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Yann Barthès

Icône bobo de l’« infotainment »

Dernière mod­i­fi­ca­tion le 05/07/2017

« Je ne pense pas qu’on soit méchants. »

Avec sa belle gueule et sa décontraction corrosive, Yann Barthès est devenu en quelques années le gendre idéal de la mère de famille conseillère déco dans le Marais, ou son fantasme télé le plus avouable. Longtemps animateur du « Petit Journal » sur Canal+, moment clé de l’émission phare de la chaîne branchée (« Le Grand Journal » de Michel Denisot), ce presque quadra y a poussé au plus loin le concept de l’« infotainment », forme divertissante de l’actualité, quitte à essuyer régulièrement les critiques de ses cibles lui reprochant une malhonnêteté systématique.

Il faut dire que l’ambiguïté du con­cept éloigne très naturelle­ment de la rigueur et de la pro­bité jour­nal­is­tiques. Mais s’il est fort décrié en tant que jour­nal­iste, il tri­om­phe en revanche en tant qu’icône, au point que des rumeurs cir­cu­lent sans arrêt dans les mag­a­zines peo­ple au sujet d’une vie privée pour­tant tenue secrète, prou­vant, si besoin l’était, son très haut degré de sex appeal. Cynisme du spec­tac­u­laire de gauche ? Peut-être… Ou bien dou­ble voca­tion d’un présen­ta­teur qui démarre peu à peu une sec­onde car­rière d’acteur.

Il est né en octo­bre 1974 à Cham­béry.

Formation universitaire

Yann Barthès a été élève au lycée Vauge­las (Cham­béry). Son Bac en poche, il passe un DEUG d’anglais à l’Université de Savoie avant de s’orienter vers le jour­nal­isme par le biais de l’ISIC (Insti­tut des sci­ences de l’information et de la com­mu­ni­ca­tion) à l’IUP de Bor­deaux, qu’il fréquente de 1995 à 1998.

Parcours professionnel

Barthès débute en 1998 sa lente et sûre ascen­sion à Canal+. D’abord sta­giaire chargé des revues de presse, il s’occupe des invités de « +Clair » à par­tir de 2002, une émis­sion con­sacrée aux médias et présen­tée par Daph­né Rouli­er. Il com­mence au « Grand Jour­nal » de Michel Denisot en 2004, présen­tant au début les rubriques du « Petit Jour­nal Peo­ple » et du « Petit Jour­nal Actu », seule­ment par l’entremise d’une voix off, avant d’apparaître sur le plateau de l’émission à compter du 3 sep­tem­bre 2007, pour livr­er déjà une ver­sion humoris­tique et cor­ro­sive de l’actualité. En sep­tem­bre 2010, le « Petit Jour­nal Peo­ple » dis­paraît, absorbé par le « Petit Jour­nal Actu » qui devient alors le « Petit Jour­nal », émis­sion dif­fusée du lun­di au jeu­di à 19h45, en fin de pre­mière par­tie du « Grand Jour­nal ». Entre temps, Yann Barthès a reçu le prix du meilleur jour­nal­iste au trophée des jeunes tal­ents 2009. Il crée en 2011, en col­lab­o­ra­tion avec Lau­rent Bon (pro­duc­teur édi­to­r­i­al du « Grand Jour­nal »), la société de pro­duc­tion Bangu­mi qui pro­duit dès lors « Le Petit Jour­nal » indépen­dam­ment de KM Pro­duc­tions (société de Renaud Le Van Kim et Michel Denisot).

Le 31 août 2011, le présen­ta­teur a sa mar­i­on­nette aux « Guig­nols de l’info », et au mois de sep­tem­bre de cette même année, une nou­velle for­mule du « Petit Jour­nal » est lancée : plus longue (elle dure désor­mais 18 min­utes), elle est aus­si dif­fusée un jour de plus (le ven­dre­di). En 2012, le jour­nal­iste star amorce une dis­crète car­rière par­al­lèle d’acteur, appa­rais­sant dans le court métrage Arthur Flèche de Samuel Her­cule (lequel est dif­fusé dans le cadre des « Pro­grammes courts » de Canal+), puis dans un épisode de la mini-série à suc­cès Bref. Mais en 2014, c’est en tant que per­son­nage prin­ci­pal qu’il appa­raî­tra dans le long métrage La Main sur le cœur, que s’apprête à réalis­er le même Samuel Her­cule.

