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Banlieue / province : le confinement recouvre deux réalités différentes

28 mars 2020

Temps de lecture : 6 minutes
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Banlieue / province : le confinement recouvre deux réalités différentes

Il y a quelques jours, nous évoquions les difficultés rencontrées par les pouvoirs publics pour faire respecter les règles de confinement au sein de certains territoires. Alors qu’après une dizaine de jours de confinement la situation est de plus en plus délicate dans les quartiers dits « sensibles », les médias rapportent que les forces de l’ordre font parfois preuve d’un zèle étonnant dans certains territoires de province, plus calmes.

Un confinement assoupli dans les “quartiers difficiles” ?

Tan­dis que de nou­velles mesures gou­verne­men­tales visant à dur­cir le con­fine­ment entraient en vigueur le mar­di 24 mars, Le Canard enchaîné révélait dès le lende­main les pro­pos tenus par le secré­taire d’État Lau­rent Nuñez lors d’une réu­nion en visio­con­férence avec les préfets de zones de défense du18 mars dernier, au cours de laque­lle ce dernier affir­mait que « ce n’est pas une pri­or­ité que de faire respecter dans les quartiers les fer­me­tures de com­merces et de faire cess­er les rassem­ble­ments ». Une infor­ma­tion reprise par Valeurs Actuelles, RT France ou encore TV Lib­ertés mais sur laque­lle la plu­part des médias de grand chemins sont restés étrange­ment silen­cieux.

Pour­tant, tout indique que la grav­ité de la sit­u­a­tion aurait mérité que cette infor­ma­tion soit dif­fusée bien plus large­ment, d’autant que les exem­ples illus­trant les dif­fi­cultés d’application du con­fine­ment dans les ter­ri­toires dif­fi­ciles sont légion. En effet, la veille, mar­di 24 mars, une poli­cière a été griève­ment blessée dans une cité de Beau­vais en rece­vant un pavé sur la tête lors d’une patrouille de con­trôle des attes­ta­tions de déplace­ment. Si cette infor­ma­tion a été abon­dam­ment reprise et com­men­tée, le plus sou­vent de manière unique­ment factuelle, il est intéres­sant de not­er à ce pro­pos que France 3 revient dessus de manière plus détail­lée dans son édi­tion régionale Hauts-de-France, reprenant les pro­pos du directeur départe­men­tal de la Sécu­rité Publique, Olivi­er Dim­pre, qui indique : « Nous avions été aver­tis que cer­taines per­son­nes ne respec­taient pas les règles dans ce quarti­er », avant d’ajouter « Y com­pris dans les quartiers iden­ti­fiés comme dif­fi­ciles, les con­trôles se passent bien puisque la grande majorité de la pop­u­la­tion fait preuve de bon sens et de civisme. Néan­moins, dans cer­tains endroits, cer­taines per­son­nes s’af­fran­chissent de ces règles, le font exprès, soit par imbé­cil­lité, soit par habi­tude ». Un con­stat à met­tre en per­spec­tive avec les pro­pos tenus par le secré­taire d’État quant aux pri­or­ités des forces de l’ordre…

Un cas qui n’est pas isolé

Ce type de fait divers n’est mal­heureuse­ment pas un cas isolé. Dans un reportage du mar­di 24 mars, le jour­nal Le Point fait état des dif­fi­cultés que ren­con­trent les policiers et les gen­darmes à tenir le con­fine­ment dans le 18e arrondisse­ment de Paris, en par­ti­c­uli­er dans les secteurs de La Chapelle et de Château-Rouge. Par­mi les fac­teurs expli­quant la réti­cence des pop­u­la­tions du secteur à respecter les règles, le com­mu­nau­tarisme et le ressen­ti­ment à l’égard de la société française sont mis en avant par le jour­nal, qui donne la parole au gérant d’une supérette située à prox­im­ité du métro La Chapelle :

« C’est une mis­sion impos­si­ble d’im­pos­er des règles à ces mecs. Et ne m’ac­cusez pas de racisme ! Je suis un blé­dard comme eux ! (…) J’es­saie de leur expli­quer com­ment leur com­porte­ment met les autres en dan­ger. Mais ils m’en­voient balad­er. Cer­tains, les plus méchants, me répon­dent qu’ils sont là pour niquer la France ».

