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[Dossier] Télévision publique polonaise, ce qui a changé avec l’arrivée du PiS au pouvoir

20 août 2016

Temps de lecture : 7 minutes
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[Dossier] Télévision publique polonaise, ce qui a changé avec l’arrivée du PiS au pouvoir

Temps de lecture : 7 minutes

[Pre­mière dif­fu­sion le 15 févri­er 2016] Red­if­fu­sions esti­vales 2016

La nouvelle majorité conservatrice au pouvoir est bien décidée à rééquilibrer le paysage audiovisuel polonais, largement dominé par les progressistes pro-européens. La télévision publique polonaise va-t-elle passer d’une propagande à l’autre ou va-t-elle au contraire gagner en indépendance ?

Le par­lement polon­ais a adop­té le 31 décem­bre dernier une « petite loi sur les médias », la grande loi de réforme des médias publics étant atten­due pour le print­emps. Cette « petite loi » a changé la manière dont sont nom­més les direc­toires et les con­seils de sur­veil­lance de la radio et de la télévi­sion publiques. Désor­mais, ce n’est plus le Con­seil nation­al de la radio­phonie et de la télévi­sion (KRRiT) qui nomme les mem­bres de ces organes, mais le min­istre du Tré­sor pub­lic qui est aus­si le min­istre de tutelle de toutes les entre­pris­es publiques. En ver­tu de la nou­velle loi, les man­dats des mem­bres actuels des direc­toires et con­seils de sur­veil­lance des médias publics pren­nent fin, ce qui per­met à la nou­velle majorité par­lemen­taire d’en nom­mer de nou­veaux. Le 8 jan­vi­er, c’est donc un homme proche du par­ti Droit et Jus­tice (PiS), Jacek Kurs­ki, homme poli­tique et jour­nal­iste, qui est devenu le nou­veau prési­dent de la télévi­sion publique polon­aise TVP. Le min­istre du Tré­sor pub­lic a égale­ment nom­mé le même jour une nou­velle prési­dente de la radio publique Pol­skie Radio, et un nou­veau directeur pour la chaîne d’information publique TVP Info ain­si que pour l’agence d’information de TVP. La télévi­sion publique, et notam­ment sa branche infor­ma­tion, pren­nent ain­si un tour claire­ment conservateur.

Le grand ménage

Il est encore trop tôt pour dire à quoi ressem­bleront les médias publics polon­ais après la grande réforme du print­emps. Le but affiché est de les ren­dre moins com­mer­ci­aux et de les recen­tr­er sur leur mis­sion de ser­vice pub­lic, mais à ce jour leur future indépen­dance n’est pas garantie. En principe il devrait être créé un Con­seil des médias nationaux (RMN) qui sera l’autorité de sur­veil­lance des médias publics, ce qui ôtera de l’importance au KRRiT dont l’existence est imposée par la con­sti­tu­tion polon­aise sans que ses mis­sions soient pré­cisé­ment définies. Si les mem­bres du KRRiT ont été nom­més par la Diète, le Sénat et le prési­dent précé­dents pour une durée de 6 ans, le par­lement a chaque année la pos­si­bil­ité de rejeter le rap­port d’activité du KRRiT, ce qui entraîne automa­tique­ment l’extinction de son man­dat et la néces­sité de nom­mer de nou­veaux mem­bres. C’est prob­a­ble­ment ce qui va se pass­er en avril prochain, car la com­po­si­tion actuelle du con­seil de l’audiovisuel polon­ais résulte d’un accord passé en 2010, après la mort du prési­dent Lech Kaczyńs­ki dans la cat­a­stro­phe aéri­enne de Smolen­sk et l’élection du prési­dent Bro­nisław Komorows­ki. Cet accord passé entre la coali­tion PO-PSL au pou­voir et le par­ti social-démoc­rate SLD (issu de l’ancien par­ti com­mu­niste) a per­mis à ces par­tis de se partager le KRRiT et les médias publics. Ain­si, le prési­dent actuel du KRRiT est un ancien cadre du par­ti Plate­forme civique (PO) et les trois autres mem­bres sont d’anciens cadre de la PO, du par­ti « paysan » PSL et du SLD. Le mem­bre choisi par le SLD était un dig­ni­taire du par­ti com­mu­niste à l’époque de la dic­tature. Après les nou­velles nom­i­na­tions à la tête de TVP et de Pol­skie Radio par le nou­veau KRRiT, qua­si­ment tous les jour­nal­istes con­ser­va­teurs, jugés trop proches du PiS (pre­mier par­ti d’opposition) ou gênants pour le gou­verne­ment PO-PSL de l’actuel prési­dent du Con­seil européen Don­ald Tusk ont per­du leur tra­vail dans les médias publics.

