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Squatters de maisons indélogeables : le marronnier des médias

18 septembre 2020

Temps de lecture : 6 minutes

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Squatters de maisons indélogeables : le marronnier des médias

Squatters de maisons indélogeables : le marronnier des médias

En cette fin d’été 2020, c’est une histoire à la fois banale et révoltante qui est arrivée à un couple de retraités lyonnais. Banale, car les exemples d’occupations illégales de logements abondent dans les médias locaux. Révoltante parce qu’en dépit de descriptions sans pathos excessif, le lecteur ne peut s’habituer à ces situations où l’ordre est le désordre, l’injustice la règle. Revue de presse.

Une retraite qui commence mal

Le séjour à Théoule-sur-Mer, dans les Alpes mar­itimes, d’un cou­ple orig­i­naire de la région lyon­naise, a bien mal com­mencé. La Dépêche nous informe le 4 sep­tem­bre qu’« un cou­ple de retraités a eu la mau­vaise sur­prise de décou­vrir sa mai­son sec­ondaire, située dans les Alpes-Mar­itimes, occupée. La ser­rure avait même été changée. Depuis, c’est le par­cours du com­bat­tant pour récupér­er cette mai­son de vacances ».

L’édition du 8 sep­tem­bre du Figaro com­porte quelques pré­ci­sions supplémentaires :

« La famille qui occupe illé­gale­ment la mai­son d’un cou­ple de retraités aurait un loge­ment en région parisienne (…) ».

Les pro­prié­taires du loge­ment com­mentent la sit­u­a­tion : les squat­ters « se sont servis de leurs enfants comme de boucliers ». Le jour­nal four­nit d’autres infor­ma­tions sur le cou­ple de retraités :

« Ils vien­nent de ven­dre leur domi­cile lyon­nais. Évincés par des squats, les voilà sans domi­cile fixe. Le cou­ple a dor­mi sa pre­mière nuit dans sa voiture, en regar­dant les intrus din­er sur leur ter­rasse (…). Selon le maire, ils habitent en région parisi­enne, mais ont quit­té leur domi­cile à cause de prob­lèmes de voisi­nage ».

La tech­nique des squat­ters sem­ble éprou­vée. Jean-Marc Moran­di­ni nous informe que « la famille qui a pris pos­ses­sion de leur mai­son a changé les ser­rures et le con­trat d’électricité ».

On en con­clut que cela demande finale­ment peu d’efforts de pren­dre le bien d’autrui et d’en jouir sans entrave…

Sur la chaine CNews, le pro­prié­taire de la mai­son donne le 7 sep­tem­bre une infor­ma­tion prob­a­ble­ment sans impor­tance : « les squat­ters sont de la com­mu­nauté maghrébine ».

Joelle Dago fait un con­stat amer sur RMC « Cer­tains s’or­gan­isent pour béné­fici­er d’un loge­ment gra­tu­it pen­dant près de 3 ans… Ça en devient presque des organ­i­sa­tions mafieuses ! ».

Dans plusieurs médias, Sud Radio, Yahoo sports, Mieux vivre votre argent, etc. , on apprend que déloger des squat­ters néces­site d’engager une procé­dure longue et cou­teuses pour… les propriétaires.

Un problème national

La lec­ture des médias locaux per­met de con­stater que ce fait divers n’est pas isolé. Pour ne citer que quelques exem­ples, à Mont­pel­li­er, ce sont deux SDF et un « mineur non accom­pa­g­né » (traduire un jeune étranger) qui ont été inter­pel­lés mer­cre­di soir dans une mai­son qu’ils squat­taient. Actu.fr nous apprend le 6 sep­tem­bre que « lors de l’interpellation des trois squat­ters, deux couteaux ont été trou­vés sur eux ». Peut-être en vue d’un camp scout ?

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Le 1er sep­tem­bre, à Bor­deaux, une per­son­ne « ren­tre à son domi­cile et trou­ve des squat­ters. Elle n’a pas pu entr­er chez elle et a appelé la police, qui a trou­vé qua­tre per­son­nes dans le loge­ment, où des dégra­da­tions ont été com­mis­es » selon Sud-Ouest.

