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Banlieues : violences en mode mineur dans les médias, embrasement sur les réseaux sociaux

14 août 2020

Temps de lecture : 5 minutes
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Banlieues : violences en mode mineur dans les médias, embrasement sur les réseaux sociaux

Red­if­fu­sion esti­vale 2020. Pre­mière dif­fu­sion le 21 avril 2020

De rares journalistes l’ont constaté : alors que la population est obligée de rester chez elle, les incidents et violences dans les banlieues ne connaissent pas de trêve. Un récent fait divers nous montre que si les médias de grand chemin minimisent les violences urbaines, nombreux sont ceux qui se mobilisent sur les réseaux sociaux pour dénoncer de prétendues bavures policières et attiser le ressentiment communautaire.

Des violences urbaines à la pelle

Chaque bon citoyen devant rester chez lui afin de lim­iter la prop­a­ga­tion du coro­n­avirus, les habituelles vio­lences urbaines dans les ban­lieues devraient en toute logique con­naitre une pause pen­dant le con­fine­ment imposé jusqu’au 11 mai. Pour­tant, la lec­ture des faits divers dans les médias locaux nous mon­tre qu’il n’en est rien, bien au con­traire. Sur la seule semaine du 12 au 19 avril, la liste – non exhaus­tive — des vio­lences urbaines relatées par la presse quo­ti­di­enne régionale est impressionnante.

12 avril

Des indi­vidus organ­isent un guet-apens con­tre des policiers et tirent des mortiers notam­ment con­tre un héli­cop­tère de la Police à Grigny (91).

13 avril

Au Havre, des policiers sont visés par des cock­tails Molo­tov alors qu’ils sécuri­saient une inter­ven­tion de pom­piers ; à Trappes (78) des policiers sont visés par des tirs de morti­er et des pro­jec­tiles lors de deux inter­ven­tions ; à Évreux, ce sont des rodéos de motos et des tirs de morti­er après l’interpellation d’un individu.

14 avril

À Colombes (92), une voiture de Police est incendiée et 3 autres détériorées.

15 avril

Dans l’agglomération de Cler­mont-Fer­rand, c’est un polici­er de la BAC qui en essayant d’interpeller des indi­vidus se fait rouler sur le corps par la voiture des délin­quants, qui le trainent sur une ving­taine de mètres. Trois autres policiers sont blessés. À La Courneuve (93), un homme muni d’une arme blanche (couteau) attaque des policiers.

16 avril

À Clichy, un homme qui menaçait de mort les pas­sants avec une arme de poing est interpellé.

17 avril

Dans le 8e arrondisse­ment de Paris, le deal­er refuse le con­trôle et fonce sur les policiers. À Trappes et Mantes-La-Jolie, des policiers sont visés par des tirs de morti­er et des jets de projectiles

18 avril

À Grigny encore, les policiers sont de nou­veau pris pour cible : tirs de morti­er et jets de pro­jec­tiles à deux repris­es à leur encontre.

19 avril

À Hem (59), ce sont des motards de la Police nationale qui sont pris à par­ti par une cinquan­taine de jeunes, 2 sus­pects sont inter­pel­lés ; à Vil­leneuve-La-Garenne, un homme à mini moto chute et se blesse après avoir per­cuté un véhicule de Police.

Volée de bois vert sur les réseaux sociaux

Ce dernier fait divers met en émoi les réseaux soci­aux. Damien Rieu qui a com­men­té l’accident sur son compte Twit­ter reçoit une volée de bois vert et de nom­breuses men­aces de mort, ce qui amène des per­son­nal­ités poli­tiques à lui témoign­er son sou­tien. Les hash­tags #mor­taux­porcs, #ACAB, #Damien­Rieu, sont retweet­és plusieurs dizaines de mil­liers de fois.

Alors qu’une enseignante affirme sur son compte Twit­ter que « des policiers ont arraché la jambe d’un homme à moto », la syn­di­cal­iste poli­cière Lin­da Keb­bab dénonce « 1 tweet et trois men­songes ».

Une autre polici­er tente de calmer l’émoi sur Twit­ter :

« J’e­spère que ce jeune homme se rétabli­ra vite mais avant de crier à la “bavure” pourquoi ne s’est-il pas arrêté pour se faire con­trôler ? La moto était-elle volée ? Les col­lègues ont-ils mis un coup de por­tière ? Non ce n’est pas #Twit­ter qui fait l’enquête…Donc calmez-vous ».

