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Renault acquiert 40% de Challenges pour occuper les conducteurs de ses voitures autonomes

28 avril 2018

Temps de lecture : 4 minutes
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Renault acquiert 40% de Challenges pour occuper les conducteurs de ses voitures autonomes

La logique selon laquelle la presse n’est que le complément d’un autre service fait des ravages. Après SFR qui a acquis Libération pour remplir ses smartphones (même si les ventes forcées via une augmentation du prix des abonnements n’ont pas été appréciées par les clients qui ont déserté en masse), c’est maintenant Renault qui investit dans 40% de Challenges, le groupe de presse de Claude Perdriel, 91 ans. Objectif : produire du contenu pour occuper les conducteurs des futures voitures autonomes, sans se faire siphonner la valeur ajouter par Google, Apple ou Amazon.

Mondial de l’Automobile

Au prochain Mon­di­al de l’Au­to­mo­bile, Renault entend créer l’événe­ment en présen­tant les maque­ttes des con­tenus his­toriques, sci­en­tifiques et économiques four­nis par His­to­ria, l’His­toire, Sci­ences et Avenir, La Recherche ou encore Chal­lenges, annonce Présent (21.04). Ces con­tenus pour­ront être lus par un jour­nal­iste ou un acteur dans des voitures encore pilotées par l’hu­main, mais à l’avenir, c’est le con­duc­teur de la voiture autonome lui-même qui les lira pen­dant son temps libre.

5M€ d’investissement pour le groupe Challenges

Ce sont les pre­miers fruits de l’al­liance signée fin décem­bre dernier entre Renault et Chal­lenges. La nou­velle société, qui s’ap­pellera Groupe Chal­lenges, comptera trois admin­is­tra­teurs de Renault, qui y a injec­té 5 mil­lions d’€ en mars 2018 : Mouna Sepheri, François Dos­sa et Franck Louis-Vic­tor, chargé des véhicules con­nec­té et directeur chez Alliance Ven­tures, le fonds d’in­vestisse­ment de Renault dans les nou­velles tech­nolo­gies. Claude Per­driel reste prési­dent et fait venir de son côté Vin­cent Beau­fils, directeur de Chal­lenges, Mau­rice Szafran, qui dirige actuelle­ment Sophia Pub­li­ca­tions (His­to­ria, l’His­toire, La Recherche, Le Mag­a­zine lit­téraire) et Geof­froy la Roc­ca, prési­dent de la plate­forme de vidéo Teads.

Par­al­lèle­ment Claude Per­driel a lancé fin 2017 la nou­velle for­mule du Mag­a­zine Lit­téraire, au prix de 5,90 € avec comme objec­tif 35.000 exem­plaires ven­dus par mois. L’in­vestisse­ment d’un mil­lion d’eu­ros a été porté par Xavier Niel, Bruno Ledoux, un action­naire qui reste dis­cret et Thier­ry Ver­ret, ancien jour­nal­iste de Jeune Afrique qui a redressé les édi­tions Lamarre avant de les ven­dre en 1994 à Wolters Kluw­er pour 150 mil­lions de francs. Resté dans la presse après avoir racheté en 2000 le pôle Presse pro­fes­sion­nelle agri­cole de Wolters Kluw­er France, il est action­naire de Sophia Pub­li­ca­tions – qui s’est avéré être un très mau­vais investisse­ment pour Per­driel qui a du en redress­er la sit­u­a­tion – et gérant des Édi­tions du Phare, SARL au cap­i­tal de 180 000 € qui est liée à la hold­ing Baby­lone Finances. De celle-ci dépen­dent donc les heb­do­madaires des édi­tions du Phare (Le Phare de Ré à Saint-Mar­tin-de-Ré, Lit­toral à Marennes depuis 2010, Haute Sain­tonge à Jon­zac depuis 2016) mais aus­si Wel­com­ing you, Sor­tir 17, Ici Lon­dres et des activ­ités dans l’édi­tion.

« Nous pen­sons que le con­tenu pre­mi­um sera un jour déter­mi­nant dans l’acte d’achat d’un véhicule », a expliqué Car­los Ghosn, PDG de Renault-Nis­san, dans un com­mu­niqué. Et ce d’au­tant mieux que les thèmes des titres du groupe Chal­lenges sont exploita­bles à une échelle mon­di­ale. L’ac­qui­si­tion de 40% de Chal­lenges est qual­i­fiée par lui de «  test grandeur nature » pour véri­fi­er la pos­si­bil­ité de « de créer du con­tenu à la demande, en fonc­tion du pro­fil de l’utilisateur », explique-t-il à La Croix.

