Accueil | Portraits | Patrick Drahi

Patrick Drahi

Un empire au cœur du système

À la tête d’un empire économique colossal, Patrick Drahi a commencé à s’intéresser aux médias à partir des années 2000, rachetant Libération, L’Express, L’Expansion, Studio Ciné Live, Lire, Mieux vivre votre argent, Classica, etc., avant de lorgner vers le groupe NextRadioTV. À n’en pas douter, il est, et restera peut-être longtemps un homme clé des médias, à moins que son empire à crédit ne s’effondre comme un château de cartes… En attendant, l’Ojim a pris soin de réunir tout ce que l’on sait sur lui pour dresser le portrait le plus précis et le plus complet réalisé à ce jour.

Le point de vue de Bernard-Hen­ri Lévy : « Français d’âme et de cœur et ressor­tis­sant suisse, citoyen israélien né à Casablan­ca, Cit­i­zen Drahi rég­nant sur ce ter­ri­toire sans lim­ite ni fron­tière que nous assig­nent les tech­nolo­gies dont vous êtes l’industriel, vous êtes aus­si l’un de ces “Gidi­ens” que l’“idéologie française” réprou­ve depuis un siè­cle mais dont nous avons cru­elle­ment besoin en ces temps de lour­deur indigène et d’étouffement chau­vin – vous êtes l’un de ces citoyens du monde impos­si­bles à assign­er à une “souche”, à enfer­mer dans une appar­te­nance, à épuis­er dans l’un de ces trois “n” (le natal, le nation­al, le naturel) », « Patrick Drahi, les Juifs et l’argent », crif.org, 14/05/2015.

Patrick Drahi est né en août 1963 à Casablan­ca dans une famille de la com­mu­nauté juive de la ville. Son grand-père « était tailleur, ils ont tous hérité du “gène” des maths. Il compte sept ascen­dants qui ont été pro­fesseurs de maths, dont ses deux par­ents ! ». Durant la Sec­onde Guerre mon­di­ale, à la suite des lois pris­es en 1941 par le gou­verne­ment de Vichy restreignant l’accès des Juifs à cer­taines pro­fes­sions, son père est ren­voyé de l’école où il exerçait parce qu’il « n’était plus assez français » (Patrick Drahi, l’insatiable mil­liar­daire des télé­coms », tempsreel.nouvelobs.com, 04/04/2014.

Patrick Drahi et ses par­ents arrivent en 1978 à Mont­pel­li­er.

La famille Drahi

Patrick se marie civile­ment en 1990 à Paris, avec une Syri­enne ortho­doxe et étu­di­ante en médecine, Lina (Zenie de son nom de jeune fille) ren­con­trée lors d’une soirée étu­di­ante. Selon le Wall Street Jour­nal, Patrick Drahi a demandé Lina en mariage et elle a accep­té une heure seule­ment après leur pre­mière ren­con­tre (« An hour into meet­ing his future wife, Lina, at a col­lege par­ty in the late 1980s, Mr. Drahi pro­posed mar­riage. She said yes », « Lit­tle-Known French Bil­lion­aire Cir­cles U.S. Cable Mar­ket », Wall Street Jour­nal, 10/07/2015). Ils ont eu ensem­ble qua­tre enfants dont des jumeaux. Tous les qua­tre « étu­di­ent dans les meilleures écoles à Bris­tol, Genève et Tel-Aviv, et sem­blent pro­gram­més pour repren­dre un jour les com­man­des. » Le « rêve absolu » de Patrick Drahi est que ses qua­tre enfants vien­nent tra­vailler avec lui, « ils sont déjà au courant de ce qui se passe dans le groupe et don­nent sou­vent leur avis. »

Religion

Né dans une famille appar­tenant à la com­mu­nauté juive de Casablan­ca, comme Gad Elmaleh, Alber Elbaz ou Valérie Bénaïm, Patrick Drahi est assez dis­cret sur son engage­ment religieux. Les sites améri­cains et israéliens, tou­jours très friands de con­naître la pra­tique religieuse des per­son­nal­ités, le dépeigne plutôt comme peu act­if dans la com­mu­nauté juive en France ou en Europe, voire détaché du judaïsme («  So far as is known, Drahi is not active in the Jew­ish com­mu­ni­ty in France or Europe, sug­gest­ing that he is focused on his busi­ness­es, and that he has lit­tle affil­i­a­tion for his reli­gion. He resides with his wife and four chil­dren in Gene­va », « “Globes” pro­files French Jew­ish busi­ness­man and Hot own­er Patrick Drahi. »). Pour­tant, il sem­ble s’être mar­ié religieuse­ment sur le tard, en 2014, à la syn­a­gogue Beth Yaa­cov (Grand Syn­a­gogue) de Genève (à moins d’une homonymie car il sem­ble que le cou­ple a essayé de cam­ou­fler leurs noms). En tout cas, la famille Drahi est active au sein de la Com­mu­nauté juive libérale de Genève, leurs jumelles y ont fait leur benot-mitz­vah (céré­monie de la majorité religieuse pour les filles). Et chaque ven­dre­di soir (le soir du shab­bat), « Patrick Drahi saute dans un jet de loca­tion pour les retrou­ver, rassem­blés dans l’une ou l’autre de ses pro­priétés. ».

Sa nationalité

Lors de son instal­la­tion en Israël en 2009, dans la ville de Tel-Aviv, et sa prise de pos­ses­sion du groupe HOT, Patrick Drahi devient un ressor­tis­sant fran­co-israélien, prenant « la nation­al­ité israéli­enne — la lég­is­la­tion l’imposant à tout action­naire détenant plus de 20% d’un opéra­teur. ». Qua­tre plus tard, en mai 2013, par une som­ma­tion juridique de son avo­cat Alexan­dre Mar­que du cab­i­net Franklin, Patrick Drahi fai­sait savoir qu’il ne souhaitait pas fig­ur­er dans le classe­ment Chal­lenges des 500 pre­mières for­tunes français­es car : « M. Drahi a pris la nation­al­ité israéli­enne et renon­cé à la nation­al­ité française. La perte de la nation­al­ité lui est défini­tive­ment acquise. Il ne s’agit pas d’une dou­ble nation­al­ité fran­co-israéli­enne. » En pleine polémique avec Arnaud Mon­te­bourg lors du rachat de SFR, le min­istre du Redresse­ment Pro­duc­tif jugeant que Patrick Drahi man­quait de patri­o­tisme français (« il va fal­loir que M. Drahi rap­a­trie l’ensemble de ses pos­ses­sions et biens en France »), cette infor­ma­tion fait désor­dre. Son entourage affirme ain­si au mag­a­zine Chal­lenges qu’il est tou­jours français, « au moment où il a demandé la nation­al­ité israéli­enne, il n’a pas fait dans les temps les démarch­es pour aban­don­ner sa nation­al­ité d’origine. Cela s’est joué à 15 jours près. »

Israël

Patrick Drahi a com­mencé à s’intéresser à Israël pour des raisons « pro­fes­sion­nelles et intel­lectuelles » (challenges.fr), puis dans la foulée du rachat du pre­mier cablo-opéra­teur israélien, Hot, en 2009, il s’est instal­lé dans l’État hébreux. C’est un ancien col­lab­o­ra­teur de Xavier Niel, Michaël Golan, qui l’a intro­duit dans le milieu des affaires local. Prenant la nation­al­ité israéli­enne, habi­tant « un très bel apparte­ment dans la tour Roth­schild qui sur­plombe Tel-Aviv » (challenges.fr), choi­sis­sant ce lieu de rési­dence car « c’est une ville for­mi­da­ble, avec une super-ambiance et un dynamisme entre­pre­neur­ial incroy­able » (actuj.com). Devenu l’Israélien le plus riche du pays en 2015 (lepoint.fr), investis­sant de plus en plus dans le pays, Patrick est devenu, en quelques années, une per­son­nal­ité israéli­enne impor­tante. D’ailleurs le prési­dent de l’État d’Israël (2007 – 2014), Shi­mon Pérès, l’a reçu plusieurs fois pour s’entretenir avec lui.