Tou­jours sur Twit­ter, Tahaf Bouhafs, qui se présente comme « jour­nal­iste, plus sou­vent dans la rue qu’à la rédac », mène l’enquête (enfin, il mène son enquête). « Beau­coup de flou et d’incohérence dans la ver­sion de la Police » estime-t-il dans un tweet.

À 18h30 le 19 avril, le hash­tag #Vil­leneu­ve­La­Garenne compte 237 000 tweets.

Tou­jours le 19 avril, Pierre Sautarel, du site Fdes­ouche, pub­lie sur son compte Twit­ter le com­mu­niqué de presse de la Police à ce sujet. Il résume les faits qui y sont relatés :

« motard non casqué — moto non homo­loguée — Refus d’obtempérer — Pas de jambe coupée… — Pronos­tic vital non engagé ».

Dans la nuit du 19 au 20 avril, des dizaines de racailles agressent les forces de l’ordre. Le site News24 est le seul au matin du 20 avril à pré­cis­er que « la vio­lence a com­mencé à Vil­leneuve-La-Garenne et s’est propagée à d’autres villes et domaines à prox­im­ité ».

Le « jour­nal­iste » mil­i­tant Taha Bouhafs, venu filmer les vio­lences pro­gram­mées et prob­a­ble­ment souf­fler sur les brais­es, est inter­pel­lé par la Police. Il est relâché peu après. Les réseaux soci­aux bruis­sent à ce sujet de rumeurs vic­ti­maires plus ou moins graves. Si le jour­nal Le Parisien con­sacre un arti­cle à l’accident du jeune à moto, le jour­nal se garde de men­tion­ner le CV com­plet du jeune motard blessé. Sur son compte Twit­ter, le syn­di­cat de Police Syn­ergie Officiers est plus pro­lixe :

« Un mul­ti­ré­cidi­viste con­nu pour stups, vio­lences, agres­sion sex­uelle… pour­rit la vie d’un quarti­er depuis plusieurs nuits avec plaintes des riverains qui n’en peu­vent plus de ses rodéos en motocross. Il fuit les #policiers et écope d’une frac­ture ouverte ».

Épilogue ?

Ces élé­ments seront-ils suff­isants pour calmer l’émoi sur les réseaux soci­aux  et surtout dans les zones de non droit ? Ils illus­trent en tout cas l’extrême ten­sion dans les ban­lieues de l’immigration, prob­a­ble­ment attisée par les dif­fi­cultés par­tielles d’approvisionnement en drogue pen­dant le con­fine­ment. Une ten­sion qui ne serait pas étrangère à la prochaine prime excep­tion­nelle pour les béné­fi­ci­aires des min­i­mas soci­aux selon le jour­nal­iste Lau­rent Obertone.

Plus générale­ment, dans les médias, on trou­ve peu d’analyses sur le phénomène des vio­lences con­tre les forces de l’ordre pen­dant le con­fine­ment. Le Figaro, assez isolé, évoque dans arti­cle du 20 avril le fait que « les vio­lences con­tre la Police se mul­ti­plient ». On peut égale­ment citer les analy­ses de deux journalistes :

Lau­rent Ober­tone souligne le 16 avril au micro de Sud Radio que « la paix dans les cités (…), ça repose sur la drogue ». Il estime que les médias par­lent peu ou pas de la sit­u­a­tion chao­tique dans les banlieues :

« Toutes les nuits en Île-de-France, on a une dizaine d’in­ter­ven­tions de main­tien de l’or­dre, avec des policiers en tenue anti-émeute, des guet-apens que subis­sent les pompiers ».

Édouard Chan­ot sur le site d’information Sput­niknews con­sacre le 18 avril un arti­cle fouil­lé à la min­imi­sa­tion des ten­sions dans les ban­lieues par les pou­voirs publics.

Au vu des faits relatés et de leur cou­ver­ture médi­a­tique plus que dis­crète, on pour­rait lui souf­fler sans se tromper que les médias de grand chemin min­imisent égale­ment grande­ment les vio­lences urbaines et les agres­sions con­tre les policiers pen­dant la péri­ode de con­fine­ment. Comme si, par con­formisme et résig­na­tion, l’impossibilité pour la Police de réalis­er dans cer­tains secteurs une inter­pel­la­tion de délin­quants sans provo­quer des vio­lences de la part de sauvageons n’était plus un motif d’indignation. Sans par­ler d’une frange impor­tante de la pop­u­la­tion qui s’informe exclu­sive­ment sur les réseaux soci­aux et prend un par­ti aveu­gle pour tout mem­bre de sa com­mu­nauté sus­pec­té d’avoir été vic­time de vio­lence policière.

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