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[Dossier] Ces patrons de presse cités dans les « Panama Papers »

18 août 2016

Temps de lecture : 4 minutes
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[Dossier] Ces patrons de presse cités dans les « Panama Papers »

[Pre­mière dif­fu­sion le 19 mai 2016] Red­if­fu­sions esti­vales 2016

Début avril, l’International Consortium of Investigate Journalists (ICIJ), basé à Washington, révélait plus de 11,5 millions de documents confidentiels issus du cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca. Des personnalités étaient citées comme ayant eu recours à ce cabinet pour créer des sociétés offshore afin de dissimuler leurs actifs. Parmi elles, des patrons de presse…

Patrick Drahi, actionnaire de Libération, L’Express, BFMTV…

Pro­prié­taire d’Altice (SFR, Numéri­ca­ble) et action­naire de nom­breux médias français (Libéra­tion, L’Ex­press, BFMTV, RMC), Patrick Drahi a vu son nom repris par L’Obs et « Cash Inves­ti­ga­tion » (mais pas Le Monde…) dans le scan­dale des « Pana­ma Papers ».

Aus­sitôt, Altice s’est fendu d’un com­mu­niqué affir­mant avoir eu recours tout à fait légale­ment, entre novem­bre 2008 et décem­bre 2010, aux ser­vices d’une société panaméenne. « Le groupe inter­na­tion­al Altice, que con­trôle M. Patrick Drahi et qui compte aujour­d’hui 262 fil­iales et par­tic­i­pa­tions dans le monde, a recou­ru à une société panaméenne, dans laque­lle ni M. Patrick Drahi ni le groupe Altice n’ont jamais détenu, directe­ment ou indi­recte­ment, de par­tic­i­pa­tion », explique le communiqué.

Pour Altice, cette société off­shore « a été util­isée sur des opéra­tions acces­soires pour des raisons de stricte con­fi­den­tial­ité et dans des con­di­tions par­faite­ment légales, sans aucune inci­dence fis­cale, et a for­tiori étrangères, de près ou de loin, à toute fin d’é­va­sion, de dis­sim­u­la­tion, ou d’op­ti­mi­sa­tion fiscale ».

Il faut dire que l’or­gan­i­gramme de l’empire Drahi est telle­ment com­plexe qu’il est dif­fi­cile de s’y retrou­ver. Mal­gré tout, quelques lignes se déga­gent, notam­ment grâce à ce graphique réal­isé par Cap­i­tal (voir égale­ment notre info­gra­phie).

On peut voir que la hold­ing Altice SA est domi­cil­iée au Lux­em­bourg, État fan­tôme à la fis­cal­ité aus­si attrac­tive qu’opaque. « De là, plusieurs embranche­ments, dont l’un passe par la société Next LP à Guer­ne­sey, autre par­adis fis­cal, qui détient Jenville SA au Pana­ma qui, elle même, pos­sède Altice Média France », pré­cise Cap­i­tal. C’est dans le porte-feuille de Jenville SA que se trou­vent, juste­ment, les médias con­trôlés en France par Drahi.

Si BFMTV s’est empressée de défendre son patron et qu’Altice nie tout en bloc, l’empire Drahi offrira sans doute de nom­breux secrets à qui voudra bien s’y intéress­er en profondeur…

Juan Luis Cebrian, patron du groupe Prisa (El País)

Patron du jour­nal espag­nol El País, Juan Luis Cebri­an s’est retrou­vé lui aus­si, mêlé à cette vaste affaire.

Comme le rap­porte le jour­nal El Con­fi­den­cial, M. Cebri­an aurait pour intime Mas­soud Far­shall Zan­di, entre­pre­neur ira­no-espag­nol, qui aurait util­isé les ser­vices du cab­i­net Mos­sack Fon­se­ca pour cacher au fisc les activ­ités off­shore de la société espag­nole Star Petro­le­um. Or cette société, dont les activ­ités ont été cachées au Lux­em­bourg, à Samoa ou encore aux Sey­chelles, est détenue à 2 % par Cebri­an, assure El Con­fi­den­tial.

