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Daniel Schneidermann

10 juin 2018

Temps de lecture : 14 minutes
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Daniel Schneidermann

Haro sur les médias

Né en avril 1958, Daniel Schneidermann est un journaliste spécialisé dans la critique média et l’analyse des images télévisuelles. Il est le fondateur du site @rrêt sur images, qui fut autrefois une émission télévisée diffusée sur La Cinquième.

Est-il pos­si­ble de faire la cri­tique d’un cri­tique ? Assuré­ment, oui. Analy­ses per­ti­nentes, enquêtes et scoops dans sa panoplie, Daniel Schnei­der­mann s’est érigé depuis plusieurs années en poil à grat­ter des médias. Avec son site @rrêt sur images et ses chroniques régulières, il décor­tique chaque semaine les mécaniques et les couliss­es de ceux qui sont cen­sés nous informer objec­tive­ment. Mais mal­gré ses nom­breuses qual­ités et son tra­vail sou­vent per­ti­nent, Schnei­der­mann n’échappe pas, lui non plus, à la cri­tique. Ain­si va le jeu médi­a­tique.

Formation

Daniel Schnei­der­mann est issu du Cen­tre de for­ma­tion des jour­nal­istes (Paris).

Parcours militant

À 17 ans, il milite durant quelques mois à l’U­nion des étu­di­ants com­mu­nistes. Une ten­dance ado­les­cente pour le com­mu­nisme partagée, sem­ble-t-il, par beau­coup de ses con­frères jour­nal­istes, du moins ceux de cette généra­tion.

Cepen­dant, ses par­tis pris (notam­ment pour l’immigration, usage de l’écriture inclu­sive de temps à autre, défense de mou­ve­ments ou de mil­i­tants d’extrême-gauche…) et ses pub­li­ca­tions (Libé, le Nou­v­el Obs) l’engagent à gauche.

Le 6 mai 2018 il se fend même d’une chronique dans Libéra­tion où il défend le « cortège de tête », c’est-à-dire les casseurs du 1er mai qui ont saccagé plusieurs com­merces sur le boule­vard de l’Hôpital à Paris : « Le cortège de tête ne va pas saccager le McDo, mais par sa masse même, il autorise le saccage. Le cortège de tête ne sou­tient pas, mais ne con­damne pas ». « Comme on dis­ait il y a cinquante ans à pro­pos d’autre chose, nous sommes tous le cortège de tête ».

Presse écrite

Schnei­der­mann débute sa car­rière dans la presse écrite en entrant au Monde en 1979 comme sim­ple jour­nal­iste.

En 1983, soit qua­tre ans plus tard, il est nom­mé grand reporter. Il se fait alors jour­nal­iste de ter­rain et mul­ti­plie les reportages, notam­ment dans la chronique judi­ci­aire.

À par­tir de 1992, il se met à la cri­tique média en présen­tant, d’abord quo­ti­di­en­nement puis une fois par semaine, des chroniques con­sacrées à la télévi­sion. Dans ses chroniques, il met en évi­dence les moyens télévi­suels pour ori­en­ter et manip­uler le téléspec­ta­teur, s’in­scrivant ain­si dans une lignée héritée de François Mau­ri­ac et autre Mor­van Lebesque.

En 2003, il cri­tique ouverte­ment sa direc­tion dans son livre Le Cauchemar médi­a­tique. Suite au livre de Pierre Péan, La Face cachée du Monde, Schnei­der­mann estime que la réac­tion de son quo­ti­di­en est mau­vaise et que ce dernier n’a pas répon­du aux argu­ments avancés par le jour­nal­iste. Dès octo­bre, il est licen­cié pour cet affront. Le com­porte­ment du jour­nal­iste est jugé « atten­ta­toire à l’entreprise pour laque­lle il tra­vaille », une « cause réelle et sérieuse » pour sa direc­tion. Il pour­suiv­ra celle-ci aux prud’hommes et gag­n­era son procès en mai 2005, con­fir­mé en appel en mars 2007.

