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Pub­lié le 5 juin 2019 | Éti­quettes : , , , , , , ,

Les médias américains à l’heure du Spygate. Seconde partie

Les européens suivent de loin le match du procureur Mueller contre Trump. Nous publions une enquête complète de notre correspondant en Amérique du Nord en deux parties.

Initialement démoralisés par l’incapacité du procureur Mueller à inculper Trump, sa famille, ses amis, anéantis par les sondages qui montrent que les américains ne veulent plus entendre parler du « Russiagate », paniqués par les conséquences à venir du récent « Spygate » lancé par le Ministre de la Justice William Barr contre le cartel du Renseignement, les grands médias américains se sont transformés en bunker dudit cartel, attendant un miracle. Le 29 mai 2019, Mueller vient de leur offrir un double impeachment sur un plateau : celui de Barr, et celui de Trump. Pourquoi ?

Voir la première partie

Les médias américains à l’heure du Spygate. Première partie

Contre-offensive du ministre de la Justice Barr

Avant la récente intervention publique de Mueller, le nouveau Ministre de la Justice Barr avait pu un temps déjouer la bombe à retardement du « Rapport Mueller » en doublant les médias sur le « spin ». Barr avait su créer une « première impression » en lançant fin mars son célèbre mémo qui se concentrait sur les conclusions juridiques du rapport : collaboration totale de Trump avec Mueller, pas de conspiration criminelle avec la Russie, pas d’arrestations de citoyens américains en perspective, pas d’entrave criminelle à la justice « déterminée » par Mueller. Barr était ensuite passé à la contre-attaque, en prenant encore les médias par surprise. Il exprima d’abord devant la Chambre son inquiétude liée au fait que la campagne Trump aurait été « espionnée », puis, devant les sénateurs, il se montra « préoccupé » de savoir si le « dossier Steele » - rassemblé à l’étranger par la campagne Clinton pour noircir Trump – n’était pas lui-même le résultat d’une opération de désinformation d’un FSB Russe soucieux de semer le chaos à Washington. Ce que le New York Times n’exclut pas.

Ensuite est venue la nouvelle de la nomination par Barr du Procureur Durham, lequel avait dans le passé fait beaucoup souffrir la CIA et le FBI (dont un certain Mueller) dans certaines affaires de corruption. Et Barr – qui lui-même a commencé sa carrière au sein de la CIA -, de confirmer effectivement, lors d’une longue interview sur Fox News, qu’il « regardait » du côté des responsables des agences de renseignement (CIA, DNI etc.) pour leurs activités sous contrôle de l’administration Obama (encore en place lors des trois mois de transition avant la l’intronisation officielle de la nouvelle présidence). Pire encore, l’on découvrait alors que cela faisait trois mois que Durham avait commencé son enquête. Et mieux encore, que cet exercice était coordonné avec celui de l’enquête interne de l’Inspecteur général Horowitz sur les agissements du FBI sur les « écoutes », dont certains pourraient être ensuite référés à Durham. Horowitz a attendu la sortie du rapport Mueller, et sortira le sien dans quelques semaines… avant la sortie des conclusions du procureur John W. Huber qui avait été nommé par la précédent Ministre de la Justice, Jeff Session, afin de se fixer sur certaines actions spécifiques du FBI en matière de fuites, voire dans ses carences (ou non) dans le dossier Fondation Clinton- Uranium One- Russie.

Le ministère de la justice contre les agences de renseignement

De plus, Barr a tout récemment reçu pleins pouvoirs du Président pour éliminer l’embargo du secret sur tout le montage de l’affaire « Russiagate », depuis 2015-16 à aujourd’hui. Ce sont donc les anciens patrons du renseignement, une nuée de hauts fonctionnaires, la campagne Clinton, les services secrets anglo-australiens, qui se trouvent ainsi mis en cause. Ainsi que leurs « accessoires » : les grands médias, qui emploient aujourd’hui John Brennan (ex-CIA) et James Clapper (ex-Directeur du Renseignement National). Mais c’est une déclaration de guerre au « Deep State », car cette décision subordonne – pour les besoins des enquêtes « Spygate » - les agences de renseignement au Ministre de la Justice Barr, ce qui une insulte cinglante pour ces dernières.

