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Le difficile confinement des « quartiers » : analyse médiatique

23 mars 2020

Temps de lecture : 7 minutes
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Le difficile confinement des « quartiers » : analyse médiatique

Depuis mardi 17 mars 2020, les déplacements sont strictement réglementés en France. En tout et pour tout, 5 motifs de déplacement sont tolérés. Le décret les instituant écarte toute autre possibilité, ainsi que toute possibilité de regroupement. Si dès le 17 mars, la contravention pour non-respect de ces dispositions était majorée, il en faudra plus pour intimider une partie de la population.
Nous revenons sur le traitement médiatique de la violation délibérée et assumée de ces règles, qui, conjuguée à la persistance d’une délinquance de droit commun, aboutit à mettre en danger de nombreuses personnes, dans un point de situation arrêté le 21 mars.

Les faits divers

Les arti­cles con­sacrés au non-respect du con­fine­ment et à la délin­quance pen­dant la pre­mière semaine de restric­tion de la cir­cu­la­tion sont nom­breux. Ils démentent les pro­pos angéliques de la porte-parole du gou­verne­ment sur les ondes de RMC le 20 mars. Nous y revenons plus loin. Les arti­cles peu­vent être classés en plusieurs caté­gories : les faits divers, les analy­ses sur la délin­quance, les analy­ses con­sacrées à la poli­tique pénale et au fonc­tion­nement de la jus­tice.

Les arti­cles que nous citons vont du plus ponctuel et local à une échelle plus impor­tante, jusqu’à con­stituer un véri­ta­ble phénomène de société.

Les faits divers locaux

Par­mi les événe­ments ponctuels, on peut citer sur les réseaux soci­aux la dif­fu­sion le 18 mars une vidéo prise à Grigny où vis­i­ble­ment, « per­son­ne ne respecte l’ordre de con­fine­ment ». Le site Actu 17, qui recense de nom­breux faits divers, pub­lie le 19 mars la pho­to de deal­ers à Melun qui défient le con­fine­ment pour faire leur pub­lic­ité, équipés d’un matériel de pro­tec­tion (masques, com­bi­naisons) si sou­vent absent pour le per­son­nel soignant. « Ils sont mieux équipés que les policiers », déplore l’un d’entre eux.

À Nantes, la vente de drogue va bon train Place du com­merce, nous informe Breizh-Info le 19 mars. Les deal­ers sont bien « à leur poste, bien agglu­tinés » selon le site d’information bre­ton. Le 19 mars, c’est la Pré­fec­ture de police de Paris qui sur son compte Twit­ter nous informe que « des incendies volon­taires néces­si­tant l’intervention de pom­piers et de la police sont déclenchés » à Aulnay sous-bois. « Les auteurs irre­spon­s­ables empêchent les sec­ours d’intervenir et lan­cent des pro­jec­tiles sur les policiers ».

Le jour­nal suisse Le Temps con­sacre un arti­cle à l’impossible con­fine­ment dans la ville de Saint-Denis (93). Des policiers inter­rogés indiquent qu’ils ver­balisent avec parci­monie, pour ne pas faire de vagues. Des épiceries ser­vent de points de vente de masques dérobés à des hôpi­taux, « la revente illicite de stupé­fi­ants con­tin­ue aus­si ». Busi­ness as usu­al. Alors que sur le site inter­net du Parisien, une pub­lic­ité remer­cie les « héros dis­crets », on apprend le 19 mars que « des véhicules des agents de l’hôpital de Pois­sy ont été frac­turés pour vol­er leur mac­aron » afin de l’utiliser pour déjouer les con­trôles de police.

À Trappes, les inci­dents se mul­ti­plient, con­state Le Parisien le 19 mars. Des indi­vidus lan­cent des pro­jec­tiles con­tre les forces de l’ordre, trois policiers sont blessés lors d’un con­trôle d’attestation. Les jeunes con­trôlés con­sid­èrent selon un polici­er qu’« ils sont au-dessus de ça ».

À Roy­an, une per­son­ne présen­tant des symp­tômes du coro­n­avirus crache sur un polici­er d’après France 3. Un phénomène qui n’est pas isolé selon un syn­di­cal­iste polici­er qui s’exprime sur le site Boule­vard Voltaire.

Les faits divers à l’échelle du département

En Seine-Saint-Denis, des « jeunes enca­pu­chon­nés (…) cail­lassent policiers et pom­piers en plein con­fine­ment » le 17 mars tou­jours selon Le Parisien. Les six jeunes inter­pel­lés sont relâchés, apprend-on avec effare­ment. En Seine-et-Marne, la baisse de la délin­quance n’est pas vis­i­ble selon Actu.fr le 18 mars. Des chauf­fards alcoolisés sont inter­pel­lés, tan­dis que des voitures ont été brûlées à Dammarie-Les-Lys.