Des médias publics farouchement anti-conservateurs

De l’avis de l’électorat du PiS, les médias publics ont alors été trans­for­més en organes de pro­pa­gande pro­gres­sistes, européistes et surtout anti-PiS. Il est cer­tain que le style des infor­ma­tions télévisées a beau­coup changé en 2010 : un plus grand nom­bre de sujets mais avec un traite­ment plus super­fi­ciel, et aus­si beau­coup plus de coupures et de mon­tage des déc­la­ra­tions des uns et des autres, à la mode des deux grandes télévi­sions d’information privées TVN et Pol­sat, ce qui per­met bien enten­du toutes les manip­u­la­tions. Cette ori­en­ta­tion claire­ment anti-oppo­si­tion con­ser­va­trice s’est trans­for­mée en de vio­lentes attaques con­tre la nou­velle majorité et le nou­veau gou­verne­ment de Bea­ta Szy­dło après les élec­tions du 25 octo­bre gag­nées par le PiS. Ain­si, lorsque le 22 novem­bre le nou­veau min­istre de la Cul­ture est venu s’exprimer sur la chaîne TVP Info à pro­pos d’une pièce de théâtre con­tenant des scènes pornographiques présen­tée au Teatr Pol­s­ki de la ville de Wrocław, et donc sub­ven­tion­née, pour expli­quer pourquoi il avait demandé l’interdiction de cette représen­ta­tion, la jour­nal­iste cen­sée lui per­me­t­tre d’exprimer sa posi­tion et celle du gou­verne­ment n’a cessé de l’interrompre et de l’attaquer, l’empêchant car­ré­ment de par­ler. Le PiS était donc sous une forte pres­sion de son élec­torat et de cer­tains médias con­ser­va­teurs pour rem­plac­er rapi­de­ment la direc­tion des chaînes publiques.

2,5 millions de Polonais se mobilisent pour une chaîne catholique

L’exigence de médias publics plus « objec­tifs », ou en tout cas aus­si plus bien­veil­lants vis-à-vis de la nou­velle majorité, est d’autant plus forte que les médias privés sont large­ment dom­inés par l’idéologie pro­gres­siste, européiste, pro-LGBT et anti-PiS. C’est sans l’ombre d’un doute l’orientation des deux gross­es chaînes privées, TVN et Pol­sat, qui se parta­gent avec leurs sous-chaînes la qua­si-total­ité du bou­quet de la TNT (hormis les fréquences occupées par la télévi­sion publique). TVN, après avoir appartenu un temps au Français Canal+, à été reven­du en 2015 à l’Américain Scripps Net­works. Pol­sat appar­tient majori­taire­ment à un homme d’affaires polon­ais qui est aus­si un ancien déla­teur au ser­vice de la police poli­tique du régime com­mu­niste. Si l’on trou­ve aujourd’hui sur la TNT une seule chaîne catholique et con­ser­va­trice, plus proche du PiS que des autres par­tis, ce n’est que grâce à la pres­sion de la rue : de 2012 à 2013, au moment où les fréquences étaient attribuées, le con­seil de l’audiovisuel KRRiT refu­sait une place à TV Trwam, du groupe médi­a­tique Lux Ver­i­tatis (égale­ment pro­prié­taire de la sta­tion de radio Radio Mary­ja et du quo­ti­di­en nation­al Nasz Dzi­en­nik) appar­tenant à l’ordre des Rédemp­toriste. La plus grosse man­i­fes­ta­tion (il y en a eu des cen­taines dans tout le pays) a réu­ni env­i­ron 200 000 per­son­nes en sep­tem­bre 2012 à Varso­vie et plus de 2,5 mil­lion de sig­na­tures de protes­ta­tions ont été envoyées au KRRiT pour l’obliger à accorder une con­ces­sion sur la TNT à une chaîne catholique dans ce pays de 38 mil­lions d’habitants dont plus de 90 % se con­sid­èrent catholiques et 40 % se ren­dent régulière­ment à la messe le dimanche. Aupar­a­vant, la télévi­sion TV Trwam ne pou­vait être vue que sur le câble ou avec une antenne satellite.

La grille des pro­grammes de TV Trwam est cepen­dant dom­inée par des émis­sions religieuses et d’évangélisation, et les pro­grammes d’information ou à car­ac­tère poli­tique y sont minori­taires. La seule autre télévi­sion privée con­ser­va­trice, Telewiz­ja Repub­li­ka, récente et aux moyens très lim­ités par rap­port aux grands groupes médi­a­tiques, ne peut pas être vue sur la TNT. Mais aujourd’hui, avec la télévi­sion publique qui prend un tour con­ser­va­teur face aux deux grands groupes médi­a­tiques TVN et Pol­sat, le paysage télévi­suel polon­ais devient plus diver­si­fié et plus équili­bré. D’où la ten­ta­tion, à l’heure où la « grande loi médi­a­tique » du print­emps est en pré­pa­ra­tion, d’agir comme le gou­verne­ment précé­dent plutôt que de chercher à faire de la télévi­sion publique une télévi­sion objec­tive et neu­tre, si tant est qu’une telle télévi­sion est possible.