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Des médias polonais moins allemands, les médias français choqués

19 décembre 2020

Temps de lecture : 4 minutes

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Des médias polonais moins allemands, les médias français choqués

Des médias polonais moins allemands, les médias français choqués

Quand une compagnie polonaise détenue à 27% par l’État rachète un groupe de presse polonais à ses propriétaires allemands, les journaux français parlent d’une seule voix : il s’agit d’une attaque contre la liberté de la presse.

Revue de presse française

Pour Libéra­tion, « C’est un coup dur sup­plé­men­taire pour la lib­erté de la presse en Pologne. Le par­ti ultra-con­ser­va­teur Droit et jus­tice (PiS), réélu à la tête du pays cet été, étend son con­trôle sur les médias. » Et le jour­nal de la gauche française de citer les réac­tions du chef de l’opposition libérale, Borys Bud­ka, et du jour­nal phare de la gauche lib­er­taire polon­aise, Gaze­ta Wybor­cza.

Pour Le Monde, c’est « ‘Une journée noire pour la démoc­ra­tie et le plu­ral­isme de la presse’, ‘un atten­tat con­tre la lib­erté d’expression’, ‘une com­mer­cial­i­sa­tion de la pro­pa­gande’. Telle est la sub­stance des mul­ti­ples com­men­taires qui ont suivi, mar­di 8 décem­bre, le rachat, annon­cé la veille, du con­sor­tium médi­a­tique Pol­s­ka Press, pro­priété de la société alle­mande Ver­lags­gruppe Pas­sau, par le géant nation­al de l’énergie polon­ais PKN Orlen. » Le Monde en prof­ite pour se tromper sur la per­son­ne du PDG de PKN Orlen pour faire croire que l’actuel PDG est un ancien min­istre du PiS (le PDG en ques­tion a en fait été rem­placé en 2018). L’article porte pour­tant la sig­na­ture d’un Polon­ais : Jakub Iwa­niuk a certes appris le jour­nal­isme en France mais il doit pour­tant con­naître sa langue natale puisqu’il a même fait un stage chez… Gaze­ta Wybor­cza, jour­nal avec lequel Le Monde a un parte­nar­i­at dans le cadre du réseau Europa rassem­blant plusieurs jour­naux de gauche européens.

Face aux deux grands jour­naux de gauche de la presse nationale française, le grand jour­nal « de droite », Le Figaro, pub­lie sur le même sujet un unique arti­cle rédigé par un cer­tain Bar­tosz T. Wielińs­ki de… Gaze­ta Wybor­cza. Dans les colonnes du Figaro, le jour­nal­iste polon­ais du quo­ti­di­en nation­al le plus vio­lem­ment anti-PiS de Pologne ne fait pas dans la den­telle, ce qui se reflète par­faite­ment dans le titre : « Une fois de plus, l’Alle­magne vend des médias indépen­dants à des auto­crates, une entaille à l’im­age d’An­gela Merkel ».

Pour­tant, au con­traire de la presse française, la presse polon­aise se car­ac­térise par son plu­ral­isme et les jour­naux français pour­raient facile­ment vari­er leurs sources d’information s’ils avaient le même pluralisme…

De quoi s’agit-il ?

La com­pag­nie pétrolière polon­aise PKN Orlen, qui appar­tient, comme dit plus haut, à 27% à l’État polon­ais et pour le reste à des investis­seurs privés, a à sa tête un PDG, Daniel Oba­jtek (et pas Woj­ciech Jasińs­ki, comme le pré­tend Le Monde), proche du PiS. Or le PiS, arrivé au pou­voir à la faveur des élec­tions lég­isla­tives de l’automne 2015 et dont la majorité a été recon­duite par les électeurs polon­ais en octo­bre 2019, n’a jamais caché son inten­tion de repolonis­er les médias polon­ais. Ceux-ci en effet, comme dans d’autres pays d’Europe de l’Est, avaient été, pour beau­coup, acquis par des groupes médi­a­tiques occi­den­taux. Les gou­verne­ments libéraux de Don­ald Tusk (à par­tir de 2007) avaient aggravé le phénomène en Pologne, notam­ment dans la presse régionale sur laque­lle le groupe alle­mand Ver­lags­gruppe Pas­sau avait, par l’intermédiaire de sa fil­iale Pol­s­ka Press, dou­blé son emprise entre 2013 et 2014.