Le 18 mars, Le Figaro recense dans un arti­cle dif­férents faits divers attes­tant que « les appels au civisme et à la retenue n’ont pas été enten­dus ». Vols, escro­queries, agres­sions, querelles dans des files d’attente : les exem­ples sont nom­breux qui témoignent de cet incivisme qui se man­i­feste notam­ment en Ile-de-France, à Lyon et à Greno­ble. Dans l’Oise, Le Parisien nous apprend le 19 mars que la délin­quance n’est pas entrée en con­fine­ment « entre covid 19 et délin­quance, les forces de l’ordre sont sur tous les fronts ». En Haute-Garonne, ce sont selon La Dépêche des voitures qui sont incendiées en plein con­fine­ment.

Les faits divers à l’échelle nationale

Le Figaro con­sacre dans l’édition du 21 mars un arti­cle à « la ten­sion (qui) monte dans les quartiers sen­si­bles ». La liste des inci­dents réper­toriés 4 jours après le début du con­fine­ment est longue :
des policiers pris à par­tie par une cinquan­taine de jeunes à l’occasion d’un bar­be­cue géant à Elbeuf, des insultes con­tre des policiers par des jeunes en région lyon­naise, des con­trôles qui virent à l’échauffourée à Sav­i­gny-sur-Orge et Massy. À Chanteloup-Les-Vignes, les con­trôles sont « déli­cats », etc.

L’oisiveté des jeunes est soulignée, tout comme la dif­fi­culté de faire appli­quer les cou­vre-feux qui seraient décidés. La chaine TV Lib­ertés dresse le 19 mars le por­trait de « l’autre France du con­fine­ment ». On y apprend exem­ples à l’appui que « le con­fine­ment est le ter­rain de jeu idéal pour les petits et grands délin­quants ».

Les analyses des professionnels

Un pro­fesseur de crim­i­nolo­gie, Alain Bauer, est inter­viewé par CNews le 19 mars. Il s’attend à ce que les vols avec vio­lence sur la voie publique aug­mentent, tan­dis que le traf­ic de drogue bais­serait. Une poli­cière syn­di­cal­iste est inter­viewé le 20 mars par Le Figaro : « Dans cer­tains quartiers, les forces de l’ordre sont pris­es à par­tie et les guet-apens se pour­suiv­ent » affirme-t-elle au jour­nal­iste.

La politique pénale

Libéra­tion con­sacre le 16 mars un arti­cle au recen­trage des activ­ités de la gen­darmerie et de la police.

« Nous allons reporter sine die tout ce qui n’est pas urgent, tout ce qui n’est du fla­grant délit ». Bien que le quo­ti­di­en ne le pré­cise pas, les enquêtes en cours risquent d’en faire les frais. L’insuffisance des moyens de pro­tec­tion des forces de l’ordre est égale­ment pointée du doigt.

Le fonctionnement de la justice

L’Opinion fait le point le 18 mars sur le fonc­tion­nement de la jus­tice pen­dant la péri­ode de con­fine­ment. « Tri­bunaux fer­més, audi­ences reportées, dossiers en sus­pens : pen­dant l’épidémie, mag­is­trats et avo­cats se con­cen­trent sur l’essentiel » résume le jour­nal libéral.

Les clandestins libérés

La libéra­tion des clan­des­tins placés en cen­tre de réten­tion admin­is­tra­tive parait « inévitable » selon Le Figaro le 20 mars. Cer­tains sont d’ores et déjà relâchés, notam­ment à Bor­deaux, Toulouse et Rouen nous apprend Sud Ouest. « En même temps », on apprend que les deman­deurs d’asile sont les seuls usagers à pou­voir venir physique­ment aux guichets de la Pré­fec­ture du Rhône. Ce qui amène le jour­nal­iste Yves Mamou à réa­gir : « Même en sit­u­a­tion de guerre san­i­taire, la pri­or­ité est encore don­née à l’idéologie asi­laire. Pas de droit admin­is­tratif en France pour les per­son­nes âgées, les plus faibles, ceux qui ont besoin de la Nation ».

Au cen­tre France Terre d’asile boule­vard Ney à Paris, selon Michel Ney sur Twit­ter, les clan­des­tins se massent dans un groupe com­pact le 19 mars. Ce qui inspire ce com­men­taire à Jean-Yves Le Gal­lou, prési­dent de Polemia : « Ras­surez-moi, @Prefpolice, c’est une fake ? Et si ce n’était pas le cas, vous faites quoi pour faire respecter le con­fine­ment ? ».

