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Joe Biden désormais perçu comme un fardeau par les médias progressistes américains

19 juillet 2022

Temps de lecture : 5 minutes
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Joe Biden désormais perçu comme un fardeau par les médias progressistes américains

19 juillet 2022

Temps de lecture : 5 minutes

Le président Joe Biden est très apprécié des médias français, certes. Mais dans son pays, c’est de moins en moins le cas. Le site conservateur Breitbart News a recensé 6 articles très critiques du président démocrate en un mois dans le New York Times, un journal qui a pourtant surfé sur la vague anti-Trump et contribué à l’élection de Joe Biden. Il a en effet clairement mené campagne pour ce dernier en 2020. Par ailleurs, ainsi que le remarque l’auteur de Breitbart, le NYT aura attendu jusqu’à largement plus d’un an après l’élection présidentielle pour confirmer l’authenticité des mails compromettant trouvés sur l’ordinateur de Hunter Biden, le fils du candidat démocrate de l’époque.

Nouvelle ligne éditoriale et nouveau candidat démocrate en 2024

C’est donc à un véri­ta­ble change­ment de ligne édi­to­ri­ale que l’on assiste au NYT, sans doute dans le but d’obliger l’actuel prési­dent à laiss­er la place à un autre can­di­dat démoc­rate en 2024. Car Joe Biden est une cat­a­stro­phe non seule­ment pour son pays, mais pour le camp démoc­rate lui-même, même si les grands médias français l’apprécient tou­jours autant. Mais prob­a­ble­ment que ces derniers vont devoir se réveiller avec les élec­tions de mi-man­dat, qui vont se dérouler le 8 novem­bre prochain. Ain­si qu’on pou­vait le lire le 14 juil­let sur le site de la chaîne CNN, qui a aus­si soutenu à fond Joe Biden con­tre Don­ald Trump aux dernières élec­tions, « Ce n’est pas une bonne péri­ode pour être un démoc­rate à la Cham­bre des Représen­tants. La cote de pop­u­lar­ité du prési­dent Joe Biden ne cesse de baiss­er et l’expérience his­torique sug­gère que les prochaines élec­tions de mi-man­dat seront très mau­vais­es pour son camp, la plu­part des obser­va­teurs neu­tres prédis­ant déjà que les répub­li­cains rem­porteront la majorité de la Cham­bre en novem­bre ». L’article, qui se veut opti­miste pour les démoc­rates, est inti­t­ulé « Deux raisons qui font que tout n’est pas per­du pour les démoc­rates aux élec­tions de mi-man­dat ».

Les démocrates contre Joe Biden

Joe Biden est en effet aujourd’hui le prési­dent le plus impop­u­laire au cours de son pre­mier man­dat de toute l’histoire des États-Unis. Et c’est même un sondage du New York Times qui nous l’apprend !

Six­ième de la liste des arti­cles anti-Biden dressée par Bre­it­bart, l’article inti­t­ulé « La plu­part des démoc­rates ne veu­lent pas Biden en 2024, ain­si que le mon­tre un nou­veau sondage » explique que seuls 33 % des électeurs améri­cains sont sat­is­faits de leur prési­dent. Pire encore, seuls 26 % des électeurs démoc­rates esti­ment que Biden devrait être à nou­veau le can­di­dat du par­ti de l’âne pour la cam­pagne prési­den­tielle de 2024 ! Et seuls 13 % des électeurs améri­cains esti­ment que leur pays évolue dans la bonne direc­tion, ce qui est le plus mau­vais résul­tat depuis la crise finan­cière de 2008. Or Joe Biden a répété plusieurs fois qu’il comp­tait se représen­ter alors qu’il est déjà, ain­si que le fait sournoise­ment remar­quer l’auteur du NYT, le plus vieux prési­dent de l’histoire des États-Unis.

« Une lueur de bonne nou­velle pour M. Biden est que le sondage lui donne un avan­tage étroit dans une hypothé­tique revanche en 2024 avec l’an­cien prési­dent Don­ald J. Trump : 44 % con­tre 41 % », pré­cise quand même le NYT.

Lourds effets de l’âge

Cela, c’était le 11 juil­let. Le 9 juil­let, un autre auteur du jour­nal pub­li­ait un arti­cle inti­t­ulé « À 79 ans, Biden teste les lim­ites de l’âge et de la prési­dence », avec en chapô : « Le prési­dent Biden a déclaré qu’il avait l’in­ten­tion de briguer un sec­ond man­dat, mais son âge est devenu une ques­tion gênante pour lui et son par­ti. » Il faut dire que l’on voit sou­vent le prési­dent des États-Unis per­dre le fil de ce qu’il dit quand il s’exprime, et cela ne sem­ble pas s’arranger avec le temps. Même au NYT on le remar­que enfin : « Il traîne sou­vent les pieds lorsqu’il marche, et ses assis­tants craig­nent qu’il ne trébuche sur un fil. Il bute sur les mots lors d’événe­ments publics, et les gens reti­en­nent leur souf­fle pour voir s’il arrivera à la fin sans com­met­tre de gaffe. » On apprend qu’en rai­son de son grand âge le prési­dent de la pre­mière super­puis­sance mon­di­ale « est générale­ment un prési­dent qui tra­vaille cinq jours ou cinq jours et demi par semaine, bien qu’il soit appelé à toute heure, quel que soit le jour, en cas de besoin ».

