante.

Un antisémitisme grandissant

Le Figaro con­sacre deux arti­cles à la « renais­sance » de l’antisémitisme en Alle­magne : le 29 mars dans un arti­cle inti­t­ulé « Un nou­v­el anti­sémitisme met à l’épreuve la mémoire alle­mande » et le 24 avril. Le quo­ti­di­en cite la chancelière « Merkel qui dénonce l’«autre anti­sémitisme » de cer­tains réfugiés arabes.

Le site Infomi­grants fait un rap­pel à ses lecteurs à l’occasion du juge­ment de trois jeunes migrants « en Suède pour leur par­tic­i­pa­tion à l’at­taque con­tre une syn­a­gogue en décem­bre 2017 » : « En France, les pro­pos racistes, anti­sémites et homo­phobes sont con­damnés par la loi ». Le site Express Busi­ness évoque un arti­cle du Finan­cial Times sur la sit­u­a­tion en Alle­magne. La mon­tée en puis­sance du par­ti d’extrême droite alter­na­tive für Deutsch­land (AfD) et l’arrivée de plus d’un mil­lion de migrants pour la plu­part musul­mans seraient à l’origine d’un retour en force de l’an­tisémitisme. Libéra­tion évoque le fait que l’Alle­magne réflé­chit à se dot­er d’un com­mis­saire à l’an­tisémitisme suite aux « inci­dents lors des man­i­fes­ta­tions con­tre la déci­sion de Trump de recon­naître Jérusalem comme cap­i­tale d’Is­raël ». La con­clu­sion de l’article est lais­sée au prési­dent du Con­seil cen­tral des Juifs d’Allemagne : «En fin de compte, je vois l’antisémitisme d’extrême droite comme étant au moins aus­si dan­gereux, sinon plus dan­gereux, que celui de l’islam».

L’animateur d’un blog sur le site d’information Slate est opti­miste. Le sys­tème édu­catif per­me­t­tra « de décon­stru­ire le dis­cours (anti­sémite NDLR), de le com­bat­tre et de l’éradi­quer par notre sys­tème édu­catif. Et par cap­il­lar­ité, grâce à nos valeurs com­munes, notre choix du vivre-ensem­ble et notre goût de brass­er les cul­tures entre elles ». Nous voilà ras­surés, aucun élé­ment de la novlangue cos­mopo­lite n’est absent. Est-ce que cela sera suff­isant ?

Des différences culturelles

Le Monde con­sacre un arti­cle en sep­tem­bre 2016 à l’initiative à Essen d’un coach qui enseigne l’art du flirt aux migrants. « Cette ini­tia­tive locale répond à une volon­té d’éduquer les nou­veaux venus à la « sex­u­al­ité ger­manique ». « Sans douter des inten­tions fort louables qui les motivent, ces dif­férents pro­grammes posent néan­moins une ques­tion de fond : en quoi le rap­port des réfugiés à leur corps et à leur sex­u­al­ité est-il si dif­férent qu’il jus­ti­fie un traite­ment spé­ci­fique ? ». En con­clu­sion, le coach met en accu­sa­tion le com­porte­ment… des alle­mands « réservés (et) rigides ». Il fal­lait y penser.

France Info con­sacre un reportage en décem­bre 2015 sur « com­ment des pays européens enseignent aux migrants à bien se com­porter avec les femmes ? ».

Tout cela, c’était avant la soirée du réveil­lon à Cologne et dans d’autres villes où des cen­taines de femmes ont été vic­times de har­cèle­ment sex­uel par des indi­vidus « d’origines arabes ou nord-africaine », pour repren­dre l’expression de la Police alle­mande. Un phénomène qui a béné­fi­cié d’une cou­ver­ture médi­a­tique bien tar­dive, au pré­texte de ne pas ali­menter la xéno­pho­bie.

En jan­vi­er 2016, L’Express essaie de répon­dre à la ques­tion : « Com­ment l’Eu­rope veut appren­dre l’é­gal­ité hommes-femmes à ses migrants ? ». « Cer­tains pays européens ont mis en place, depuis par­fois longtemps, des guides et for­ma­tions pour abor­der cette ques­tion avec “leurs” étrangers ».

En févri­er 2017, Arte dif­fuse un doc­u­men­taire qui défend la thèse selon laque­lle l’immigration est une chance et les dif­férences cul­turelles peu­vent être sur­mon­tées par des actions ciblées et des moyens.

Quelles conclusions retenir du traitement médiatique de quelques épines liées à l’immigration de populations à la culture fort différente de la nôtre ?

Cer­tains événe­ments ont été car­ré­ment occultés en France, comme l’agression de kur­des ne respec­tant pas le ramadan en Grèce. Quand le phénomène est recon­nu, comme la mon­tée de la délin­quance en Alle­magne, la solu­tion notam­ment pour France Info n’est pas de frein­er l’immigration mais de favoris­er le regroupe­ment famil­ial. Autre tech­nique, l’euphémisation, qui con­siste à min­imiser un phénomène. Ain­si, la mon­tée de l’antisémitisme en Alle­magne serait pour le Finan­cial Times autant liée au par­ti AFD qu’aux nou­veaux venus. Enfin la méth­ode Coué règne en maitre : si le rap­port de cer­tains migrants aux femmes est rad­i­cale­ment dif­férent des mœurs européennes, une bonne for­ma­tion fera l’affaire. Quand le site ital­ien Occhidellaguerra.it con­state des dif­férences de traite­ment entre eth­nies dans les campe­ments de migrants au nord de Paris, les médias français sont focal­isés sur le manque de place et d’hygiène.

Au fil des arti­cles, les médias main­stream ne sont jamais très loin de la pen­sée pos­i­tive et de l’auto-suggestion. Tout sauf remet­tre en ques­tion l’hallucination col­lec­tive organ­isée depuis 2015. Et pour­tant, ces médias sont déjà à rebours de la plus fer­vente zéla­trice de l’immigration. « Nous y arriverons » avait affir­mé la chancelière alle­mande, Madame Merkel, en 2015 lors de l’arrivée de cen­taines de mil­liers de clan­des­tins. Un an plus tard, Le Point nous infor­mait que la chancelière y voy­ait désor­mais une « for­mule vide de sens »…

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