Évincé du Monde, il se dirige alors vers Libéra­tion, où il pour­suit ses chroniques sur les médias tous les lundis depuis 2003. Con­traire­ment à sa chronique au Monde, con­sacrée unique­ment à la télévi­sion, Schnei­der­mann extra­pole à tous les médias ce qu’il fai­sait dans Le Monde pour la télé. Il s’ag­it ain­si « d’une chronique sur tous les médias, pas unique­ment audio­vi­suels ».

Arrêt sur images

Entraîné par le suc­cès de ses chroniques dans la presse écrite, Schnei­der­mann crée en 1995 une émis­sion de cri­tique médias sur La Cinquième. « Arrêt sur images » est né. Pro­duc­teur et ani­ma­teur, il présente son émis­sion en com­pag­nie de Pas­cale Clark la pre­mière année. « Arrêt sur images » a pour but « de décrypter l’im­age et le dis­cours télévi­suels et, avec l’aide de divers chroniqueurs et jour­nal­istes, d’analyser les dérives et les suc­cès du réc­it médi­a­tique ».

L’émis­sion pousse la cri­tique média jusqu’à se cri­ti­quer elle-même : chaque mois, une jour­nal­iste chargée de suiv­re les débats sur le forum de l’émis­sion, la « foru­man­cière », fait part à Daniel Schnei­der­mann des cri­tiques sur sa pro­pre émis­sion, soumis­es par les inter­nautes.

Mais peut-on réelle­ment faire une cri­tique sérieuse de la télévi­sion… à la télévi­sion ? Pour Pierre Bour­dieu, la réponse était non. Invité le 20 jan­vi­er 1996 dans l’émission de Schnei­der­mann, il sig­nait une tri­bune dans Le Monde Diplo­ma­tique inti­t­ulée « Analyse d’un pas­sage à l’an­tenne », quelques mois plus tard, dans laque­lle il esti­mait que l’émission avait illus­tré ce qu’il avait lui-même l’intention de démon­tr­er : « l’impossibilité de tenir à la télévi­sion un dis­cours cohérent et cri­tique sur la télévi­sion ».

Schnei­der­mann répon­dra dans le même Monde Diplo­ma­tique, se défen­dant en prê­tant à Pierre Bour­dieu la volon­té de tout con­trôler et de ne pas être con­tred­it. Cette querelle sera, en par­tie, le sujet du doc­u­men­taire d’un par­ti­san de Bour­dieu, Pierre Car­les, « Enfin pris ? » en 2002. Lors de ce doc­u­men­taire, on appren­dra notam­ment que l’émis­sion de Schnei­der­mann n’est pas si cri­tique que cela à l’é­gard de cer­tains sujets ou per­son­nal­ités. Par exem­ple, on peut y suiv­re un « off » face à Jean-Marie Messier où Schnei­der­mann, alors qu’il l’in­ter­roge sur les chiffres liés à la fusion Viven­di-Sea­gram, le ras­sure : « Ne vous inquiétez pas on ne va pas vous par­ler de ça pen­dant l’émis­sion, on va par­ler de choses bien plus futiles. »

En 2005 avec Riff Pro­duc­tions, il licen­cie une des pigistes d’Arrêts sur Images, Per­line, car elle fait par­tie – hors de son méti­er – de l’association Réseau Voltaire et ne le lui a pas dit. Elle con­teste son licen­ciement et gagne aux prud’hommes en 2007 puis en appel. La Cour a notam­ment estimé que « un jour­nal­iste dans l’exercice de ses fonc­tions n’est pas un per­son­nage pub­lic tenu de s’expliquer sur ses engage­ments per­son­nels ».

Son émis­sion provoque cepen­dant de nom­breuses ten­sions au sein du petit monde médi­a­tique. Avec Pierre Car­les, mais aus­si avec France 2, après qu’il ait cri­tiqué le sys­tème « bidon » de cer­tains duplex, avec TF1 après qu’il ait invité un ancien cor­re­spon­dant de la chaîne, Alain Chail­lou, pour par­ler de la fer­me­ture de plusieurs bureaux à l’é­tranger et du faible intérêt de celle-ci pour l’ac­tu­al­ité inter­na­tionale, et avec Patrick de Car­o­lis après que Schnei­der­mann ait rap­pelé sur son blog que son nou­veau patron a présen­té dans l’émis­sion « Des racines et des ailes » un reportage fal­si­fié sur les CRS.

