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Facts <span class="amp">&</span> Furious : avis de disparition de fact checkeurs

4 décembre 2022

Temps de lecture : 4 minutes
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Facts & Furious : avis de disparition de fact checkeurs

4 décembre 2022

Temps de lecture : 4 minutes

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L’actualité du journalisme ressemble de plus en plus souvent à une chronique judiciaire. La disparition aussi brutale que soudaine du site de vérification des faits « Facts & Furious » sera peut-être suivie par des procès intentés à l’encontre de certains de ses détracteurs, suite à des plaintes déposées par son ancien dirigeant. Nous faisons un point d’étape sur cette affaire dont le buzz dépasse désormais les réseaux sociaux.

Facts & Furious, fausse agence de vérification

La société Facts & Furi­ous avait jusqu’à sa dis­pari­tion récente comme objec­tif affiché de lut­ter con­tre la dés­in­for­ma­tion, en réal­isant des « fact-check­ings », des véri­fi­ca­tions de faits, comme le font cer­tains ser­vices spé­cial­isés de médias de grand chemin, comme l’AFP Factuel, Check­news de Libéra­tion, Vrai ou Fake sur France Info, etc..

Le dif­férend qui oppose l’ancien dirigeant de la société Facts & Furi­ous à Idriss Aberkane et Xavier Azal­bert de France soir s’inscrit dans le con­texte plus large de l’opposition à la poli­tique san­i­taire du gou­verne­ment en matière de lutte con­tre le Covid-19. D’un côté, les uns sont taxés de com­plo­tistes, de l’autre, les autres sont accusés de défendre une parole offi­cielle qui a plusieurs fois été démen­tie (non trans­mis­sion du virus par les per­son­nes vac­cinées, etc.).

Un enchainement des faits rapides

Le 22 novem­bre 2022, Idriss Aberkane inter­viewe Malli­ka Daoust, l’ancienne com­pagne d’Antoine Daoust, lui-même ancien prési­dent de “Facts and Furi­ous”. Idriss Aberkane indique que « Malli­ka, que nous inter­viewons, a voulu lancer l’alerte con­cer­nant le fonc­tion­nement de Fact and Furi­ous, comme per­son­ne morale (…) Ce que nous démon­tre Malli­ka, c’est l’ex­is­tence la plus vraisem­blable d’un réseau d’in­flu­ence, d’une col­lec­tion d’of­ficines qui se présen­tent comme indépen­dantes mais qui en réal­ité tra­vail­lent de la façon la plus coor­don­née dans le but de dis­créditer des cibles iden­ti­fiées à l’a­vance. Selon elle, dans ce réseau, “Fact and Furi­ous” n’au­ra été qu’un pion de plus, manip­ulé plus que manipulateur ».

Au cours de l’interview, Malli­ka Daoust y fait quelques déc­la­ra­tions peu amènes sur son ancien com­pagnon et sa pra­tique professionnelle.

Le lende­main, André Bercoff reçoit lors de son émis­sion quo­ti­di­enne sur Sud radio Idriss Aberkane pour qu’il s’exprime au sujet des déc­la­ra­tions de Malli­ka Daouste.

Peu de temps après, le site inter­net de la société Facts and Furi­ous est fer­mé, tout comme dis­parait la notice de l’entreprise de fact-check­ing sur l’encyclopédie en ligne Wikipédia.

Sur Twit­ter, l’économiste Philippe Mur­er réag­it : « Le fon­da­teur de Fact and Furi­ous, inter­dit ban­caire, vio­lences con­ju­gales, sans aucune com­pé­tence, sans expéri­ence ni qual­i­fi­ca­tion jour­nal­is­tique devient en 1 mois factcheckeur validé par l’AFP, cité par tous ces médias AFP, Reuters, Libé, Le Parisien, France Info, Le Monde ».

Le 28 novem­bre, par souci de don­ner une parole con­tra­dic­toire, André Bercoff inter­viewe lors de son émis­sion Thomas Durand, un fact checkeur qui serait égale­ment ciblé par la « cam­pagne de dén­i­gre­ment », comme la qual­i­fie Con­spir­a­cy watch, afin de lui per­me­t­tre d’apporter sa ver­sion des faits.

