Accueil | Portraits | David Pujadas

David Pujadas

La servilité tranquille

Dernière mod­i­fi­ca­tion le 16/07/2015

Ennemi juré des syndicalistes et de l’extrême-gauche, David Pujadas est souvent décrié comme un journaliste « servile », voire directement comme un « laquais », selon le mot de Jean-Luc Mélenchon. Habitué du club Le Siècle, le présentateur, né en décembre 1964 à Barcelone, ne présente pas moins, malgré les nombreuses critiques et reproches, une énorme longévité à la tête du journal télévisé de France 2, qu’il anime tous les soirs. Depuis la fin de l’ère PPDA, Pujadas parvient même, petit à petit, à réduire drastiquement l’écart avec le JT de TF1. Une servilité tranquille que rien ne semble pouvoir freiner.

Formation

Après des études au lycée inter­na­tion­al de Fer­ney-Voltaire, dans l’Ain, il effectue une licence en sci­ences économiques à l’Université de la Méditer­ranée d’Aix-en-Provence. Diplômé de l’Institut d’études poli­tiques de Paris, il rejoint ensuite le cen­tre de for­ma­tion des jour­nal­istes (CFJ) de Paris, en 1988, après avoir effec­tué un stage à Nice-Matin.

Parcours

Au sor­tir de ses études, en 1989, David Pujadas rem­porte un con­cours de reporters organ­isé par TF1 et intè­gre le ser­vice étranger de la chaîne, pri­vatisée depuis peu. Il cou­vre notam­ment la chute de Ceaus­es­cu en Roumanie (1989), la guerre du Golfe (1991) ou encore le siège de Sara­je­vo (1992).

En 1992 et 1993, il assure le rem­place­ment des présen­ta­teurs des jour­naux du matin. De 1990 à 1994, il réalise par­al­lèle­ment plusieurs enquêtes pour Charles Vil­leneuve, alors présen­ta­teur de l’émission « Le Droit de savoir ». Deux de ses sujets seront cen­surés : le pre­mier sur Bernard Tapie, ami de Patrick Le Lay (prési­dent de la chaîne), l’autre sur le milieu de la Côte d’Azur. Il décide alors de quit­ter la chaîne.

Mais lorsque TF1 lance en 1994 sa nou­velle chaîne d’information en con­tinu, LCI, David Pujadas rejoint la rédac­tion et y présente régulière­ment des jour­naux télévisés jusqu’en 1996. En sep­tem­bre de la même année, il présente le « Grand jour­nal » de la chaîne, de 18h à 19h.

En 2000, il crée « 100 % poli­tique », un mag­a­zine heb­do­madaire qu’il coprésente avec Patrick Buis­son jusqu’en 2001.

C’est lors de cette année qu’il quitte le groupe TF1 et rejoint France 2, chaîne à laque­lle il restera lié jusqu’à aujourd’hui. Le 3 sep­tem­bre 2001, il rem­place Claude Séril­lon à la présen­ta­tion du jour­nal de 20 heures grâce à l’intervention du nou­veau directeur de l’information, Olivi­er Maze­rolle. Huit jours après cette nom­i­na­tion survi­en­nent les atten­tas du 11 sep­tem­bre. Pujadas est filmé par une équipe de Canal+ en train de regarder les évène­ments en direct. C’est là qu’il lance son fameux : « Ouah génial ! » au moment où le deux­ième avion per­cute la deux­ième tour du World Trade Cen­ter. À ses côtés, un col­lègue ajoute : « Alors là, c’est mieux que le Con­corde, on est bat­tus ». L’exclamation de Pujadas, filmée et rap­portée par Canal+ au sein de l’émission « +Clair », fait scan­dale, le con­traig­nant à des excus­es. 10 ans plus tard sur Europe 1, Pujadas expli­quera que, « au moment où on le décou­vre ça parait cocasse. On voit un petit filet de fumée qui dépasse d’une tour ».

Mais ce petit déra­page ne per­turbera pas son ascen­sion au sein du groupe pub­lic : le 15 octo­bre 2008, il présente son mil­lième jour­nal télévisé sur France 2. C’est depuis cette année d’ailleurs que son jour­nal vien­dra talon­ner celui de TF1 présen­té par Lau­rence Fer­rari, dont l’audience est en recul.

