Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
Samuel Laurent et le Bondy Blog : le beur, l’argent du beur et le Ministère de la Vérité

12 janvier 2017

Temps de lecture : 5 minutes
Accueil | Veille médias | Samuel Laurent et le Bondy Blog : le beur, l’argent du beur et le Ministère de la Vérité

Samuel Laurent et le Bondy Blog : le beur, l’argent du beur et le Ministère de la Vérité

À l’occasion d’une « Masterclass », le Bondy Blog a reçu Samuel Laurent, journaliste au Monde et responsable de la rubrique « Les Décodeurs », qui s’est érigée en véritable Ministère de la Vérité. L’occasion pour le journaliste, qui a posé ses valises au quotidien du soir en 2010, d’expliquer à un jeune public en quoi sa méthode de « fact-checking » est efficace… et dépourvu de toute subjectivité. Vraiment ?

Le but des Décodeurs ? Offi­cielle­ment : véri­fi­er les rumeurs et les intox, ou encore la vérac­ité des pro­pos tenus par des per­son­nages publics. La rubrique, lancée en 2014 sur le site du Monde, était à l’o­rig­ine un blog lancé fin 2009 par Nabil Wakim, à l’époque jour­nal­iste au ser­vice poli­tique du quo­ti­di­en. En 2014 donc, « la direc­tion a vu dans les Décodeurs un pro­duit d’appel pour amen­er des lecteurs au jour­nal mais par rap­port à l’audience du monde.fr, on s’est ren­du compte qu’on avait un pub­lic dif­férent qui n’avait pas les mêmes con­nais­sances », explique Samuel Lau­rent.

Aujour­d’hui, c’est une rédac­tion à part entière, de 13 per­son­nes, qui œuvre à cette « mis­sion de data-jour­nal­isme. » Issu de l’é­cole de jour­nal­isme de Greno­ble, sa ville natale, Samuel Lau­rent voit bien l’en­jeu de cet out­il pour les mois à venir. D’après lui, l’élec­tion de 2017 « va se jouer sur inter­net ». Ain­si les Décodeurs vont-ils tout faire pour influer sur les grandes ten­dances numériques… à leur manière.

Voir aussi [Portrait] Samuel Laurent : l’automate de la pensée algorithmique

De l’information à la propagande

À écouter le jour­nal­iste, ancien du Figaro, l’ob­jec­tif prin­ci­pal de la rubrique est d’« expli­quer au pub­lic pour qu’il appréhende mieux ce qui se passe et lui don­ner des élé­ments de com­préhen­sion ». « On essaye de taper sur les idées reçues et d’interroger la pro­duc­tion des chiffres par exem­ple », ajoute-t-il. Mais depuis jan­vi­er 2015 et l’at­taque de Char­lie Heb­do (suiv­ie par d’autres atten­tats islamistes), sa mis­sion a pris une autre tour­nure : démolir les nom­breuses « théories du com­plot » : « Nous, jour­nal­istes, nous ne sommes plus les seuls à apporter de l’information. J’ai ten­dance à penser qu’il faut démon­ter une rumeur et en par­ler parce que les médias ne sont plus la prin­ci­pale source d’information », estime-t-il.

Le tout, évidem­ment, en étant « le plus neu­tre pos­si­ble ». Et pour M. Lau­rent, cette qual­ité est garantie par le fait de « se con­cen­tr­er sur les détails », sur les faits. Ain­si, pour 2017, l’équipe est en train de con­stituer « une base de don­nées de sites hoax ». Mais quelle est la fia­bil­ité de cette méth­ode, qui pose de nom­breuses ques­tions ? Sur quels critères juge-t-on qu’un site est un « site-hoax » ? La rubrique elle –même n’est elle pas une forme de site hoax ? Et, d’une manière plus générale, à par­tir de quel moment estime-t-on qu’une per­son­ne ment, se trompe ou dis­simule la vérité ? Qui détien­dra les clés du Min­istère de la Vérité ? Qui décidera ce qui est un fait et ce qui est un faux ?

Il suf­fit de se pencher sur les arti­cles du site pour se con­va­in­cre du car­ac­tère sub­jec­tif… de leur objec­tiv­ité. À com­mencer par les thèmes abor­dés : la rédac­tion se tourne davan­tage vers cer­tains domaines que vers d’autres. Si les jour­nal­istes sont très pro­duc­tifs con­cer­nant l’« extrême-droite », la droite, la « fachos­phère » ou encore tout pro­pos de nature pop­uliste ou con­ser­va­teur, elle l’est beau­coup moins au sujet de la gauche, de l’ul­tra-gauche et de toute idée libérale, pro­gres­siste ou lib­er­taire.

