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Le putsch de Donald Tusk sur les médias publics polonais, nouvelle manifestation de la dérive autoritaire de l’extrême-centre libéral

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3 janvier 2024

Temps de lecture : 14 minutes
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Le putsch de Donald Tusk sur les médias publics polonais, nouvelle manifestation de la dérive autoritaire de l’extrême-centre libéral

Temps de lecture : 14 minutes

Que n’avait-on entendu de critiques dans les médias français et européens, en 2016 quand la nouvelle majorité parlementaire du PiS avait pris le contrôle des médias publics polonais ! Même la Commission européenne s’en était mêlée au nom de la défense du pluralisme des médias, de l’indépendance des médias publics et de l’État de droit.

La télévision publique polonaise encerclée par la police

Le con­traste est sai­sis­sant, pour ceux qui s’en sou­vi­en­nent, avec le silence de la Com­mis­sion aujourd’hui, quand c’est le gou­verne­ment de Don­ald Tusk qui reprend le con­trôle de ces médias avec des méth­odes que même France Télévi­sions, sur son site Inter­net, qual­i­fie de “biéloruss­es”. For­cé­ment, la vue d’un siège de la télévi­sion publique, à quelques jours des fêtes de Noël, encer­clé par d’imposantes forces de police, avec à l’intérieur des nou­veaux directeurs nom­més directe­ment par le min­istre de la Cul­ture venant pren­dre pos­ses­sion des bureaux par la force, en se faisant assis­ter de types à l’allure d’hommes de main de la mafia post-com­mu­niste des années 1990. Des hommes de main dépêchés par des agences de sécu­rité privées recrutées pour l’occasion.

« Le nou­veau gou­verne­ment mène une purge dras­tique pour restau­r­er l’indépen­dance des médias publics », pou­vait-on lire en titre sur francetvinfo.fr le 22 décem­bre. L’indépendance ? Sans blague !

Les directeurs des télévisions publiques limogés séance tenante

Le min­istre de la Cul­ture Bartłomiej Sienkiewicz a annon­cé le 21 décem­bre la révo­ca­tion de la direc­tion de la télévi­sion publique TVP et la nom­i­na­tion d’une nou­velle direc­tion. Une semaine après, la ligne édi­to­ri­ale du jour­nal du soir a déjà com­plète­ment changé. Il est fait l’éloge des déci­sions du min­istre con­cer­nant les médias publics et le PiS, désor­mais dans l’opposition, est présen­té comme cher­chant à s’accrocher pour défendre des intérêts poli­tiques mesquins. On met en avant les salaires mirobolants de ceux qui vien­nent de se faire éjecter manu mil­i­tari, et on ne dit mot des salaires de l’époque où les amis de Don­ald Tusk con­trôlaient déjà la télévi­sion publique, non moins mirobolants.

Un miroir inversé sur les JT

Quel que soit le sujet, le nar­ratif est du côté du gou­verne­ment, et l’on com­pare déjà les actions et déci­sions du nou­veau gou­verne­ment de Tusk à celle du gou­verne­ment précé­dent, qui sont sys­té­ma­tique­ment présen­tées sous un angle négatif. L’annonce du Pre­mier min­istre con­cer­nant un pro­jet de loi visant à intro­duire en Pologne des unions civiles pour les homo­sex­uels est van­tée, TVP faisant même désor­mais cam­pagne en faveur du mariage homo­sex­uel et de l’adop­tion pour les cou­ples de même sexe, comme les chaînes privées con­cur­rentes. Fécon­da­tion in vit­ro, rap­ports avec l’Église, éner­gies renou­ve­lables, défense, prix de l’immobilier… Sur tous les sujets, après seule­ment quelques jours d’écoute de ces nou­velles nou­velles, l’on apprend tout le mal que fai­sait le gou­verne­ment de Moraw­iec­ki et tout le bien que fait déjà celui de Don­ald Tusk. La ligne édi­to­ri­ale est à 100 % celle de la nou­velle coali­tion des libéraux et de la gauche. Le prin­ci­pal jour­nal télévisé de la journée, rebap­tisé « 19.30 » (il est émis à 19h30) est en somme le reflet en miroir de l’ancien, « Wiado­moś­ci » (Nou­velles), tant cri­tiqué jusqu’à récem­ment, non sans rai­son, par ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir.