Sionisme

Quant à son engage­ment sur la ques­tion du sion­isme, un sujet déli­cat pour un homme d’affaires à l’envergure inter­na­tion­al qui doit traiter avec des pays arabes très sour­cilleux sur ce point, Patrick Drahi n’y a jamais fait la moin­dre allu­sion directe­ment. Mais il laisse par­ler son entourage sans jamais apporter le moin­dre démen­ti… Quand en 2009, en « off », une source (lui ou l’un de ses alliés) affirme dans le jour­nal économique de référence de l’État Hébreux, Globes, que Patrick Drahi « souhaite aug­menter ses investisse­ments en Israël » à cause de son « sion­isme », il ne démen­ti­ra pas (« Sources inform “Globes” that Drahi is seek­ing con­trol of HOT and in recent days has met with rep­re­sen­ta­tives of Delek Invest­ments, Fish­man Group and Yediot Ahronot and offered to pay NIS 33.50 per share. Drahi has stressed that he is not seek­ing a hos­tile takeover but wants to increase his invest­ments in Israel, among oth­er rea­sons because he is a Zion­ist », « French busi­ness­man buys Leu­mi stake in HOT », globes.fr, 03/05/2009). La même méth­ode est util­isée en 2012, « selon des proches » cités par le site économique La Tri­bune, Patrick Drahi agi­rait à titre per­son­nel avec « des moti­va­tions sion­istes sincères afin d’améliorer l’image d’Israël» en lançant une nou­velle chaine d’informations.

Une source tou­jours anonyme et proche de Patrick Drahi dira sen­si­ble­ment la même chose au quo­ti­di­en Haaretz en par­lant lors du rachat de la chaine Guy­sen TV, du fait d’une « moti­va­tion sion­iste sincère et réelle afin d’aider à amélior­er l’image d’Israël en présen­tant le mode de vie dynamique, mod­erne, jeune des Israéliens » (« Sources close to Drahi said: “Patrick Drahi has decid­ed to con­tribute to the Guy­sen chan­nel, which will oper­ate and be whol­ly owned by Haim Slutzky, out of a sin­cere and real Zion­ist moti­va­tion to help improve Israel’s image by pre­sent­ing the vibrant, mod­ern, young lifestyle of the Israelis who live here. In addi­tion to the con­tent broad­cast from Israel, the chan­nel will also doc­u­ment the life of Jew­ish com­mu­ni­ties abroad” », « Jew­ish Media Mogul to Invest in Israeli Ver­sion of al-Jazeera News Chan­nel », Haaretz, 26/06/2012). La seule per­son­nal­ité à avoir publique­ment par­lé des moti­va­tions sion­istes de Patrick Drahi est Haim Slutzky, « l’une des dix fig­ures les plus influ­entes de la télévi­sion israéli­enne », expli­quant dans le même arti­cle d’Haaretz que la créa­tion d’une nou­velle chaine d’information (voir i24 news) par Patrick Drahi est de « con­tribuer au sion­isme. » (« Slutzky con­firmed the report and said the pur­pose of the new chan­nel would be “to con­tribute to Zion­ism”, Haaretz, 26/06/2012). D’ailleurs, l’homme d’affaires fran­co-israélien est cité comme un exem­ple à suiv­re dans un dis­cours du min­istre de l’économie de l’époque, Chris­tine Lagarde, appelant les entre­pris­es français­es et israéli­ennes à se « rap­procher », lors du lance­ment d’Isralink, le « pre­mier réseau social des entre­pris­es français­es et israéli­ennes », à l’initiative de la Fon­da­tion France-Israël présidée par l’ancienne min­istre Nicole Guedj (« Lagarde appelle les entre­pris­es français­es et israéli­ennes à se “rap­procher” », AFP, 07/03/2011).

Les impôts

Une enquête menée par le site d’informations économiques, Bilan.ch, pour savoir où Patrick Drahi paie ses impôts a fait appa­raître que si sa femme, Lina-Nazi­rah, pos­sède, en tant que pro­prié­taire unique, un domaine de 2.428 m2 dans la lux­ueuse com­mune genevoise de Cologny, c’est dans la sta­tion de ski de Zer­matt, où de « généreux for­faits fis­caux [sont] octroyés aux étrangers par le Valais », qu’il est domi­cil­ié fis­cale­ment depuis octo­bre 2011. « Mais pour recevoir son cour­ri­er, il a indiqué une sim­ple case postale à Genève ». Autre décou­verte des jour­nal­istes de Bilan.ch, par le truche­ment de la société genevoise CANEF, dont l’administrateur unique est l’assistante française de Patrick Drahi, il a récem­ment acheté deux grandes pro­priétés à Cologny : en juin 2014, une pro­priété de 2 987 mètres car­rés, pour 20 mil­lions de francs suiss­es, et, en sep­tem­bre 2014, un autre ter­rain de 2.180 m2, pour 18 mil­lions de francs suiss­es. Au total, Patrick Drahi a « investi plus de 50 mil­lions dans le can­ton genevois en trois ans pour acquérir divers­es pro­priétés ». Et cette boulim­ie de fonci­er n’est pas ter­miné, via la société NDZ (avec tou­jours la même assis­tante comme admin­is­tra­trice unique), Patrick Drahi a acquis pour 49,2 mil­lions de ter­rain dans la sta­tion de ski de Zer­matt. Le pro­gramme immo­bili­er bap­tisé «7 Heav­ens» prévoit la con­struc­tion de « sept mag­nifiques chalets de luxe aux sur­faces imposantes de 500 à 1.250 m2, conçus sur trois ou qua­tre niveaux, avec une vue impren­able sur le Cervin ».

Formation

- Lycée Lyautey de Casablan­ca (Maroc)
— Maths sup/Maths spé
— École Poly­tech­nique [1983]
— Sup Tele­com et pré­pare un doc­tor­at d’optique.

