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Fusion de l’audiovisuel public : plus gros, plus efficace, plus utile ?

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20 mai 2024

Temps de lecture : 5 minutes
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Fusion de l’audiovisuel public : plus gros, plus efficace, plus utile ?

Temps de lecture : 5 minutes

L’audiovisuel public est en ébullition : Rachida Dati, ministre de la Culture, présente un projet de loi, calqué sur un projet sénatorial LR, destiné à former un pôle unique d’audiovisuel public.

Audiovisuel public : de quoi parle-t-on ?

Actuelle­ment, l’audiovisuel pub­lic rassem­ble France Télévi­sions, Radio France, France Médias Monde, c’est-à-dire RFI et France 24, et enfin l’Institut nation­al de l’audiovisuel, INA. Or, dès son arrivée au min­istère de la Cul­ture en jan­vi­er 2024, Rachi­da Dati prévoy­ait de créer un « pôle puis­sant », avec une gou­ver­nance com­mune. Aujourd’hui, chaque entité a son prési­dent, ses fonc­tions sup­ports, ses spé­cial­istes en divers domaines. Fusion­ner l’ensemble per­me­t­trait de sup­primer cer­tains dou­blons, mais aus­si de créer des équipes plus poly­va­lentes, plus com­pé­tentes, et même plus créa­tives, car on ne réflé­chit pas de la même façon quand on crée un sujet pour la radio ou pour la télévi­sion. Le nou­v­el audio­vi­suel pub­lic com­porterait trois pôles : inter­na­tion­al, nation­al et local. Au sein de ces pôles seraient traités les sujets infor­mat­ifs, cul­turels, etc. France 3 et France Bleu pour­raient ain­si être réu­nis en « France Médias Régions ».

Une fusion menée au pas de charge

Rachi­da Dati prévoit donc la créa­tion d’une « hold­ing » pour début jan­vi­er 2025. Une petite révo­lu­tion qui ne serait qu’une étape avant une fusion totale le 1er jan­vi­er 2026. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le cal­en­dri­er est ser­ré, et c’est là le reproche de bien des par­ties prenantes. D’autant que c’est loin d’être le seul pro­jet de loi que l’Assemblée ait « dans les tuyaux ». Cepen­dant, le pro­jet n’a rien de neuf, et s’il n’est pas plus con­nu, c’est à cause de la crise san­i­taire. En 2020, la sup­pres­sion de la rede­vance télé, depuis rem­placée par un impôt, procé­dait déjà de cette volon­té de sim­pli­fi­ca­tion. A l’époque, c’est Frank Riester qui menait la bar­que. Au reste, la fusion des médias est déjà à l’œuvre, quoique par petites touch­es : France 3 et France Bleu parta­gent déjà la même mati­nale depuis 2019. Seule­ment voilà, le temps presse : en 2025 s’achèvera le man­dat de Del­phine Ernotte, prési­dente de France Télévi­sions. Cette dernière serait plutôt favor­able au pro­jet, rejoignant en cela l’avis de Lau­rent Val­let, prési­dent de l’INA.

La holding, un pas vers la fusion

La hold­ing, pre­mière étape avant la fusion, se nom­merait « France Médias ». Grâce à une gou­ver­nance unique, elle per­me­t­trait des coopéra­tions plus sim­ples entre télévi­sion et radio, deux médias de plus en plus per­méables, comme le mon­trent BFM TV et RMC ou Europe 1 et CNews. Le texte per­me­t­tant cette fusion a été exam­inée en pre­mière lec­ture par la com­mis­sion des affaires cul­turelles de l’Assemblée nationale les mar­di et mer­cre­di 14 et 15 mai. Au reste, Rachi­da Dati a placé ses pio­ns pour éviter les débats trop houleux : cette solu­tion a déjà été pro­posée par un texte adop­té par le Sénat en juin 2023.

Fusionner l’audiovisuel public pour diminuer les financements ?

Der­rière la ques­tion de la fusion se cache une ques­tion cru­ciale, peut-être la ques­tion prin­ci­pale : le finance­ment. Depuis la fin de la rede­vance audio­vi­suelle, qui rap­por­tait plus de trois mil­liards d’euros chaque année, l’audiovisuel pub­lic est financé par un prélève­ment sur la TVA, et en réal­ité par la dette. Or, cette recette dépend fatale­ment de la con­som­ma­tion des ménages, ce qui ne con­vient guère aux acteurs de l’audiovisuel, qui préfèr­eraient dis­pos­er d’un revenu garan­ti. Ain­si, en juin 2023, le Sénat sug­gérait une « ressource publique de nature fis­cale, pérenne, suff­isante, prévis­i­ble et prenant en compte l’inflation », par exem­ple un bud­get pris en compte dans la loi de finances.

Toute­fois, il ne s’agit pas que de trou­ver l’argent : il faut aus­si l’économiser. Alors que le gou­verne­ment ne cesse de rap­pel­er son besoin de trou­ver dix mil­liards, puis vingt, l’audiovisuel pub­lic pour­rait être un vivi­er d’économies. Roger Karouchi, co-auteur du rap­port Karouchi / Hugonet de 2022, par­le de 10 % d’économies, sur un bud­get de qua­tre mil­liards d’euros en 2023. Ce chiffre n’a pour le moment pas été revu à la baisse.

Il faut dire que les syn­di­cats veil­lent. Bien que le mod­èle français fasse fig­ure d’exception en Europe, ils esti­ment que pareille fusion serait une calamité, et pointent notam­ment cette pos­si­ble diminu­tion des finance­ments. Ils appel­lent donc à la grève les 23 et 24 mai, soit pen­dant les débats à l’Assemblée nationale autour du texte.

A‑t-on besoin d’un audiovisuel public ?

Le pro­jet de Rachi­da Dati repose sur une con­vic­tion, exprimée pen­dant les ques­tions au gou­verne­ment le 7 avril. Selon la min­istre de la Cul­ture, « nous avons besoin d’un audio­vi­suel pub­lic puis­sant ». Un BBC à la française, une énorme insti­tu­tion qui rassem­blerait la cul­ture et l’information, l’international et le local, la radio et la télé. Pour­tant, ce besoin peut être remis en cause. Pourquoi la France aurait-elle besoin d’un audio­vi­suel pub­lic, à plus forte rai­son puis­sant ? Les chaînes privées sont nom­breuses en France, et don­nent à tous ce dont ils ont besoin. His­toire, cul­ture, reli­gion, tous les sujets sont abor­dés, avec des angles de vue dif­férents. En réal­ité, l’enjeu de l’audiovisuel pub­lic n’est pas la fusion, mais la suppression.

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