Une logique de haine assez récur­rente dans bon nom­bre de con­trôles houleux. Récem­ment, comme l’indique Le Parisien dans un arti­cle du 25 mars, une femme con­trôlée à Longjumeau sans attes­ta­tion en règle par des policiers munic­i­paux a traité ces derniers de « sales blancs » tout en leur souhai­tant de « crev­er du Covid », avant d’être rat­trapée par des policiers de la brigade anti-crim­i­nal­ité, qu’elle a grif­fé et sur lesquels elle a craché lors de son arresta­tion. Une haine raciale très peu dis­simulée, qui fait écho à un arti­cle du jour­nal suisse Le Temps qui, le 19 mars dernier, avait indiqué que le con­fine­ment était dif­fi­cile à con­cevoir pour cer­tains habi­tants, ces derniers esti­mant même que le virus est « une fable de blancs ».

Policiers entravés

Face à cette sit­u­a­tion, les policiers se retrou­vent en grande dif­fi­culté, voire par­fois dans l’impossibilité même de men­er à bien leur mis­sion. Dans un reportage du 23 mars, France 3 Paris Ile-de-France a don­né la parole à des policiers qui, sous cou­vert d’anonymat, témoignent de leur quo­ti­di­en dif­fi­cile en cette péri­ode d’épidémie. Tous sont unanimes pour déplor­er un manque de moyens de pro­tec­tion adap­tés, et l’un d’entre eux explique :

« On tra­vaille au con­tact de gens qui con­nais­sent très bien nos points faibles alors main­tenant, c’est : si tu t’ap­proches, je te tou­sse dessus, ou me touche pas, je suis infec­té ».

Une réal­ité du ter­rain par­ti­c­ulière­ment pénible, con­fir­mée par des policiers dans l’article du Point sus­men­tion­né, qui ont con­fié au jour­nal leurs doutes quant à la capac­ité des forces de l’ordre à tenir sur la durée un con­fine­ment bien peu respec­té :

« Je plaide pour un con­fine­ment total et la mise en place d’un cou­vre-feu (…) La sit­u­a­tion est absol­u­ment ingérable ».

C’est aus­si l’avis de Michel Aubouin, ancien préfet de l’Essonne, qui affirme red­outer « une explo­sion » dans une inter­view accordée ce jeu­di 26 mars au jour­nal Mar­i­anne. Ce spé­cial­iste des vio­lences urbaines ne se dit pas sur­pris par les con­signes de lax­isme de Lau­rent Nuñez rap­portées par Le Canard enchaîné, expli­quant que

« le fond du prob­lème, c’est la dif­fi­culté des forces de police à faire respecter le con­fine­ment. En réal­ité, per­son­ne ne veut avouer qu’on ne peut pas inter­venir dans les cités, ce qui est déjà très com­pliqué en temps nor­mal. D’autant que de nom­breux effec­tifs sont mobil­isés sur le con­fine­ment ailleurs, ce qui empêche tout ren­force­ment de la présence poli­cière dans ces quartiers ». Il ajoute égale­ment que « le cli­vage paraît encore plus grand entre la société française et ceux qui vivent à ses marges, et dont cer­tains ali­mentent par­fois une haine de la France. C’est pour cela que le pou­voir fait une erreur s’il con­sid­ère qu’il faut traiter dif­férem­ment ces ter­ri­toires, alors qu’ils font par­tie de la société française ».

Une sit­u­a­tion pour­tant con­nue de tous, notam­ment chez les décideurs publics, et même admise à demi-mots par cer­tains médias pour­tant peu cri­tiques du pou­voir. C’est ain­si que même BFMTV recon­naît le 25 mars que « dans les faits pour­tant, les mesures de con­fine­ment liées au coro­n­avirus sont plus faciles à faire respecter dans cer­tains quartiers que d’autres. Loge­ments surpe­u­plés, édu­ca­teurs soci­aux con­finés ou délin­quance ne favorisent pas l’application en ban­lieue des restric­tions mis­es en place depuis dix jours pour lut­ter con­tre la prop­a­ga­tion du virus ». Et d’achever son arti­cle en indi­quant que la majorité des préfets exclu­ent pour l’heure d’imposer un cou­vre-feu, citant le préfet de Seine-Saint-Denis, pour qui il s’agit « d’une car­touche qu’il faut garder » et rap­pelant qu’une source poli­cière indique : « on fait tout pour éviter de déclencher des émeutes ».

Enfin, le crim­i­no­logue Xavier Raufer explique dans Atlanti­co ce 26 mars que la faib­lesse numérique des effec­tifs de police est sans doute la rai­son per­me­t­tant de mieux com­pren­dre « le con­fine­ment light, dans la périphérie parisi­enne et autres secteurs “chauds” (Mar­seille… Lille-Roubaix-Tour­co­ing), qu’an­nonce Le Canard Enchainé ».