Suite à cela, Car­o­lis pren­dra la déci­sion de sup­primer les red­if­fu­sions avant, en 2007, de décider d’un arrêt « irrévo­ca­ble » de l’émis­sion mal­gré des audi­ences cor­rectes. Daniel Schnei­der­mann est licen­cié de France 5 le 30 juin 2007 pour « faute grave ».

Une péti­tion regroupant 180 000 sig­nataires sera lancée pour pro­test­er con­tre ce licen­ciement.

@rrêt sur images

Devant le sou­tien reçu, Schnei­der­mann va alors relancer son émis­sion, mais cette fois sur un sup­port qui se veut « plus libre » : inter­net. En sep­tem­bre 2007, il lance le site @rrêt sur images, avec une par­tie de son anci­enne équipe, en espérant fédér­er les sig­nataires pour s’as­sur­er un bon lance­ment. Sur inter­net, le jour­nal­iste espère trou­ver plus de lib­erté qu’à la télévi­sion, notam­ment pour cri­ti­quer celle-ci.

Le mod­èle économique, qui écarte toute pub­lic­ité, jugée « non fiable », se tourne vers les abon­nements payants. En 2008, @rrêt sur images revendique env­i­ron 30 000 abon­nés et 28 000 en jan­vi­er 2017.

En juin 2015, il est vic­time d’un can­u­lar télé­phonique orchestré par le hack­er israélien Gré­go­ry Chel­li (con­nu sous le pseu­do­nyme de Ulcan). Ce dernier se fait pass­er pour Daniel Schnei­der­mann auprès de la police, et affirme s’être retranché chez lui après avoir assas­s­iné son épouse. Un sig­nale­ment qui entraîne la venue des forces de police au sein de son immeu­ble, alors même que le rédac­teur d’@rrêt sur Images n’é­tait pas à son domi­cile. Pour lui, cette mau­vaise plaisan­terie serait la con­séquence d’écrits défa­vor­ables au hack­er sion­iste.

Il pub­lie aus­si une chronique média sur le Nou­v­el Obs, chaque matin du lun­di au ven­dre­di, « si pos­si­ble à 9h15 pré­cis­es ».

Publications

  • Tout va très bien, mon­sieur le min­istre, Bel­fond, 1987
  • Où sont les caméras ?, Bel­fond, 1989
  • Un cer­tain Mon­sieur Paul, l’af­faire Tou­vi­er, Fayard, 1989 (avec Lau­rent Greil­samer)
  • Les juges par­lent, Fayard, 1992 (avec Lau­rent Greil­samer)
  • La Dis­parue de Sis­ter­ane, Fayard, 1992
  • Arrêts sur images, Fayard, 1994
  • Anx­i­ety Show, Arléa, 1994
  • Nos mytholo­gies, Plon, 1995
  • L’É­trange Procès, Fayard, 1998
  • Du jour­nal­isme après Bour­dieu, Fayard, 1999
  • Les Folies d’In­ter­net, Fayard, 2000
  • Où vont les juges ?, Fayard, 2002 (avec Lau­rent Greil­samer)
  • Le Cauchemar médi­a­tique, Denoël, 2003
  • Les Langues pater­nelles, Robert Laf­font, 2005 (sous le pseu­do­nyme de David Serge)
  • Gründlich (sous le pseu­do­nyme de David Serge), Stock, 2007
  • C’est vrai que la télé truque les images ?, avec sa fille Clé­men­tine Schnei­der­mann, Albin Michel, 2008
  • Pré­face de Crise au Sarkozis­tan
  • Où le sang nous appelle, avec Chloé Delaume, Seuil, coll. « Fic­tion et Cie », 2013.
  • Ter­ra incognita.net, Le publieur.com, 2013
  • On n’a pas fini de rire, Le publieur.com, 2015

Ce qu’il gagne

Sur France 5, il béné­fi­ci­ait d’un CDI et gag­nait « un peu plus de 12 000 € plus 3000 € par mois pour un « droit au for­mat » de l’émission ». ll a été licen­cié avec 90 000 € d’indemnités.