David Pujadas présen­tera, en par­al­lèle du JT, plusieurs émis­sions : « Le Con­trat », une inter­view poli­tique men­su­elle sur LCP (sai­son 2005–2006) ; « Madame, Mon­sieur, bon­soir » sur France 5 avec Hervé Cha­balier (2006–2007) ; « Les Infil­trés », mag­a­zine d’investigation de France 2 (2008–2010). Enfin, il présente depuis 2002 les soirées élec­torales de France 2 ain­si que le mag­a­zine poli­tique men­su­el à suc­cès « Des paroles et des actes » sur la même chaîne.

Hormis ce « Ouah génial ! » un peu enfan­tin, on peut relever quelques « boulettes » jour­nal­is­tiques plus gênantes.

Le 3 févri­er 2004, Pujadas annonce en ouver­ture de son jour­nal qu’Alain Jup­pé se retire offi­cielle­ment de la vie poli­tique. Au même moment, Jup­pé donne pré­cisé­ment une longue inter­view à TF1, dans laque­lle il livre une ver­sion bien plus nuancée. Pujadas aurait-il voulu anticiper pour ne pas laiss­er l’information à TF1 ? Quoi qu’il en soit, suite à cette boulette, le présen­ta­teur de France 2 présen­tera ses excus­es, ce qui n’empêchera pas la rédac­tion de vot­er, deux jours plus tard, une motion de défi­ance à son encon­tre. Olivi­er Maze­rolle présen­tera sa démis­sion, et David Pujadas sera écarté de l’antenne pen­dant deux semaines. Sur Europe 1 en 2011, il ren­dra respon­s­able de cette faute le ser­vice poli­tique de la chaîne, tout en affir­mant « assumer » cette erreur…

Cinq ans plus tard, en 2009, Pujadas inter­roge, dans son JT, Xavier Math­ieu, délégué CGT de l’usine Con­ti­nen­tal à Clairoix après que ses col­lègues grévistes aient saccagé la sous-pré­fec­ture de Com­piègne. Ses ques­tions, unique­ment axées autour de la vio­lence util­isée par les syn­di­cal­istes, provo­queront une grosse colère dans les milieux d’extrême-gauche. Devant les caméras de Pierre Car­les, Jean-Luc Mélen­chon qual­i­fiera, à la vue des images de l’interview, David Pujadas de « salaud », de « larbin » et de « laquais ». Acrimed pub­liera un long papi­er pour dénon­cer ses méth­odes jour­nal­is­tiques jugées com­plaisantes envers le patronat.

Le 23 sep­tem­bre 2009, il inter­viewe Nico­las Sarkozy en com­pag­nie de Lau­rence Fer­rari. Son com­porte­ment sera vive­ment cri­tiqué, notam­ment par Acrimed, qui soulign­era sa com­plai­sance et sa mol­lesse à l’égard du chef de l’État.

Le 30 juin 2010, dans le cadre de son doc­u­men­taire « Fin de con­ces­sion », le jour­nal­iste Pierre Car­les attend, avec son équipe et des proches du défunt jour­nal Le Plan B, David Pujadas à la sor­tie de France Télévi­sions pour lui remet­tre la « laisse d’or » et le titre de « Laquais du Siè­cle », en référence au club Le Siè­cle, dont il est mem­bre. Les mil­i­tants repein­dront son scoot­er d’une pein­ture dorée à l’aide de bombes aérosols. Une « agres­sion » qui sera vive­ment dénon­cée dans la presse.

Le 12 mars 2013, les Indigènes de la République pub­lient un arti­cle dans lequel son livre « Agis­sons avant qu’il ne soit trop tard : Islam et République » est cri­tiqué. Le mou­ve­ment lui reproche de créer un « islam imag­i­naire », fan­tas­mé et manichéen.

