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Amazon, Google, Facebook : Le Point sur notre mise en esclavage

4 décembre 2020

Temps de lecture : 4 minutes
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Amazon, Google, Facebook : Le Point sur notre mise en esclavage

Dans son numéro daté du 26 novembre 2020, l’hebdomadaire Le Point pose une question intéressante : « Amazon, Google, Facebook, sommes-nous leurs esclaves ? ». Un titre qui titille assez y regarder de plus près.

La cou­ver­ture de ce numéro 2518 du Point met en scène Jeff Bezos (Ama­zon), Sun­dar Pichai (Google) et Mark Zucker­berg (Face­book), les patrons de ces entre­pris­es. Seuls leurs vis­ages sont vis­i­bles, comme tournés vers l’avenir. Un peu à l’image du Mont Rush­more aux Etats-Unis ou encore des bustes des dirigeants sovié­tiques autre­fois. La sym­bol­ique : le Pro­grès en marche.

Pour cet impor­tant arti­cle inti­t­ulé « Sommes-nous leurs esclaves ? », Le Point a mobil­isé qua­tre jour­nal­istes. Les accroches ? « Ils règ­nent sur nos vies en imposant par­fois leurs lois » ; « Faut-il les démanteler ? ».

Les Big Tech menacent les démocraties

L’article débute par l’histoire d’un los­er, patron d’un restau­rant mythique de la Sil­i­con Val­ley où venaient déje­uner les pio­nniers du numérique, à com­mencer par les fon­da­teurs de Google. Il n’a acheté aucune action et le regrette bien. De fait, « Aujourd’hui, les sociétés qu’il a vu naître sont au fir­ma­ment ». Elles sont cepen­dant cri­tiquées. Pourquoi ? Parce qu’elles « attirent les cerveaux les plus bril­lants » et qu’elles « déposent des brevets à foi­son ». Le vrai prob­lème, con­sid­ère Le Point, est que ces sociétés « sont dev­enues puis­santes, trop puis­santes ». Au point de men­ac­er les démoc­ra­ties. La ques­tion se pose alors : faut-ils déman­tel­er ou dépecer ces entre­pris­es en sit­u­a­tion de qua­si-mono­pole, au point d’agir main­tenant par­fois comme des États, pas­sant même des accords directe­ment avec des gouvernements ?

Ce n’est pas gag­né : pour Le Point, les trois entre­pris­es sont des « géants indéboulonnables » : « Les Big Tech se sont lancées dans une course en avant que rien ne sem­ble devoir enray­er et qui remet en ques­tion la destruc­tion créa­trice chère à Schum­peter, selon laque­lle un con­cur­rent plus inno­vant venait remet­tre en ques­tion les sit­u­a­tions établies ». L’article évoque Schum­peter, mais aus­si l’économiste Bastiat.

De la puissance et de l’abus

Ces entre­pris­es sont sans cesse à la fron­tière entre posi­tion dom­i­nante et abus, empêchant l’arrivée de con­cur­rents « par des moyens déloy­aux », moyens que l’Union Européenne pré­tend com­bat­tre mais sans jamais y par­venir réelle­ment. Le veut-elle vrai­ment du reste ? Le Point ne pose pas cette question.

Même action déloyale d’ailleurs quand elle men­ace de mort le petit com­merce. Ama­zon a ain­si récem­ment été accusée, en France, d’être une « pré­da­trice ». L’entreprise répond qu’elle crée des emplois en CDI, per­me­t­trait au moins 100 000 emplois de plus dans sa chaîne d’approvisionnement et favoris­erait plus de 10 000 entre­pre­neurs util­isant sa plate­forme pour écouler leurs pro­duits. Il est vrai que l’on peut acheter de la viande d’une boucherie de Mon­téli­mar ou du cristal. Les com­mis­sions pris­es par Ama­zon sont cepen­dant de 15 %. Ce n’est pas tout : une enquête pour abus de posi­tion dom­i­nante menée par la Com­mis­sion européenne est en cours, réponse atten­due en 2021. Pourquoi ? Ama­zon est accusée de récupér­er les don­nées de sa « mar­ket­place » en vue de pren­dre les posi­tions des entre­pre­neurs qui y vendent actuelle­ment leurs pro­duits. L’enquête abouti­ra-t-elle vraiment ?

