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Le Nouveau magazine littéraire : le vieux sous le neuf

7 janvier 2018

Temps de lecture : 5 minutes
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Le Nouveau magazine littéraire : le vieux sous le neuf

Il y avait longtemps que plus personne ne lisait Le Magazine littéraire. Le mensuel était maintenu sous perfusion de diverses façons, dont les abonnements des CDI des lycées, des universités, des médiathèques et autres institutions. Autrement dit, l’ancien Magazine littéraire avait un lectorat fantôme. Le changement, c’est maintenant ?

C’est en tout cas ce que souhaite Raphaël Glucks­mann, le nou­veau patron du Nou­veau Mag­a­zine lit­téraire. Glucks­mann l’affirme, il veut don­ner une tour­nure « pro­gres­siste » à ce mag­a­zine né en 1966. Ce qui sig­ni­fie dans son esprit, militer en faveur de tout ce qui fait le libéral libéral­isme : société ouverte, mul­ti­cul­tur­al­isme, boboïsme con­scient et incon­scient, copinage parisien, vieilles badernes idéologiques plus ou moins bien mar­iées avec la com­mu­ni­ca­tion hype élec­trice d’Emmanuel Macron. Et militer con­tre, pêle-mêle, la Russie de Pou­tine, l’identité, les racines, les con­cep­tions du monde fondées sur la sou­veraineté, l’autorité, les fron­tières…

Retour vers les années lycée ?

C’est qu’il est inqui­et, Raphaël Glucks­mann, il le dis­ait sur Fran­ce­in­fo le 5 jan­vi­er 2018, au sujet de « l’extrême droite » : « C’est un phénomène glob­al et ça a lieu dans toutes les démoc­ra­ties libérales européennes et occi­den­tales en général (…) Il y a dif­férentes caus­es. Il y a la crise socio-économique mais on n’explique pas tout par cette crise parce qu’en République Tchèque, par exem­ple, les électeurs ont voté pour un pop­uliste d’extrême droite, Babiš, alors que la sit­u­a­tion économique allait plutôt mieux qu’avant. On pour­rait dire : “C’est les vagues migra­toires”, mais il y a des vil­lages hon­grois qui se mobilisent der­rière l’extrême droite qui n’ont jamais vu le moin­dre réfugié ou migrant. Il y a une expli­ca­tion générale qui est l’incapacité des démoc­ra­ties libérales aujourd’hui, de pro­duire du sens, à pro­duire un hori­zon col­lec­tif qui per­me­tte de mobilis­er les électeurs et les gens. Donc il y a une défi­ance général­isée vis-à-vis des insti­tu­tions en place et c’est l’extrême droite qui en prof­ite le plus (…) En mai 2017, on a évité la mort clin­ique qu’aurait été la vic­toire de Marine Le Pen mais on n’a pas soigné la mal­adie. Donc il y a une forme d’illusion à croire que tout a été résolu. Je pense que le ter­rain est le même et que la France n’est pas immune de ce qu’il se passe ailleurs en Europe ». Cha­cun aura recon­nu le dis­cours que tenait l’une ou l’autre de ses con­nais­sances, à l’époque du lycée. Le dis­cours de Raphaël Glucks­mann est un dis­cours dont la naïveté est celle de l’adolescence, ver­sant gauche caviar du cœur de Paris. Que l’on en juge, tou­jours lors de son entre­tien du 5 jan­vi­er 2018 : « Le mode d’accession au pou­voir de ces mou­ve­ments d’extrême droite, il est démoc­ra­tique. Mais à chaque fois qu’ils pren­nent le pou­voir, on le voit en Pologne, en Hon­grie, il y a une ten­dance qui est à l’érosion des lib­ertés, des insti­tu­tions, du débat démoc­ra­tique dans son ensem­ble. La car­ac­téris­tique de tous ces mou­ve­ments, c’est d’être des mou­ve­ments autori­taires, fondés sur le culte du chef, l’embrigadement de la pop­u­la­tion et la pra­tique du bouc émis­saire. » Raphaël Glucks­mann n’a pas oublié un mot de ses cours d’Éducation civique et d’Histoire de Ter­mi­nale. C’est donc un éter­nel lycéen qui a été récem­ment nom­mé à la tête du Nou­veau Mag­a­zine lit­téraire. Il veut « chang­er » et « réin­ven­ter » le monde. C’est du moins ce qui a été affir­mé lors de la présen­ta­tion de la nou­velle for­mule du mag­a­zine, au Pro­cope, Saint Ger­main des prés oblige. On ne sera donc guère sur­pris de ce que con­ti­en­nent les 100 pages de son tout pre­mier numéro. Un numéro ample­ment dif­fusé et pour lequel Glucks­mann n’a pas de mal à trou­ver des pigistes. Quoi de plus nor­mal, il y a de la belle finance : Bruno Ledoux (Libéra­tion, fidèle com­pagnon de Patrick Drahi), Xavier Niel (l’opérateur Free, Le Monde et beau­coup d’autres) et Claude Per­driel (Sophia Pub­li­ca­tions) sont les prin­ci­paux action­naires.

