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Les Matins de France Culture en direct de Varsovie : une émission de propagande rondement menée

26 février 2016

Temps de lecture : 4 minutes

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Les Matins de France Culture en direct de Varsovie : une émission de propagande rondement menée

Les Matins de France Culture en direct de Varsovie : une émission de propagande rondement menée

Le jeudi 25 févier entre 7h et 9h sur France Culture, le journaliste Guillaume Erner s’est efforcé, sous l’intitulé « État de droit : que se passe-t-il en Pologne ? », de convaincre ses auditeurs que, de démocratie libérale, la démocratie polonaise était en train de se transformer en régime autoritaire.

En guise d’introduction, Guil­laume Ern­er a expliqué que si l’émission « Les Matins de France Cul­ture » avait été organ­isée dans un stu­dio de la radio privée Tok FM, c’est parce que la radio publique Pol­skie Radio lui avait refusé un stu­dio. Serait-ce pour des motifs poli­tiques après la reprise en main des médias publics par la nou­velle majorité ? Le jour­nal­iste français posera la ques­tion à plusieurs repris­es au cours de son émis­sion. L’OJIM s’est ren­seigné auprès de la direc­tion de Pol­skie Radio et à appris qu’il y avait bien eu une demande de France Cul­ture le ven­dre­di 19 févri­er, soit 6 jours avant l’émission, mais qu’il n’avait pu être pro­posé qu’un stu­dio jugé trop petit par la radio publique française, les stu­dios avec les paramètres demandés étant déjà occupés. Les raisons seraient donc pure­ment tech­niques et non poli­tiques mais on ne pou­vait rêver d’une meilleure entrée en matière pour une émis­sion menée de manière partisane.

C’était d’ailleurs très pra­tique de faire cette émis­sion chez Tok FM car l’émission a pu se dérouler en comité restreint. L’un des trois invités de la deux­ième par­tie, Jaroslaw Kurs­ki, est le rédac­teur en chef adjoint du jour­nal Gaze­ta Wybor­cza qui a son siège à la même adresse que Tok FM et qui a aus­si le même pro­prié­taire, le groupe Ago­ra S.A. Ces deux médias cri­tiquent vio­lem­ment le PiS (par­ti con­ser­va­teur au pou­voir) après avoir été un sou­tien pré­cieux du gou­verne­ment précé­dent. La deux­ième invitée de Guil­laume Ern­er était une cer­taine Moni­ka Lisiewicz, vice-prési­dente de la Fon­da­tion Gere­mek et coor­di­na­trice de pro­jet pour les réfugiés. Donc for­cé­ment opposée au PiS qui n’accepte pas la poli­tique européenne de quo­tas de réfugiés. D’autant plus que la Fon­da­tion Gere­mek est proche de Gaze­ta Wybor­cza et que la prési­dente de cette fon­da­tion, Jolan­ta Kurs­ka, écrit aus­si dans ce jour­nal de cen­tre gauche. Le dernier invité devait se sen­tir à l’aise, lui aus­si. Il s’agit de Paul Grad­vohl, directeur du cen­tre de civil­i­sa­tion française et d’études fran­coph­o­nes de l’université de Varso­vie. Il a déjà par­ticipé à des col­lo­ques organ­isés par Gaze­ta Wybor­cza et il lui est arrivé de qual­i­fi­er la poli­tique de Vik­tor Orbán en Hon­grie d’ultra-nationaliste. En un mot, tous les invités de Guil­laume Ern­er se con­nais­saient déjà et avaient peu ou prou la même vision des choses.