Les squats ont lieu égale­ment dans les sous-sols des immeubles et peu­vent avoir un car­ac­tère moins « durable ». La Nou­velle République nous informe le 7 sep­tem­bre qu’à Poitiers, « face aux réu­nions en sous-sol qui leur pour­ris­sent la vie, les habi­tants d’un immeu­ble se sont mobil­isés hier soir ». « La réu­nion paci­fique con­tre les squat­ters tourbe au vinai­gre », nous pré­cise le quo­ti­di­en. On pour­rait mul­ti­pli­er les exem­ples des occu­pa­tions illé­gales dont font fréquem­ment état les médias locaux…

Les occupations illégales, un fervent combat de certaines associations

Si les pro­prié­taires sont désori­en­tés et peu aidés en cas d’occupation illé­gale de leur loge­ment, cer­tains squat­ters sont aidés par des respon­s­ables associatifs.

À Nantes, Ouest-France nous apprend le 24 août qu’« une mai­son appar­tenant à Nantes métro­pole a été murée mar­di 18 août au matin. Des col­lec­tifs de sou­tien aux mal (et non) logés s’opposent à la procé­dure d’expulsion ». On en déduit que dans cer­taines cir­con­stances, il faut mur­er son bien pour éviter que des squat­ters y pénètrent. Le deman­deur d’asile qui occu­pait illé­gale­ment la mai­son se plaint au quo­ti­di­en région­al : « Tous mes doc­u­ments pour ma démarche de demande d’asile sont dans cette mai­son, à laque­lle je n’ai plus accès ».

À Nîmes, « une trentaine d’oc­cu­pants rési­dent actuelle­ment (dans deux immeubles) depuis un peu moins d’un an, dont plusieurs familles sans titre de séjour. Les deux immeubles avaient été réqui­si­tion­nés par la branche gar­doise de l’association Droit au Loge­ment, qui milite pour défendre le droit au loge­ment des sans-papiers », selon France Bleu le 26 août. La chaine publique affil­iée à l’État français ne s’étonne même pas que des clan­des­tins occu­pent illé­gale­ment des loge­ments. Le début d’un par­cours d’insertion en France ?

On en déduit que des loge­ments peu­vent être « réqui­si­tion­nés » illé­gale­ment, tan­dis que le pro­prié­taire lésé doit saisir les tri­bunaux pour récupér­er son bien.

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À Bor­deaux, selon Médi­a­part le 30 juin, « le Col­lec­tif MIE Gironde (Mineurs Isolés Étrangers) (…) sou­tient un nou­veau squat rue Camille-Godard à Bor­deaux. 15 jeunes et 4 deman­deurs d’asile habitent désor­mais dans cette anci­enne mai­son départe­men­tale de la sol­i­dar­ité. Les asso­ci­a­tions sont venus « appuy­er l’action des ouvreuses et ouvreurs de squats, qui per­me­t­tent ain­si à de nou­veaux migrants d’être hébergés ».

On ne doute pas que les « ouvreuses et ouvreurs de squats » ont de nom­breux trophées à leur actif…

« Pas de défaillance de la loi », selon la ministre du logement

En dépit du car­ac­tère scan­daleux de ces occu­pa­tions, qui foulent au pied la pro­priété privée, Valeurs actuelles nous informe à l’occasion de la spo­li­a­tion des deux retraités lyon­nais que « vic­time de squat­teurs, un retraité accuse la min­istre du Loge­ment de “pren­dre les gens pour des cons”. Celle-ci estime que cette occu­pa­tion « ne mon­tre pas de défail­lance de la loi ».

Mais la min­istre chargée du Loge­ment n’est pas insen­si­ble à la détresse humaine. Elle a annon­cé que « le gou­verne­ment va s’employer» pour que deux retraités puis­sent rapi­de­ment récupér­er leur bien occupé par des squat­teurs », nous apprend Bour­so­ra­ma.

« Une bonne nou­velle pour ces retraités car, en règle générale, ces procé­dures durent plusieurs mois, les squat­teurs ne se pri­vant pas de les faire traîn­er «(…) » pré­cise Me Romain Rossi-Lan­di, avo­cat à la cour de Paris au site d’information économique.