« Plus tard, il tente d’échapper à Poly­tech­nique : pas ques­tion de faire l’armée. Son père le ramène dans le droit chemin, mais sitôt débar­qué sur le cam­pus, il s’empresse de trou­ver l’entreprise qui rem­bours­era sa “pan­tou­fle”: Philips lui offre un pré­con­trat. A SupT­ele­com, le sur­doué s’ennuie : il adresse un rap­port à l’administration de l’école expli­quant com­ment elle doit se rénover. L’impudent se fait rem­bar­rer, pré­pare un doc­tor­at d’optique pour se con­sol­er et part en stage six mois à Eind­hoven, au siège de Philips, où il planche sur les télé­com­mu­ni­ca­tions à dis­tance » (challenges.fr).

Parcours professionnel dans les médias

[Télécharg­er notre info­gra­phie con­sacrée à Patrick Drahi] Par­ti de rien et grâce à son tal­ent mais aus­si à la com­plai­sance des ban­ques, Patrick Drahi s’est bâti un empire économique colos­sal (pro­prié­taire du con­sor­tium lux­em­bour­geois Altice avec la Société générale et le fonds Pechel, dont le tour de table com­prend Das­sault et LVMH). Il est pro­prié­taire d’une hold­ing per­son­nelle, Next Lim­it­ed Part­ner­ship, imma­triculée à Guer­ne­sey, laque­lle est l’actionnaire majori­taire d’Altice. Altice est le prin­ci­pal action­naire de l’opérateur français SFR-Numer­i­ca­ble, Vir­gin Mobile, de l’opérateur israélien Hot, mais aus­si Por­tu­gal Tele­com, Orange Domini­cana et l’américain Sud­den­link). Le fran­co-israélien com­mence à s’intéresser aux médias à par­tir des années 2000. Il fait par­tie selon L’Expansion des 100 man­agers qui « prof­i­tent des mil­liards du plan de relance » du gou­verne­ment de Nico­las Sarkozy, « leurs entre­pris­es sont déjà les grands gag­nants des com­man­des publiques et du volon­tarisme gou­verne­men­tal. »(Patrick Drahi est « dopé par les ambi­tions du gou­verne­ment d’étendre l’accès à l’Internet à haut débit », « Ils prof­i­tent des mil­liards du plan de relance », L’Expansion, févri­er 2009). La même année, Patrick Drahi achète Hot, le câblo-opéra­teur israélien, spé­cial­iste de la télévi­sion payante, en pleine décon­fi­ture économique. « Étape par étape, l’homme d’affaires réori­ente une entre­prise focal­isée sur l’infrastructure en groupe de médias glob­al », et ce au prix de 2.800 licen­ciements et d’externalisations à des sous-trai­tants. Un joli coup économique et médi­a­tique, surtout que les investis­seurs français se mon­traient à cette époque plutôt frileux pour inve­stir en Israël, « la peur des réac­tions de cer­tains pays arabes ou de mou­ve­ments pro-pales­tiniens appelant au boy­cott » étant l’une des raisons invo­quées pour expli­quer la mod­estie de ces échanges.

Altice Media Group

Altice Media Group (anci­en­nement nom­mé Mag&NewsCo) est un groupe média, fil­iale d’Altice, créé en 2015 par Patrick Drahi et Marc Laufer. Cinquième pôle de presse mag­a­zine français, Altice Media Group est aujourd’hui dirigé par Marc Laufer et sec­ondé par Bernard Mourad (voir Nébuleuse), ancien ban­quier chez Mor­gan Stan­ley, respon­s­able de la stratégie, du développe­ment inter­na­tion­al, des acqui­si­tions et des rela­tions insti­tu­tion­nelles. Altice Media Group pos­sède le quo­ti­di­en Libéra­tion, les mag­a­zines l’Express, l’Expansion, Stu­dio Ciné Live, Lire, Mieux vivre votre argent, Clas­si­ca, Pianiste, les revues pro­fes­sion­nelles spé­cial­isées Mesures, Élec­tron­iques, Point Banque, La Revue des Col­lec­tiv­ités Locales, IT for Busi­ness, la chaine d’information israéli­enne i24news et les chaînes thé­ma­tiques français­es comme Vivol­ta, Shorts TV, Kom­bat Sport, Ma Chaîne Sport (MCS Extrême, MCS Bien-être, MCS Ten­nis, MCS Inter­na­tion­al).

En juil­let 2015, Patrick Drahi s’est allié à Alain Weill dans l’optique de racheter le groupe Nex­tRa­dioTV, (la sta­tion de radio RMC, les chaînes BFMTV, RMC Décou­verte, BFM Busi­ness) d’ici 2019, pour un mon­tant de 595 mil­lions d’euros. Pour Patrick Drahi « l’avenir passe par la con­sti­tu­tion d’une major de médias inté­grant la presse avec Altice Media Group, mais aus­si et surtout Nex­tRa­dioTV (BFM, RMC), dont il détien­dra bien­tôt 30%, sans par­ler de futures acqui­si­tions.»

Le quotidien Libération

« Quant à mon aven­ture dans la presse, je vais vous racon­ter l’anecdote. Lors d’un entre­tien organ­isé par Arthur Drey­fuss [directeur de la com­mu­ni­ca­tion d’Altice, voir le § Nébuleuse], assis à ma droite, avec une jour­nal­iste, celle-ci m’a fait remar­quer que j’allais dépenser 14 mil­liards pour racheter SFR et que Libéra­tion n’avait besoin que de 14 mil­lions pour être sauvé. À l’issue de l’entretien, j’ai dit à Arthur Drey­fus que nous allions nous saisir du dossier pour sauver ce titre – car enfin ? il s’agissait d’investir un pour mille de l’argent investi dans SFR », « Audi­tion de M. Patrick Drahi, prési­dent-directeur général d’Altice à l’Assemblée Nationale », 27/05/2015

En péril, le quo­ti­di­en a été racheté au print­emps 2014 par l’homme d’affaires Bruno Ledoux, asso­cié au prési­dent d’Altice, Patrick Drahi. Ils avaient injec­té 18 mil­lions d’euros dans Presse Media Par­tic­i­pa­tion, le nou­veau hold­ing cha­peau­tant le quo­ti­di­en, détenu à par­ité par les deux hommes. Ce rachat avait entraîné la démis­sion ou le licen­ciement d’une cen­taine de salariés en deux plans de départ. Après l’annonce par Bruno Ledoux de la ces­sion de ses parts dans Libéra­tion, un troisième plan de départ a été pro­posé aux jour­nal­istes et employés, et il devrait être au pre­mier trimestre 2016 après le démé­nage­ment à la mi-décem­bre du quo­ti­di­en de ses locaux de la rue Béranger pour rejoin­dre le bâti­ment d’Altice Media Group.

En dix ans, Libéra­tion a per­du près de la moitié de ses effec­tifs, pas­sant de 340 à 180 salariés. Et mal­gré une pag­i­na­tion réduite, l’ancien quo­ti­di­en maoïste a con­tin­ué à per­dre des lecteurs avec une chute de -16% des ventes au mois de sep­tem­bre.