Plus que toute autre, c’était juste­ment la très forte présence alle­mande dans les médias polon­ais qui inquié­tait en Pologne, pour des ques­tions de démoc­ra­tie et de sou­veraineté. Les médias appar­tenant aux Alle­mands sont en effet sou­vent accusés de pro­mou­voir un point de vue alle­mand et de favoris­er les intérêts alle­mands, y com­pris quand il y a des élec­tions, et les pays d’Europe occi­den­tale, y com­pris l’Allemagne, n’accepteraient pas une telle présence étrangère dans leurs médias.

Il est ain­si reproché, par exem­ple, au jour­nal région­al silésien Dzi­en­nik Zachod­ni, pro­priété de Pol­s­ka Press, de pro­mou­voir le par­tic­u­lar­isme silésien et de favoris­er les auton­o­mistes aux forts accents ger­maniques de cette région revendiquée dans le passé par la Pologne et l’Allemagne.

Dans les con­di­tions du Marché unique européen, il n’est toute­fois pas aisé de repolonis­er des médias, y com­pris en réfléchissant, comme le fai­sait le PiS, à une loi de décon­cen­tra­tion qui serait calquée, à en croire ses auteurs, sur le mod­èle en vigueur en France (qui n’est pour­tant pas un mod­èle de décon­cen­tra­tion des médias).

Comme c’était au niveau de la presse régionale que la dom­i­na­tion alle­mande était la plus pesante, le rachat du groupe Pol­s­ka Press par PKN Orlen règle une grande par­tie du prob­lème. Ce rachat, annon­cé début décem­bre, devrait être final­isé en jan­vi­er si l’autorité polon­aise de la con­cur­rence donne son feu vert. Par­i­ons que ce sera le cas.

PKN Orlen étend ain­si son activ­ité dans les médias puisque le groupe pétroli­er avait déjà acquis les quelque 2000 kiosques à jour­naux du Polon­ais Ruch ain­si que l’agence médi­a­tique Sig­ma Bis. La com­pag­nie par­le de pro­jets à long terme de diver­si­fi­ca­tion dans le com­merce de détail et d’optimisation des frais de mar­ket­ing, grâce à l’acquisition d’un groupe médi­a­tique fort de ses 20 jour­naux régionaux (sur 24 dans toute la Pologne), près de 150 heb­do­madaires locaux et spé­cial­isés, un jour­nal gra­tu­it dis­tribué dans les grandes villes polon­ais­es ain­si qu’environ 500 sites Inter­net spé­cial­isés comp­tant plus de 17 mil­lions d’utilisateurs en tout. La com­pag­nie pétrolière annonce son inten­tion d’investir dans le groupe Pol­s­ka Press alors que celui-ci a enreg­istré en 2019 une baisse de 6,5% son chiffre d’affaires, à 398,44 mil­lions de zlo­tys (env­i­ron 90 mil­lions d’euros). En 2019, le nom­bre de salariés de la fil­iale polon­aise de l’Allemand Ver­lags­gruppe Pas­sau avait été réduit de 107 salariés pour attein­dre 2 126.

Soros dans l’ombre

Mais pour Gaze­ta Wybor­cza, dont George Soros est devenu indi­recte­ment action­naire en 2016, ce rachat a unique­ment pour but de trans­former des médias jusqu’ici très cri­tiques du PiS en agents de pro­pa­gande du pou­voir. Les libéraux et la gauche évo­quent une « pou­tin­i­sa­tion » des médias. Cer­tains par­lent d’une stratégie du pou­voir com­pa­ra­ble à celle du Fidesz en Hon­grie (pour autant que la sit­u­a­tion médi­a­tique hon­groise soit le fruit d’une réelle stratégie), où la presse régionale est con­sid­érée comme proche du pou­voir (tan­dis que les médias nationaux sont très partagés).

Ce rachat se faisant de gré à gré aux con­di­tions du marché, quel que soit le but réel de la trans­ac­tion entre le Polon­ais PKN Orlen et l’Allemand Ver­lags­gruppe Pas­sau, il sera dif­fi­cile de l’empêcher. Avant comme après cette trans­ac­tion, les médias polon­ais sont et seront de toute façon plus var­iés idéologique­ment et poli­tique­ment que leurs homo­logues français. C’est d’ailleurs pour cela que, con­traire­ment aux trois grands jour­naux nationaux français, ils exposent des visions con­cur­rentes et par­fois opposées du rachat par des cap­i­taux polon­ais d’une par­tie des médias alle­mands en Pologne.

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