Il faut le recon­naître, le change­ment de ligne édi­to­ri­ale est aus­si bru­tal qu’en jan­vi­er 2016, quand c’est le min­istre du Tré­sor pub­lic du PiS qui avait rem­placé les directeurs des médias publics.

Oui, mais…

Brigandage en absence de loi

En jan­vi­er 2016, cela s’était fait sur la base d’une loi votée en bonne et due forme par le Par­lement, la « petite loi sur les médias » (voir notre arti­cle pub­lié le 15 févri­er 2016 sous le titre : « Télévi­sion publique polon­aise, ce qui a changé avec l’arrivée du PiS au pou­voir »). Certes, cette loi avait été portée devant le Tri­bunal con­sti­tu­tion­nel par le médi­a­teur des citoyens, et ce tri­bunal l’avait en par­tie invalidée en décem­bre 2016. Entretemps, toute­fois, le par­lement polon­ais avait voté une nou­velle loi insti­tu­ant un Con­seil des médias nationaux (RMN) dont les mem­bres sont nom­més pour 6 ans et sont irrévo­ca­bles pen­dant cette durée (voir notre arti­cle pub­lié le 1er novem­bre 2016 sous le titre : « Le nou­veau mode de nom­i­na­tion des dirigeants des médias publics en Pologne devrait faire taire les cri­tiques européennes »). Cette loi n’a pas été portée devant le Tri­bunal con­sti­tu­tion­nel et est tou­jours en vigueur aujourd’hui. En ver­tu de la loi en vigueur, c’est donc nor­male­ment ce Con­seil des médias nationaux et lui seul qui est chargé de nom­mer les dirigeants des médias publics polonais.

Même manœuvre de Donald Tusk en 2010

Si ce Con­seil des médias nationaux a été créé avec des mem­bres irrévo­ca­bles pen­dant six ans, c’était peut-être pour empêch­er Don­ald Tusk de répéter sa manœu­vre de 2010 pour pren­dre le con­trôle des médias publics. À l’époque, il avait changé avant terme tous les mem­bres du Con­seil nation­al de la radio­phonie et de la télévi­sion (KRRiT), un organe prévu par la Con­sti­tu­tion et qui était alors chargé de nom­mer les dirigeants des médias publics. Il lui avait suf­fi pour cela de faire rejeter leur rap­port annuel par sa majorité à la Diète. C’est ain­si que sa coali­tion gou­verne­men­tale avait agi en 2010 pour pren­dre le con­trôle des médias nationaux en toute légal­ité et c’est ce qui avait mar­qué la fin du plu­ral­isme à la télévi­sion publique polon­aise. Après cette prise de con­trôle du KRRiT par le gou­verne­ment de Don­ald Tusk, la qua­si-total­ité des jour­nal­istes et chroniqueurs con­ser­va­teurs avaient dis­paru de la télévi­sion publique, et plus de 400 jour­nal­istes salariés de la télévi­sion publique TVP (plus des deux tiers !) avaient été trans­férés vers des entre­pris­es externes pour être ensuite rémunérés sur la base de con­trats d’entreprise et con­trats de man­dat, avec un tra­vail garan­ti pour seule­ment un an. Quoi de mieux pour s’assurer de leur docilité ?

Arrivé au pou­voir à l’automne 2015, le PiS de Jarosław Kaczyńs­ki, mal­heureuse­ment, n’a pas fait mieux. Le nou­veau Con­seil des médias nationaux étant dom­iné numérique­ment par les per­son­nes que sa majorité par­lemen­taire a nom­mées, les dirigeants des médias publics, et notam­ment de la télévi­sion, ont con­servé la ligne out­rageuse­ment pro-gou­verne­men­tale et anti-oppo­si­tion des ser­vices d’information et des émis­sions à car­ac­tères poli­tiques. La dif­férence pos­i­tive de la péri­ode 2016–2023 étant cepen­dant que les deux grands groupes privés de télévi­sion ayant une ligne européiste et pro­gres­siste, ils sont tout naturelle­ment hos­tiles au PiS et à ses idées, et le plu­ral­isme était donc assuré pen­dant huit ans dans l’audiovisuel polon­ais. Il ne l’était plus de 2010 à 2015 et il ne l’est à nou­veau plus depuis Noël de cette année, depuis que la télévi­sion publique est retombée sous le con­trôle de Don­ald Tusk et de ses amis. Le putsch de décem­bre a aus­si con­cerné la radio publique, pour­tant net­te­ment moins engagée dans la pro­pa­gande gou­verne­men­tale de ces huit dernières années, ain­si que l’agence de presse polon­aise (la PAP).

