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Fox News, emblème républicain, semble se distancer de Trump : lâchage avant lynchage ?

4 novembre 2019

Temps de lecture : 6 minutes
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Fox News, emblème républicain, semble se distancer de Trump : lâchage avant lynchage ?

La chaine jusqu’ici s’était partagée entre reportages objectifs, dont les auteurs appartenaient à la section « Bush » de l’Internationale washingtonienne, et les éditorialistes-amuseurs, tous inconditionnels de Trump. Ce mélange faisait de Fox News la seule fiable au sein des grands médias, dans la mesure où les autres, filiales de méga-conglomérats, avaient renoncé au journalisme pour s’engager religieusement dans la théologie de la libération, celle des griffes du mécréant ogre Trump qui s’était fait élire pour drainer le marécage de l’État profond. Il semble maintenant que l’affaire ukrainienne ait été construite pour lancer l’équivalent du mouvement #Metoo visant l’ensemble de la bureaucratie ainsi que les élus républicains dont on espère qu’une grosse vingtaine d’entre eux rallieront au Sénat le vote de révocation du président. Et ce au nom de la « sécurité nationale », autrement dit du plan d’affaires du complexe militaro-industriel, toujours très hostile à la Russie. Ainsi du vacillement plus prononcé de certains journalistes de Fox. En bref, pour savoir si Trump va tomber, il suffirait maintenant de regarder Fox News.

Novembre 2016 — juin 2019 : « Trump, on fait avec ! »

Les Mur­doch nav­iguaient prudem­ment, Trump pou­vant du jour au lende­main détru­ire leur bijou d’un seul trait de plume, d’une seule éruc­ta­tion tweet­ée. Tan­dis que l’impeachment avait été voté dès novem­bre 2016 dans les salles de presse de CNN, MSNBC, ABC et autres dis­trib­u­teurs de Prav­da améri­caine, la par­tie jour­nal­is­tique de Fox avait suivi le « Rus­si­a­gate » avec mod­éra­tion, pondéra­tion, voire même soulage­ment lorsqu’il appa­rais­sait pro­gres­sive­ment, grâce aux travaux de l’équipe du par­lemen­taire Devin Nunes, que Trump avait été vic­time d’un coup mon­té, sinon d’État, le tout couron­né par l’effondrement en pub­lic du pro­cureur Mueller lui-même, lors d’une audi­tion-marathon à la cham­bre en mai 2019. Il ne put y livr­er la marchan­dise-impeach­ment, après pour­tant quelques 40 mil­lions de $ d’investissement et deux ans de har­cèle­ment judi­ci­aire. Les murailles de la Jéri­cho trumpi­enne n’avaient pas cédé au son de la trompe des Josué de l’État pro­fond

Juillet 2019 – septembre 2009 : « Attention, le cave se rebiffe! »

L’une des raisons pour lesquelles Trump avait jusque-là béné­fi­cié du sou­tien des bushistes en général, por­tait sur un reniement : celui de ses promess­es élec­torales de 2016, anti-guer­res, anti-change­ment de régimes, réin­dus­tri­al­i­sa­tion du pays. S’entourant d’une myr­i­ade de va-t-en-guerre dans ses min­istères comme à la Mai­son-Blanche, Trump espérait se pour­voir en tran­quil­lité. D’autant qu’il ne cédait pas sur la rené­go­ci­a­tion des traités économiques inter­na­tionaux, et les tar­ifs douaniers, objec­tifs con­traires à tous lob­bies et indi­vidus qui depuis une généra­tion avaient été « cul­tivés » par la Chine, infil­trée au sein de la classe poli­tique et finan­cière améri­caine. Il lui fal­lait donc lâch­er du lest sur le proche ori­ent et l’Ukraine. D’où son aligne­ment sur Netanyahu, d’où l’envoi d’armements à l’Ukraine, ce que Barak Oba­ma avait tou­jours refusé.

Bolton-Folamour sort du jeu

Bru­tal sur l’économie chi­noise, il a cepen­dant inquiété Wall Street, les ban­ques et Fox Busi­ness. Mais c’est en refu­sant in extrem­is de bom­barder l’Iran — aigu­il­lon­né sem­ble-t-il par l’éditorialiste Tuck­er Carl­son qui l’aurait admon­esté, lui pré­cisant que ce serait la fin de sa prési­dence – que Trump a com­mencé à ulcér­er les bushistes de Fox. D’autant que ces derniers avaient brûlé des cierges à la bonne suite de la car­rière de John Bolton, leur ancien col­lègue et à ce moment-là Con­seil à la sécu­rité nationale de Trump, qui, oppor­tuné­ment, avait tor­pil­lé les ren­con­tres de Hanoï entre le Nord-coréen Kim et Trump, bafouant ce dernier qui était prêt à accepter une annu­la­tion de cer­taines sanc­tions en signe de dés­escalade, en atten­dant la dénu­cléari­sa­tion de toute la pénin­sule, ce qui est un crime pour le « par­ti » néo­con­ser­va­teur de Wash­ing­ton.