Une première mondiale made in France

L’in­vestisse­ment de Renault dans Chal­lenges est aus­si une pre­mière mon­di­ale, alors que Tes­la n’en est qu’à des pour­par­lers avec Apple pour fournir un ser­vice de musique en stream­ing dans ses voitures et ce après avoir ten­té en vain de lancer le sien. « Le prochain sujet de l’in­dus­trie auto­mo­bile, c’est le con­tenu. Soit on le prend chez un autre, soit on s’y intéresse nous-mêmes… Ce qu’on ne veut pas, c’est fab­ri­quer des boîtes vides au prof­it d’autres acteurs [à savoir Google, Apple, Face­book, Ama­zon, les GAFA] Nous voulons éviter de vivre ce qu’ont con­nu les fab­ri­cants de télé­phones. On ne va pas dévelop­per du hard­ware pour que quelqu’un d’autre récupère toute la valeur ajoutée », a expliqué Car­los Ghosn aux Échos.

L’ini­tia­tive de Renault fait débat. « Cette ini­tia­tive inter­roge encore sur l’ex­ten­sion de la chaîne de valeur, c’est-à-dire à par­tir de quand un con­struc­teur doit aller plus loin que ven­dre une voiture seule, et jusqu’où il peut aller dans l’in­cor­po­ra­tion de ser­vices. C’est le sujet qui va prob­a­ble­ment occu­per le monde auto­mo­bile des 10 prochaines années », relève Guil­laume Crunelle, expert de l’in­dus­trie auto­mo­bile au cab­i­net Deloitte pour La Tri­bune.

Con­traire­ment aux GAFAs qui con­tin­u­ent à rester des agré­ga­teurs de con­tenus, Renault souhaite pro­duire les siens pour faire la dif­férence… mais devra cer­taine­ment acquérir d’autres pro­duc­teurs de médias, notam­ment anglo­phones, et plus général­istes. Bertrand Rako­to, ana­lyste indépen­dant, est plus nuancé : « Il est dif­fi­cile d’imag­in­er quel mod­èle économique clair peut se dégager de la démarche de Renault à moins de vouloir garder une clien­tèle cap­tive de la mar­que ». Il défend quant à lui un mod­èle ouvert : les util­isa­teurs de voitures autonomes n’en seront plus néces­saire­ment pro­prié­taires et voudront avoir le même écosys­tème d’un véhicule à l’autre, basé sur un sys­tème ouvert.

Mission première : redresser les titres du groupe Challenges

Cet ensem­ble pèsera 50 mil­lions d’€ en 2018. Le nou­veau directeur général, Philippe Menat – vieux routi­er de L’Obs où il a régi les abon­nements, la poli­tique com­mer­ciale, le développe­ment, nom­mé DG de Sophia Pub­li­ca­tions en août dernier, devra redress­er l’ensem­ble encore défici­taire en 2017. Le 14 décem­bre dernier Claude Per­driel reve­nait sur la propo­si­tion de Renault : « début sep­tem­bre 2017, il nous a pro­posé un pro­jet révo­lu­tion­naire : met­tre nos con­tenus à la dis­po­si­tion de tous les pos­sesseurs de voiture Renault » qui deviendraient ain­si des kiosques de presse d’un nou­veau genre.

Claude Per­driel cher­chait com­ment ren­flouer la société des Édi­tions Croque-Futur, éditrice de Chal­lenges, qui a accu­mulé les pertes : 2,26 mil­lions en 2014, 2,21 mil­lions en 2015, 3,6 mil­lions d’€ en 2016, selon Cap­i­tal (pour 22 mil­lions d’eu­ros de chiffre d’af­faires), encore 3 mil­lions en 2017… ça ne pou­vait con­tin­uer ain­si longtemps. À l’échelle des 8 mil­liards d’eu­ros d’in­vestisse­ments annuels de Renault-Nis­san, le rachat de 40% de Chal­lenges est une goutte d’eau, même si le redresse­ment prend un cer­tain temps.

Cepen­dant, le mod­èle économique choisi, très nova­teur, reste frag­ile. Et l’ad­hé­sion au pro­jet des con­duc­teurs des futures voitures Renault autonomes dépen­dra de la qual­ité de la pro­duc­tion jour­nal­is­tique, donc cer­taine­ment du degré d’indépen­dance du Groupe Chal­lenges. Y com­pris par rap­port aux pro­duits du groupe Renault-Nis­san. Pour l’heure, la charte de Chal­lenges pré­cise tou­jours : « le ou les action­naires s’interdisent d’intervenir d’une quel­conque manière sur le tra­vail des jour­nal­istes, au cours des enquêtes comme dans leurs écrits ». Il est sûr en revanche que les médias auront leur place dans la voiture autonome. Mais elle sera prob­a­ble­ment assez éloignée de leur voca­tion pre­mière.

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