Un premier numéro tout droit issu de l’ancien monde

Le pre­mier numéro du Nou­veau mag­a­zine lit­téraire veut donc refonder la gauche, recréer le monde : « Le Nou­veau Mag­a­zine Lit­téraire n’est pas une nou­velle ver­sion du mag­a­zine. C’est un nou­veau jour­nal qui veut regrouper les dif­férentes sen­si­bil­ités du camp pro­gres­siste ». Un jour­nal qui se veut de gauche mais qui, si l’on en croit les déc­la­ra­tions naïves de son directeur, pro­pose en gros ce qui a con­duit le monde là où il en est. Un pré­ten­du Camp du Bien s’est réin­car­né dans ce Nou­veau Mag­a­zine lit­téraire, et ce camp repart à l’assaut. Les troupes sont regroupées dans le dossier du n°1 inti­t­ulé « Les idées changent le monde ! ». Pas de doute, on est tou­jours en Ter­mi­nale. Résumons : un nou­veau mag­a­zine lit­téraire qui est en fait un mag­a­zine poli­tique de gauche caviar, dont l’ambition est de chang­er et de recréer le monde en faisant un « Voy­age au cœur des nou­velles utopies ». On est cepen­dant sur­pris, à lire le nom des sol­dats con­tribu­teurs appelés à boule­vers­er l’ordre malé­fique du monde (enten­dez « de droite »). Rien que de l’ancien monde : Chamoi­seau, Zizek, Frédéric Beigbed­er, Leila Sli­mani, Michel Onfray (qui patronne un dossier entier, cette fois con­sacré à La Boétie )… et même Najat Val­laud-Belka­cem, laque­lle se don­nait sans doute ici la légitim­ité néces­saire à sa prise de fonc­tion, début jan­vi­er 2018, à la tête d’une col­lec­tion d’essais eux-aus­si « pro­gres­sistes » chez Fayard. On se regroupe, on se serre les coudes. Il ne manque que Léa Salamé. Si l’adversaire du Nou­veau Mag­a­zine lit­téraire existe, cette « droite » et cette « extrême droite » que Glucks­mann imag­ine de retour en une sorte de remake des Années 30, il n’a pas à s’inquiéter. Une telle bro­chette de vision­naires du passé ne risque pas de l’empêcher de se dévelop­per. Dans le Nou­veau Mag­a­zine lit­téraire, on fris­sonne à l’évocation de la famille Mer­ah, « une famille française », on frémit devant Wauquiez, la « droite », on demande à madame Val­laud-Belka­cem un « éloge de l’imperfection en poli­tique » et on tra­vaille l’utopie, à coup d’articles de quelques dizaines de signes, utopie rangée sous le titre « Que monde rêvez-vous ? ». Au fond, Raphaël Glucks­mann pra­tique prob­a­ble­ment l’ironie en don­nant à lire un mag­a­zine à ce point vin­tage l’année de la com­mé­mora­tion de Mai 68. Que croire d’autre ? D’ailleurs, le dossier « utopie » com­mence par cette phrase : « Soyons réal­istes, deman­dons l’impossible ! ». Ah… on allait oubli­er des incon­tourn­ables de la gauche libérale lib­er­taire caviar : Edgar Morin nous par­le de Tariq Ramadan, et con­verse avec le directeur Raphaël Glucks­mann. Rien que de très nor­mal, pour un directeur de mag­a­zine, que de s’auto inter­view­er. Il y a aus­si des pages de cri­tiques de livres qui ressem­blent à s’y mépren­dre à celles du Monde des Livres ou de Téléra­ma. L’entre soi a gag­né un nou­veau mag­a­zine.

La doctrine Glucksmann ?

Puisque le jeune Glucks­mann nous y entraîne, écou­tons-le en son « man­i­festo » (sans doute une osée référence gué­variste ou zap­patiste pour dire « édi­to­r­i­al » ?) : « Nous ne sommes ni des bisounours ni des prêcheurs. Nous n’avons ni Dieu, ni dogme. Nous ne gar­dons ni musée, ni prison. Nous n’esquiverons aucun prob­lème et nous n’escamoterons aucun songe. Dès le pre­mier numéro du Nou­veau Mag­a­zine lit­téraire, nous vous invi­tons à plonger dans les ténèbres de la famille Mer­ah et à rêver d’utopies sociales, écologiques et poli­tiques [une telle phrase, prê­tant à con­fu­sion quant à son sens, aurait mérité relec­ture, NdA]. Nous met­tons en lumière les par­adis fis­caux et nous imag­i­nons le monde qui saura s’en pass­er (…) Si nous refu­sons le fatal­isme, nous accep­tons le trag­ique (…) Nous savons que la Terre elle-même men­ace de dis­paraître si nous ne changeons pas nos modes de pro­duc­tion et de con­som­ma­tion, nos modes de vie et de pen­sée » etc… Gageons que ce mag­a­zine ne per­dra pas ses médiathèques et ces CDI abon­nés.

On l’aura com­pris, si ce mag­a­zine vise pri­or­i­taire­ment les col­légiens de troisième et cer­tains lycéens, cher­chant des pom­pes pour le jour­nal de leur lycée, il risque fort de ren­con­tr­er le suc­cès. Pour ce qui est de trans­former et de réin­ven­ter le monde, c’est une autre affaire. Quoi de neuf dans le Nou­veau Mag­a­zine lit­téraire ? Rien. La preuve ? La 4e de cou­ver­ture est une pub­lic­ité pour un célèbre cham­pagne. On a les bar­ri­cades que l’on peut.

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