Dans les quo­ti­di­ens parisiens, un rédac­teur spé­cial­isé gagne. 2 744,87 € d’indemnités, aux­quels s’ajoutent (pour ses 15 ans à Libé) 424,21 € de prime d’ancienneté. Un pigiste fait 66,25€ le feuil­let dans les quo­ti­di­ens, 53,46 € dans un heb­do­madaire comme le Nou­v­el Obs.

A ces revenus variables ou fixes s’ajoutent ceux qu’il tire de son site et ses droits d’auteurs

Il l’a dit

« Même si la liste Cohen mélange tout (quoi de com­mun entre les qua­tre ? Et pourquoi Kasso­vitz ne fig­u­rait-il pas dans la liste ini­tiale ?), cha­cun en entend bien le point com­mun : les qua­tre pro­scrits, sous une forme ou une autre, ont dit des choses désagréables sur les juifs, Israël, ou le sion­isme (…) Se priv­er d’invités intéres­sants parce qu’on n’est pas d’accord avec eux est, pour un jour­nal­iste payé par le con­tribuable, une faute pro­fes­sion­nelle. Et non seule­ment c’est indéfend­able, mais c’est con­tre-pro­duc­tif », Libéra­tion du 17 mars 2013.

« Nous à @rrêt sur images, on cri­tique des arti­cles, des émis­sions, des pro­pos publics, on ne s’in­téresse pas aux gens. (…) Très sou­vent à la rédac­tion on se dis­ait : “il y a eu un fait divers d’in­sécu­rité. Est-ce qu’on va l’écrire sachant que ça peut être repris par Le Pen ?” Ben oui, il faut l’écrire ! (…) Je n’ai jamais invité Dieudon­né. A la fois parce que j’en ai pas envie, mais aus­si parce que je ne saurais pas com­ment le traiter sur le plateau. (…) Dieudon­né et Soral, la moin­dre des vidéos qu’ils met­tent sur Youtube, c’est 800 000 à 1 mil­lion de vues. Com­bi­en faites-vous de téléspec­ta­teurs ici à “La Nou­velle Édi­tion” ? Vous en faites moins qu’eux ! Vous croyez qu’ils nous atten­dent ? », « La Nou­velle Édi­tion », Canal+, 6 févri­er 2014.

« Social­istes, soyez plus intel­li­gents que les autres, faites-les sans le dire, les réformes. Plutôt que des con­seillers en com, embauchez des con­seillers en silence. Plan­quez-les, les réformes, dans les pro­jets de loi les plus inat­ten­dus, sur la pêche, le bâti­ment, la taille des petits pois. Épargnez-nous les hurlements fati­gants et vains, les psy­chodrames nationaux “à la Sarkozy” de la réforme qui ne débouche finale­ment sur rien. Faites-les sans flots d’éloquence, sans gross­es manchettes de jour­naux, essayez de pass­er sous les radars du “Petit Jour­nal”, faites l’économie de l’épuisante et vaine guéguerre entre les cathos et les anti­cathos qui emplit la chronique fran­co-française depuis des siè­cles, cette guerre des grandes gueules qui ne demande qu’une occa­sion pour se ral­lumer. Ceux et celles à qui elles s’adressent, les réformes, à qui elles prof­iteront, et qui les atten­dent, sauront bien les trou­ver tout seuls », @rrêt sur images, 2 mai 2014.

« Il faut appel­er Le Camp des Saints par son nom : un livre raciste. (…) Jean Ras­pail était une sorte de Zem­mour des années 70 », Libéra­tion, mars 2011.

