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Salhia Brakhlia

12 octobre 2020

Temps de lecture : 14 minutes
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Salhia Brakhlia

Temps de lecture : 14 minutes

Barthès au féminin

« Mes ques­tions restent sérieuses mais j’enrobe le tout avec des séquences qui font sourire. Ça ne change pas le fond mais le sujet devient beau­coup plus rigo­lo et sym­pa à regarder », Téléra­ma, 6 mai 2014

Salhia Brakhlia a apporté, avec succès, les méthodes controversées du Petit Journal sur BFMTV. Le mélange détonne : le non-stop de BFMTV et le sarcasme du Petit Journal. Son tableau de chasse : rien de moins que la communication de l’Élysée et… Lucette, la brave retraitée qui a reçu François Hollande chez elle. Derrière ses coups d’éclat personnels, Salhia Brakhlia appartient à cette nouvelle catégorie de journalistes qui aiment à faire rire le téléspectateur par des séquences bien préparées et bien montées. Forcément, six ans au Petit Journal, ça laisse des traces… Revenue au bercail depuis, elle est la doublure de Yann Barthès.

Formation

D’origine algéri­enne, dernière d’une fratrie de sept enfants, Sal­hia Brakhlia est née à Condé-sur‑l’Escaut, dans le départe­ment du Nord en mai 1986. Elle y passe toute son enfance et y suit toute sa sco­lar­ité. Elle fréquente égale­ment le cen­tre social de la com­mune. C’est dans ce cadre qu’en 2003 elle par­ticipe à l’opération « télé-cité », une série «  qui per­met aux jeunes gens et jeunes filles des quartiers de s’exprimer à la télévi­sion, sur France 3 Paris et France 3 Lille ». C’est à ce moment qu’elle fait ses pre­miers pas der­rière la caméra (lien 1 et lien 2, à par­tir de 11 min).

Elle quitte le Nord une fois le bac en poche et com­mence alors un DEUG d’histoire et de sci­ences poli­tiques à la Sor­bonne. Après un pre­mier stage au sein de la chaine de télévi­sion Mona­co Info, elle intè­gre, en 2005, l’école du jour­nal­isme de Nice, dont elle sort diplômée deux ans plus tard. Elle réalise son stage de fin d’études à Ros­ny TV, la web-télévi­sion de la ville de Ros­ny-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis.

Parcours

En sep­tem­bre 2007, elle com­mence comme sta­giaire au « Grand Jour­nal » de Canal+. Elle est alors chargée de réalis­er des fich­es sur les invités de l’émission et sur les dif­férents sujets abor­dés. Dans le même temps, elle réalise quelques piges pour le « Petit Jour­nal ». Moins d’un an après son arrivée au sein du groupe Canal+, elle est embauchée, comme jour­nal­iste reporter d’image, pour le « Petit jour­nal », en août 2008.

C’est elle qui lance le « Petit jour­nal » dans le monde poli­tique, en bal­adant son fameux micro rouge dans la salle des Qua­tre Colonnes à l’Assemblée nationale. « Les reportages poli­tiques, c’est l’ADN de l’émission depuis ses débuts », affirme-t-elle à Téléra­ma en mai 2014. « Il y a six ans, quand j’ai com­mencé, nous posions des ques­tions vrai­ment décalées. A l’Assemblée nationale, les députés venaient nous voir pour faire les malins devant la caméra. Aujourd’hui, ils font preuve de plus d’attention car notre traite­ment des sujets poli­tiques a évolué. On essaye de grat­ter un peu plus, de pos­er la ques­tion à laque­lle les autres jour­nal­istes n’ont pas pen­sé, de mon­tr­er l’envers du décor » (source).

Avec Sal­hia Brakhlia et le « Petit Jour­nal », on est en plein « info­tain­ment », un mélange entre véri­ta­ble infor­ma­tion, diver­tisse­ment et déri­sion, comme sait si bien le faire Canal+. « Mes ques­tions restent sérieuses mais j’enrobe le tout avec des séquences qui font sourire », se jus­ti­fie-t-elle. « Ça ne change pas le fond mais le sujet devient beau­coup plus rigo­lo et sym­pa à regarder ». Le rire est effec­tive­ment garan­ti, l’audience égale­ment… Le respect des faits, c’est moins sûr. Le « Petit Jour­nal » sera d’ailleurs régulière­ment pointé du doigt pour ses bidon­nages, ses approx­i­ma­tions, voire ses men­songes et son traite­ment par­tial de l’actualité.