Le magazine L’Express

Patrick Drahi a racheté en jan­vi­er 2015 au groupe belge Roular­ta les mag­a­zines heb­do­madaires L’Express et L’Expansion, ain­si que Mieux Vivre Votre Argent, Lire, Clas­si­ca, Pianiste, Stu­dio Ciné Live et le pôle salon de l’emploi, le tout pour une somme com­prise entre 5 et 10 mil­lions d’euros net. Avec 90 mil­lions de déficit selon les esti­ma­tions, ce rachat a entrainé 115 départs volon­taires entrant dans le cadre de la clause de ces­sion ouverte. Le groupe Altice Media Group visant la rentabil­ité pour cha­cune de ses fil­iales médias en 2016, a annon­cé en sep­tem­bre 2015, un nou­veau plan social prévoy­ant le départ de 125 salariés, aux­quels il faut ajouter des pigistes. A cette occa­sion, Christophe Bar­bi­er, directeur de la rédac­tion, pris à par­tie par ses employés et tenu comme respon­s­able de cette sit­u­a­tion désas­treuse a essuyé une motion de défi­ance de la part des jour­nal­istes de l’Express. Au final, le groupe passera de 700 salariés à moins de 500. Dans une let­tre ouverte trans­mise à Patrick Drahi, la Société des Jour­nal­istes de L’Express (SDJ) appelait leur nou­v­el action­naire « à surseoir à tout car­nage édi­to­r­i­al et humain » et dénonçait un pro­jet d’une « bru­tal­ité aveu­gle, aus­si préju­di­cia­ble à la survie de nos titres qu’à vos ambi­tions ».

La chaîne d’informations israéliennes i24news

En 2012, Drahi rachète la chaine d’information israéli­enne et fran­coph­o­ne, Guy­sen TV. Créée en 2002 par Guy Sen­bel, elle était con­sid­érée « par les act­ifs du marché comme une ver­sion juive d’Al Jazeera », selon israelvalley.com. Lancée le 17 juil­let 2013, i24news (I pour inter­na­tion­al, infor­ma­tion, indépen­dance, indi­vidu, inno­va­tion, inter­ac­tiv­ité et 24 sur 24) est une ini­tia­tive plus « phil­an­thropique » qu’économique, puisque Patrick Drahi « la finance aujourd’hui à fonds per­dus. » Le même mois, la chaîne a emmé­nagé sur le « port très branché de Jaf­fa, vieille ville arabe rat­tachée à l’agglomération de Tel-Aviv ». C’est selon Frank Mel­loul, son PDG, « pour éviter l’enfermement poli­tique de Jérusalem », car Tel-Aviv, est « la ville de l’Israël mod­erne, et dans un quarti­er qui par­le de la sym­bol­ique judéo-arabe. » (« La chaîne i24 News, une activ­ité “phil­an­thropique” », Le Monde, 22/03/2014)

  • Finance­ment : « Patrick Drahi finance qua­si inté­grale­ment la petite dernière des chaînes d’information inter­na­tionales. Privée à 100 %, celle-ci fonc­tionne grâce un bud­get ser­ré tour­nant autour de 50 mil­lions de dol­lars (36 mil­lions d’euros) par an. En atten­dant, en cas de pertes, c’est M. Drahi qui éponge. A en croire les proches de l’entrepreneur, le lance­ment d’i24 News est le volet “human­iste” de ses activ­ités israéli­ennes. “Il ne s’agit pas de gag­n­er de l’argent, ce n’est pas le sujet”, assure M. Gia­mi, vice-prési­dent de Hot », « La chaîne i24 News, une activ­ité “phil­an­thropique” », Le Monde, 22/03/2014.
  • Fonds : i24news est édité par Newslux SARL. Son cap­i­tal se répar­tit entre deux sociétés lux­em­bour­geois­es. D’une part, FM Con­sult SARL (15% du cap­i­tal), qui appar­tient à Frank Mel­loul. D’autre part, Altice IV SA (85% du cap­i­tal), société de Patrick Drahi détenue par la société panaméenne Jenville SA.
  • Rédac­tion : Selon Frank Mel­loul, son PDG, 250 per­son­nes dont 150 jour­nal­istes de 35 nation­al­ités ont été embauchées : « il y a des musul­mans, des juifs, des chré­tiens, des agnos­tiques qui pro­duisent tous le même con­tenu ». i24news est dif­fusée en trois langues — français, arabe et anglais — mais pas en hébreu, « La chaîne i24 News, une activ­ité “phil­an­thropique” », Le Monde, 22/03/2014
  • Dif­fu­sion : Elle « cou­vre poten­tielle­ment plus de 850 mil­lions de foy­ers par les satel­lites en Afrique, en Europe, au Moyen-Ori­ent et en Asie », selon le PDG de la chaine Frank Mel­loul mais pour des raisons régle­men­taires, elle n’a pas reçu l’autorisation d’émettre en Israël ! (« La chaîne d’info israéli­enne I24 News veut séduire les annon­ceurs », lexpansion.lexpress.fr, 12/03/2014). Car le réseau câblé israélien, Hot, appar­tient aus­si à Patrick Drahi. Or, selon les règles anti-trust israéli­ennes, la dif­fu­sion sur Hot de chaînes ayant le même pro­prié­taire est lim­itée.
  • Novlangue : « Sur le canal français, on préfère par­ler de Cisjor­danie plutôt que de “ter­ri­toires occupés” ». Et le terme de “colonies” est écarté au prof­it de celui, plus lisse, d’ “implan­ta­tions” », « La chaîne i24 News, une activ­ité « phil­an­thropique », Le Monde, 22/03/2014.
  • Une chaine peo­ple et poli­tique : Voici la liste des per­son­nal­ités ayant par­ticipé en mars 2014, à la soirée de présen­ta­tion « aux agences de pub­lic­ité et aux annon­ceurs poten­tiels » à Paris : Nathalie Kosciusko-Morizet, Xavier Bertrand, Julien Dray, des intel­lectuels comme Marek Hal­ter, un imam, Iman Has­sen Chal­ghou­mi, des ani­ma­teurs de télévi­sion ou humoristes comme Michel Druck­er, Paul Amar, Ariel Wiz­man, Syl­vain Attal, Chris­t­ian Malard, Fran­cis Hus­ter, Smaïn, Ben­jamin Petro­ver, Karl Zero, Daniela Lum­broso, et le prési­dent du Con­sis­toire, Patrick Mer­gui, étaient présents.
  • Une ambiance délétère : Selon cer­tains témoignages anonymes de nom­breux employés de la chaîne recueil­lis par TéléObs, le patron de la chaîne, Franck Mel­loul (voir Nébuleuse) « se révélerait un piètre cap­i­taine. Humil­i­a­tions, hurlements, flicage, licen­ciements minute et para­noïa : sous cou­vert d’anonymat, ses troupes dressent ain­si le por­trait d’une rédac­tion placée sous ten­sion per­ma­nente. » (« i24News, une chaîne sous haute ten­sion », TéléObs, 04/02/2015. Car « le PDG, plusieurs fois par jour, arrête le choix des sujets qui seront dif­fusés à l’antenne, court-cir­cui­tant une hiérar­chie déjà décimée par le ren­voi, la démis­sion ou la plac­ardi­s­a­tion de plusieurs de ses cadres » ; s’appuyant « sur un cer­cle restreint de fidèles chargés de faire régn­er l’ordre dans la news­room » dont l’Arabe-Israélienne Lucy Ahar­ish est « sans con­teste la pièce maîtresse et la plus red­outée » ain­si que l’Israélien Barouch Levi.