« Aphatie, aujourd’hui, est un jour­nal­iste cumu­la­rd, au som­met du sys­tème, dont on écoute les inter­views sur RTL, dont on regarde les presta­tions indéfiniss­ables sur Canal+ (…) Aphatie règne partout. Autant dire qu’il est un per­son­nage pub­lic, et que toute car­i­ca­ture, tout écrit satirique visant ses inter­views, son idéolo­gie, ou même ce qui appa­raît publique­ment de sa per­son­ne (son accent donc, mais pas ses orig­ines sociales) sont donc accept­a­bles à pri­ori, pour peu qu’ils ne fran­chissent pas les lim­ites légales. Si Todd les a franchies, qu’Aphatie sai­sisse la Jus­tice. On rira bien », Le Nou­v­el Obs, févri­er 2012 (en réponse aux reproches de Jean-Michel Aphatie, voir plus haut).

« Le con étant la cible naturelle de Char­lie, on com­prend (oups) que son com­bat (re-oups) le porte naturelle­ment vers les sujets piège à con, plutôt que vers les dossiers com­pliqués (bon, j’arrête), comme, au hasard, la crise de l’euro, dans lequel les cons et les pas cons sont plus déli­cats à départager », @rrêt sur images, 2 novem­bre 2011.

« Oui, c’est un site qui pue, où se déploie en per­ma­nence le clas­sique racisme sournois des Gaulois per­sé­cutés, tou­jours implicite bien enten­du. De plus, il est anonyme (nous ne sommes jamais par­venus à entr­er en con­tact avec eux), et donc poten­tielle­ment manip­u­la­toire. C’est un site, enfin, qui ne pro­duit aucune infor­ma­tion en pro­pre. Mais c’est un agré­ga­teur effi­cace, appuyé sur une com­mu­nauté mobil­isée. Grâce à cette mobil­i­sa­tion, on y voit, on y entend, des vidéos et des infor­ma­tions, qu’on ne voit pas ailleurs. Il est donc une source d’alertes impor­tante. Atten­tion, bouchez-vous le nez : je l’ai inclus dans mon netvibes, et j’y passe régulière­ment », @rrêt sur images, 5 juin 2011.

« Dans la famille “je gueule tout haut sur toutes les chaînes ce que je pense que tout le monde pense tout bas” (et je pro­fesse donc misog­y­nie, islam­o­pho­bie, xéno­pho­bie, homo­pho­bie, ferme réso­lu­tion pour le rétab­lisse­ment de la peine de mort), Ménard tente de dis­put­er son mono­pole à Zem­mour (…) Zem­mour et ses sem­blables sont des loups, qui flairent comme l’odeur du sang notre embar­ras. L’embarras se voit, s’entend, se sent », Libéra­tion, 11 avril 2011.

« Il est vrai que tous les racismes ne sont pas affec­tés d’un coef­fi­cient égal d’impunité. Zem­mour aurait-il pris les juifs comme cible de son “incor­rec­tion poli­tique, au lieu de cogn­er sur les Noirs et les Arabes, qu’il serait déjà tenu à l’écart de l’antenne, comme l’est (juste­ment) Dieudon­né », Libéra­tion, 28 févri­er 2011.

« Et voilà qu’on rit. On rit de l’ignoble culot de ces deux des­per­a­dos con­tre les bien-pen­sants. Et on se sur­prend là, riant avec Dieudon­né, ayant rejoint la grande cohorte de tous ceux qui, tout de même, mal­gré tout, lui recon­nais­sent un cer­tain tal­ent. Évidem­ment, on s’effraie de rire. C’est bien moi, là, qui ris à un sketch de Dieudon­né ? Mais cet effroi même sur­prend. Pourquoi avoir peur ? De quoi ai-je peur ? Qu’ai-je à crain­dre, de cet autre moi qui rit ? Qui rit certes de ce dont il ne devrait pas rire. Dont on lui a appris à ne pas rire. Si longue­ment appris. Non pas inter­dit, non jamais, pourquoi une inter­dic­tion eût-elle été néces­saire ? Mais appris, avec de belles images, Schindler, Holo­causte. Avec des textes poignants, Anne Frank, Pri­mo Levi. Et voici que, des décen­nies plus tard, on se décou­vre capa­ble de rire de ça, de deux salauds culot­tés piéti­nant ce que l’on a de plus sacré, telle­ment sacré qu’on ose à peine le nom­mer. Voici que l’on décou­vre en soi une sorte de mon­stre d’innocence et d’insoumission », Libéra­tion, 12 jan­vi­er 2014.