Bref, les missiles du « contrecoup d’État » étaient prêts au lancement, risquant de mener à des inculpations au plus haut niveau. Mueller lui-même n’étant potentiellement pas totalement à l’abri de l’accusation d’abus de pouvoir. S’il est en effet juridiquement établi qu’il savait dès le début – donc avant les législatives -, qu’il n’y avait pas de conspiration criminelle Trump-Russie, ce serait l’indice d’une intention vile, voire séditieuse, et certainement d’un détournement de pouvoir de sa part.

Essai de créer un « Watergate bis »

D’où l’intervention de Mueller du 29 mai, le jour même de la parution d’un brûlot dans le Washington Post par Comey. Il semble bien qu’en soufflant sur les braises, Mueller permettrait aux « trois grâces » (Brennan, Clapper, Comey) du Renseignement de plus en plus nerveuses de discréditer leurs accusateurs, en appui sur les médias qui intiment au Congrès de « prendre ses responsabilités » à l’égard d’un « Russiagate, v2 », qui réveille le souvenir nixonien d’entrave à la justice. Ce qui non seulement rend furieux Alan Dershowitz, mais suscite un appel à la prudence de Bob Woodward, co-inspirateur de la chute de Nixon, qui se méfie des similitudes hâtives avec le cas Trump.

Ceci au moment où plusieurs sondages récents (Harvard-Harris, Fox News, CBS) montraient que la majorité des américains ne veulent pas d’impeachment, ni de continuation des enquêtes sur Trump. Question de priorité, sans doute. Une course contre la montre vient donc d’être lancée, l’élection présidentielle de 2020 dans la ligne de mire : d’un côté le « supplice chinois » de longues procédures d’impeachment, de l’autre la contre-offensive de Barr reposant sur trois enquêtes portant sur le « Spygate » qui enserrent l’ancien patron de la CIA, John Brennan.

Après le « Russiagate », arrive donc le « Spygate », ou encore « Intelgate ». Autrement dit un scandale en émergence sur une kyrielle d’abus de pouvoir potentiels d’une série de hauts et moyens fonctionnaires du Renseignement, voire du procureur Mueller lui-même, tous en appui sur les médias qui pendant deux ans ont vendu aux masses l’idée selon laquelle Trump était un traitre au service de Poutine. Or aujourd’hui Trump atteint une popularité maximale. Car les faits sont de plus en plus têtus.

Le site Epoch Times, une excellente infographie à l’appui, a dressé un résumé circonstancié des ingrédients et acteurs de l’affaire « Spygate », qui ne sont pas sans évoquer la méthodologie de sédition habituellement pratiquée contre les républiques bananières. Résultat : avant l’annonce des conclusions du dossier Mueller, et grâce aux médias, une majorité des américains pensaient que Trump était compromis par Poutine. Mais le retour de pendule s’annonce.

Le camp de l’État profond se fissure

Un signe ne trompe pas : les fissures au sein du « Deep State ».

D’abord au sein des médias : Ainsi du New York Times, qui aurait demandé à ses journalistes, non seulement de ne pas participer aux interviews Carlson, Hannity et Ingraham (tous de Fox News), mais désormais de certains présentateurs de CNN et MSNBC, Don Lemon et Rachel Maddow – en chute libre - entre autres. Ainsi encore de la chaine CBS qui a étonnamment consacré une heure à une interview très courtoise du Ministre William Barr, posé et sûr de lui, qui essentiellement a remis Mueller à sa place.

Ensuite, au sein du camp démocrate : Biden, pour l’instant s’est bien gardé de réclamer l’impeachment, et Nancy Pelosi freine des quatre fers, affirmant même que Trump veut les faire tomber dans ce piège. La direction de CBS aurait-elle choisi la ligne Pelosi, alors que CNN et MSNBC miseraient sur Brennan et Clapper?