Il pro­duit égale­ment depuis sep­tem­bre 2012 l’émission « Sup­plé­ment », dif­fusée chaque week-end sur Canal et ani­mée par Maïte­na Biraben. Le suc­cès reten­tis­sant du « Petit Jour­nal » ne va pas cepen­dant sans un cer­tain nom­bre de cri­tiques qui se sont mul­ti­pliées ces derniers temps. Le con­cept de l’émission procé­dant essen­tielle­ment par mon­tages et déri­sion, la car­i­ca­ture, le recy­clage de pro­pos tron­qués et la mal­hon­nêteté sont des écueils fréquents. Ain­si, des inter­nautes dénon­cent, en octo­bre 2012, la mau­vaise foi des équipes du « Petit Jour­nal » suite à un érein­tage du pre­mier min­istre Jean-Marc Ayrault, deux des con­seillers de ce dernier allant jusqu’à accuser l’émission de « pipeau­tage » via Twit­ter. François Bay­rou, lui, par­le de « manip­u­la­tion », quant à Jean-Luc Mélen­chon, il a préféré user de l’épithète inus­able de « fachos » pour qual­i­fi­er les mem­bres de l’équipe du « Petit Jour­nal ». « Ce ne sont pas des jour­nal­istes », a déclaré le trublion d’extrême gauche, une opin­ion que sem­ble, cela dit, partager la CCIJP (Com­mis­sion de la Carte d’Identité des Jour­nal­istes Pro­fes­sion­nels), laque­lle a car­ré­ment refusé d’attribuer leurs cartes de presse à six mem­bres de l’équipe du « Petit Jour­nal ».

Mais c’est égale­ment l’actrice Véronique Gen­est, qui se plaint de Yann Barthès, l’animateur ayant selon elle con­tribuée à lui forg­er une image de “raciste” après ses déc­la­ra­tions sur l’Islam. Quant à Cécile Duflot, la min­istre du loge­ment, elle a dénon­cé, lors de son pas­sage à « Arrêt sur Image » sur France 5, le 31 octo­bre 2012, une « émis­sion manip­u­la­trice ». L’inoxydable chanteuse Mireille Math­ieu est allée pour sa part jusqu’à assign­er en jus­tice la société de pro­duc­tion du « Petit Jour­nal », pour « dén­i­gre­ment » et « diffama­tion », après des pro­pos tron­qués qui auraient dénaturé sa posi­tion au sujet du groupe russe Pussy Riot.

Le 9 mai 2016, Yann Barthès annonce qu’il quitte l’émission Le Petit Jour­nal et, par la même occa­sion, la chaîne Canal+ à la fin de la sai­son 2015–2016 ; il est rem­placé par Cyrille Eldin. Ce dernier a vu ses audi­ences déviss­er – du reste Yann Barthès lui a bien savon­né la planche en le trai­tant notam­ment, en jan­vi­er 2017, de « col­lègue un peu relou, même tota­le­ment relou, miso­gyne, un peu vio­lent et mal poli ».

À par­tir de sep­tem­bre 2016, il ani­me l’émission Quo­ti­di­en sur TMC avec une grande par­tie de son anci­enne équipe présente sur Canal+, dont Mar­tin Weill, Hugo Clé­ment, Camille Cros­nier, Panay­otis Pas­cot et le duo Éric et Quentin, mais aus­si de nou­veaux chroniqueurs comme Vin­cent Dedi­enne, et depuis juin 2017 le rédac­teur en chef du site d’information médias Puremedias.com Julien Bel­lver. En décem­bre 2016, il rem­porte, avec son équipe, le prix du meilleur mag­a­zine télé 2016 pour son émis­sion Quo­ti­di­en lors de la céré­monie des Étoiles du Parisien. Il se retrou­ve aus­si dans une bataille rangée pour les audi­ences con­tre Touche pas à mon poste, l’émission phare de Cyril Hanouna sur C8 ; Yann Barthès rem­porte fréquem­ment cette course à l’audience, et donc aux revenus pub­lic­i­taires.

Il s’est aus­si illus­tré pen­dant la cam­pagne prési­den­tielle de 2017 en se payant Nico­las Dupont-Aig­nan, qui a été défendu par… Libéra­tion.

Combien il gagne

Paris Match et Cap­i­tal dévoilent les salaires des ani­ma­teurs et des acteurs français les plus con­nus en 2016 ; par­mi eux, Yann Barthès, qui touche 27 mil­lions d’euros par an, der­rière Nagui (32 mil­lions) et Hanouna (50 mil­lions).

Publications

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Collaborations

- Appari­tion dans le court métrage Arthur Flèche de Samuel Her­cule (Som­brero Films) 2012.

- Appari­tion dans un épisode de Bref, 2012.

- Rôle prin­ci­pal dans La Main sur le cœur de Samuel Her­cule, annon­cé pour 2014.

- Avec le pro­duc­teur Lau­rent Bon, il détient une société de pro­duc­tion, Bangu­mi, qui pro­duit notam­ment le reportage engagé Les Pen­sées de Paul, dif­fusé en octo­bre 2015 sur Canal+, et la série doc­u­men­taire Scan­dales de la mode, dif­fusée en juil­let 2016 sur Arte, mais aus­si l’émission Quo­ti­di­en, qui est pro­duite par cette société. Par ailleurs, il par­ticipe aus­si à la pro­duc­tion de Stupé­fi­ant!, un mag­a­zine cul­turel dif­fusé sur France 2 et présen­té par Léa Salamé tous les lundis en deux­ième par­tie de soirée depuis sep­tem­bre 2016

Il l’a dit

« Je ne pense pas qu’on soit méchants et que Canal nous vende comme tel. La mise en scène est effec­tive­ment sug­ges­tive, mais on n’insulte per­son­ne », Toute la télé, 2008.

