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Yves de Kerdrel quitte Valeurs Actuelles, Erik Monjalous arrive

Les rumeurs couraient depuis plusieurs semaines : Yves de Kerdrel a fini par quitter son poste de directeur du groupe Valmonde (Valeurs Actuelles, Jour de chasse, Jour de cheval, Marine et Océans). Le groupe Valmonde, racheté en avril 2015 par Privinvest médias, était jusqu’à fin 2017 en croissance régulière sur fond de conflit de personnes.

Yves de Kerdrel, Dr Jekyl and Mr Hyde

L’Observatoire a consacré un portrait à Kerdrel début 2015, intitulé Dr Yves et Mister Kerdrel, illustrant le caractère de Janus du dirigeant. Ce portrait a été réalisé trois ans après le départ de ce poste de Guillaume Roquette (parti au Figaro Magazine) mais avant le rachat par les actionnaires de Privinvest, l’industriel franco-libanais Iskandar Safa et les hommes de médias Étienne Mougeotte (ex Figaro) et Charles Villeneuve (ex Paris Match). Ce portrait sera prochainement actualisé.

Inlassable défenseur des plus riches, titrant sa chronique du 12 mars 2012 « Paris n’est pas Wall Street hélas », rejoignant le très thatchérien il n’y a pas de société (There is nothing like a society), partisan du travail dominical, il affiche un darwinisme social sans complexe. Membre d’une des commissions du Medef, participant à la commission Attali pour la Croissance en 2007, il est proche de Marc Ladreit de Lacharrière (ancien propriétaire de Valmonde, Président de Fimalac : voir l’infographie du groupe ici), ferme partisan de l’immigration et hostile aux frontières.

D’un autre côté il a un incontestable flair politique et commercial. Il comprend dès 2012 que les positions se radicalisent et n’hésite pas avec courage à publier des Unes très fermes sur l’immigration. Une de ces couvertures lui vaudra une injuste condamnation en justice pour incitation à la haine raciale. Et ça marche. Il redresse les comptes, les ventes explosent, progressant de plus de 50% en six ans, ceci dans le secteur des magazines considéré comme sinistré. Un exploit remarqué.

Conflits de personnes et conflits politiques

Peu après le rachat par Iskandar Safa et ses amis, Kerdrel fait nommer rédacteur en chef Geoffroy Lejeune tout en gardant un œil sur la rédaction. Mougeotte et Villeneuve beaucoup plus sarkozyens sont réticents devant une ligne qu’ils trouvent trop populiste. Safa doit arbitrer les conflits, éloignant de la rédaction le trop interventionniste Mougeotte. Mais si les différends politiques existent, il s’agit essentiellement d’un conflit de pouvoir.

Affaibli fin 2017 par la découverte des malversations d’un cadre, qui auraient coûté plus de cinq millions d’euros au groupe, Kerdrel a joué la valse hésitation autour de Macron, qu’il avait côtoyé à la Commission Attali. Le côté libéral économique de Macron ne peut que séduire une bonne partie du lectorat de l’hebdomadaire. Mais sa face libertaire sur le plan sociétal pourrait déplaire. D’où un louvoiement avec des articles tour à tour hostiles ou complaisants vis à vis du nouveau pouvoir.

Cette ligne hésitante se ressent dans les ventes en kiosque. Dépassant les 120000 exemplaires au moment de la campagne présidentielle de 2017, elles seraient passées sous la barre des 100000 début 2018, remontant un peu les dernières semaines.

Yves de Kerdrel sera remplacé par Erik Monjalous, ancien de l’AFP et du quotidien L’Opinion, qui présente un profil plus consensuel que son prédécesseur. Le rédacteur en chef Geoffroy Lejeune, dont le parcours est unanimement salué par la profession en interne comme en externe, ne semble pas menacé. Mais le retour des dinosaures Mougeotte et Villeneuve pourrait changer les choses. Yves de Kerdrel restera éditorialiste.

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