Mal­gré cela, pour ses con­frères de la presse écrite qui font son por­trait ou l’interrogent, Sal­hia Brakhlia devient donc celle qui « taquine les per­son­nal­ités poli­tiques » (La Voix du Nord), ou encore « le poil à grat­ter des poli­tiques. Celle que l’on évite, ou que l’on cherche à crois­er pour les plus auda­cieux d’entre eux », la « jour­nal­iste-ter­reur qui pose les ques­tions qu’une grande par­tie de ses con­frères ne se risque pas à mur­mur­er dans son som­meil », pour Cheek mag­a­zine.

Si Sal­hia Brakhlia et le « Petit Jour­nal » est black­listé par Jean-Luc Mélen­chon — en 2012, elle se voit inter­dire l’entrée à une réu­nion du can­di­dat -, c’est surtout pour et grâce à ses démêlés avec le Front Nation­al qu’elle se fait connaître.

Ain­si, en sep­tem­bre 2013, alors qu’elle cou­vre la ren­trée poli­tique de Marine Le Pen à la braderie d’Hénin-Beaumont, Sal­hia Brakhlia se fait pho­togra­phi­er, ten­ant dans la main, son cahi­er « dont le con­tenu s’apparente plus à un sto­ry-board qu’à un relevé de notes de ter­rain pris­es au vol », selon le com­mu­niqué de presse du Front Nation­al qui sera pub­lié ultérieure­ment. Le reportage sem­ble en effet écrit à l’avance, avec, notam­ment, une séquence déjà prévue, inti­t­ulée « Marine la cougar ». « Dis donc, ils sont jeunes ! », note entre guillemets Sal­hia Brakhlia sur son car­net avant même d’avoir com­mencé son reportage. Pour le Front nation­al, la cause est enten­due : « Le Petit Jour­nal est donc venu avec ses préjugés et un reportage déjà écrit à l’avance, ten­tant vaine­ment au cours de la journée de coin­cer nos mil­i­tants et de les pouss­er à la faute ». Con­séquence de cette affaire, le « Petit Jour­nal » sera désor­mais per­sona non gra­ta dans les réu­nions du Front Nation­al. Fin 2013, Sal­hia Brakhlia ne pour­ra accéder à une con­férence de Mar­i­on Maréchal-Le Pen que grâce au sou­tien de ses con­frères de la presse locale. En jan­vi­er 2014, elle n’est pas autorisée à cou­vrir les vœux de la prési­dente du Front nation­al.

En sep­tem­bre 2015, elle fait ses débuts sur BFMTV. Tous les soirs, elle présente une pastille de décryptage médias “L’œil de Sal­hia Brakhlia”, dif­fusée dans l’émission de Jean-Bap­tiste Bour­si­er, “Grand angle”. « Elle ne ten­dra plus un micro rouge mais un micro bleu », résume L’Ex­press. Selon Libéra­tion, « out­re la propo­si­tion de BFMTV, elle a été cour­tisée, au print­emps, par trois médias, radio et télé. Ses nou­veaux patrons lui ont promis un poste sim­i­laire à celui qu’elle occu­pait chez Canal+, mais dans un cadre plus flex­i­ble ».

Le 1er novem­bre 2015, elle s’invite chez Lucette, cette retraitée de Van­doeu­vre-lès-Nan­cy, qui avait reçu François Hol­lande chez elle, autour d’une sim­ple tasse de café, quelques jours aupar­a­vant. A cette occa­sion et en faisant par­ler Lucette, Sal­hia Brakhlia, révèle la supercherie et le mon­tage de cette opéra­tion de com­mu­ni­ca­tion, entière­ment orchestrée par l’Élysée. Tout est faux ! Le décor, les chais­es, la déco­ra­tion et même le café ont été fourni par la mairie social­iste de Van­deoeu­vre-les-Nan­cy. Quant aux ques­tions à pos­er, elles ont été pré­parées par le ser­vice com­mu­ni­ca­tion de l’Elysée : « j’avais dans l’idée de dire qu’il s’oc­cupe beau­coup d’im­mi­grés mais pas de clochards qui meurent pour ain­si dire dans la rue. Ça, fal­lait pas que je le dise », avoue la retraitée au micro de Sal­hia Brakhlia.