« C’est incroy­able qu’une telle intel­li­gence se trompe de cibles avec une telle con­stance, se refuse avec une telle obsti­na­tion à appren­dre à diriger sa colère, fonce dans les pièges, tête bais­sée, et en souri­ant, parce qu’on lui a répété qu’il fal­lait sourire à de Caunes, et ce con­seil-là il l’a enten­du, con­seil pas plus stu­pide que les autres, mais inco­hérent », Libéra­tion, 8 décem­bre 2013 (à pro­pos de Jean-Luc Mélen­chon).

« Être d’accord avec Marine Le Pen, cette expéri­ence lim­ite, cette sen­sa­tion qui vous prend par sur­prise, et vous laisse pan­te­lant, tenail­lé par le doute : cette adhé­sion imprévue révèle-t-elle des pul­sions pro­fondes, refoulées ? Et si, au fond, j’étais d’accord avec elle ? », Libéra­tion, 27 octo­bre 2013.

« Pourquoi, en ce début du XXIe siè­cle, la télé publique ne con­naît-elle que l’Histoire de droite ? […] La monop­o­li­sa­tion de l’Histoire, à la télévi­sion, par la droite monar­chisante n’est pas une fatal­ité française. Il fut un temps loin­tain où l’Histoire, à la télé, pou­vait être de gauche », Libéra­tion 15/10/2017.

« Cette activiste inter­sec­tion­nelle s’appelait Rokhaya Dial­lo. Femme et noire, elle était sou­vent invitée à la télévi­sion. On la con­vi­ait rit­uelle­ment quand il fal­lait trou­ver un·e contradicteur·rice aux défenseurs du racisme, de la misog­y­nie ou de l’homophobie à la télévi­sion (car la télévi­sion invi­tait abon­dam­ment des racistes, des misog­y­nes ou des homo­phobes, à con­di­tion qu’ils puis­sent être intel­ligem­ment con­tred­its). Femme intel­li­gente et pondérée, Rokhaya Dial­lo dis­ait des choses raisonnables face aux racistes, misog­y­nes et homo­phobes. Corol­laire : elle ne con­tes­tait pas vrai­ment les dis­posi­tifs télévi­suels des émis­sions qui l’invitaient et restait donc tolérable pour ces émis­sions, qui pou­vaient ain­si rem­plir avec elle leurs quo­tas de minorités vis­i­bles », Libéra­tion 25/12/2017.

« Expul­sant de manière humiliante une femme noire intel­li­gente et raisonnable, l’Etat offrit-il une illus­tra­tion de ce que pou­vait être ce fameux racisme d’Etat », ibid.

« L’essen­tiel, c’est de mon­tr­er, par l’ex­em­ple, qu’il n’y a pas de fatal­ité du chien écrasé, et qu’on peut sor­tir enfin de l’at­trac­tion pour le mod­èle canon­ique de la télé privée. Car c’est une chose d’en­rager soir après soir de voir la chaîne publique décal­quer la hiérar­chie de l’in­fo des chaînes privées. Mais il man­quait, pour ren­dre ces cri­tiques crédi­bles, un con­tre-mod­èle, même à l’é­tat d’esquisse », au sujet du Média, la télé de Mélen­chon (qui pour­tant s’en défend), Libéra­tion 26/01/2018.

« Un directeur de jour­nal qui avoue s’être plan­té, c’est assez rare pour mérit­er d’être souligné. Comme tous les hommes de pou­voir, le directeur de presse est par essence infail­li­ble. Si son jour­nal ne marche pas, ce sont les lecteurs qui se trompent », Libéra­tion 11/3/2018 au sujet de l’interview de Lau­rent Bec­ca­ria qui recon­naît l’échec d’Ebdoce qui n’a pas sauvé le titre.