Une fois les sujets des arti­cles par­cou­rus, on peut aus­si se ques­tion­ner sur les méth­odes employées pour traiter chaque ques­tion. En févri­er 2014, les Décodeurs dénon­cent d’emblée les « élu­cubra­tions » d’Éric Zem­mour. Sur le plateau d’i>Télé, le chroniqueur avait bran­di un doc­u­ment pour point­er le parte­nar­i­at entre l’Éducation Nationale et la « Ligne Azur », ser­vice télé­phonique pour ado­les­cents en quête d’ori­en­ta­tion sex­uelle. Or dans l’ar­ti­cle du Monde, Samuel Lau­rent recon­naît que les affir­ma­tions du chroniqueur sont vraies. Le prob­lème pour Samuel Lau­rent ? Le papi­er bran­di par Zem­mour à l’an­tenne était une cap­ture d’écran du site Égal­ité & Réc­on­cil­i­a­tion, dirigé par Alain Soral ! Juger le mes­sage en fonc­tion du mes­sager, un procédé bien curieux pour un site voulant se con­cen­tr­er unique­ment sur les « faits ».

Un autre exem­ple : celui de la sor­tie de l’eu­ro. Pour traiter cette ques­tion ô com­bi­en com­plexe et sujette à débat, les Décodeurs n’ont rien trou­vé de mieux que Maxime Vau­dano, un jeune jour­nal­iste pré­ten­dant met­tre d’ac­cord les écon­o­mistes… Évidem­ment, il était ques­tion de décrédi­bilis­er et mar­gin­alis­er les par­ti­sans d’une sor­tie de la zone euro. Mais l’au­teur n’au­ra pas atten­du longtemps avant de se voir cor­riger par l’é­con­o­miste Jacques Sapir, pointant un arti­cle bour­ré d’er­reurs « par­fois si énormes, que l’on se demande s’il ne ressort pas d’une rubrique humoris­tique ».

Sans par­ler des nom­breuses attaques de la rubrique con­tre la Manif pour Tous, dont Samuel Lau­rent a qual­i­fié les argu­ments de « mau­vais » (dès le titre). Pas vrais, pas faux, mais « mau­vais » ! La mora­line est là et l’honnêteté atten­dra, sauf à con­sid­ér­er qu’elle n’é­tait pas atten­due, à com­mencer par l’au­teur lui-même qui, sur son compte Twit­ter, a posté à pro­pos de cet arti­cle : « Je ne le dis pas sou­vent, mais là je suis plutôt con­tent de ma petite enquête… » De même lorsqu’il qual­i­fie (dans le titre tou­jours) les pro­pos des opposants à la théorie du genre de « fan­tasmes ». Des faits, rien que des faits, qu’ils dis­aient…

Dans un reg­istre qua­si bur­lesque les Décodeurs rail­laient le 9 sep­tem­bre 2016 les « invraisem­blables intox sur la san­té d’Hillary Clin­ton » avant de rétropé­daler deux jours plus tard… après le malaise de la can­di­date atteinte d’une pneu­monie.

Bondy Blog, la banlieue parle aux bobos

Con­cer­nant le Bondy Blog, pour lequel il s’ex­pri­mait, le site com­mu­nau­taire affiche un pedi­gree guère plus reluisant. À l’o­rig­ine, le site a été créé par le jour­nal­iste suisse Serge Michel en novem­bre 2005, avec pour objec­tif d’être « un média en ligne qui a pour objec­tif de racon­ter les quartiers pop­u­laires et de faire enten­dre leur voix dans le grand débat nation­al. » Après plus de 10 ans d’ex­is­tence, le con­stat est tout autre.

Le Bondy Blog se présente comme étant la voix des ban­lieues, mais avec un prisme non dis­simulé qui vire sou­vent à la haine de la France. Avec une audi­ence pour­tant très réduite, le blog n’en demeure pas moins large­ment sub­ven­tion­né par des fonds publics, via l’Agence nationale pour la cohé­sion sociale et l’égalité des chances ou grâce à une prise en charge par cer­taines munic­i­pal­ités de gauche, mais aus­si par des fonds privés, comme Yahoo! ou encore le mil­liar­daire Marc Ladre­it de Lachar­rière, PDG du groupe Fimalac. Voir l’infographie de Fimalac ici.

Voir aussi : [Dossier] « Bondy Blog – La banlieue parle aux bobos »

Il est éton­nant de voir un site se présen­tant comme un adver­saire des médias main­stream, accusés de véhiculer des idées car­i­cat­u­rales sur la ban­lieue, pass­er des parte­nar­i­ats avec cer­tains d’en­tre eux, comme Libéra­tion (dont la rédac­tion est blanche comme un bidet) ou encore servir de cou­veuse à de jeunes « jour­nal­istes » des­tinés à aller, plus tard, rem­plir les quo­tas de « diver­sité » des grands médias.

