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Prix Renaudot à Aude Lancelin : FOG et Besson à la manœuvre

14 novembre 2016

Temps de lecture : 3 minutes
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Prix Renaudot à Aude Lancelin : FOG et Besson à la manœuvre

Dans le monde concurrentiel de la presse papier en déclin, tous les moyens sont bons pour achever un rival à l’agonie.

Jeu­di 3 novem­bre 2016, Aude Lancelin, ex-direc­trice adjointe de la rédac­tion de L’Obs, licen­ciée en mai, rece­vait le prix Renau­dot de l’es­sai pour son livre Le Monde libre, une charge con­tre son ancien employeur. Une récom­pense qui pour­rait paraître banale si elle n’avait pas été fomen­tée en coulisse par Franz-Olivi­er Gies­bert et Patrick Besson, respec­tive­ment ex-directeur (devenu con­seiller) et chroniqueur du Point, le con­cur­rent de L’Obs.

Car dans son livre, Aude Lancelin assas­sine son ancien jour­nal, dénonçant sa mol­lesse poli­tique, ses con­nivences, comme l’in­flu­ence des action­naires sur la ligne édi­to­ri­ale. Faire à nou­veau par­ler de ce livre via la remise d’un prix (qui oblig­erait en out­re L’Obs à traiter l’in­for­ma­tion) était donc une véri­ta­ble aubaine pour Le Point, rap­porte Libéra­tion. Qui plus est, le jury du prix Renau­dot compte égale­ment dans ses rangs Jérôme Garcin, patron du ser­vice cul­ture de L’Obs, bien embêté d’avoir ain­si à assis­ter au sacre d’un livre qui démolit son pro­pre jour­nal.

Il fal­lait donc met­tre le paquet, en coulisse comme sur le papi­er. Dans un arti­cle récem­ment pub­lié sur le site du Point, Besson a donc chan­té les louanges de Lancelin et de son livre, un « texte brûlant et scin­til­lant que doivent acquérir d’urgence tous les gens ayant ou ayant eu la pas­sion du jour­nal­isme ». La manœu­vre n’a pas raté. En interne, à L’Obs, on admet que ce livre, et ce prix, ont fait beau­coup de mal. « C’est rageant de voir Aude aller défendre son livre dans les colonnes du Jour­nal du dimanche, donc chez Lagardère, ou chez Bour­din sur RMC, donc chez Drahi. Tous ces gens sont ravis de nous chi­er dans les bottes et Aude le sait très bien. Je com­prends qu’elle soit en colère, mais elle a encore des amis dans le jour­nal, qui vivent grâce à lui. Dans son livre, elle n’a aucune phrase pour saluer le tra­vail des gens de la rédac­tion. Elle a décidé de brûler la baraque », peste un jour­nal­iste cité par Libé.

Dans les couloirs de l’heb­do­madaire, tout le monde a lu le livre. Tous se le passent, le com­mentent. D’après Libéra­tion, « la plu­part des salariés à qui nous avons par­lé trou­vent que la vie du jour­nal y est racon­tée avec tal­ent, mais esti­ment que le texte, à charge, est trop dur », notam­ment le traite­ment réservé à Jean Daniel, cofon­da­teur du titre, ou encore au directeur de la rédac­tion, Matthieu Crois­sandeau. « Matthieu est rejeté parce que tout le monde le voit comme inféodé aux action­naires, pense qu’il a raté les développe­ments et ne fait que des sac­ri­fices financiers. Il est vu comme un patron, et un patron qui a échoué. Mais diriger un heb­do général­iste n’est pas facile aujourd’hui. Les rédac­teurs fer­ment les yeux sur les dif­fi­cultés de la presse. Ce n’est pas seule­ment Crois­sandeau qui est en cause, c’est aus­si le marché. On vit une crise économique », com­mente ain­si un cadre du jour­nal.

Car la sit­u­a­tion économique du mag­a­zine est loin d’être reluisante. Entre juil­let 2015 et juin 2016, les ventes du titre ont plongé de 15 % sur un an, chutant de 450 000 à 382 000 exem­plaires en moyenne par semaine. En interne, « l’am­biance est cat­a­strophique. Plom­bée, plom­bée, plom­bée ». Dernière­ment, la direc­tion a dû lancer un plan social prévoy­ant le départ volon­taire de 42 per­son­nes dont 38 jour­nal­istes d’i­ci décem­bre. Depuis, deux motions de défi­ance ont été pronon­cées con­tre la direc­tion et l’on est passé à deux doigts de la grève, évitée grâce à quelques com­pro­mis.

L’af­faire du licen­ciement (qui était bien poli­tique) d’Aude Lancelin, gauchiste revendiquée, en mai dernier est donc tou­jours bien présente dans les esprits. Pour Le Point, faire couron­ner l’ou­vrage de la jour­nal­iste et le propulser à nou­veau sous le feu des pro­jecteurs était donc l’oc­ca­sion rêvée de porter le coup de grâce à un con­cur­rent direct.

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