« Un média, avant d’être un noble pro­jet intel­lectuel, c’est avant tout un for­mat, un sup­port, une péri­od­ic­ité, un mode de finance­ment. On ne met pas la même chose dans un trimestriel et dans une chaîne d’info con­tin­ue. Dans un média papi­er et dans un média numérique. Dans un média financé par la pub­lic­ité, et dans un média unique­ment financé par ses abon­nés. Si l’on dépend essen­tielle­ment, voire unique­ment, de ses abon­nés, il faut leur faire con­fi­ance », ibid.

« Mon invité est énervé. Qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il vente, tous les jours, il est énervé, en tous cas très remon­té. Nous allons donc lui deman­der son secret de beauté. Car force est d’admettre que ça main­tient jour­nal­is­tique­ment en forme, l’énervement. 26 ans qu’il décor­tique le dis­cours médi­a­tique, qu’il cogne et qu’il cri­tique », France Inter, 24/01/2018.

« C’est plus sous la plume d’un Daniel Schnei­der­mann que nous pour­rons décel­er toute la mal­fai­sance anti­sémite. Daniel Schnei­der­mann biberonne les Dieudon­né et Soral », JFo­rum, 24/05/2018.

« Le dernier arti­cle de Daniel Schnei­der­mann dans Libéra­tion s’intitule : « Israël, la poule et la goule. » Il est con­sacré à Net­ta qui fait la poule. Il n’y a pas de hasard au jeu de mot pour la rime avec la goule. Une goule est un vam­pire suceur de sang, dans la mytholo­gie arabo-musul­mane. Schnei­der­mann, en bon Essav manip­u­la­teur, adresse le mythe du Juif suceur de sang aux pop­u­la­tions arabo-musul­manes. La vic­toire de Net­ta serait le résul­tat d’une volon­té israéli­enne pour dis­simuler l’extermination de Gaza. […] Une vic­toire israéli­enne lui est insup­port­able », ibid.

« Elle nous lave, cette image. Elle est trop belle pour être vraie. Et plus belle encore quand on apprend que Spi­der­man est un migrant malien sans papiers, et qu’il s’ap­pelle Mamoudou Gas­sama », Nou­v­el Obs, 28/05/2018, au sujet du clan­des­tin malien nat­u­ral­isé et reçu par Macron pour avoir sauvé un enfant.

« La République recon­nais­sante, celle qui accorde au compte-gouttes les autori­sa­tions de séjour et le droit d’asile, celle qui s’épuise à effac­er du paysage les ombres des tentes Quechua, celle qui recon­duit les enfants à la fron­tière, va s’empresser d’honor­er Mamoudou Gas­sama, cette République si secrète­ment hon­teuse », ibid.

Ils l’ont dit

« Car, c’est bien con­nu, le juif est fourbe, ses indig­na­tions sont sélec­tives, et ses com­pas­sions, pure­ment com­mu­nau­taires. Il ne sup­porte pas qu’on dise des “choses désagréables” sur sa com­mu­nauté, il a inscrit sur une “liste noire” un “humoriste” (Dieudon­né) et un “pub­li­ciste inclass­able” (Soral, inclass­able ?), il se prive d’“invités intéres­sants” (pour débat­tre de quoi ?) “parce qu’ils ont con­trevenu à un dogme” (lequel ? la Shoah ou la loi qui réprime sa néga­tion ?). Bref, voici un juif pris la main dans le sac de son lob­by et coupable de “faute pro­fes­sion­nelle”. Si je relis ces phras­es aujourd’hui, c’est parce qu’elles me lais­sent effaré et meur­tri comme au pre­mier jour où je les ai lues et aus­si parce qu’il est temps d’en mesur­er les dégâts. De mesur­er vos dégâts, Daniel Schnei­der­mann (…) Car c’est bien votre chronique de “Libéra­tion” qui met le feu à la “fachos­phère”, ce sont vos phras­es que Soral et Dieudon­né répè­tent mot pour mot dans leurs pre­mières vidéos du print­emps 2013 appelant leurs par­ti­sans à des repré­sailles con­tre moi, votre rhé­torique de “liste noire” et de réflexe com­mu­nau­taire que reprend Dieudon­né chaque soir sur scène pour me vouer aux cham­bres à gaz, votre charge qui nour­rit encore aujourd’hui à mon encon­tre la haine anti­sémite qui se répand sur inter­net. Beau tra­vail ! (…) Pour m’avoir ain­si désigné comme l’une des incar­na­tions du “lob­by sion­iste”, celui qui muselle les médias et empêche de “cass­er du juif” tran­quille­ment, vous êtes devenu l’un de leurs héros, l’idiot utile du “dieudon­nisme” », Patrick Cohen, « Le Plus » du Nou­v­el Obs, 6 févri­er 2014 (un an après que Schnei­der­mann ait cri­tiqué sa « liste noire » de gens à ne pas inviter dans les médias).