Le Point insiste : « C’est bien ce ser­vice de stock­age et d’analyse des don­nées, appelé Ama­zon Web Ser­vices (AWS), qui est la véri­ta­ble pépite de l’entreprise de Seat­tle ». AWS a con­nu une crois­sance de 37 % en 2020. Elle récupère les don­nées de tout le monde, la SNCF, Ubisoft…

En réal­ité, rien de cela ne serait pos­si­ble sans un puis­sant lob­by­ing auprès de l’Union européenne qui se compte en mil­lions de dol­lars et une bonne cinquan­taine de lob­by­istes pour les trois entre­pris­es. Des lob­by­istes par­faite­ment agréés dans un écosys­tème conçu pour, l’UE, ce sur quoi Le Point n’insiste pas.

Les conquérants du 21e siècle

Ces entre­pris­es rivalisent d’imagination et de volon­té de con­quête de tous les pou­voirs, même celui de la mon­naie. C’est ain­si que Face­book s’active à créer Libra, une cryp­tomon­naie non « volatile, dégagée du pou­voir des ban­ques cen­trales et util­is­able facile­ment sur les plate­formes What­sApp (1,5 mil­liard d’utilisateurs), Mes­sen­ger (1,3 mil­liard) et Insta­gram (1 mil­liard) ». La mon­naie ? Il s’agit du pou­voir régalien des États, pou­voir poli­tique. Bien sûr, des hommes poli­tiques sem­blent s’y oppos­er, en paroles au moins, mais de quel pou­voir dis­posent-ils encore pour le faire ? D’autant que les Big Tech s’attaquent aus­si au domaine mil­i­taire, à l’image d’Amazon en train de créer le cloud de la CIA.

Ces entre­pris­es ne man­quent pas non plus d’imagination pour échap­per au con­trôle des États dans le domaine de la fis­cal­ité. Il arrive que quelques cen­taines de mil­lions soient réclamés et obtenus par tel ou tel Etat mais « la par­tie est loin d’être gag­née ». En effet, les redresse­ments n’ont pas mod­i­fié les com­porte­ments des trois Big Tech. Leur puis­sance est telle que l’on voit mal qui pour­rait s’y oppos­er, même si la Chine s’essaie à une loi anti-monopoles. Des exem­ples ? Google met en ser­vice des câbles sous-marins qui tra­versent le Paci­fique et l’Atlantique, en vue de trans­ferts de don­nées « pharaoniques ». Ama­zon ? Bezos a dévoilé le pro­jet Kuiper : 3200 satel­lites qui per­me­t­tront à inter­net de cou­vrir la planète entière.

Encadrement des consciences ?

Un véri­ta­ble encadrement de nos con­sciences de type total­i­taire ? Toutes les quar­ante sec­on­des, notre atten­tion est sol­lic­itée par une activ­ité liée au numérique. La dépen­dance aux réseaux soci­aux aug­mente le taux de sui­cide et l’obéissance, tan­dis que les Big Tech se pas­sion­nent « pour notre san­té ». C’est le cas au Roy­aume-Uni où Ama­zon est autorisée à accéder aux infor­ma­tions médi­cales des ser­vices publics de san­té, de même que Google https://www.ojim.fr/google-veut-gerer-votre-portefeuille-mais-aussi-vos-donnees-medicales/ aux États-Unis. Esclavage ? Si l’on entend une forme de pri­va­tion de lib­ertés par ce mot, même si cette pri­va­tion est accep­tée en con­science, alors l’accroche du Point sem­ble jus­ti­fiée. Le dossier de l’hebdomadaire est une très bonne syn­thèse des prob­lèmes posés, même s’il n’apporte guère de per­spec­tives pos­i­tives. Pour Le Point, la solu­tion serait entre les mains du prési­dent élu aux Etats-Unis, Joe Biden, qui pour­rait engager un bras de fer avec les Big Tech. Qui peut y croire alors que Biden a été élu, cen­sures inclus­es, avec l’appui mas­sif des GAFAM ? ?

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