Valeurs actuelles arnaqué par un de ses cadres historiques

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Un système de fausses factures, avec des rétro-commissions et une société écran pour les encaisser. Non, ce n’est pas une collectivité locale du sud de la France, ni même un contrat dans la défense ou l’aéronautique, il s’agit d’un journal habitué à pourfendre la corruption, les assistés et les fraudeurs. Valeurs actuelles, journal bien ancré à droite, a été victime d’un détournement de plusieurs millions d’euros étalé sur plusieurs années.

Selon le patron du journal, Yves de Kerdrel, le détournement aurait coûté de 5 à 7 millions d’€ à Valmonde, le groupe de presse qui édite Valeurs Actuelles, et vient d’acheter Investir votre argent, étalé sur quinze ans depuis 2002. L’hebdomadaire a porté plainte le 9 octobre pour abus de confiance, escroquerie, faux, usage de faux, complicité et recel de ces délits, après avoir mis à pied le cadre incriminé fin septembre. L’hebdomadaire a transmis à la justice les preuves du détournement dont il estime avoir été la victime.

Il s’agissait d’une sorte de numéro 2, qui gérait l’opérationnel, les abonnés, l’organisation, traitait avec les sous-traitants et gérait une partie de la comptabilité. Grâce à la complicité de plusieurs sous-traitants, il réglait à certains fournisseurs – notamment ceux qui imprimaient et fournissaient le papier – des notes surfacturées. La différence était ensuite refacturée par les sous-traitants à une société-écran dont l’un des copropriétaires était le cadre incriminé et l’autre, une personne extérieure au journal.

Yves de Kerdrel nourrissait des doutes au vu de certaines factures qui lui paraissaient gonflées – à partir de mars 2016, quand la société a voulu renégocier certains contrats avec ses fournisseurs, elle a trouvé des surfacturations allant jusqu’à 300% du prix du service effectué. Mais c’est un sous-traitant qui lui a donné la clef du mystère en l’appelant au sujet d’une commission de plusieurs centaines de milliers d’euros qu’il versait depuis plusieurs années.

Étalé sur plusieurs années et invisible aux yeux des commissaires aux comptes, le montage ne menace pas la santé du magazine – s’il ne progresse pas cette année comme il l’a fait sous Hollande du fait d’un positionnement droitier assumé et des unes osées, sinon racoleuses, il reste stable avec 118 200 exemplaires vendus (-0,46%) et 80 000 abonnés, contre un tirage de 87 000 exemplaires fin 2012. Le chiffre d’affaires a grimpé à 20 millions d’€ en 2016 pour un résultat net de 1,7 millions d’€, une exception dans le monde de la presse papier où faillites et déficits abyssaux s’accumulent.

Ce type de montage n’est pas une exception dans la presse, même s’il appartient plutôt au passé, comme le révèlent certains commentaires sur les sites des journaux parisiens qui ont relayé l’affaire. Ainsi, sur le site du Figaro, un commentateur indique le 17/10 à 8h43 que « cela ne risque pas d’arriver au Figaro… Il y a une vingtaine d’année, un prestataire continuait à y facturer la photogravure alors que ce procédé avait disparu dans le dispositif d’impression du journal. Celui qui fermait les yeux recevait de très gros cadeaux… ».

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