Pire : ce dernier envis­ageait il y a peu d’ac­quérir de nou­velles parts pour près de 14,5 mil­lions d’eu­ros. Con­cer­nant Zan­di le jour­nal El Mun­do en remet une couche : « les doc­u­ments de l’enquête mon­trent man­i­feste­ment que l’entrepreneur a été aidé par le cab­i­net Mos­sack Fon­se­ca pour con­stituer des sociétés off­shore aux Sey­chelles et aux Samoa, à tra­vers lesquelles il con­trôlait Star Petro­le­um, dont le siège admin­is­tratif se trou­ve à Madrid et le siège fis­cal au Luxembourg. »

Pour Juan Luis Cebri­an, « ces insin­u­a­tions sont totale­ment fauss­es ». Por­tant l’af­faire devant les tri­bunaux, le patron du groupe Prisa a même ordon­né aux jour­nal­istes de son groupe de ne plus accueil­lir les jour­nal­istes des trois médias ayant rap­porté l’in­for­ma­tion que sont la chaîne La Sex­ta, El Con­fi­den­tial et le site eldiario.es. Igna­cio Esco­bar, rédac­teur en chef d’eldiario.es et chroniqueur sur la radio Cade­na Ser (pro­priété de Prisa), a d’ailleurs reçu une let­tre de licen­ciement. « Je ne regrette rien de ce qu’a pub­lié le jour­nal que je dirige, mal­gré les con­séquences. J’ai accom­pli mon devoir de jour­nal­iste », a‑t-il commenté.

Suite à ces révéla­tions, une guerre ouverte fait rage dans la presse espag­nole. La suite se déroulera devant les tribunaux.

Iskandar Safa, propriétaire de Valeurs Actuelles

Comme le rap­porte Le Monde, l’homme d’af­faires français d’o­rig­ine libanaise a tou­jours aimé « être dans l’ombre des hommes de pou­voir ». Proche de la famille royale saou­di­enne et de Jean-Charles Marchi­ani, min­istre de l’In­térieur sous Pasqua, il a entre autres servi d’in­ter­mé­di­aire pour la libéra­tion des 4 otages français au Liban en 1986.

Grâce à ses réseaux au Moyen-Ori­ent, il a récolté par la suite de nom­breux con­trats, dont un, en 2003, de plusieurs cen­taines de mil­lions de dol­lars avec les Émi­rats arabes unis avec le sou­tien direct de Jacques Chirac. À cette péri­ode, il tisse des liens solides avec la famille royale d’Abou Dabi et crée, en 2007, il hold­ing spé­cial­isée dans la con­struc­tion de bateaux mil­i­taires et yachts de luxe.

« Il n’est dès lors pas inco­hérent de retrou­ver dans les “Pana­ma papers” le nom d’Iskandar Safa asso­cié à la ges­tion de deux sociétés off­shore appar­tenant au cheikh Abdal­lah Ben Zayed Al Nahyane, frère du prési­dent des Emi­rats arabes unis et min­istre des affaires étrangères », note Le Monde. D’après la base de don­nées de la firme off­shore Mos­sack Fon­se­ca, M. Safa a agi au nom du cheikh dans Marsh­dale SA et Main­sail Hold­ings Corp.

En France, ce dernier a fait l’ob­jet d’une procé­dure judi­ci­aire en 2009 : il aurait util­isé ses comptes ban­caires pour vers­er des rétro­com­mis­sions sur la rançon des otages français au Liban. Plus tard, le juge d’in­struc­tion pronon­cera un non-lieu général.

Enfin, Iskan­dar Safa est égale­ment action­naire et béné­fi­ci­aire d’au moins deux sociétés off­shores aux îles Vierges bri­tan­niques. Ces deux sociétés ont servi au mon­tage financier visant à acheter les droits d’exploitation sur des champs gaziers en Pologne… Grâce à un réseau financier tortueux, Safa se retrou­ve ain­si mêlé, de près ou de loin, à de nom­breuses sociétés et con­trats dans dif­férents par­adis fis­caux, du Lux­em­bourg aux îles Vierges en pas­sant par les Antilles néer­landais­es. Pour son avo­cat, en revanche, son client « revendique sa lib­erté de choix » et « gère ses affaires en respec­tant la loi ».

Rodolpho De Benetti, propriétaire du magazine L’Espresso

Indus­triel, patron de Soge­fi Group et action­naire de L’E­spres­so, l’un des prin­ci­paux mag­a­zines ital­iens, Rodolpho De Benedet­ti a égale­ment été cité comme étant mêlé aux « Pana­ma Papers ».

En effet, de 1995 à 2003, celui-ci a été admin­is­tra­teur de McIn­tyre Lim­it­ed, une société off­shore instal­lée aux îles Vierges bri­tan­niques, en asso­ci­a­tion avec un Français spé­cial­isé dans la finance, Antoine Bern­heim. « Cette société a été fer­mée voilà plusieurs années », s’est-il défendu, expli­quant qu’elle ser­vait à « à gér­er les anci­ennes économies de la famille ».

Som­mé de s’ex­pli­quer dans son pro­pre jour­nal, ce dernier pour­suit : « Je n’ai jamais été action­naire ou béné­fi­ci­aire économique de McIn­tyre. Mon nom n’apparaît qu’en tant que mem­bre du con­seil d’administration. Enfin, je tiens à soulign­er que je déclare tous mes revenus et que je paye mes impôts en Italie. »

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