« Du décryptage chez BFMTV ? », com­mente Daniel Schnei­der­mann dans son émis­sion Arrêt sur Images, « pas si éton­nant que ça : la séquence a été tournée par la jour­nal­iste Sal­hia Brakhlia, arrivée à BFM cet été en prove­nance… du Petit Jour­nal de Canal+ ». Toute­fois, le naturel revient au galop et la jour­nal­iste ne peut s’empêcher de réprimer son sur­moi musul­man, comme lors de son reportage sur la fête du cochon d’Hayange, où la volon­té de dés­in­for­ma­tion est sous-ten­due par une antipathie instinc­tive pour l’animal inter­dit. Elle regrette notam­ment que l’omniprésence du cochon « écarte pas mal de gens… Je pense notam­ment aux per­son­nes musul­manes ou de con­fes­sion juive ». Avec toute la fausse ingé­nu­ité qui la car­ac­térise, elle demande au maire FN d’Hayange Fabi­en Engel­mann pourquoi il n’organiserait pas la « fête du Makrout » dans sa ville.

Après trois ans chez BFMTV, elle ren­tre au bercail et rejoint l’équipe du Petit Jour­nal, désor­mais Quo­ti­di­en, sur TMC. Yann Barthès l’annonce offi­cielle­ment sur Twit­ter le 15 juin 2018. Elle présente une pastille inti­t­ulée “Le Moment de Vérité”, référence à l’ancienne émis­sion poli­tique d’Antenne 2, “L’Heure de vérité”. Elle rem­place occa­sion­nelle­ment Barthès lors de la pre­mière sai­son, avant de devenir son jok­er offi­ciel la sai­son suiv­ante (elle assure l’animation de l’émission cer­tains vendredis).

La jour­nal­iste paie de sa per­son­ne lors des man­i­fes­ta­tions des Gilets Jaunes où “Quo­ti­di­en” n’est pas tenu en haute estime. L’équipe de reportage, inclu­ant Brakhlia, est con­fron­tée par deux fois à Yvan Benedet­ti lors de l’Acte 3 des Gilets Jaunes le 1er décem­bre 2018 et lors de la man­i­fes­ta­tion anti-PMA le 6 octo­bre 2019 (où le matériel de reportage est endom­magé). L’émission porte plainte con­tre Benedet­ti le lendemain.

La jour­nal­iste ral­lie la mati­nale de Fran­ce­in­fo à la ren­trée 2020, où elle présente l’interview poli­tique de 8h30. Elle suc­cède dans ce rôle à Renaud Dély. Cepen­dant, elle con­serve un pied dans la bande à Barthès en pilotant une rubrique dans la nou­velle for­mule du Quo­ti­di­en Week End du ven­dre­di. Mas­cotte un jour, mas­cotte toujours.

Ce qu’elle gagne

« Suff­isam­ment pour manger » répond-elle à Libéra­tion.

Sa nébuleuse

Yann Barthès et l’équipe du « Petit Journal ».

Elle a dit

« Je n’ai pas d’avis par­ti­c­uli­er sur les élec­tions, mais j’ai dit à ma mère de bien regarder chaque tract. La nou­veauté peut faire du bien », La Voix du Nord, 3 mars 2014.

« Je suis con­tre le racisme, la xéno­pho­bie, l’injustice, et pour l’égalité », Libéra­tion, 31 août 2015.

« Mes ques­tions restent sérieuses mais j’enrobe le tout avec des séquences qui font sourire. Ça ne change pas le fond mais le sujet devient beau­coup plus rigo­lo et sym­pa à regarder », Téléra­ma, 6 mai 2014.

« Je n’ai pas l’impression de faire un jour­nal­isme par­ti­c­uli­er. Quand je vais inter­view­er un poli­tique, je me demande juste ce que les gens aimeraient savoir, sans pass­er par d’énormes détours et en évi­tant le dis­cours offi­ciel. Les autres jour­nal­istes poli­tiques ne sont pas aus­si directs parce qu’ils ne béné­fi­cient pas de la dis­tance néces­saire pour le faire », Téléra­ma, 6 mai 2014.