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Dans la pre­mière par­tie de son émis­sion, Guil­laume Ern­er avait tout de même invité Marek Magierows­ki, le porte-parole du prési­dent Andrzej Duda, qui a pu défendre la poli­tique du gou­verne­ment du PiS. Quand M. Magierows­ki en eut ter­miné, M. Ern­er a toute­fois tenu à met­tre ses audi­teurs en garde con­tre les argu­ments des par­ti­sans du gou­verne­ment polon­ais actuel : « Vous l’avez enten­du avec le porte-parole du prési­dent Duda Marek Magierows­ki, tout cela est dit avec une grande moder­nité, on est rompu aux tech­niques de com­mu­ni­ca­tion ». Avant cette mise en garde, il a encore per­mis au jour­nal­iste Brice Cou­turi­er d’expliquer toutes les dérives du gou­verne­ment polon­ais actuel qui « fait main basse sur les médias publics », qui croit que « l’onction majori­taire lui donne tous les droits ». Puis de citer un cer­tain Sła­womir Sier­akows­ki, for­cé­ment con­nais­seur de la sit­u­a­tion puisque Polon­ais (mais sans pré­cis­er qu’il s’agit du rédac­teur en chef de Kry­ty­ka Poli­ty­cz­na, une revue très à gauche), qui a « fait le rap­proche­ment qui s’impose avec les deux régimes prob­lé­ma­tiques d’Europe cen­trale : celui de Vik­tor Orban en Hon­grie et celui de Robert Fiko en Slo­vaquie ». Robert Fiko est un social­iste, mais il s’exprime con­tre les fron­tières ouvertes aux « migrants », ce qui explique sans doute qu’il soit classé dans ce groupe de trublions. Et M. Cou­turi­er de nous invo­quer la ressem­blance avec l’UKiP et le FN car « on peut red­outer que ces démoc­ra­ties autori­taires ne présagent notre pro­pre avenir ».

Le porte-parole du prési­dent Duda, qui con­naît pour­tant très bien les médias français, a claire­ment été souf­flé d’apprendre de Guil­laume Ern­er que si le PiS avait décidé d’augmenter à nou­veau l’âge de l’école oblig­a­toire pour les enfants de 6 à 7 ans, c’était une manière sournoise d’obliger les femmes à rester à la mai­son. L’école oblig­a­toire dès 6 ans était une réforme du gou­verne­ment précé­dent qui avait sus­cité de nom­breuses protes­ta­tions et une péti­tion con­tre cette réforme avait recueil­li plus d’un mil­lion de sig­na­tures. En réal­ité, la con­tre-réforme du PiS donne le choix aux par­ents (c’était une promesse élec­torale) et on peut dif­fi­cile­ment imag­in­er pro­pa­gande plus grossière que cette sup­po­si­tion for­mulée sur France Culture.

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C’est la jour­nal­iste Amélie Per­rot qui était chargé d’expliquer la vraie nature du PiS dès le début de l’émission : « Le PiS est un par­ti qu’on peut décrire comme pop­uliste, ultra-con­ser­va­teur, euroscep­tique ». Guil­laume Ern­er par­lera même plusieurs fois de par­ti « euro­phobe ». Des qual­i­fi­cat­ifs con­testés par Marek Magierows­ki, mais les invités de Guil­laume Ern­er ont ensuite eu trois quarts d’heure pour démon­ter ses expli­ca­tions et ses argu­ments. En son absence, cela va de soi. Mis à part Marek Magierows­ki, toutes les per­son­nes inter­rogées dans cette émis­sion apparte­naient à l’opposition la plus agres­sive : Tomasz Lis, jour­nal­iste très anti-PiS, rédac­teur en chef de l’hebdomadaire Newsweek en Pologne (qui avait son émis­sion grasse­ment payée par la télévi­sion publique sous le gou­verne­ment précé­dent), Kamil Dąbrowa, directeur de la pre­mière sta­tion de Pol­skie Radio (Jedyn­ka) avant début jan­vi­er (il avait organ­isé une action de protes­ta­tion à l’antenne con­tre la nou­velle loi sur les médias publics) et Mateusz Kijows­ki, leader des « comités de défense de la démoc­ra­tie » (KOD) qui organ­isent les protes­ta­tions de rue con­tre le gou­verne­ment PiS.

Les seules voix pro-PiS en dehors de celle de Marek Magierows­ki apparte­naient à des anonymes inter­rogés par Amélie Per­rot dans la rue. Il est évidem­ment plus dif­fi­cile d’obtenir une telle dis­pro­por­tion d’opinions con­tre le gou­verne­ment que les Polon­ais se sont choi­sis en octo­bre quand on sort des locaux des médias d’opposition. Est-ce la rai­son pour laque­lle les auteurs de l’émission de France Cul­ture ont préféré lim­iter ces sortes de micro-trot­toir à de cour­tes séquences ?

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