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<span class="dquo">«</span> Un jour dans le monde » de N. Demorand : rdv en terre trop connue ?

6 octobre 2014

Temps de lecture : 3 minutes
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« Un jour dans le monde » de N. Demorand : rdv en terre trop connue ?

« S’intéresser à tout ce qui se passe ailleurs, c’est l’ambition de la nouvelle émission de Nicolas Demorand qui, tous les soirs, analyse l’actualité étrangère » sur France Inter. Diffusée à une heure de grande écoute, « Un jour dans le monde » se veut l’émission géopolitique de référence : des correspondants un peu partout sur la planète, des sujets divers et variés, des invités prestigieux. Du 8 au 15 septembre, l’OJIM a suivi pour vous Nicolas Demorand et ses invités. Si la promesse d’ouverture sur le monde est bel et bien tenue, l’ouverture… idéologique, elle, n’est pas vraiment au rendez-vous !

Bruxelles mon amour

L’Union européenne et les Etats-Unis sont hissés au rang d’icônes. On peut ain­si enten­dre Jean Pisani-Fer­ry tress­er des lau­ri­ers à la poli­tique de la BCE (08/09), sans qu’aucun con­tre-argu­ment ne soit avancé. Le traité transat­lan­tique ? « Nous l’appelons tous de nos vœux », assène Arnaud Lep­ar­men­tier, par ailleurs jour­nal­iste au Monde. Cette con­fu­sion du rôle du jour­nal­iste et d’homme poli­tique n’est pas sans rap­pel­er la cam­pagne en faveur du Oui qu’avait menée en 2005 la mati­nale de France Cul­ture, où offi­ci­ait déjà M. Demor­and. Toute idée qui s’éloigne un tant soit peu de l’orthodoxie brux­el­loise fait par con­séquent l’objet d’un feu nour­ri : stig­ma­ti­sa­tion de la France et de sa « ten­ta­tion pro­tec­tion­niste », reduc­tio ad lep­enum de toute per­son­ne évo­quant la rené­go­ci­a­tion des accords de Schen­gen, etc.

« Un jour dans le monde » mon­tre peu d’ouverture aux opin­ions non con­ven­tion­nelles, soit. Mais l’auditeur a égale­ment de quoi être sur­pris par la façon dont Nico­las Demor­and présente ses invités, en « omet­tant » de faire référence à leurs éventuelles activ­ités mil­i­tantes – par exem­ple l’engagement à l’UDI de Quentin Dick­in­son, décrit comme un sim­ple con­sul­tant. Le mécan­isme, sub­til mais effi­cace, per­met de maquiller un avis poli­tique sub­jec­tif en une exper­tise jour­nal­is­tique objective.

Bernard-Henri Lévy chez Casimir

Le sou­tien total apporté à la poli­tique améri­caine — et à l’intervention occi­den­tale con­tre l’État islamique — empêche toute cri­tique de celle-ci, ou déclenche le cas échéant un réflexe pavlovien. En témoigne la vir­u­lente réac­tion d’Omar Oua­hane aux pro­pos tenus par le jour­nal libanais Al-Diyar, qui ose écrire que « la poli­tique étrangère de Wash­ing­ton est guidée par ses seuls intérêts et que ses alliés d’aujourd’hui seront peut-être ses enne­mis de demain ». Sacrilège !

Bien sûr, le for­mat court de l’émission n’est pas prop­ice à des réflex­ions appro­fondies. Toute­fois, l’auditeur peut être sur­pris par la légèreté avec laque­lle sont traités des sujets pour­tant très sérieux. Les rap­ports inter­na­tionaux sem­blent réduits à l’affrontement des bons et des méchants, des intel­li­gents et des sots. Ain­si, le mou­ve­ment indépen­dan­tiste écos­sais est sévère­ment méprisé : celui-ci n’aurait qu’un rêve, « une Ecosse libre, bucol­ique, vivant de whisky, d’éoliennes et du fes­ti­val d’Edinbourg ». Cette légèreté sem­ble égale­ment prisée par Eric Valmir, lequel explique, au cours de sa recen­sion du film L’Institutrice, que le con­flit israé­lo-pales­tinien est dû « au manque de poésie des Israéliens » (sic).

Voyage au bout de l’antifascisme

A enten­dre les dif­férents inter­venants, il n’y qu’un seul péril aujourd’hui menaçant : le péril fas­ciste et ses décli­naisons. L’Écosse indépen­dante ? Une per­cée dan­gereuse du « nation­al­isme ». Des élec­tions – pour­tant démoc­ra­tiques – où le par­ti des Démoc­rates sué­dois récoltent 13 % des suf­frages ? For­cé­ment « préoc­cu­pantes », car ce par­ti « traite les étrangers comme des sous êtres humains » déclare sans rire Éric Valmir (15/09). Foin de la réal­ité ou de l’enquête ; l’idéologie suffit.

La men­ace ne peut ain­si venir que d’un seul extrême, celui placé à droite de l’échiquier. « Un jour dans le monde » assume du reste par­faite­ment ce par­ti-pris. Ain­si, Arnaud Lep­ar­men­tier de déclar­er, à pro­pos des 28 % obtenu par Die Linke (ex par­ti com­mu­niste) aux élec­tions régionales alle­man­des en Thüringe le 14 sep­tem­bre : « franche­ment nous on ne nous la fait pas, nous avons du mal à crier au retour des bolcheviks ». La men­ace ter­ror­iste, elle non plus, n’inquiète pas out­re mesure. Dominique Moisi (IFRI) déclare ain­si à pro­pos de l’attitude à adopter face aux dji­hadistes : « il s’agit de dire aux jeunes qui sont ten­tés de par­tir qu’il n’y a aucun avenir [dans le ter­ror­isme] ». La solu­tion ? « Com­pren­dre et accepter la dif­férence », et arrêter d’« hum­i­li­er » ces jeunes. Avec la haine de soi, la boucle est bouclée.

Voir le portrait de Nicolas Demorand

Crédit pho­to : DR

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