« C’est à par­tir de votre chronique qu’il (Patrick Cohen, ndlr) a com­mencé à être hué dans les spec­ta­cles de Dieudon­né et que les dieudon­nistes s’en sont pris à lui », Élis­a­beth Lemoine, « La Nou­velle Édi­tion », Canal+, 6 févri­er 2014.

« Voici alors les pro­pos de Daniel Schnei­der­mann : “On l’a enten­du s’exprimer sur Aphatie et sur le tort con­sid­érable qu’il fait au midi de la France. Dahan, qui était à votre place, a imité remar­quable­ment l’accent il y a une sec­onde.” Voilà. Loin d’être alerté par les pro­pos d’Emmanuel Todd, Daniel Schnei­der­mann racon­te que lui-même et ses invités se sont bien moqués de l’ac­cent. (…) La pré­ten­tion et la con­de­scen­dance des acteurs de toute cette séquence, leur sen­ti­ment de supéri­or­ité, leur gou­ja­terie, tout cela est assez stupé­fi­ant », Jean-Michel Aphatie, RTL.fr, 26 févri­er 2012 (après qu’Em­manuel Todd ait méprisé son accent du midi dans une émis­sion d’@rrêt sur images).

« Nous nous réjouis­sons que le moin­dre de nos gestes soit désor­mais épié et inter­prété par les jour­nal­istes à l’instar des plus grandes stars. Cer­tains, en dépit de plusieurs années passées à ani­mer des émis­sions de TV, d’une idéolo­gie con­formiste, d’une fran­co­pho­bie à fleur de peau et de leur appar­te­nance à la gauche mondaine n’y sont jamais par­venus. C’est le cas de Daniel Schnei­der­mann et de son site (payant) dont l’audience reste en deçà de celle de notre mod­este blogue d’amateurs et de bénév­oles », Fdesouche.com, 24 décem­bre 2009.

« Le souci du chroniqueur quo­ti­di­en, c’est qu’il faut écrire un papi­er par jour. C’est à peu près la seule expli­ca­tion que je vois en lisant cette très éton­nante chronique, “L’ir­ré­sistible por­trait d’E­va Joly dans Le Figaro”, signée Daniel Schnei­der­mann », Vin­cent Glad, « Le Plus » du Nou­v­el Obs, 15 juil­let 2011.

« À force de vous pren­dre au sérieux, Daniel Schnei­der­mann, vous avez fini par nous ennuy­er. Jusqu’à vous four­voy­er. Durable­ment. Votre art de couper les cheveux en qua­tre est devenu avec le temps une entre­prise de dém­a­gogie au ser­vice de vos dogmes et de la san­té finan­cière de votre site », Yves Dela­haie, « Le Plus » du Nou­v­el Obs, 17 novem­bre 2011.

« Je ne m’adresse pas au jour­nal­iste qui tient actuelle­ment la bou­tique de son site d’Arrêt sur images, au spameur qui inonde régulière­ment les boîtes mail de ceux qui, comme moi, ont fini par le délaiss­er, pour leur deman­der de se réabon­ner, ni même à celui qui endos­sa le rôle d’écrivain quand, l’année dernière, avec votre équipe, vous avez pub­lié “Crise au Sarkozis­tan” », ibid.

Crédit pho­to : cap­ture d’écran vidéo CPVALDELOIRE via Youtube (DR)

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