Parcours militant

Non ren­seigné

Ce qu’il gagne

6ème for­tune française, en 2015 il a une for­tune estimée à 16 mil­liards d’euros.

Publications

Aucune

Collaborations

2013

Inter­venant lors de la sec­onde journée de l’innovation France Israël à Tel-Aviv, sous l’égide des prési­dents François Hol­lande et Shi­mon Peres et des Min­istres Fleur Pel­lerin et Naf­tali Ben­nett.

2015

Mai­son de l’UNESCO, Paris – Dans le cadre du 70e anniver­saire de la libéra­tion du camp d’Auschwitz et de la Journée inter­na­tionale à la mémoire des vic­times de la Shoah, l’UNESCO accueille un con­cert excep­tion­nel de l’Orchestre sym­phonique de Jérusalem, sous la direc­tion de Frédéric Chaslin. Cette man­i­fes­ta­tion a reçu le sou­tien de la Fon­da­tion pour la Mémoire de la Shoah, de la Fon­da­tion Patrick et Lina Drahi et de i24 news. ()

2015

Il fait par­tie du top 100 des per­son­nal­ités 2014 qui ont influ­encé pos­i­tive­ment la vie juive selon un classe­ment établi par le prin­ci­pal mag­a­zine juif améri­cain The Alge­mein­er, dans la caté­gorie busi­ness. Il n’a pas été choisi à cause de sa for­tune mais en tant que prési­dent de la chaine d’informations israéli­enne dif­fusée au niveau mon­di­al, i24news, don­nant le « point de vue d’Israël » au monde entier.

2015

Il reçoit à Paris le prix Sco­pus de l’Université Hébraïque de Jérusalem. Le Prix Sco­pus est la plus haute dis­tinc­tion décernée par les Asso­ci­a­tions d’Amis de l’Université de Jérusalem à tra­vers le monde, à une per­son­nal­ité engagée dans des actions éduca­tives et sociales pour la pro­mo­tion du pro­grès et du savoir. Comme le note Le Point, « il est spon­sor de l’université depuis plusieurs années, ayant notam­ment per­mis le développe­ment du lab­o­ra­toire de recherche sur le cerveau du génial pro­fesseur Idan Segev. Il a égale­ment créé la fon­da­tion Lina et Patrick Drahi, qui est engagée en faveur de pro­jets de recherch­es et de Moocs au sein de pres­tigieuses uni­ver­sités et grandes écoles en France, en Europe et en Israël. » La soirée était présen­tée par Colombe Sch­neck, agré­men­tée d’un dîn­er gas­tronomique cash­er de Yan­nick Alleno, et en présence de dif­férentes per­son­nal­ités comme Lily Safra, le Grand rab­bin de France, Haïm Kor­sia, Eric de Roth­schild, Mau­rice Levy, PDG de Pub­li­cis, Bernard-Hen­ri Levy, Alain Finkielkraut et Philippe Labro.

Sa fondation Patrick et Lina Drahi (Patrick and Lina Drahi Foundation)

« Cette fon­da­tion sert à faire face à ma respon­s­abil­ité. Quand on a la chance de gag­n­er un petit peu d’argent grâce à son tra­vail, on se doit de par­ticiper à des activ­ités à but non lucratif pour aider soit la recherche, soit l’enseignement, soit encore ceux qui en ont besoin, dans tous les pays, quelles que soient la reli­gion, la couleur, la ten­dance poli­tique. C’est l’objet de la fon­da­tion. Et c’est une valeur que j’ai à cœur d’inculquer à mes enfants : on n’est pas là seule­ment pour gag­n­er de l’argent dans l’industrie, on est là aus­si pour aider ceux qui ont besoin de l’être. Nous sommes spé­cial­isés dans trois domaines : la recherche sci­en­tifique, l’éducation et la san­té, d’où la recherche sur le cerveau. Un tel pro­jet rassem­ble des chercheurs en France, en Suisse, au Por­tu­gal, en Israël, qui tra­vail­lent indépen­dam­ment des prob­lèmes poli­tiques », « Audi­tion de M. Patrick Drahi, prési­dent-directeur général d’Altice à l’Assemblée Nationale », 27/05/2015.

« Celui qui taille dans les effec­tifs chez SFR, rogne la fac­ture de ses sous-trai­tants ou qui lésine à pay­er les fac­tures de ses sous-trai­tants devient ain­si le plus généreux dona­teur de l’X ! A une nuance près, ce n’est pas le groupe Altice qui régale, mais Patrick Drahi lui-même à tra­vers sa fon­da­tion Patrick et Lina Drahi, du nom de son épouse. Vis­i­ble­ment moins regar­dant à la dépense pour sa fon­da­tion que pour son entre­prise. » Capital.fr, 26/06/2015.

Financements opérés par la fondation

- une école de musique clas­sique « Keshet Eilon » en Israël situé dans le Kib­boutz d’Eilon (au nord d’Israël) ;

- un don de 3 mil­lions de dol­lar à l’Université Hébraïque de Jérusalem ;

- l’École poly­tech­nique en France avec un don de 7 mil­lions d’euros, l’ancien poly­tech­ni­cien devenant le pre­mier mécène privé. Ce don, pour « pou­voir soutenir des pro­jets ciblés » (inter­view de Jean-Bernard Lar­tigue, délégué général de la fon­da­tion Poly­tech­nique au site letudiant.fr) per­me­t­tra de financer le nou­veau bâti­ment « Fibre Entre­pre­neur – Drahi X-Nova­tion Cen­ter qui ouvri­ra prochaine­ment sur le cam­pus de l’X. (…) avec un espace d’une sur­face totale de 2 500m² con­stituera un espace unique de créa­tion, d’expérimentation et de pro­to­ty­page, d’enseignement, d’incubation et d’accélération. »

Il l’a dit

Dis­cours pronon­cé au dîn­er de l’Université hébraïque de Jérusalem à Paris, le 18 mars dernier : « Depuis que j’ai don­né, je vous le dis comme je le ressens, je ne peux plus m’en pass­er. Don­ner est devenu un besoin (…) La phil­an­thropie, c’est pré­par­er l’avenir. C’est être respon­s­able de la for­ma­tion des mil­lions de jeunes qui pré­par­ent l’avenir. La phil­an­thropie revient en quelque sorte à se met­tre au ser­vice de la civil­i­sa­tion et de la paix. C’est, en réal­ité, agir en bon père de famille », « Patrick Drahi, Prix Sco­pus 2015 », actuj.com, 29/03/2015.