Antoine Daoust pub­lie sur compte Twit­ter avant de le sup­primer un com­mu­niqué de presse daté du 26 novem­bre dans lequel il indique notam­ment subir une cam­pagne de har­cèle­ment depuis plusieurs mois. Il annonce égale­ment avoir procédé à la dis­so­lu­tion de Facts & Furi­ous le 10 novem­bre et avoir déposé des plaintes, sans pré­cis­er à l’encontre de qui.

Dans un arti­cle du 28 novem­bre, le site France Soir con­sacre un long arti­cle à la société “Facts and furi­ous”. Après un développe­ment sur les rela­tions entre Antoine Daoust et son anci­enne com­pagne, l’activité de la société est enfin abor­dée. Son ascen­sion rapi­de est soulignée, tout comme son adoube­ment par des médias de grand chemin con­nus. Le jour­nal­iste de France Soir indique que rapi­de­ment après la créa­tion de la société, le min­istère de la Cul­ture lui a délivré un cer­ti­fi­cat « IPG » « lui octroy­ant le pré­cieux statut de site « d’information poli­tique et générale ».

Riposte immédiate

Les réac­tions à gauche ont été égale­ment rapi­des. Le 26 novem­bre, le site Con­spir­a­cy Watch pub­lie un bil­let cri­tique vis-à-vis de Xavier Azal­bert et d’Idriss Aberkane. Dans celui-ci sont dénon­cées des « pseu­do-révéla­tions » et « une cam­pagne de dén­i­gre­ment des « fact-checkeurs » par la « com­plosphère ».

2 jours plus tard, Libéra­tion con­sacre un arti­cle aux « dérives et les coups tor­dus de la sphère com­plo­tiste française ». Il est résumé de la façon suiv­ante dans le cha­peau : « Depuis une semaine, le youtubeur Idriss Aberkane et la plate­forme con­spir­a­tionniste France Soir con­cen­trent leurs attaques sur un petit site indépen­dant de fact-check­ing. Une offen­sive, selon nos infor­ma­tions, qui s’est dou­blée d’une ten­ta­tive de France Soir de met­tre la main sur la pub­li­ca­tion ».

On y apprend qu’« Antoine Daoust, qui avait déjà porté plainte con­tre son épouse, annonce avoir égale­ment porté plainte con­tre Idriss Aberkane et Xavier Azal­bert, ain­si que son inten­tion d’attaquer égale­ment Didi­er Raoult pour avoir relayé la vidéo le met­tant en cause ».

Sur Twit­ter, on apprend le 25 novem­bre par Manoutel­la que « @citoyencovid a exhumé 271k fichiers de l’or­di­na­teur de @DaoustMalika, (…). Analyse en cours avec @france_soir ».

Épilogue judiciaire

Dans cette affaire, la con­fronta­tion d’idées sur la réelle plus-val­ue et le rôle des sites et ser­vices de fact-check­ing aura-t-elle lieu après le tra­vail d’analyse des fichiers de Fact & Furi­ous, présen­té comme étant en cours ? Ou n’y aura-t-il sim­ple­ment que jux­ta­po­si­tions de réquisi­toires au tri­bunal, pour que le juge tranche s’il y a eu diffama­tion ou toute autre incrim­i­na­tion pénale ?

Force est de con­stater que l’actualité des médias tourne décidé­ment de plus en plus sou­vent à la chronique judi­ci­aire. Les plaintes déposées suite à des affaires médi­atisées se mul­ti­plient ces derniers temps. On pense aux qua­tre plaintes déposées récem­ment par le député LFI Car­los Martens Bilon­go, une pour “injures publiques” et trois pour “diffama­tion”, suite à « l’affaire de Four­nas », large­ment médi­atisée et mon­tée en épingle.

On peut égale­ment citer à la suite de l’émission Face à baba sur C8 le 21 octo­bre les plaintes déposées par Nadiya Laz­zouni con­tre Nadine Mora­no, Has­san Chal­ghou­mi et Gilles Pla­tret pour diffama­tion et injure publique, et Albert Nol­let de Riposte laïque pour diffama­tion, injure publique, inci­ta­tion à la haine raciale et à la discrimination.

Une note d’humour cepen­dant : la « famille France Soir » annonçait le 28 novem­bre la nais­sance – lim­itée pour le moment à un compte Twit­ter — de Facts and Seri­ous, un site où, selon ses créa­teurs « l’in­tel­li­gence indi­vidu­elle et col­lec­tive sera mise au ser­vice d’un “factcheck­ing” col­lab­o­ratif et par­tic­i­patif : “le Crowd­FactCheck­ing” ».

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