Le 7 octo­bre 2013, pour illus­tr­er leur pro­pos sur le lax­isme des vendeurs d’alcool, David Pujadas et son équipe envoient des mineurs ten­ter leur chance dans des épiceries en caméra cachée. Dans une let­tre ouverte à Thier­ry Thuil­li­er, directeur de l’information de France Télévi­sions, le syn­di­cat des jour­nal­istes fait alors part de son indig­na­tion : « Ce procédé nous indigne car l’équipe a effec­tué une mise en scène, deman­dant à un mineur d’enfreindre la loi pour arriv­er à ses fins, et de plus vio­le la Charte du jour­nal­iste qui stip­ule qu’un “jour­nal­iste s’interdit d’user de moyens déloy­aux pour obtenir une infor­ma­tion ou sur­pren­dre la bonne foi de quiconque”. »

En avril 2015, il inter­viewe le prési­dent Bachar el-Assad au sujet de la guerre civile qui rav­age la Syrie. Il est le pre­mier jour­nal­iste français à avoir pu s’entretenir avec le prési­dent syrien depuis le début du con­flit, en 2011.

À par­tir de la ren­trée 2015, il sera aux com­man­des d’un nou­veau mag­a­zine d’information, Cel­lule de crise, qui pro­posera de revivre les moments impor­tants de l’histoire récente à tra­vers une nar­ra­tion et une con­tre-enquête jour­nal­is­tique.

Vie privée

David Pujadas est divor­cé de sa pre­mière épouse avec laque­lle il a eu deux filles. Il a une nou­velle com­pagne depuis 2004, avec laque­lle il a eu un garçon et une fille.

Ses réseaux

David Pujadas est mem­bre du club Le Siè­cle, où se côtoient hommes poli­tiques, indus­triels, financiers et jour­nal­istes.

Récompenses

  • David Pujadas a rem­porté le Prix Jean d’Arcy 1998 pour le thème du « meilleur jour­nal du câble et du satel­lite ».
  • En 2007, il rem­porte le prix Roland-Dorgelès, dans la caté­gorie « Télévi­sion », pour son « attache­ment à la qual­ité de la langue française ».
  • En juin 2010, il reçoit de la part du défunt jour­nal Le Plan B une « laisse d’or » cen­sée récom­penser « le jour­nal­iste le plus servile ».
  • Il reçoit le « Bobard d’or » 2010 pour avoir util­isé, le 28 décem­bre 2009, des images du Hon­duras pour illus­tr­er la répres­sion d’une man­i­fes­ta­tion en… Iran.
  • … et le « Bobard de cuiv­re » 2014 pour « le bobard par novlangue auda­cieuse : quand fer­rail­lage rime avec bobardage ! »

Publications

  • La Ten­ta­tion du Jihad, Jean-Claude Lat­tès,‎ 1995
  • Vous subis­sez des pres­sions ? Flam­mar­i­on,‎ 2009
  • Agis­sons avant qu’il ne soit trop tard : Islam et République, Le Cherche midi,‎ 2013

Il l’a dit

« Ouah, génial ! », le 11 sep­tem­bre 2001, à la vue du sec­ond avion frap­pant les tours du World Trade Cen­ter.

« Là j’ai trou­vé que cette inter­view était assez réussie, assez intéres­sante. Évidem­ment, parce que c’est devenu main­tenant presque inévitable, ici, là, on va dire ceci, on va dire cela. Mais moi j’ai trou­vé que cette inter­view était pas mal », au « Grand Jour­nal » le 25 sep­tem­bre 2009, à pro­pos de son inter­view (très cri­tiquée) de Nico­las Sarkozy.

« Il a aus­si dit le car­bone pol­lue l’atmosphère, alors que c’est le dioxyde de car­bone… Si vous voulez, il y a une façon de par­ler de Nico­las Sarkozy qui est un peu à l’emporte-pièce, et vous n’allez pas tout le temps le repren­dre sur la pré­ci­sion des ter­mes », ibid.

« Alors les ques­tions, c’est des ques­tions de base, c’est école de jour­nal­isme numéro 1, c’est, bien sûr, est-ce que vous regret­tez ce saccage, est-ce que vous lancez un appel au calme, enfin il y avait évidem­ment aucune agres­siv­ité, et encore une fois, il a béné­fi­cié d’une expo­si­tion assez excep­tion­nelle, je ne con­nais pas beau­coup de grands jour­naux qui font ça voilà. Donc je pense qu’il y a un con­tre­sens même que fait Jean-Luc Mélen­chon qui est assez étrange », France Info, 11 octo­bre 2010, suite à son inter­view du syn­di­cal­iste Xavier Math­ieu et aux cri­tiques de Mélen­chon.