« Si un man­ag­er vient me voir pour me présen­ter un con­sul­tant, je le vire et je garde le con­sul­tant (…) Je fais 100 % con­fi­ance à mes col­lab­o­ra­teurs. Ils n’ont pas la bride au cou, même s’il m’arrive de leur télé­phon­er en pleine nuit (…) Le jour où je ne fais plus con­fi­ance qu’à 99 %, je vire », « Patrick Drahi. Il a reçu un accueil de rock star à Wall Street », Ouest-france.fr, 18/09/2015.

« Le mil­liar­daire a assumé vouloir “se faire de l’argent comme tout entre­pre­neur” », ibid.

« Quand tu pars de nulle part, tu dois te sur­pass­er, j’ai frap­pé à toutes les portes, je con­nais tous les ban­quiers de la place, mais je ne vais pas dans les cer­cles, clubs et autres dîn­ers mondains », « Numéri­ca­ble-SFR : Patrick Drahi, un tycoon très dis­cret », lepoint.fr, 09/01/2014.

« Je ne par­lais pas un mot d’hébreu mais j’ai racheté l’opérateur Hot en 2009 et je me suis instal­lé dans la foulée à Tel- Aviv. C’est une ville for­mi­da­ble, avec des tours en con­struc­tion, une super ambiance, un dynamisme entre­pre­neur­ial incroy­able », ibid.

« La qual­ité tech­nique sur le réseau SFR n’était plus à la hau­teur. Que fait-on quand un cham­pi­on comme l’OM ou le PSG est rétro­gradé en troisième divi­sion en gar­dant les mêmes joueurs, puisqu’on s’est engagé à main­tenir les emplois ? On n’a pas d’autre choix que de chang­er l’entraîneur et le cap­i­taine de l’équipe. C’est ce que j’ai fait : j’ai changé tout le man­age­ment, et en une semaine. Parce qu’on ne fait pas du neuf avec de l’ancien, on ne gagne pas avec des gens qui depuis trois ans ne gag­nent pas », « Audi­tion de M. Patrick Drahi, prési­dent-directeur général d’Altice à l’Assemblée Nationale », 27/05/2015.

« Nos méth­odes de ges­tion sont dif­férentes de celles des autres, car nous avançons assez vite. Moi, quand je fais une réu­nion, je prends une déci­sion tout de suite, quitte à organ­is­er une deux­ième réu­nion le lende­main si la déci­sion n’est pas bonne. Rien ne sert de tenir des réu­nions à l’issue desquelles la déci­sion est d’organiser une autre réu­nion pour savoir ce qu’on va décider ! Les choses vont donc vite avec moi, mais les gens appré­cient », « Audi­tion de M. Patrick Drahi, prési­dent-directeur général d’Altice à l’Assemblée Nationale », 27/05/2015.

« Je n’ai jamais plan­té per­son­ne de toute ma car­rière », ibid.

« Vais-je par­ticiper aux enchères des fréquences 700 MHz ? Je vais vous faire plaisir : oui, je vais le faire, parce que c’est un devoir nation­al pour moi, parce que je ne peux pas gag­n­er de l’argent sans l’investir dans le sys­tème », ibid.

« Nous faisons les choses, certes, rapi­de­ment et avec ambi­tion, mais de façon con­ser­va­trice. Car, je vous l’ai dit, 63 % de l’entreprise sont dans mes mains et, j’espère un jour, dans celles de mes enfants. Je ne vais pas me lancer dans une crois­sance boulim­ique au risque d’hypothéquer l’avenir de l’entreprise et donc celle de ma famille », ibid.

« Pour autant, l’objectif n’est pas de réduire notre endet­te­ment, mais de faire de la crois­sance. Quand on est focal­isé sur la réduc­tion de son endet­te­ment, c’est qu’on a un prob­lème de crois­sance. Si vous êtes en décrois­sance, votre plus gros prob­lème est votre dette ; si vous êtes en crois­sance, c’est de savoir quelle va être votre prochaine avenue de crois­sance – et non pas com­ment faire pour rem­bours­er votre dette, puisqu’elle se rem­bourse en cinq ans. Si j’arrête mon développe­ment soi-dis­ant boulim­ique, dans cinq ans j’aurai zéro dette. Et alors ? Cela serait idiot car je ne ferais pas de crois­sance pen­dant cinq ans. Mieux vaut faire de la crois­sance en gar­dant le pied près de l’accélérateur et du frein, tout en regar­dant dans le rétro­viseur, c’est-à-dire en con­duisant la voiture », ibid.

« L’euro exis­tera-t-il encore dans dix ans ? On n’en est pas sûr à 100 % ; et moi, je ne veux pas met­tre mes 35 000 col­lab­o­ra­teurs en péril parce qu’on n’aurait plus d’euros en France, au Por­tu­gal ou en Bel­gique. Que se passerait-il sinon ? On serait très mal, toutes les entre­pris­es français­es seraient dans les mains de ceux qui prê­tent l’argent. Or vous savez très bien qui prête l’argent… », ibid.

Sa nébuleuse

Armando Pereira

« Arrivé du Por­tu­gal à 14 ans, sans un sou, cet homme d’affaires auto­di­dacte aux méth­odes rad­i­cales dirige, avec Patrick Drahi, un géant des télé­coms Altice », « Arman­do Pereira : le mys­térieux copi­lote de Numer­i­ca­ble-SFR », Le Parisien, 28/01/2015.

« La 19ème for­tune de France », ibid.

Né en mars 1952 dans une « famille d’agriculteurs à Guil­hofrei, petit vil­lage à l’extrême nord du Por­tu­gal, il quitte l’école à 11 ans et tra­vaille comme plom­bier. A 14, il prend, seul, la route de la France ». Il devient instal­la­teur télé­phonique « pour rac­corder les câbles chez des cen­taines de Lor­rains », puis il crée en 1985, à 33 ans, sa pro­pre société d’installation, Soge­trel, basée à Thaon-Les-Vos­ges, qui devient l’un des prin­ci­paux sous-trai­tants de France Télé­com. Il ren­con­tre Patrick Drahi en 1993, tous les deux « immi­grés, entre­pre­neurs et tra­vailleurs acharnés, ils s’entendent à mer­veille. » Arman­do Pereira revend son entre­prise en 1999 et rejoint son ami Patrick Drahi, en 2002, dans la hold­ing Altice. « Pour 24 000 euros, il acquiert 20 % des parts. Drahi en garde 51 %. Les autres sont détenues par Angélique Benet­ti (9 %), une anci­enne du Con­seil supérieur de l’audiovisuel, aujourd’hui direc­trice des con­tenus chez SFR, et Bruno Moineville (20 %), qui n’exerce plus de fonc­tion chez Altice. » Homme dis­cret et fuyant les médias, Arman­do Pereira « super­vise l’intégration de chaque nou­velle entité, avec une rigueur assumée : “Nous coupons les coûts sur les choses super­flues (…) Nos salariés doivent avoir ce qui leur faut pour tra­vailler, pas plus”, con­fi­ait-il à Saba­do. » N’apparaissant « dans aucun doc­u­ment offi­ciel », il « n’a don­né qu’une inter­view dans sa vie (à l’hebdomadaire por­tu­gais Saba­do) ». Son pat­ri­moine per­son­nel serait de 3,2 mil­liards d’euros.