La problématique du confinement

Par­mi les nom­breux arti­cles et reportages con­sacrés au non-respect du con­fine­ment imposé aux français, France 2 dif­fuse ven­dre­di 20 mars lors du jour­nal télévisé de 20 heures un reportage à ce sujet. En ce début de week­end, les fraudeurs sont à rechercher par­mi ces fran­ciliens qui cherchent à aller en province en train ou en voiture. Le maire de Nice Jean Estrosi est ensuite inter­viewé. Il évoque la fer­me­ture de la prom­e­nade des anglais, l’interdiction des regroupe­ments et le cou­vre-feu qu’il a mis en place dans la ville. Il men­tionne furtive­ment (14e minute) une « scène de pil­lage et d’émeutes dans un quarti­er à l’ouest de Nice ». Il ajoute que « le Préfet recon­nait que ce type de dis­po­si­tions peut l’aider dans l’action à men­er ». Ce sera la seule allu­sion aux règles de con­fine­ment qui ne sont pas respec­tées dans les « cités ».

La porte-parole du gouvernement :
circulez, y’a rien à voir

Guil­laume Tabard résume cette vision des choses dans l’édition du Figaro du 21 mars :

« Il serait de bon ton de point­er du doigt ces « bour­geois » par­tis sur la côte atlan­tique, mais scan­daleux de dire que les con­signes sont foulées aux pieds dans cer­taines ban­lieues de Seine-Saint-Denis ou d’ailleurs ? ».

Cela n’empêche pas le blogue Œil sur le front (Libéra­tion) de con­sacr­er le 21 mars un arti­cle sur « Com­ment l’extrême-droite veut tir­er prof­it du coro­n­avirus » en « reje­tant la faute sur l’invasion migra­toire et en deman­dant une fer­me­ture pérenne des fron­tières ». Le compte Twit­ter du mil­i­tant et lanceur d’alertes Damien Rieu et le site de revue de presse Fdes­ouche sont pointés du doigt.

Dans la con­ti­nu­ité, quand Jean-Jacques Bour­din estime sur RMC le 21 mars que le con­fine­ment est plus dif­fi­cile à faire respecter dans les ban­lieues, la porte-parole du gou­verne­ment coupe court au jour­nal­iste :

« Je vois très bien le relent qui va arriv­er. J’entends les déra­pages de cer­tains, je vous bien où ça peut vite men­er. Je préfère met­tre le holà tout de suite, il n’y a pas de moin­dre respect dans cer­tains endroits que dans d’autres en fonc­tion de l’origine sociale ou des pays d’origine de nos com­pa­tri­otes ».

Pour­tant, dès le 19 mars, Le Parisien apporte un démen­ti cinglant à cette vision édul­corée et toute macroni­enne de la réal­ité. On apprend en effet de source poli­cière que « 10% des amendes dressées dans le pays l’ont été en Seine-Saint-Denis ». Ceci bien que, selon Sput­niknews, « la police reçoit l’ordre d’éviter cer­tains quartiers sen­si­bles » et de priv­ilégi­er les con­trôles sur les grands axes.

Une vision édulcorée de la réalité

Des nom­breux arti­cles con­sacrés au sujet du con­fine­ment, il ressort que beau­coup de médias mon­trent une inca­pac­ité à désign­er par leur nom des prob­lèmes bien réels. La volon­té de ne pas stig­ma­tis­er aboutit à ne pas nom­mer les choses. Seuls cer­tains médias minori­taires ne cachent pas la réal­ité et enga­gent une analyse de fond, qui va au-delà du réc­it ponctuel des événe­ments : la per­sis­tance de la délin­quance dans cer­tains quartiers qui sont de véri­ta­bles poudrières, la vio­lence util­isée par des racailles pour déjouer des con­trôles, le non-respect délibéré des règles de con­fine­ment, les con­signes don­nées à la police pour ne pas faire de vagues et subir des rix­es.

Au final, peu de médias soulig­nent que la police aura toutes les dif­fi­cultés à faire respecter dans de nom­breux « quartiers » un nou­veau tour de vis au con­fine­ment, par des cou­vre-feux décidés par des maires. Ceci alors que cette nou­velle restric­tion de la lib­erté de mou­ve­ment pénalis­era, si elle était général­isée, l’ensemble de la pop­u­la­tion.

N’en déplaise au clergé médi­a­tique du camp du bien, l’épisode du con­fine­ment n’agit pas comme un buvard sur les tach­es de la société française. À l’inverse, il agit comme un révéla­teur des con­tra­dic­tions et de l’aveuglement de ses dirigeants : l’immigration mas­sive imposée notam­ment par la poli­tique d’asile est une pri­or­ité du gou­verne­ment, des cen­taines de mil­liers de jeunes sont désœu­vrés, le droit est appliqué de façon dif­féren­ciée en fonc­tion des secteurs géo­graphiques, la par­ti­tion du ter­ri­toire ne fait que se con­firmer. Après le con­fine­ment des per­son­nes — et comme le promet la loi Avia — la parole sera-t-elle aus­si con­finée ?

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