« L’idée, c’est de mon­tr­er l’envers du décor, je ne veux pas les cass­er à tout prix », Cheek mag­a­zine, 14 mai 2015.

Le Petit jour­nal est-il une émis­sion engagée ? « Non, mais il y a des sujets qui nous touchent par­ti­c­ulière­ment. Lors du débat sur le “mariage pour tous”, nous ne nous sommes pas dit qu’on allait faire des sujets unique­ment en faveur du mariage. Mais quand on a cou­vert les man­i­fes­ta­tions des “anti”, on a enten­du de telles choses qu’on était obligé de les mon­tr­er. Quand on va sur le ter­rain et qu’on voit que ça se passe comme cela, il faut évidem­ment le dif­fuser. Après, si les grou­pus­cules d’ex­trême-droite qui com­posent “Jour de colère” trou­vent qu’on est de par­ti-pris et nous en veu­lent, moi je m’en fous, j’ai fait mon tra­vail », Téléra­ma, 6 mai 2014.

Au sujet de Yann Barthès : « Il m’a for­mée, et j’ai énor­mé­ment appris avec lui. Au bureau, il est effec­tive­ment beau­coup plus timide et réservé qu’à l’antenne, mais il a l’humilité de celui qui ne con­naît pas le ter­rain et qui écoute, qui veut creuser, avec qui on peut tou­jours dis­cuter. », Marie Claire, 2016.

Ils ont dit

« C’est le poil à grat­ter des poli­tiques. Celle que l’on évite ‑ou que l’on cherche à crois­er pour les plus auda­cieux d’entre eux- quand on l’aperçoit dans la salle des Qua­tre Colonnes. Elle est de tous les meet­ings poli­tiques, de toutes les uni­ver­sités des par­tis ou presque. Sal­hia Brakhlia, 27 ans, est cette jour­nal­iste-ter­reur qui pose les ques­tions qu’une grande par­tie de ses con­frères ne se risque même pas à mur­mur­er dans son som­meil. C’est celle qui ose, tou­jours avec le sourire et le micro du Petit Jour­nal ten­du vers les bouch­es qui veu­lent bien se desser­rer le temps d’une phrase ou deux », Cheek mag­a­zine, 14 mai 2015.

« A force de décrypter, au quo­ti­di­en, les tech­niques de com­mu­ni­ca­tion des hommes et femmes de pou­voir – sa spé­cial­ité au Petit Jour­nal – la jour­nal­iste est passée maître dans l’art de con­trôler sa pro­pre parole », Elise Godeau, Sal­hia Brakhlia, joie cathodique Libéra­tion, 31 août 2015.

« Plus le ter­rain est glis­sant, et plus elle ver­rouille sa com. Argent, reli­gion, poli­tique : autant de domaines qui lui inspirent des pon­cifs dignes des plus grands cham­pi­ons de la langue de bois politi­ci­enne. Elle gagne “suff­isam­ment pour manger”, n’est “ni de droite ni de gauche”, mais se dit atten­tive aux “idées” et aux “con­vic­tions” des per­son­nal­ités poli­tiques. (…) Pas révo­lu­tion­naire pour un sou, et elle le fait exprès », Elise Godeau, Sal­hia Brakhlia, joie cathodique Libéra­tion, 31 août 2015.

Brakhlia a « quelque chose à apporter » à BFMTV parce qu’elle est « hyper­mod­erne, jeune et d’origine maghrébine ». « C’est plus trans­gres­sif pour elle d’aller là-bas que de rester à Canal », Quentin Mar­got, in Sal­hia Brakhlia, joie cathodique, Libéra­tion, 31 août 2015.

« Née en France en 1986, d’origine algéri­enne, de par­ents ayant mon­té leur petite entre­prise, pour une fille qui ne sait pas si “à [son] âge, il y en a beau­coup qui ont autant de chance qu’[elle]” (Libéra­tion), le moins que l’on con­state, c’est qu’envers le pays qui a don­né leur chance à ses par­ents, elle n’a pas la recon­nais­sance du ven­tre. », Boule­vard Voltaire, 9 sep­tem­bre 2017.