Frank Melloul

Frank Mel­loul, né le 2 juil­let 1973 à Fri­bourg (Suisse), pré­side depuis 2013 la chaîne d’information inter­na­tionale i24news (il en détient 15 %). Orig­i­naire de Fri­bourg, il a gran­di à Lau­sanne avant d’entamer ses études l’Institut uni­ver­si­taire de hautes études inter­na­tionales de Genève. Ancien con­seiller tech­nique chargé de la presse auprès de Dominique de Villepin, lorsqu’il était min­istre de l’Intérieur et Pre­mier min­istre, ce spé­cial­iste des ques­tions inter­na­tionales a cha­peauté la stratégie de l’Audiovisuel extérieur de la France – regroupant notam­ment France24, RFI, et la TV parte­naire TV5 Monde, avant de briguer — en vain — une investi­ture UMP pour les lég­isla­tives de 2012. Présent au dîn­er du CRIF (Con­seil représen­tatif des insti­tu­tions juives de France) en 2006 (Faits & Doc­u­ments n°212) et 2007 (Faits & Doc­u­ments n°230). Il inau­gure les dîn­ers poli­tiques de l’Union des Patrons et des Pro­fes­sion­nels Juifs de France en novem­bre 2006.

Grégoire Chertok, banquier star chez Rothschild

Fils du célèbre psy­chi­a­tre Léon Cher­tok et d’Odette Gold­mutz, ce ban­quier (né en avril 1966), mar­ié à Élis­a­beth de Cas­tex, père de 4 enfants, est le relais de Patrick Drahi auprès des ban­ques d’investissement. Il est con­join­te­ment depuis 2007 mem­bre du Comité Exé­cu­tif de Roth­schild & Cie et co-chair­man du GIBCC (Group Invest­ment Bank­ing Client Com­mit­tee) depuis 2008. En par­al­lèle de ses activ­ités pro­fes­sion­nelles, Gré­goire Cher­tok est vice-prési­dent de la Fédéra­tion de Paris du Par­ti rad­i­cal val­oisien, dont il est mem­bre du comité exé­cu­tif nation­al, adjoint au maire UMP du 16e arrondisse­ment de Paris depuis 2008, chargé de l’urbanisme et de l’architecture, Gré­goire Cher­tok est depuis 2010 con­seiller région­al d’Île-de-France. Lors des élec­tions munic­i­pales de 2014 à Paris, il est élu con­seiller de Paris. Il par­ticipe au groupe de tra­vail de la Fon­da­tion pour l’innovation poli­tique (Fon­dapol), créé en 2003 comme un think thank de l’UMP (Les Répub­li­cains) (Faits & Doc­u­ments n°164). Gré­goire Cher­tok est le meilleur ami (de longue date) du prési­dent du groupe UMP à l’Assemblée nationale, Jean-François Copé.

Bernard Mourad

Né le 2 octo­bre 1974 au Liban, d’un père libanais chré­tien et d’une mère juive d’origine maro­caine, ancien directeur général de la banque améri­caine Mor­gan Stan­ley, il la quitte en 2015 pour pren­dre la prési­dence d’Altice Media Group. Con­sid­éré comme le bras droit de Patrick Drahi, il le ren­con­tre avec Dex­ter Goeien en 2004 lors du rachat de Noos. Bernard Mourad est un proche du min­istre de l’Économie, Emmanuel Macron et de Stéphane Fouks, intime de Valls, et vice-prési­dent du groupe de con­seil en com­mu­ni­ca­tion Havas.

Vincent Bolloré

« Selon la ­ver­sion offi­cielle, Drahi doit sa vic­toire con­tre Bouygues [lors du rachat de SFR en 2014] à l’opiniâtreté de Jean-René Four­tou, 74 ans. Le prési­dent du con­seil de sur­veil­lance de Viven­di aurait con­va­in­cu un à un les admin­is­tra­teurs d’opter pour Numer­i­ca­ble. C’est faire beau­coup d’honneur à ce prére­traité de luxe. En réal­ité, ce choix s’explique surtout par l’intense lob­by­ing d’un mem­bre du board qui ne s’est jamais exprimé publique­ment : Vin­cent Bol­loré, déten­teur de 5% de Viven­di. Con­traire­ment à ce qui s’est écrit, le mil­liar­daire bre­ton ne s’est jamais rabi­boché avec Mar­tin Bouygues, dont il avait ten­té de racheter le groupe en 1997. “Son inim­i­tié pour Mar­tin a bien plus pesé que le sou­tien de Four­tou, nous révèle un admin­is­tra­teur de Viven­di. Même en aug­men­tant encore son offre, Bouygues n’avait pra­tique­ment aucune chance de gag­n­er”, « Les petits secrets de Patrick Drahi, prési­dent de Numer­i­ca­ble », capital.fr, 02/05/2014.

Arthur Dreyfuss

En 2014, Stéphane Fouks (patron de Havas World­wide, numéro un du con­seil aux entre­pris­es en France, ancien com­mu­ni­cant de Dominique Strauss-Kahn), a con­fié le dossier com­mu­ni­ca­tion de son ami Patrick Drahi à Arthur Drey­fuss, « l’un de ses jeunes dis­ci­ples » et directeur con­seil chez Havas Worl­wide (2011–2014). Pour Patrick Drahi, « la mis­sion d’Arthur, c’est de me ren­dre invis­i­ble. » Cet ancien prési­dent de la sec­tion lyon­naise de l’Union des Étu­di­ants Juifs de France (UEJF) lors de son pas­sage à l’université Lyon III (2003–2006) est désor­mais le directeur de la com­mu­ni­ca­tion d’ALTICE, « le ben­jamin de l’équipe qui con­stitue le pre­mier cer­cle » de Patrick Drahi. Arthur Drey­fuss a par ailleurs occupé, de 2006 à 2011, dif­férents postes au sein des min­istères de la Jus­tice (chargé de mis­sion, auprès du porte-parole, cab­i­net du Garde des Sceaux ; porte-parole adjoint), des Affaires étrangères (Chargé de mis­sion presse et com­mu­ni­ca­tion au cab­i­net du min­istre d’État) ou d’Équipement. À l’occasion d’un voy­age au Rwan­da organ­isé par l’UEJF en 2006 et avec la par­tic­i­pa­tion notam­ment de Chris­tiane Taubi­ra (à cette époque députée de Guyane), de Dominique Sopo (prési­dent de SOS Racisme) ou de Richard Prasquier, Arthur Dreyf­fuss revient sur son engage­ment dans l’ouvrage Rwan­da : pour un dia­logue des mémoires, expli­quant qu’en tant que « petit-fils de cette généra­tion de qui a frôlé l’enfer », il porte en lui, « naturelle­ment, la mémoire trau­ma­tique de la Shoah, mais aus­si toutes les mémoires juives vivantes. » Il était présent lors du din­er du CRIF 2010 (Faits & Doc­u­ments n°292).