La min­istre du Loge­ment s’empresse d’ajouter : « S’il y a des enfants qui sont poten­tielle­ment à la rue, on trou­vera un moyen de les héberg­er.

Les enfants dont il s’agit, ce sont ceux des squat­ters issus de la région parisi­enne, rassurez-vous.

Juste­ment, l’avocate de la famille de squat­ters s’apitoie le 8 sep­tem­bre sur la « détresse sociale » de ses clients au micro de BFMTV : les par­ents ont déjà un enfant d’un et demi, un autre de 7 mois madame est enceinte de 2 mois.

Ce qui amène Alphon­sine à faire ce com­men­taire sut Twitter :

« C’est pas un loge­ment qu’il faut lui trou­ver c’est un toubib pour lui lig­a­tur­er les trompes ! »

La tentation de la réappropriation expéditive de son bien

Tous les pro­prié­taires ne sont pas aus­si patients que le cou­ple de lyon­nais. Tous ne béné­fi­cient pas de la sol­lic­i­tude du gou­verne­ment, qui sem­ble liée à la médi­ati­sa­tion du squat dans les Alpes maritimes.

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En début d’année 2018, à Garges-lès-Gonesse, le pro­prié­taire d’un loge­ment a vu celui-ci occupé par plusieurs Roms. Le Parisien nous apprend que des habi­tants du quarti­er de la Lutèce sont inter­venus « pour évac­uer la mai­son de Youcef, impuis­sant face au squat d’un groupe de Roms depuis novem­bre ». Devant de nom­breux Roms qui sont venus soutenir les occu­pants illé­gaux, « toute la cité est venue. » « les jeunes évo­quent leurs pro­pres moyens d’in­tim­i­da­tion : fusil à pompe, Tokarev, chiens. L’un d’eux exhibe une pho­to de lui prise armes à la main (…). On dit qu’à cause de la cité, il n’y a pas de sécu­rité, mais c’est grâce à la cité qu’il a récupéré sa mai­son ! ».

Face à des lois qui pro­tè­gent plus les occu­pants illé­gaux que les pro­prié­taires, cer­tains sont donc ten­tés de se faire jus­tice eux-mêmes. C’est ce qui ressort égale­ment d’un sondage effec­tué par le col­lec­tif Damo­clès. Con­fron­tée à ce genre de sit­u­a­tion, la grande majorité des par­tic­i­pants a choisi son mode d’action : « j’entre par la force ».

Des loge­ments « réqui­si­tion­nés » par des clan­des­tins, des citoyens de plus en plus ten­tés de se faire jus­tice eux-mêmes, au risque d’appliquer la loi de la cité, comme à Garges-lès-Gonesse, la médi­ati­sa­tion comme seul espoir pour que la procé­dure d’expulsion ne traine pas trop, entre trêve hiver­nale, droit oppos­able au loge­ment et tut­ti quan­ti, des lois qui pro­tè­gent peu les pro­prié­taires et beau­coup les occu­pants illé­gaux, des enfants util­isés comme « boucli­er » social, de nom­breuses asso­ci­a­tions qui sou­ti­en­nent les squat­ters, les pro­prié­taires oblig­és d’engager des procé­dures cou­teuses, une min­istre du loge­ment qui ne trou­ve pas la régle­men­ta­tion actuelle insat­is­faisante : le lec­ture des médias sur ce sujet est fort instructive.

Quant au cou­ple de retraités lyon­nais, un con­cours de cir­con­stances a pré­cip­ité les événe­ments : le Figaro nous informe le 8 sep­tem­bre que « le squat­teur de Theoule sur mer a été arrêté pour vio­lence », à l’occasion d’une dis­pute con­ju­gale. « La femme et les enfants ont été placés en foy­er ». Nous apprenons avec soulage­ment par TV Lib­ertés que « la mai­son squat­tée par une famille est désor­mais vide, après la garde à vue de l’homme pour vio­lence ». Les occu­pants illé­gaux de la mai­son de Théoule sur mer n’auront prof­ité que briève­ment de l’arrière-saison sur la côte dans la mai­son des retraités. Un épi­logue heureux pour com­bi­en de sit­u­a­tions qui s’enveniment…

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