Écran noir pendant une semaine

Pour la pre­mière fois depuis la loi mar­tiale décrétée par le général com­mu­niste Jaruzel­s­ki le 13 décem­bre 1981, la télévi­sion publique a cessé d’émettre pen­dant plusieurs jours à l’approche de Noël 2023. Don­ald Tusk et ses min­istres ayant pris leurs fonc­tions le 13 décem­bre, les cri­tiques de la coali­tion gou­verne­men­tale par­lent donc désor­mais de Coali­tion du 13 décem­bre, en référence à ce 13 décem­bre 1981, tan­dis que le camp gou­verne­men­tal préfère l’appellation de Coali­tion du 15 octo­bre, date des dernières élections.

Quoi qu’il en soit, ce qui est arrivé juste avant Noël était bien un putsch sur les médias publics, car con­traire­ment au PiS en 2016, le gou­verne­ment de Don­ald Tusk et son min­istère de la Cul­ture Bartłomiej Sienkiewicz, un ancien lieu­tenant-colonel des ser­vices de ren­seigne­ment, se sont passé de faire vot­er une loi par le nou­veau par­lement dom­iné par leur coali­tion gau­cho-libérale. Ont-ils estimé que le prési­dent Andrzej Duda, issu du PiS, allait de toute façon oppos­er son veto à cette loi ? Pour­tant, le prési­dent Duda avait exprimé à plusieurs repris­es ces dernières années des cri­tiques à l’égard de la ligne édi­to­ri­ale trop engagée de la télévi­sion publique et notam­ment de sa chaîne d’information TVP Info. Celle-ci a été le plus dure­ment frap­pée par ce putsch, puisqu’elle n’a repris ses émis­sions que le 29 décem­bre, après une semaine d’écran noir.

Carte blanche à Bruxelles

Tusk a‑t-il donc péché par impa­tience ? En fait, si l’on s’intéresse aux pro­pos que lui et ses amis ont tenu ces deux dernières années, c’est bien plus inquié­tant que cela : les libéraux européistes (Tusk a lui-même été prési­dent du Con­seil européen de 2014 à 2019) et pro­gres­sistes aujourd’hui au pou­voir à Varso­vie sem­blent être con­va­in­cus que Brux­elles leur donne carte blanche pour vio­l­er l’État de droit et revendiquent de pou­voir ignor­er toute loi adop­tée par le précé­dent par­lement qu’ils con­sid­éreront con­traire à la Con­sti­tu­tion polon­aise. La grande loi sur les médias votée à l’automne 2016 est juste­ment une de ces lois. Le min­istre de la Cul­ture Sienkiewicz et le pre­mier min­istre Tusk expliquent qu’il leur faut agir de la sorte pour rétablir l’État de droit. Sauf que, dans l’ordre juridique polon­ais, seul le Tri­bunal con­sti­tu­tion­nel est habil­ité à déclar­er l’inconstitutionnalité d’une loi et cela ne relève pas de l’arbitraire d’un pre­mier min­istre et de son gou­verne­ment, ni même d’une sim­ple réso­lu­tion de la Diète, la cham­bre basse du par­lement polon­ais. Car c’est juste­ment d’une sim­ple réso­lu­tion de la Diète, adop­tée par la nou­velle majorité, que le gou­verne­ment Tusk pré­tend tir­er la légal­ité de son action.

Redonnons la parole à France Télévi­sions, en citant à nou­veau l’article évo­qué plus haut :

« Tout ça ressem­ble plus à des méth­odes de putschistes qu’à celles d’un gou­verne­ment pro-européen. C’est tout le défi de la nou­velle coali­tion dirigée par Don­ald Tusk, qui a pris ses fonc­tions il y a seule­ment 10 jours. Com­ment rétablir l’É­tat de droit dans un pays qui avait lente­ment dérivé vers un régime autori­taire ? Com­ment déman­tel­er l’ap­pareil de pro­pa­gande qui avait gan­grené les médias ? »

Con­clu­sion de fin :

« Dans cette vaste comédie poli­tique, les acteurs du PiS devraient surtout appren­dre à quit­ter la scène. »