Réal­isant que Bolton-Folam­our voulait l’entrainer dans une série de con­flits armés urbi et orbi Trump a renâ­clé, résisté aux ten­ta­tions et orches­tra­tions du Golfe per­sique, s’est séparé de Bolton juste avant l’élection israéli­enne (Bolton et Netanyahu devaient valid­er de nou­veaux pro­jets d’annexations ter­ri­to­ri­ales israéli­ennes). La soudaine mod­éra­tion de Trump à l’égard de l’Iran a ain­si don­né lieu à une nuée de com­men­taires négat­ifs sur Fox News, aggravés depuis par sa déci­sion d’offrir de fac­to aux kur­des l’opportunité de ren­dre à la Syrie son pét­role et son gaz… en échange de la pro­tec­tion d’Assad et des Russ­es con­tre les Turcs. Déci­sion mal perçue… Godil­lant au mieux, Trump a fini par con­sen­tir à ce que l’Amérique assure le con­trôle des puits de pét­role jusque-là apanage des kur­des.

Ukrainegate, remake du Russiagate

Mais la révolte du « cave » a touché une corde sen­si­ble : l’Ukraine, sorte de Por­to Rico européen, c’est-à-dire colonie con­trôlée par l’État pro­fond améri­cain et ses amis du « com­plexe » énergé­tique et mil­i­taire. Se croy­ant naïve­ment tiré d’affaire sur le « Rus­si­a­gate », Trump a donc osé utilis­er un diplo­mate privé (son ami et avo­cat Rudy Giu­liani) pour s’assurer, auprès du nou­veau prési­dent anti­cor­rup­tion ukrainien, Zelen­sky, que les actuelles deman­des du min­istre de la jus­tice améri­cain, William Barr, soient suiv­ies d’effet par la jus­tice ukraini­enne, sans omet­tre les agisse­ments prob­lé­ma­tiques de la famille Biden dans le secteur gazier. Ce que Trump, écouté en direct par une palan­quée de bureau­crates sen­sés tra­vailler pour lui, a con­fir­mé à Zelen­sky lors d’une con­ver­sa­tion télé­phonique en juil­let.

Or, selon le par­lemen­taire Devin Nunes, c’est d’Ukraine que sont par­ties bien des salves lancées en 2016 par l’administration Oba­ma con­tre Trump, afin de le plonger dans la fon­drière de l’affaire russe, et c’est en Ukraine que se sont enrichis nom­bre de « car­pet­bag­gers » améri­cains avides de prof­its et monopoles petro-gaziers. Or, par­mi les « car­pet­bag­gers » fig­u­rait la famille Biden, qui aurait ain­si loué son nom à une société ukraini­enne afin de l’immuniser con­tre la jus­tice du pays. Hunter Biden, le fils de Joe Biden, a été nom­mé au con­seil d’administration de Buris­ma, et grasse­ment payé par cette société qui fai­sait l’objet d’une enquête pénale menée par un juge ukrainien ensuite évincé à la demande de Joe Biden auprès de l’ancien gou­verne­ment ukrainien en échange d’une aide économique d’un mil­liard de dol­lars.

Octobre 2019 : « Est-ce qu’on va enfin finir par l’avoir ? » Soros dans le jeu

On con­state ici que Trump a com­mis deux sac­rilèges. D’une part il a lais­sé son « diplo­mate privé », Rudy Giu­liani, directe­ment impli­quer Georges Soros. D’abord en alléguant que Soros était der­rière les effort ukrainiens visant la cam­pagne de Trump. Ensuite, en alléguant que l’ambassadrice améri­caine, limogée par Trump à sa pro­pre demande, aurait établi à la demande de Soros une liste de « touche-pas-à-ça » fournie aux Ukrainiens afin de pro­téger cer­taines entités œuvrant dans le pays. Pour faire bonne mesure, Giu­liani a enfin mis dans le même panier Hillary Clin­ton, la direc­tion du par­ti démoc­rate, et George Soros. Et d’ajouter que Soros serait impliqué dans la « cor­rup­tion » des Biden, inclu­ant même un ancien agent du FBI