Enfin, au sein du « Deep State » : les « trois grâces » (Brennan, Clapper et Comey) comprenant que la machine judiciaire avance inexorablement sous leur ligne de flottaison, semblent se désolidariser. Ainsi, l’ancien patron de la CIA et désormais collaborateur de MSNBC (Brenner), ainsi que l’ancien directeur du Renseignement National et désormais collaborateur de CNN (Clapper), se dissocient de Comey (FBI) sur le fait de savoir lequel avait inclus sans le vérifier le vrai-faux dossier Steele dans le célèbre « rapport-des dix-sept-agences-de-renseignement » commandité par Obama, juste avant son départ.

Qui manipule qui ?

Selon le Professeur Stephen Cohen, le narcissique directeur du FBI se serait ainsi fait manipuler par John Brennan et James Clapper qui auraient tiré les ficelles dès le début. Cohen, présentant son livre "War with Russia? " au journaliste Chris Hedges sur la chaine russe RT America, apporte un son de cloche original sur la genèse du « Russiagate », et alarmiste quant aux conséquences de l’affaire : Trump aurait été visé par Brennan dès la mi 2015 pour ses positions en faveur d’une détente avec la Russie, et ce serait donc Brennan qui serait l’instigateur réel du « dossier Steele », bien plus que Steele lui-même. Les enquêtes le diront, comme elles confirmeront ou non que le général Flynn avaient été dans le collimateur de Brennan et d’Obama depuis fort longtemps. Après tout, Brennan – ses employeurs actuels oublient que sa tête avait été demandée par un sénateur en 2014 – s’était trouvé confronté par le congrès au fait que celui-ci avait lui-même été espionné par la CIA.

Les médias, en concubinage avec le lobby de l’espionnage, ont donc constamment propulsé Brennan, Clapper et Mueller sur les ondes. De plus ils viennent d’affiner leur message, glissant du thème de l’impeachment à celui de la criminalité de Trump, ainsi que Laura Ingraham (Fox News) vient de le remarquer lors d’une discussion avec Newt Gingrich, ancien Speaker.

Brennan ex-directeur de la CIA contre Barr, ministre de la Justice

Le moment choisi de la récente déclaration du procureur Mueller, bien qu’ayant fait l’objet d’un correctif quelques heures après – ignoré par les médias -, pourrait également avoir un simple objectif : « dévaluer »  le Ministre de la Justice Barr, qui pourrait être lui aussi la cible d’une tentative d’impeachment, ce qui paralyserait les enquêtes du « Spygate ». Les médias, euphoriques depuis l’annonce Mueller, préparent leur campagne en ce domaine.

Fox News étant plus que jamais dans le collimateur. En mars dernier, le patron de CNN, Jeff Zucker, s’était fait décerner le Prix du Premier Amendement (en référence aux dispositions constitutionnelles sur la liberté de la presse). À cette occasion, il avait expliqué que « Trump met la vie des journalistes en danger », et lançait les hostilités contre Fox News. La chaine des Murdoch s’est établie comme la championne des taux d’écoute des heures de pointe depuis presque trois ans. Probablement parce que, ainsi que Mark Levin le soutient dans son récent livre (« Unfreedom of the Press »), « les médias de masse ont tué la liberté de la presse ». Ce qui explique le harcèlement de la chaîne par les activistes financés par le lobby des frontières ouvertes, visant à intimider les publicitaires. Sans grand résultat. Ou encore le refus du parti démocrate d’organiser certains débats des primaires avec la chaine. Laquelle rend la monnaie de la pièce en organisant des « Townhalls » (public inclus) pour les candidats démocrates négligés par les « grands » médias, appâtés par la pénétration des réseaux de Fox News dans le pays réel.

Qui va gagner de Brennan ou de Barr, par médias interposés ? Une lutte qui sera décisive pour le succès ou l’échec de la candidature Trump en 2020.

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