Une période de « démocratie transitoire »

Les gau­cho-libéraux, tou­jours prêts à crier à la dérive autori­taire quand les con­ser­va­teurs sont au pou­voir, ont une nou­velle théorie, aujourd’hui en vogue dans leurs cer­cles en Pologne mais aus­si dans la presse alle­mande, quand elle par­le de ce pays : c’est la théorie de la « démoc­ra­tie de la péri­ode tran­si­toire ». En bref, puisque le gou­verne­ment précé­dent n’était pas démoc­ra­tique (bon­jour la con­tra­dic­tion : il a pour­tant per­du le pou­voir après des élec­tions démoc­ra­tiques organ­isées selon les modal­ités et dans les délais prévus par la Con­sti­tu­tion, avec une majorité de médias qui fai­saient cam­pagne con­tre lui), il faut dans un pre­mier temps utilis­er des moyens non démoc­ra­tiques et piétin­er l’État de droit pour rétablir la démoc­ra­tie et l’État de droit. La fin jus­ti­fie les moyens, en somme.

En toile de fond, on perçoit une volon­té soutenue par Brux­elles d’empêcher par tous les moyens le retour des « pop­ulistes » au pou­voir. Un peu comme aux États-Unis où les Démoc­rates font tout pour empêch­er Don­ald Trump de se représen­ter à des élec­tions prési­den­tielles qu’il pour­rait bien rem­porter con­tre Joe Biden, cette fois. Un peu aus­si comme en Alle­magne où le prin­ci­pal par­ti d’opposition, l’AfD, est mis sous sur­veil­lance par le ser­vice de con­tre-ren­seigne­ment dirigé par un politi­cien du par­ti con­cur­rent à droite, la CDU, agis­sant sous les ordres du min­istère de l’Intérieur dirigé par les soci­aux-démoc­rates qui rêvent d’interdire l’AfD.

L’extrême centre liberticide

Le putsch sur les médias publics en Pologne est une nou­velle man­i­fes­ta­tion non seule­ment du deux poids deux mesures de Brux­elles – la vice-prési­dente de la Com­mis­sion européenne pour les Valeurs et la Trans­parence, Věra Jourová, était à Varso­vie le jour où le putsch sur les médias a com­mencé et elle est restée silen­cieuse – mais aus­si de la dérive autori­taire et total­i­taire des libéraux de l’extrême cen­tre partout en Occi­dent. On le voit en France égale­ment avec les men­aces de la min­istre de la Cul­ture con­tre CNews ou son sou­tien à la grève des jour­nal­istes du Jour­nal du Dimanche, con­tre l’arrivée d’un nou­veau rédac­teur en chef jugé trop con­ser­va­teur, et donc « d’extrême droite », ou encore avec les dizaines de dis­so­lu­tions d’associations con­ser­va­tri­ces, pour­tant non vio­lentes et agis­sant dans la légal­ité, par le min­istre de l’Intérieur, avec l’association catholique Acad­e­mia Chris­tiana comme dernière vic­time de cette dérive autori­taire et total­i­taire des libéraux.

Les Polonais, qui ont renversé le communisme, vont-ils laisser faire ?

La société des jour­nal­istes polon­ais (SDP) a rapi­de­ment émis un com­mu­niqué dénonçant l’action du nou­v­el exé­cu­tif de Don­ald Tusk vis-à-vis des médias publics (ici en anglais). Le Con­seil des médias nationaux, chargé selon la loi de nom­mer les directeurs des médias publics, et le Con­seil nation­al de la radio­phonie et de la télévi­sion, autorité de sur­veil­lance con­sti­tu­tion­nelle des médias, ont égale­ment dénon­cé cette action qu’ils jugent illé­gale et con­traire à la con­sti­tu­tion. Même la Fon­da­tion Helsin­ki pour les Droits de l’homme, une ONG mar­quée à gauche et financée entre autres par les fon­da­tions Soros, s’est offi­cielle­ment inquiétée de cette vio­la­tion fla­grante des principes de l’État de droit, de la Con­sti­tu­tion polon­aise et des stan­dards du Con­seil de l’Europe en matière d’absence de con­trôle direct de l’exécutif sur les médias publics.