« Dans un sondage réal­isé en juin par le Cen­ter for Amer­i­can Polit­i­cal Stud­ies de Har­vard et le Har­ris Poll, 64 % des électeurs esti­maient qu’il mon­trait qu’il était trop vieux pour être prési­dent, dont 60 % des per­son­nes inter­rogées âgées de 65 ans ou plus. Les appari­tions publiques de M. Biden ont ali­men­té cette per­cep­tion. Ses dis­cours peu­vent être plats et apathiques. Il perd par­fois le fil de ses pen­sées, a du mal à citer des noms ou sem­ble momen­tané­ment per­du. »

Pour rel­a­tivis­er, le NYT a ici aus­si recours à l’argument Trump : « M. Biden n’est pas le pre­mier prési­dent à être con­fron­té à des ques­tions d’âge. La ques­tion s’est posée à plusieurs repris­es sous la prési­dence de Don­ald J. Trump, qui a qua­tre ans de moins. Le vocab­u­laire dimin­ué de M. Trump, sa ten­dance à se per­dre dans des méan­dres, ses remar­ques par­fois inco­hérentes, son emploi du temps léger au bureau et ses dif­fi­cultés à traiter l’in­for­ma­tion ont amené les cri­tiques à con­clure qu’il était sur le déclin. »

Sans doute une manière de se jus­ti­fi­er d’avoir soutenu mal­gré tout Joe Biden con­tre Don­ald Trump…

Vers une crise systémique ?

Et d’ailleurs même au Wash­ing­ton Post, autre grand média vio­lem­ment anti-Trump qui a soutenu la cam­pagne de Joe Biden, on s’interroge, comme dans un arti­cle du 5 juil­let inti­t­ulé « Alors que cer­tains démoc­rates s’im­pa­tien­tent avec Biden, des voix alter­na­tives émer­gent. »

Selon le Wash­ing­ton Post, « de l’avis de nom­breux démoc­rates désem­parés, le pays est con­fron­té à une véri­ta­ble crise sur toute une série de fronts, et Biden sem­ble inca­pable ou peu désireux de réa­gir avec la force appro­priée. La démoc­ra­tie est directe­ment attaquée, dis­ent-ils, alors que les répub­li­cains mod­i­fient les règles élec­torales et que la Cour suprême réécrit rapi­de­ment le droit améri­cain. Les fusil­lades sont mon­naie courante, le droit con­sti­tu­tion­nel à l’a­vorte­ment a pris fin et les démoc­rates pour­raient subir de lour­des pertes lors des prochaines élec­tions. »

Et c’est bien là le cœur du prob­lème pour les grands médias améri­cains de gauche, apparem­ment : l’impopularité du prési­dent et son manque trop vis­i­ble d’acuité intel­lectuelle – sans par­ler des soupçons de cor­rup­tion con­cer­nant les affaires de son fils Hunter en Chine et en Ukraine et des prob­lèmes d’addiction de ce dernier au crack et aux pros­ti­tués, que les médias comme CNN, le New York Times et le Wash­ing­ton Post préfèrent encore pass­er autant que pos­si­ble sous silence – font courir au pays le risque d’un recul du pro­gres­sisme aux États-Unis !

Progressisme en recul

« La semaine dernière, les déci­sions con­séc­u­tives de la Cour suprême sur les armes à feu et l’a­vorte­ment – liant les mains des États démoc­rates en matière de régle­men­ta­tion des armes à feu tout en per­me­t­tant aux États répub­li­cains d’in­ter­dire les avorte­ments –  ont mon­tré à quel point la solide majorité con­ser­va­trice de la Cour est prête à remod­el­er la vie améri­caine, en faisant pencher le pen­d­ule poli­tique vers la droite sur des ques­tions fon­da­men­tales. Aujour­d’hui, une cohorte de démoc­rates de plus en plus bruyants appelle les dirigeants du par­ti, à com­mencer par M. Biden, à élargir ce qui est con­sid­éré comme poli­tique­ment pos­si­ble, avant que les pri­or­ités libérales ne soient con­tre­car­rées ou inver­sées par la haute cour pour les années à venir. Mais ceux qui veu­lent élargir la Cour suprême ou met­tre en accu­sa­tion des juges qui avaient par­lé en leur temps de Roe v. Wade comme d’une loi établie sont con­fron­tés à un prési­dent insti­tu­tion­nal­iste qui s’est longtemps opposé à des change­ments rad­i­caux dans le sys­tème judi­ci­aire. »

C’est ce qu’écrivait le New York Times  dans un arti­cle pub­lié le 28 juin sous le titre « Les démoc­rates font pres­sion sur la Mai­son Blanche pour une réponse plus ferme à la chute de Roe » (Roe v. Wade, c’est-à-dire la sen­tence de la Cour suprême de 1973 qui attribuer à l’avortement un statut de droit con­sti­tu­tion­nel aux États-Unis), regret­tant donc que le prési­dent Biden refuse de ren­vers­er les principes con­sti­tu­tion­nels améri­cains et de piétin­er les règles démoc­ra­tiques et l’indépendance de la jus­tice à un moment où l’heure est grave pour les libéraux-progressistes.

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