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Libération tire la sonnette d’alarme

12 février 2017

Temps de lecture : 4 minutes
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Libération tire la sonnette d’alarme

Le quotidien multiplie les Unes aguichantes et agite régulièrement des menaces jugées inquiétantes, comme les malheurs obligés du Brexit, le poids de la « fachosphère » ou le lancinant danger que représenterait tout ce qui n’est pas Libé compatible. La quête des menaces autres que terroristes occupe beaucoup la presse libéralo socialiste, ainsi Le Monde daté du 11 janvier dernier. L’OJIM a demandé à l’un de ses limiers de plonger en eaux troubles et de sonder la rubrique « Idées » de Libé.

Fin novem­bre 2016, Libéra­tion tirait la sor­nette d’alarme en Une : « Pri­maires : au sec­ours, Jésus revient ! Les lob­bys catholiques sont-ils en train de désign­er le nou­veau prési­dent ? ». Trois mois plus tard, en plein cœur de « l’affaire Fil­lon », force est de con­stater que le poids poli­tique du catholi­cisme en France a peut-être été suré­val­ué. Le jour­nal dirigé par André Marie Paul Mouchard alias Lau­rent Jof­frin est cou­tu­mi­er des Unes et des tri­bunes aguichantes. Une lec­ture de la rubrique « Idées » dans une édi­tion choisie au hasard, datée du mer­cre­di 1er févri­er 2017, per­met de mieux cern­er les racines du mal.

La Nation ? Quelle Nation ?

Les pages sondées sont les pages 22 à 24. Elles con­cer­nent unique­ment la rubrique « Idées ». La peur/Libéra­tion est d’abord une croy­ance en ce dan­ger que représen­terait la Nation. La rubrique con­sacre ain­si deux pleines pages au dernier ouvrage du vex­il­lo­logue Bernard Richard, dont le brevet antifas­ciste est incon­testable : il fut « attaché cul­turel à San­ti­a­go du Chili au moment du régime de Pinochet ». On ne le soupçon­nera donc pas de ten­dances nation­al­istes. Le livre est une « petite his­toire du dra­peau français », un pan de cette his­toire de France bien mal­menée par les temps qui courent. Les mots de Richard sont clairs : « La vio­lence que porte le dra­peau bleu-blanc-rouge explique notre retenue à le brandir et à pavois­er nos rues » et notre tort, con­traire­ment aux punks bri­tan­niques par exem­ple, est de ne pas avoir su « le réin­ven­ter en dehors de toute référence nation­al­iste ». Cela tient à « l’accaparement du dra­peau tri­col­ore par une par­tie de la France — les ligues antipar­lemen­taires en par­ti­c­uli­er — dans les années 30 » et par « le régime de Vichy ». Cette « vio­lence » expli­querait pourquoi les Français sont réti­cents devant leur dra­peau nation­al. D’autres ana­lystes, ain­si Patrick Buis­son, Math­ieu Bock-Côté ou Éric Zem­mour, ajouteraient que le développe­ment d’une « haine de la France », favorisée par les dogmes mul­ti-cul­tur­al­istes d’officines telles que Ter­ra Nova, Libéra­tion, Le Nou­v­el Obs ou le PS ont pu jouer un rôle plus récent.

Faire face à « des politiques migratoires brutales et à court terme »

Les « Idées » de Libéra­tion don­nent ensuite à lire une tri­bune signée de 4 intel­lectuels, dont les éter­nels Éti­enne Bal­ibar et Nan­cy Hus­ton, peu con­nus en tant que spé­cial­istes es ques­tions migra­toires. Le peu­ple issu de l’immigration serait main­tenant celui sur lequel doivent s’appuyer les révo­lu­tions marx­i­ennes à venir. Dans ce texte inti­t­ulé « Le sens des mots », les migrants récem­ment entrés sur le ter­ri­toire européen ne sont juste­ment pas des migrants mais des « réfugiés », bien que n’ayant pas encore obtenu de statut légal. C’est « le sens des mots », selon les auteurs. La crise des migrants n’existerait pas. Ce serait une con­struc­tion raciste, à l’image de l’islamophobie. C’est pourquoi l’expression « crise des migrants » est écrite entre guillemets dans cette tri­bune. Les 4 intel­lectuels de gauche indiquent qu’il ne s’agit pas d’une « crise » tem­po­raire mais d’un « change­ment à la fois pro­gres­sif et rad­i­cal ». Ils ne pronon­cent cepen­dant pas l’expression « grand rem­place­ment », plutôt mar­quée à droite, ni celle offi­cielle de l’ONU, « migra­tions de rem­place­ment », inspi­ra­trice des actuelles poli­tiques migra­toires. Appli­quer les lois de la République aux « réfugiés », c’est-à-dire aux migrants illé­gaux, serait renier les véri­ta­bles valeurs de cette République, lesquelles ne sont pas dans les lois mais dans des mots tels que « lib­erté, égal­ité, fra­ter­nité ». Cela devrait sus­citer une « indig­na­tion », qui serait « résis­tance à la xéno­pho­bie, à l’islamophobie, au racisme dis­til­lés depuis des années et pas seule­ment par le FN ». La solu­tion à la « crise des migrants » passe alors par un appel en faveur d’une « désobéis­sance civile ». Celle-ci ne man­quera pas de démon­tr­er son effi­cac­ité puisque l’appel reçoit « près de mille sig­na­tures par jour », et de per­me­t­tre « enfin ! » d’effacer « ce goût de Vichy qui empoi­sonne notre air ». Dès lors, la lutte révo­lu­tion­naire en faveur des « réfugiés » est, si l’on en croit le vrai « sens des mots », com­bat con­tre un Pétain revenu d’outre-tombe.

Ni Nation ni « crise des migrants » mais de la Libé-motion

Tir­er la sor­nette d’alarme doit être accom­pa­g­né d’un choc émo­tion­nel, ce choc qui fait l’odeur de « la tolérance intolérante » et du « racisme de l’antiracisme » d’après Gérard Mauger et Willy Pel­leti­er (Les class­es pop­u­laires et le FN. Expli­ca­tions de votes, édi­tions du Cro­quant, jan­vi­er 2017) dans leur récent livre col­lec­tif issu de la mou­vance « antifa ». Le douloureux pas­sage obligé vient avec le texte suiv­ant des « Idées », « Mort à Venise », où Dénètem Touam Bona racon­te ce drame : « Le 22 jan­vi­er, Pateh Sabal­ly, jeune réfugié Gam­bi­en, s’est noyé dans le Grand Canal sous le regard des touristes et avec les insultes de cer­tains. Des bouées de sauve­tage lui ont été lancées trop tard ». Un hom­mage a été ren­du au jeune migrant le mer­cre­di 1er févri­er 2017 lors de la soirée Poé­tiques de résis­tance à la Mai­son de la Poésie.

Lire les pages « Idées » de Libéra­tion est un véri­ta­ble pen­sum au bout duquel une ques­tion s’impose : à qui peu­vent bien prof­iter cette détes­ta­tion des nations et ce mul­ti­cul­tur­al­isme conçu comme reli­gion poli­tique ?

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