Une inégalité de traitement avec la France périphérique

Si la sit­u­a­tion s’avère par­ti­c­ulière­ment com­plexe à gér­er dans cer­taines ban­lieues au point que les autorités y con­cè­dent un con­fine­ment « amé­nagé », la sit­u­a­tion est bien dif­férente sur le reste du ter­ri­toire, notam­ment au cœur de la France des zones rurales et péri­ur­baines. Là-bas, les mesures de con­fine­ment y sont appliquées avec bien plus de zèle, par des forces de l’ordres plus enclines à réprimer les con­trevenants. Si la loi doit bien évidem­ment être la même pour tous, la dis­tor­sion de plus en plus vis­i­ble entre les ter­ri­toires donne le sen­ti­ment d’un « deux poids, deux mesures » aux pop­u­la­tions qui y rési­dent.

Ain­si Le Point reve­nait le 21 mars dernier sur la dif­fi­culté ren­con­trée par les maires à faire respecter le con­fine­ment à la cam­pagne, en com­para­nt de manière un peu hasardeuse quelques bravades d’habitants ruraux à la sit­u­a­tion beau­coup plus ten­due dans les grandes villes : « à l’in­star de ce qui se passe dans les grandes aggloméra­tions, les habi­tants des champs ont du mal à respecter le con­fine­ment et con­tin­u­ent de se promen­er dans les rues comme si de rien n’était », citant les pro­pos du Directeur général des ser­vices de la ville de Com­mer­cy (6000 habi­tants) qui déplore que « à la cam­pagne, les lim­ites imposées sont même plus dif­fi­ciles à com­pren­dre. Cer­tains habi­tants par­tent seuls en forêt faire de l’af­fouage, on a un retraité qui tous les jeud­is va à la pêche en soli­taire. Com­ment lui expli­quer que même cela pose prob­lème ? ». Et l’on apprend, un peu plus loin dans l’article, que la brigade de gen­darmerie de ce petit bourg teste actuelle­ment un drone qui servi­ra à repér­er les con­trevenants. Ajou­tons que la zone de com­pé­tences de la gen­darmerie représente 95% du ter­ri­toire nation­al, pour seule­ment 50% de la pop­u­la­tion, ce qui rend plus sim­ples les con­trôles et laisse donc entrevoir une cer­taine dis­pro­por­tion entre la réal­ité des infrac­tions et les moyens util­isés. CNews, dans un reportage, a souligné que les actions ver­bal­isées rel­e­vaient plus d’une cer­taine indif­férence aux règles de con­fine­ment qu’à une logique pro­pre­ment délin­quante. Et pour­tant, ici, il n’est pas ques­tion d’excuse ou de recours à des médi­a­teurs : toute dérive se voit immé­di­ate­ment sanc­tion­née avec une fer­meté revendiquée.

C’est égale­ment ce que con­state Le Parisien dans un arti­cle du 24 mars con­sacré aux procès-ver­baux jugés injustes et con­testés par de plus en plus de per­son­nes, avec des exem­ples par­fois assez cocass­es, comme un cou­ple d’Apt, dans le Vau­cluse, ver­bal­isé pour avoir promené un lapin en laisse.

Dans cer­taines com­munes néan­moins, comme à Sanary-sur-Mer (Var), ce sont par­fois les autorités locales qui font du zèle et vont encore plus loin que les pré­con­i­sa­tions du Gou­verne­ment. Ain­si le maire de la ville a pris un arrêté pour sanc­tion­ner quiconque sor­ti­rait d’une boulan­gerie en ayant acheté moins de deux baguettes. Un autre, édile d’une com­mune de 3000 habi­tants dans le Libour­nais a décidé d’un cou­vre-feu entre 20h et 5h du matin, comme l’indique Sud Ouest, alors que dans le même temps, le site actu.fr nous informe que le préfet de Seine-Saint-Denis a empêché la Ville d’Aubervilliers d’instaurer un cou­vre-feu, con­sid­érant celui-ci comme « non adap­té à la sit­u­a­tion »…

Dif­fi­cile, dans ces con­di­tions, de ne pas soulign­er les signes évi­dents d’une iné­gal­ité de traite­ment entre cer­tains « ter­ri­toires » et cer­taines « pop­u­la­tions », alors que la crise san­i­taire qui nous touche devrait con­cern­er le pays dans son ensem­ble.

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