« On est plutôt dans la désacral­i­sa­tion de l’aura d’un min­istre ou d’un peo­ple. Et ces gens-là nous aiment plutôt bien. Cer­tains nous appel­lent par­fois. Ils préfèrent exis­ter à tra­vers ce genre de traite­ment que ne pas exis­ter du tout », La Libre Bel­gique, octo­bre 2008.

Nébuleuse

Michel Denisot ; Ari­anne Massenet ; Bernard-Hen­ri Lévy ; Daph­né Rouli­er.

Ils ont dit

« Ce n’est pas la pre­mière fois que la men­tion du cou­ple prési­den­tiel dans Quo­ti­di­en ou par Yann Barthès provoque des ten­sions. Exem­ple au lende­main du pre­mier tour de la prési­den­tielle lorsqu’un reporter demande à Emmanuel Macron : “La Rotonde, c’est votre Fouquet’s ?” En repré­sailles, affir­mait M Le Monde, “l’émission aurait reçu des men­aces de boy­cott et des pres­sions directes” », ActuO­r­ange, 26 juin 2017.

« Diffi­cile de trou­ver deux émis­sions plus oppo­sées – à tous les niveaux – que Touche pas à mon poste et Quoti­dien. Portés respec­ti­ve­ment par Cyril Hanouna et Yann Barthès, les deux talk-shows diffu­sés tous les jours en access prime time se livrent une bataille sans mer­ci dans la guerre des audi­ences, et à ce petit jeu là, c’est Yann Barthès qui gagne » Voici, 29 mars 2017.

« Le plus beau, c’est cette ques­tion. “Où sera placé Dupont-Aig­nan ? Vous pou­vez me mon­tr­er sa place ?” C’est une blague. Les ini­tiés com­pren­dront. Nico­las Dupont-Aig­nan, can­di­dat sou­verain­iste de droite, n’est pas invité. L’avant-veille, au 20 heures de TF1, il a même spec­tac­u­laire­ment quit­té le plateau pour pro­test­er con­tre cette non-invi­ta­tion au débat des ”grands” », Libéra­tion, 26 mars 2017.

« Yann Barthès n’en a pas fini avec Nico­las Dupont-Aig­nan. A peine a-t-il ren­voyé les gazelles Bouleau et Coudray à la pré­pa­ra­tion de la fies­ta qu’il revient régler son compte au sou­verain­iste, en dis­séquant plan par plan la fameuse séquence “Dupont-Aig­nan quitte le 20 heures”. Tout y passe. Le sourire du can­di­dat : “Si vous arrivez chez les gens en sachant que vous allez vous bar­rer, vous faites un sourire comme ça ? Rires du pub­lic. Dupont-Aig­nan, red­if­fusé par Barthès : “Nous sommes dans une fausse démoc­ra­tie”. Re-rires. “L’élection n’a jamais été à ce point faussée”. Rires, rires, rires », ibid.

« En s’achetant les ser­vices de Barthès, le groupe TF1 a con­stru­it une mécanique implaca­ble, et total­i­taire. Non seule­ment la chaîne ami­rale con­trôle le por­tail de la notoriété nationale. Mais, dans un effet “deux­ième lame”, Barthès s’emploie à enter­rer les réprou­vés sous le poids du ridicule. Rien à dire, c’est une belle machine. On par­le beau­coup d’Orwell, ces temps-ci. George Orwell avait inven­té le quart d’heure de la haine. Yann Barthès fait mieux : les cinq min­utes du ridicule », ibid.

« Sous ses abor­ds de rebelle branché, il est d’un total con­formisme. On le voit dans ses inter­views, bien sou­vent com­plaisantes. Celle de BHL au moment de la sor­tie de son « doc­u­men­taire » Le Ser­ment de Tobrouk, fut un mod­èle du genre. A ce titre, Yann Barthès présente une vraie fil­i­a­tion avec Michel Denisot », Luc Cha­tel (le jour­nal­iste, pas le min­istre UMP), Téléra­ma

« “Le petit jour­nal”, je ne dirais pas que c’est l’ENA, mais c’est un bon lieu de com­men­taire poli­tique », Bernard-Hen­ri Lévy.

« Yann Barthès est quand même bien encadré, on lui file une entrée et une sor­tie. Michel Denisot, que je con­nais bien, véri­fie sûre­ment que Barthès n’a pas un pétard qui va explos­er toute la baraque », Philippe Gildas, Rue89, octo­bre 2010

« Yann Barthès est à la poli­tique ce que David Guet­ta est à la musique : un habile mixeur », Sébastien Le Fol, août 2011, Figaro Blog

Crédit pho­to : cap­ture d’écran vidéo via Youtube

Ce portrait a été financé par les donateurs de l’OJIM

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