Ils l’ont dit

« L’idée même de cette émis­sion est scan­daleuse. Dans une démoc­ra­tie, un jour­nal­iste doit avancer à vis­age décou­vert. Un jour­nal­iste doit pou­voir dire à son inter­locu­teur qui il est, quel méti­er il fait, et l’informer de cette vérité sim­ple : les pro­pos tenus ont voca­tion à être porté à la con­nais­sance du pub­lic. A l’inverse, avancer masqué, dis­simuler sa fonc­tion pro­fes­sion­nelle, cacher le vrai but de son tra­vail, s’apparente à du viol, à un vol, et il est extrême dif­fi­cile, voire franche­ment impos­si­ble, de présen­ter cela comme du jour­nal­isme. Le mot d’espionnage serait plus adap­té », Jean-Michel Aphatie, à pro­pos de l’émission « Les Infil­trés », le 2 octo­bre 2008

« Une inter­view “assez réussie” ? Mais pour qui ? Pour Nico­las Sarkozy d’abord, par­faite­ment sec­ondé dans cet exer­ci­ce de com­mu­ni­ca­tion, comme nous avons essayé de l’établir dans notre arti­cle précé­dent. Que David Pujadas trou­ve cette inter­view “pas mal” ne nous apprend qu’une chose : qu’il est, avec d’autres, ajusté à la fonc­tion de faire-val­oir et qu’à ce titre, sa sélec­tion est jus­ti­fiée. S’il est sat­is­fait, c’est par com­para­i­son avec la précé­dente inter­view, dont il déplore le style “figé”, et non le con­tenu. Rap­pelons d’ailleurs qu’en réal­ité, il avait à l’époque surtout regret­té qu’ils aient été qua­tre jour­nal­istes à se partager la faveur du prince, et que telle sem­blait bien la cause pre­mière de sa “frus­tra­tion” », Acrimed, le 6 octo­bre 2009, suite à l’interview Nico­las Sarkozy par Pujadas et Fer­rari.

« Mer­ci, Mon­sieur Pujadas. Si nous ne le savions déjà, nous sommes désor­mais infor­més des “ques­tions de base” que l’on apprend à for­muler dans les écoles de jour­nal­isme. Non pas : “Qu’est-ce qui explique votre colère à la suite de la déci­sion du tri­bunal ? Quel sort attend les Con­ti après cette déci­sion d’une extrême… vio­lence ?” Mais trois appels (et cela seule­ment…) à con­damn­er la “vio­lence” des salariés. Ce n’est pas un entre­tien, mais un cours d’instruction civique pour école mater­nelle », Hen­ri Maler, Acrimed, 14 octo­bre 2010, suite à l’interview du syn­di­cal­iste Xavier Math­ieu.

« Le Pen et Pujadas, même com­bat », Téléra­ma, suite au traite­ment médi­a­tique du meurtre d’une petite fille, le 22 novem­bre 2011.

Crédit pho­to : Coccico2345 via Wiki­me­dia (cc)

Ce portrait a été financé par les donateurs de l’OJIM

Ce portrait a été financé par les donateurs de l'OJIM

Aider l’Observatoire du jour­nal­isme, c’est con­tribuer au développe­ment d’un out­il indépen­dant, libre­ment acces­si­ble à tous et à votre ser­vice.

Notre site est en effet entière­ment gra­tu­it, nous refu­sons toute pub­lic­ité et toute sub­ven­tion — ce sont les lecteurs/donateurs qui assurent notre indépen­dance. En don­nant 100 € vous financez un por­trait de jour­nal­iste et avec l’avan­tage fis­cal de 66% ceci ne vous coûte que 33 €. En don­nant 200 € vous financez un dossier. Vous pou­vez régler par CB, par Pay­Pal, par chèque ou par vire­ment. Rejoignez les dona­teurs de l’Ojim ! Nous n’avons pas d’autres sources de finance­ment que nos lecteurs, d’avance mer­ci pour votre sou­tien.

66% récolté
Nous avons récolté 1.320€ sur 2.000€. Vous appré­ciez notre tra­vail ? Rejoignez les dona­teurs de l’Ojim !

Suivez-nous sur les réseaux sociaux

Téléchargez l’application

L'Ojim sur iTunes Store