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Pologne : la diversité médiatique renforcée

17 avril 2016

Temps de lecture : 3 minutes
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Pologne : la diversité médiatique renforcée

Non, la liberté de la presse n’est pas menacée aujourd’hui en Pologne. Elle l’est même moins qu’avant.

La reprise en main en jan­vi­er des médias publics par la nou­velle majorité con­ser­va­trice du par­ti Droit et Jus­tice (PiS) issue des élec­tions du 25 octo­bre a sus­cité dans les médias européens et dans les salons brux­el­lois de nom­breuses accu­sa­tions d’atteintes à la lib­erté de la presse. Pour­tant, cela n’a fait que réin­tro­duire de la diver­sité médi­a­tique dans le paysage audio­vi­suel puisque les deux grands groupes de télévi­sion privés ont une ligne résol­u­ment européiste, lib­er­taire et très anti-PiS. Sous le gou­verne­ment PO-PSL précé­dent, toutes les grandes chaînes de télévi­sion par­laient d’une seule voix.

Mais qu’en est-il de la presse écrite ?

Si sous le gou­verne­ment précé­dent les titres d’opposition con­ser­va­teurs se plaig­naient de ne pas avoir accès à la pub­lic­ité des admin­is­tra­tions publiques mais aus­si des entre­pris­es privées craig­nant de se voir exclues des marchés publics, le marché des quo­ti­di­ens et heb­do­madaires d’actualité nationaux a mal­gré tout su con­serv­er une diver­sité de points de vue et une lib­erté d’expression incon­nues en France.

C’est sur le marché des heb­do­madaires que la sit­u­a­tion est la meilleure. Si l’on s’intéresse aux cinq plus gros heb­do­madaires d’actualité, le leader des ventes depuis de nom­breuses années, avec générale­ment quelque 140–150 000 exem­plaires ven­dus, est l’hebdomadaire catholique Gość Niedziel­ny (« L’Invité du dimanche »), résol­u­ment con­ser­va­teur et pro-vie, pro­priété du diocèse de Katow­ice. Mais il est suivi de près par le très lib­er­taire et pro­gres­siste (et vio­lem­ment hos­tile au PiS) Newsweek Pol­s­ka (130–140 000 exem­plaires ven­dus), pro­priété du groupe de presse ger­mano-suisse Ringi­er Axel Springer. Vien­nent ensuite des heb­do­madaires à cap­i­tal polon­ais : le gau­cho-lib­er­taire Poli­ty­ka, qui se vend à env­i­ron 120 000 exem­plaire, puis deux heb­do­madaires con­ser­va­teurs et pro-vie, qui se vendent à 65–85 000 exem­plaires cha­cun : wSieci, qui sou­tient forte­ment le PiS, et Do Rzeczy, libéral-con­ser­va­teur.

La sit­u­a­tion est moins équili­brée sur le marché de la presse quo­ti­di­enne dom­iné par le cap­i­tal alle­mand et par les titres d’obédience pro­gres­siste et lib­er­taire. Le jour­nal « faiseur d’opinion » sur la Pologne à l’étranger, depuis plus de 25 ans, est Gaze­ta Wybor­cza, qui appar­tient au groupe Ago­ra S.A. à cap­i­tal polon­ais. C’est lui qui ali­mente en infor­ma­tions sur la Pologne la plu­part des médias français, à com­mencer par le jour­nal Le Monde dont il est proche par les liens per­son­nels et par les idées. Même un jour­nal comme La Croix, quand il est inter­rogé sur ses sources, se réfère à Gaze­ta Wybor­cza. Et quand les jour­nal­istes de France Cul­ture pré­par­ent une émis­sion de pro­pa­gande sur la sit­u­a­tion de l’État de droit en Pologne, c’est aus­si vers les médias d’Agora qu’ils se tour­nent. Adam Mich­nik, qu’Arielle The­drel, du Figaro, qual­i­fie péremp­toire­ment de « con­science morale de la Pologne », est le rédac­teur en chef de Gaze­ta Wybor­cza depuis main­tenant 28 ans. Sans atten­dre la vic­toire des con­ser­va­teurs du PiS, Adam Mich­nik, dont le jour­nal soute­nait la coali­tion PO-PSL précé­dente, com­para­it en 2013 dans une inter­view pour l’hebdomadaire alle­mand Der Spiegel le Hon­grois Vik­tor Orbán à Hitler et met­tait en garde les Alle­mands con­tre un Jarosław Kaczyńs­ki (le leader du PiS) autori­taire et fas­cisant.

Mais Gaze­ta Wybor­cza, en perte de vitesse depuis plusieurs années, n’est pas le jour­nal le plus ven­du en Pologne depuis l’arrivée sur le marché du tabloïde Fakt, pro­priété, comme l’hebdomadaire Newsweek Pol­s­ka, du groupe de presse ger­mano-suisse Ringi­er Axel Springer. Fakt se vend à plus de 300 000 exem­plaires par jour con­tre moitié moins pour Gaze­ta Wybor­cza. Suit un autre tabloïde, Super Express, qui appar­tient à un groupe polon­ais. En qua­trième posi­tion, le pres­tigieux quo­ti­di­en Rzecz­pospoli­ta, au pro­fil plutôt libéral-con­ser­va­teur mais qui avait fait l’objet d’une reprise en main sous le gou­verne­ment PO-PSL de Don­ald Tusk. Très cri­tique du gou­verne­ment PO-PSL jusqu’en 2011, ce jour­nal dont l’État était action­naire à 51 %, avait été reven­du à des con­di­tions très favor­ables à un homme d’affaires proche de la Plate­forme civique (PO) du pre­mier min­istre Don­ald Tusk et le nou­veau pro­prié­taire avait rapi­de­ment changé l’équipe de rédac­tion. Dans le classe­ment de l’organisation de con­trôle de la dis­tri­b­u­tion de la presse (ZKDP), le seul quo­ti­di­en sou­tenant ouverte­ment le PiS, Gaze­ta Pol­s­ka codzi­en­nie, se vend à seule­ment un peu plus de 20 000 exem­plaires par mois. Il y a aus­si un autre quo­ti­di­en con­ser­va­teur et pro-vie, catholique et glob­ale­ment favor­able au PiS, Nasz Dzi­en­nik, appar­tenant à l’ordre des Rédemp­toriste. Nasz Dzi­en­nik dit se ven­dre à env­i­ron 100 000 exem­plaires mais ce jour­nal ne souscrivant pas au ZKDP, ce chiffre n’est pas véri­fié.

C’est néan­moins sur le marché de la presse régionale qu’il y a le moins de diver­sité médi­a­tique : sur 24 quo­ti­di­ens régionaux, 19 sont entre les mains d’un seul groupe de presse alle­mand, Ver­lags­gruppe Pas­sau. La fil­iale polon­aise de ce groupe, Pol­s­ka Presse, a pra­tique­ment dou­blé son emprise sur la presse quo­ti­di­enne régionale entre 2013 et 2014, quand gou­ver­nait la précé­dente coali­tion PO-PSL. Cette dom­i­na­tion alle­mande crois­sante sur la presse polon­aise sous le gou­verne­ment PO-PSL était dénon­cée par le PiS quand il était dans l’opposition, et les accu­sa­tions lancées dans les médias alle­mands con­tre un gou­verne­ment polon­ais qui porterait aujourd’hui atteinte à la lib­erté des médias peu­vent aus­si s’expliquer par la volon­té des groupes médi­a­tiques alle­mands de défendre leurs intérêts en Pologne.

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