Où les Frères apparaissent derrière le Bondy Blog

Enfin, d’un point de vue édi­to­r­i­al, le Bondy Blog se dis­tingue par­ti­c­ulière­ment par sa défense acharnée de l’is­lam, par­fois de l’is­lam rad­i­cal avec ses reven­di­ca­tions com­mu­nau­taires en toile de fond. Tout récem­ment encore, Gilles Kepel, directeur de la chaire Moyen-Ori­ent-Méditer­ranée à l’École nor­male supérieure et pro­fesseur à Sci­ences-Po, était inter­rogé par des jour­nal­istes du blog. Ces derniers l’ont « accusé pen­dant tout l’entretien d’être islam­o­phobe ! », s’est-il plaint. Et d’a­jouter : « Ils ne par­laient jamais des atten­tats et unique­ment de l’islamophobie : les femmes voilées traînées par terre, la société française islam­o­phobe, etc. »

« J’ai com­pris depuis lors que le Bondy Blog avait été totale­ment repris en main par cette frange frériste qui a fait de l’ “islam­o­pho­bie” son prin­ci­pal slo­gan. Pour les Frères Musul­mans, dans la mou­vance de Tariq Ramadan, comme pour Mar­wan Muham­mad (le directeur exé­cu­tif du CCIF), il y a une volon­té man­i­feste de mobilis­er cette jeunesse musul­mane en occul­tant le phénomène des atten­tats, en se refu­sant à le penser », a‑t-il pour­suivi. De quoi expli­quer beau­coup de choses…

À lire pour aller plus loin :

Sur le même sujet

Related Posts

None found

Les réseaux Soros
et la "société ouverte" :
un dossier exclusif

Tout le monde parle des réseaux de George Soros, cet influent Américain d’origine hongroise qui consacre chaque année un milliard de dollars pour étendre la mondialisation libérale libertaire.

En effet, derrière un discours "philanthropique" se cache une entreprise à l'agenda et aux objectifs politiques bien précis. Mais quelle est l’étendue de ce réseau ?

Pour recevoir notre dossier rejoignez nos donateurs (avec un reçu fiscal de 66% de votre don).

Derniers portraits ajoutés

Abel Mestre

PORTRAIT — Faut-il class­er Abel Mestre dans la caté­gorie jour­nal­iste ? Abel Mestre con­stitue à lui seul un fourre-tout de l’extrême extrême-gauche, allant du stal­in­isme à l’anarchisme en pas­sant par le trot­skisme expéri­men­tal et l’action de rue.

Sophia Aram

PORTRAIT — Issue d’une famille d’o­rig­ine maro­caine, Sophia Aram est née à Ris-Orangis (Essonne) le 29 juin 1973. Sophia Aram s’ini­tie à l’art de l’im­pro­vi­sa­tion dans les étab­lisse­ments sco­laires de Trappes puis au sein de la com­pag­nie « Déclic Théâtre », où elle côtoie Jamel Deb­bouze.

Christophe Ono-dit-Biot

PORTRAIT — Né en jan­vi­er 1975 au Havre, Christophe Ono-dit-Biot a fait Hypokhâgne et Khâgne au lycée Jan­son-de-Sail­ly, à Paris, puis un DEA de Lit­téra­ture com­parée sur les écrivains fin de siè­cle « déca­den­tistes ». Il est agrégé de let­tres mod­ernes (2000).

Ali Baddou

PORTRAIT — Ali Bad­dou n’est pas seule­ment présen­ta­teur-jour­nal­iste et pro­fesseur de philoso­phie poli­tique à Sci­ences-Po. Ce mem­bre de l’hyperclasse mon­di­ale est avant tout au cœur des réseaux de pou­voir maro­cains, français (mit­ter­ran­di­ens et social­istes) et médi­a­tiques.

Johan Hufnagel

PORTRAIT — Bien qu’il n’ait, pour un jour­nal­iste, pas écrit grand chose, Johan Huf­nagel n’en est pas moins par­venu à se hiss­er aux postes clés des médias où il a posé ses valis­es. Il n’y a là rien d’é­ton­nant : son secteur d’ac­tiv­ité n’est ni l’in­ves­ti­ga­tion, ni même la sim­ple rédac­tion, mais le numérique.

"Le partage, c'est le secret du bonheur."

Sylvain Augier, reporter, animateur de radio et de télévision