D’autre part, Trump, a ques­tion­né le bien­fondé des aides mil­i­taires à l’Ukraine. Il n’a jamais caché son aver­sion pour vir­er des fonds provenant des con­tribuables améri­cains au béné­fice d’entités cor­rompues, ou sur des pro­jets où d’autres con­tribu­teurs (en l’espèce ici les Européens), ne par­ticipent pas équitable­ment au fardeau. En s’ex­p­ri­mant claire­ment au prési­dent ukrainien à ce sujet, il a heurté les néo­con­ser­va­teurs des deux par­tis. D’autant que, ce que Zelen­sky igno­rait au moment de la con­ver­sa­tion, Trump avait gelé l’envoi de 400 mil­lions votés au print­emps par le Con­grès, le temps de véri­fi­er si Zelen­sky suiv­rait sur les enquêtes. Il est donc accusé d’avoir détourné la fonc­tion prési­den­tielle pour pénalis­er un can­di­dat con­cur­rent à la prési­den­tielle, Biden.

La CIA contre Trump

Une cam­pagne a donc été lancée par cer­tains « col­lab­o­ra­teurs » de Trump et la CIA pour con­stru­ire une nou­velle thé­ma­tique : Trump est un dan­ger pour la sécu­rité nationale. Il va gag­n­er l’élection de 2020. Il faut donc le stop­per « pour abus de pou­voir » en procé­dure accélérée. La méth­ode util­isée a été, quitte à en mod­i­fi­er les règles, de déclencher la procé­dure des lanceurs d’alerte. Depuis, le com­men­ta­teur Andrew Napoli­tano a car­ré­ment décrit la con­duite de Trump en cette affaire comme crim­inelle, et Chris Wal­lace sou­tient le thème de l’impeachment en ne trou­vant rien à redire au fait que le House Intel­li­gence Com­mit­tee se soit trans­for­mé des fac­to en tri­bunal d’exception, sans procé­dure con­tra­dic­toire.

Or ce comité ne doit nor­male­ment pas inter­venir en cas de procé­dure d’impeachment, car ce rôle revient au House Judi­cia­ry Com­mit­tee, dont les procé­dures sont publiques. C’est pourquoi, fort de l’appui de la CIA et de ses man­dataires, la Speak­er de la Cham­bre, Nan­cy Pelosi, a choisi celle des com­mis­sions qui trait­ent du con­tre-espi­onnage, le House Intel (en abrégé). D’où les procé­dures secrètes qui per­me­t­tent un dosage des fuites au cordeau. Cette com­mis­sion a présen­té, à la façon du phénomène #Metoo, une série de témoins à charge, mil­i­taires ou diplo­mates, tous impliqués dans la four­mil­ière ukraini­enne depuis le coup de Maid­an. Tous liés aux lob­bies néo­con­ser­va­teurs antiruss­es

Novembre 2018 : Bolton contre Trump ?

L’ancien col­lab­o­ra­teur de Fox News, ancien ambas­sadeur à l’ONU, et par­rain de la guerre en Irak du temps de George W. Bush, entre en scène : Bolton doit main­tenant témoign­er devant le comité en charge de l’impeachment, le « House Intel ». Et le jour­nal cana­di­en La Presse de se deman­der si John Bolton sera un tombeur de prési­dent ? À moins que Bagh­da­di ne soit le sauveur posthume de Don­ald Trump ?

Fox News en a le tour­nis, l’œil rivé sur les défec­tions péni­ten­tielles des séna­teurs répub­li­cains. En résumé, si les chroniqueurs du soir (Han­ni­ty, Carl­son et Ingra­ham) se com­por­tent comme les gilets jaunes de la chaine, les « neu­tres » des pro­grammes de la journée ont renâ­clé face au blocage des aides à l’Ukraine comme à la « trahi­son » des Kur­des, pro­mou­vant régulière­ment des invités claire­ment hos­tiles au prési­dent, essen­tielle­ment ceux des généraux de salon à la recherche d’un emploi fixe.

Ce « cirque con­sti­tu­tion­nel » a‑t-il pour objec­tif de faire sur­gir du bois un can­di­dat qui con­vi­enne aux deux estab­lish­ments répub­li­cain et démoc­rate ? Un Pom­peo, par exem­ple ? Car ni Eliz­a­beth War­ren, ni Bernie Sanders, ni un Joe Biden lui-même blessé par l’affaire ukraini­enne, ne con­vi­en­nent à ceux et celles dont la car­rière dépend du com­plexe mil­i­taro-indus­triel et sa nomen­klatu­ra sociopoli­tique. On sait que le Secré­taire d’État Pom­peo a des ambi­tions séna­to­ri­ales. Pourquoi ne pas compter sur lui ? A suiv­re…

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