Ils l’ont dit

Texte révisé de l’allocution pronon­cée par Bernard-Hen­ri Lévy le 18 mars 2015, à l’occasion de la remise à Patrick Drahi du Prix Sco­pus de l’Université Hébraïque de Jérusalem : « Français d’âme et de cœur et ressor­tis­sant suisse, citoyen israélien né à Casablan­ca, Cit­i­zen Drahi rég­nant sur ce ter­ri­toire sans lim­ite ni fron­tière que nous assig­nent les tech­nolo­gies dont vous êtes l’industriel, vous êtes aus­si l’un de ces “Gidi­ens” que l’“idéologie française” réprou­ve depuis un siè­cle mais dont nous avons cru­elle­ment besoin en ces temps de lour­deur indigène et d’étouffement chau­vin – vous êtes l’un de ces citoyens du monde impos­si­bles à assign­er à une “souche”, à enfer­mer dans une appar­te­nance, à épuis­er dans l’un de ces trois “n” (le natal, le nation­al, le naturel) dont j’ai dit, dans un texte récent, com­bi­en ils appau­vris­sent cette human­ité dont vous venez, vous-même, de nous rap­pel­er qu’elle n’exerce encore qu’une très infime par­tie de son infinie capac­ité d’intelligence et de pen­sée – et, pour cela aus­si, je vous salue », « Patrick Drahi, les Juifs et l’argent », crif.org, 14/05/2015.

« et c’est très pré­cisé­ment ce que vient de nous dire Patrick Drahi, tout à l’heure, dans ce film où il ne nous con­fi­ait donc pas grand-chose mais où il dis­ait tout de même qu’il ne se trou­vait jamais assez riche, qu’il trou­vait que ses col­lab­o­ra­teurs ne l’étaient jamais assez non plus et où il con­clu­ait que l’essentiel, pour lui, est tou­jours, non dans ce qu’il est en train de réus­sir, mais dans ce que sa nou­velle “sor­tie” lui per­met d’espérer réus­sir demain, après-demain, ou encore après », ibid.

« À Jérusalem, il fait par­tie des per­son­nes qui comptent. Shi­mon Pérès l’a reçu plusieurs fois », « Patrick Drahi, le sur­doué qu’on n’a pas vu venir », actuj.com, 01/04/2014.

« Cette chaîne privée (…) défendrait un point de vue israélien, et ren­forcerait ain­si l’image d’Israël », « Un Fran­co-Israélien planche sur une chaîne d’info con­tin­ue en français sur le Moyen-Ori­ent », Le Figaro, 26/06/2012.

« Patrice Gia­mi, son représen­tant en Israël et vice-prési­dent de Hot : « S’implanter ici [en Israël] était ini­tiale­ment une déci­sion très rationnelle en rap­port avec une oppor­tu­nité indus­trielle. Puis est venu un intérêt, un attache­ment beau­coup plus sen­ti­men­tal pour ce pays, son état d’esprit et le pro­jet qu’il incar­ne… », « Le “labo” israélien de Patrick Drahi », LeMonde.fr, 21/03/2014.

« Il ne par­le guère l’hébreu, a pris la nation­al­ité israéli­enne sur le tard et ne vient à Tel-Aviv que quelques jours par mois. Pour­tant Israël est bien pour Patrick Drahi une terre d’élection », ibid.

« Salle archi-comble, applaud­isse­ments : Wall Street a réservé au mil­liar­daire fran­co-israélien Patrick Drahi, con­sacré mag­nat du câble aux Etats-Unis, un accueil de rock star. Bous­cu­lades et jeux de coudes étaient de mise entre ban­quiers et ana­lystes financiers en vue, qui avaient été con­viés jeu­di par la banque Gold­man Sachs à un grand raout annuel des médias et télé­coms dans un hôtel de luxe du quarti­er des affaires de Man­hat­tan. (…) Son “tri­om­phe” new-yorkais s’est pour­suivi avec des ren­dez-vous indi­vidu­els avec des grands patrons et des gros investis­seurs améri­cains », « Patrick Drahi. Il a reçu un accueil de rock star à Wall Street », Ouest-france.fr, 18/09/2015.

« Il ne fait d’ailleurs pas mys­tère de son sion­isme : c’est lui qui a créé à Tel-Aviv la chaîne d’information i24news pour défendre le point de vue israélien en dehors de ses fron­tières », « Patrick Drahi, l’insatiable mil­liar­daire des télé­coms », tempsreel.nouvelobs.com, 04/04/2014.

Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif

« Il va fal­loir que Mon­sieur Drahi rap­a­trie l’ensemble de ses pos­ses­sions et biens à Paris, en France, et donc nous avons des ques­tions fis­cales à lui pos­er », « Le gou­verne­ment met Numer­i­ca­ble sous sur­veil­lance », Europe1.fr, 14/03/2015.

« Et il y a un prob­lème fis­cal puisque Numer­i­ca­ble a une hold­ing au Lux­em­bourg, son entre­prise est cotée à la Bourse d’Amsterdam, sa par­tic­i­pa­tion per­son­nelle est à Guer­ne­sey dans un par­adis fis­cal de Sa Majesté la Reine d’Angleterre, et que lui-même est rési­dent suisse », ibid.

« Il joue sys­té­ma­tique­ment le côté affec­tif, témoigne un con­cur­rent. Mais sa vraie force, c’est d’aller vite : il n’attend pas d’avoir un cadre régle­men­taire pro­pre, il passe en force et régu­larise ensuite », « Com­ment Patrick Drahi, le patron de Numer­i­ca­ble, a bâti sa for­tune », challenges.fr, 17/03/2014.

Israël

« D’autant que ce Séfa­rade né au Maroc a dévelop­pé avec Israël un lien par­ti­c­uli­er. Il adore Tel-Aviv, où il pos­sède un apparte­ment dans la lux­ueuse tour Roth­schild. », LeMonde.fr, 21/03/2014.

Crédit pho­to : cap­ture d’écran vidéo Euronext TV via Youtube (DR)

Voir aussi

Ce portrait a été financé par les donateurs de l’OJIM

Ce portrait a été financé par les donateurs de l'OJIM

Aider l’Observatoire du jour­nal­isme, c’est con­tribuer au développe­ment d’un out­il indépen­dant, libre­ment acces­si­ble à tous et à votre ser­vice.

Notre site est en effet entière­ment gra­tu­it, nous refu­sons toute pub­lic­ité et toute sub­ven­tion — ce sont les lecteurs/donateurs qui assurent notre indépen­dance. En don­nant 100 € vous financez un por­trait de jour­nal­iste et avec l’avan­tage fis­cal de 66% ceci ne vous coûte que 33 €. En don­nant 200 € vous financez un dossier. Vous pou­vez régler par CB, par Pay­Pal, par chèque ou par vire­ment. Rejoignez les dona­teurs de l’Ojim ! Nous n’avons pas d’autres sources de finance­ment que nos lecteurs, d’avance mer­ci pour votre sou­tien.

23% récolté
Nous avons récolté 450€ sur 2.000€. Vous appré­ciez notre tra­vail ? Rejoignez les dona­teurs de l’Ojim !

Suivez-nous sur les réseaux sociaux

Téléchargez l’application

L'Ojim sur iTunes Store