« Sal­hia dit au char­cuti­er qu’elle « n’aime pas le cochon ». Là, j’ai envie de lui dire comme aux enfants : « com­ment peux-tu savoir que tu n’aimes pas, si tu n’y as pas goûté ? ». Par exem­ple, moi, je sais que je n’aime pas les escar­gots de Bour­gogne. Mais Sal­hia Brakhlia ne sait pas si elle aime le tra­vers de porc. Elle est juste cochono­phobe par principe.
Quand elle dit que « ça écarte pas mal de gens », elle pré­cise : « je pense par exem­ple aux musul­mans ou aux per­son­nes de con­fes­sion juive, pour ne citer qu’eux ». J’adore « per­son­nes de con­fes­sion juive » : ça doit écorcher la bouche de dire « les Juifs ». Ça me fait penser aux cathos qui dis­ent « per­son­nes homo­sex­uelles » pour ne pas réduire les gens à leur vice. Sal­hia, c’est pareil, elle ne veut pas réduire les Juifs à leur vice qui est d’être juifs. En revanche, les « musul­mans » ne sont pas des « per­son­nes de con­fes­sion musulmane ».
On remar­que qu’elle ne pense pas aux végé­tariens. Elle n’y pense même pas du tout puisqu’elle a demandé au char­cuti­er ce qu’elle pou­vait manger « comme viande » si elle ne pre­nait pas de cochon. Les végé­tariens ne peu­vent pas manger de viande du tout, donc la fête de Sal­hia ne leur con­viendrait pas mieux. Et puis les per­son­nes allergiques au gluten, elle y a pen­sé, Sal­hia ? Eux, ce sont les desserts qu’ils ne peu­vent pas manger à la fête du cochon. Pareil pour les gens allergiques aux œufs. Et puis, imag­i­nons qu’on ait prévu un stand pour les cochono­phobes, je pense que Sal­hia ne serait pas plus sat­is­faite parce que les steaks ne seraient pas for­cé­ment cer­ti­fiés halal. Du coup, « ça écarte pas mal de gens ».
Bon ensuite, Sal­hia n’est pas con­tente parce qu’elle n’arrive pas à trou­ver une oreille com­patis­sante pour son prob­lème : « ça vous dérange pas? » On remar­que que les gens sont polis : ils acceptent de lui répon­dre, en dépit de son regard que l’on devine chargé tout à la fois de sar­casme, de mépris et de détes­ta­tion. Les gens lui répon­dent, et avec le sourire, même les gros costauds tatoués. Pour­tant, ils auraient des raisons de s’énerver. Alors que Juifs et végé­tariens ne se sen­tent tout sim­ple­ment pas con­cernés par la fête du cochon, Sal­hia, elle, est dans une pos­ture mil­i­tante, celle de l’intimidation : il s’agit de sus­citer la honte chez ceux qui osent manger du porc quand d’autres ont fait le choix de n’en pas manger, de leur faire sen­tir que cette fête, parce qu’elle est dis­crim­i­nante, ne devrait pas exis­ter. », Ingrid Riocre­ux, Causeur, 12 sep­tem­bre 2017.

« Et alors qu’un courageux réfrac­taire à la pen­sée réac­tion­naire rap­pelle à la face de Zem­mour que la France a été con­stru­ite par des immi­grés, le polémiste révèle, rigo­lard, et avec l’œil nar­quois qu’on lui con­nait bien, qu’il habite dans un immeu­ble parisien de 1840 et que, « pour con­stru­ire la cathé­drale de Notre Dame de Paris, on n’a pas vu beau­coup de tra­vailleurs algériens » non plus. Faux, s’indigne Sal­hia Brakhlia : « Là aus­si, l’histoire a retenu autre chose. » S’ensuivent des images doc­u­men­taires en noir et blanc d’ouvriers du bâti­ment avec les pré­ci­sions utiles en voix off: « Début des années 60, la France con­nait un véri­ta­ble boom économique, et les Algériens arrivent par bateaux entiers. […] Partout où il faut con­stru­ire, ils vont fournir une main d’œuvre à bas prix. » Laconique et sen­ten­cieuse, notre jour­nal­iste de con­clure sur les méth­odes de Doc­teur Zem­mour en retour plateau, les yeux dans les yeux : « Ça s’appelle réécrire l’histoire. » Laque­lle a évidem­ment retenu que la France avait été con­stru­ite par les Algériens. », Mar­tin Pimentel, Causeur, 21 févri­er 2019.