Tusk met en liquidation les sociétés de médias publics et nomme le liquidateur

Le prési­dent Andrzej Duda a dénon­cé cela lui aus­si et a annon­cé son veto con­tre un amende­ment à la loi budgé­taire qui devait assur­er un finance­ment de 3 mil­liards pour les médias publics en 2024, en jus­ti­fi­ant ce veto par la prise de con­trôle illé­gale de ces médias par le gou­verne­ment de Don­ald Tusk et en assur­ant qu’il était prêt à dis­cuter d’une loi pour réformer les médias. Mais plutôt que de dis­cuter, le gou­verne­ment Tusk a immé­di­ate­ment annon­cé la mise en liq­ui­da­tion de toutes les sociétés des médias publics, en faisant porter la faute au prési­dent. Le gou­verne­ment assure que c’est pour pro­téger ces médias en l’absence de finance­ment, mais sup­primer les médias publics était une des idées avancées par l’actuelle coali­tion gou­verne­men­tale quand elle était dans l’opposition. En tout cas, cette mise en liq­ui­da­tion per­met pour le moment au gou­verne­ment de resser­rer son con­trôle sur ces médias et de lui don­ner un sem­blant de légal­ité, puisque c’est le liq­ui­da­teur nom­mé par le gou­verne­ment qui prend le pas sur les direc­tions con­cur­rentes (les dirigeants nom­més par le min­istre de la Cul­ture et ceux nom­més par le Con­seil des médias nationaux, qui ne con­trôlaient plus rien mais refu­saient de démis­sion­ner et con­tin­u­aient de se con­sid­ér­er comme les dirigeants légitimes des médias publics).

Jan Roki­ta, un ancien dirigeant de la Plate­forme civique (PO) de Don­ald Tusk, estime que la sit­u­a­tion est dan­gereuse. Pour lui le putsch opéré en toute illé­gal­ité sur les médias publics en Pologne, « a trans­for­mé l’état de la poli­tique polonaise » :

« Pour la pre­mière fois depuis que la lib­erté a été retrou­vée (avec la chute du com­mu­nisme en 1989–90), les con­flits poli­tiques ont fait sauter les fusibles sys­témiques, de sorte que la lutte pour le pou­voir se déroule main­tenant de manière chao­tique et sans frein. Jusqu’à présent, cela se pas­sait tou­jours de telle sorte que ceux qui pre­naient le pou­voir met­taient leurs juristes de con­fi­ance au tra­vail pour con­coc­ter les dis­po­si­tions légales qui pou­vaient être util­isées et celles qui devaient être mod­i­fiées pour frap­per leurs prédécesseurs. Cette fois-ci, le nou­veau camp au pou­voir est arrivé à la con­clu­sion que ce “for­mal­isme” est un ennui inutile, ou une perte de temps, quand les choses peu­vent être faites plus rapi­de­ment et plus sim­ple­ment. »

George Soros et la société ouverte

Vers la domination absolue de l’extrême centre dans les médias polonais

En atten­dant, les grandes télévi­sions polon­ais­es par­lent à nou­veau d’une seule voix, et cela va aus­si être le cas à la radio, alors que la radio et la presse écrite sont déjà dom­inées par la présence du groupe ger­mano-suisse Ringi­er Axel Springer et des fon­da­tions de George Soros, avec la même ligne pro­gres­siste et européiste. Ces deux caté­gories de médias, qui appar­ti­en­nent à Ringi­er Axel Springer ou son liées aux fon­da­tions sorosi­ennes, sou­ti­en­nent d’ailleurs mas­sive­ment l’action du nou­veau gou­verne­ment et qual­i­fient la mise des médias publique sous le con­trôle direct de l’exécutif et le ren­verse­ment de la ligne édi­to­ri­ale de « dépoli­ti­sa­tion des médias publics ».

« Au moins il y avait deux voix dif­férentes dans les médias polon­ais », estime le très pop­u­laire présen­ta­teur de télévi­sion Jan Pospieszal­s­ki, qui a été mis à l’index par TVP à la fois sous l’ancien gou­verne­ment de Don­ald Tusk et sous celui de Mateusz Moraw­iec­ki. « Main­tenant, nous n’avons même plus ça. » Quand à l’objectivité réclamée à la télévi­sion publique par ses détracteurs, Pospieszal­s­ki dit que chercher de l’objectivité dans les médias, c’est comme vouloir trou­ver de la vir­ginité dans un bordel…

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