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Dossier : ONPC, nouvelle configuration du “clash”

[Première diffusion le 5 octobre 2015] Rediffusions estivales 2016

Depuis la rentrée, le talk show star du samedi soir enchaîne « buzz » et scandales systématiques selon une mise en scène des échanges très révélatrice de l’évolution du climat idéologique.

Au temps de l’ORTF, soit la préhistoire de la « culture » télévisuelle, la tendance, dans une émission politique ou culturelle, était d’inviter un écrivain, un acteur, un responsable politique et de l’interroger avec déférence sur des sujets qu’il connaissait et à propos desquels il ou elle avait généralement quelque chose à dire. Voilà qui paraît aujourd’hui aussi ahurissant que désuet, et pourtant… L’esprit libertaire qui soufflait dans les années 80 offrit dans l’émission « Droit de réponse » de Michel Polac sans doute les premiers grands « clashs » mémorables. Plus de déférence, moins d’écoute, certes, mais une forme égalitaire du débat respectant relativement les règles du jeu, et au cours duquel chacun, en buvant et en braillant à travers d’épais nuages de fumée, avait réellement le droit de dire ce qu’il lui plaisait et d’insulter qui lui chantait, le tout dans un joyeux bordel dénué de réelle instance de censure ou de référent moral comminatoire. Cela nous paraît aujourd’hui témoigner d’une licence invraisemblable et antédiluvienne. Puis Thierry Ardisson, au cours des années 90, et Canal+ à sa suite, inventèrent une nouvelle mise en scène des échanges. Non seulement, on se mit à mélanger des invités de milieux a priori incompatibles et à traiter sur le même plan une starlette de 22 ans et un député d’âge mûr, mais surtout, les invités cessèrent d’être les vedettes évidentes de ce genre d’émission, pour devenir parfois de simples faire-valoir de l’animateur lui-même et de son comique affidé. Au lieu d’accueillir comme un prince l’artiste en promotion afin que son aura fasse rayonner l’émission, celui-ci se trouvait relégué à constituer avec d’autres une espèce de cour répartie devant le trône de l’animateur-roi attendant son tour d’audience. Lorsque celui-ci venait, il se pouvait même que le ministre ou la starlette se fasse malmener, que le roi exhibe son intimité ou que le bouffon du roi l’humilie d’une plaisanterie douteuse.

D’un plateau l’autre

Au courant des années 2000, c’est Laurent Ruquier, prenant la succession d’Ardisson, qui offre une nouvelle évolution du modèle. Le comique, s’il intervient, est remis à distance, il ne brouille plus le débat ; l’animateur, même s’il trône, reprend le rôle d’arbitre ; et ce sont les chroniqueurs, avec le succès du duo Zemmour et Naulleau, qui captent la position dominante du dispositif. Quant à l’invité, il est moins humilié que très solennellement sommé de s’expliquer à la barre. Clashs, buzz, scores sur YouTube, la formule prend. En dépit du succès, l’animateur décide de se séparer du duo que récupère Paris Première. Il tentera de le reformer avec d’autres chroniqueurs sans réussite flagrante. Et puis voilà que depuis la rentrée 2015, la formule, à nouveau se transforme… Après l’animateur, le comique, les chroniqueurs, c’est de nouveau l’invité lui-même qui fait le show. Mais pas n’importe quel invité : le mal-pensant. Houellebecq, Onfray, Lejeune, Morano, Finkielkraut : chaque samedi soir, l’émission lance sa boulette de soufre. Chaque samedi soir, Léa Salamé, sur la défensive, rappelle que la Pensée dominante a changé de camp.

Qu’est-ce que cette évolution télévisuelle peut donc traduire sur le plan de l’évolution des opinions et sur le rapport que cette évolution entretient avec le pouvoir médiatique ? C’est ce que l’OJIM a tenté de décrypter.


Chaque mutation est un indice

En réalité, chacune de ces mutations télévisuelles est un indice très clair de l’évolution du climat idéologique. Chacune indique soit un changement de règne, soit un changement de contexte général, soit un changement dans l’opinion dominante. La disposition du plateau traduit la pratique générale du débat. Prenons cette première mutation introduite avec l’émission de Polac, « Droit de réponse ». Démarrée en décembre 81, elle est expressément révélatrice de l’arrivée de la gauche au pouvoir quelques mois auparavant et elle porte en effet toutes les valeurs que cette dernière défend alors. Si l’ORTF gaulliste demeurait hiérarchique et patriarcale, « Droit de réponse » est une émission égalitaire et débraillée. Les gamins se révoltent contre l’autorité de papa et cette espèce de fondement œdipien des formes les plus adolescentes de la pensée de gauche est parfaitement sensible au visionnage de quelques séquences du show de Polac. On constate également par ailleurs l’importance du choc des générations, et comment la vulgarité et le débraillé des nouvelles, qui bientôt feront loi, ulcèrent encore les plus anciennes.

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Le grand déballage

L’émission révèle toute l’atmosphère d’une époque qui voit se multiplier les radios libres et où est créée la fête de la musique – événement on ne peut plus emblématique. Ce n’est plus l’homme de savoir ou la personne concernée qui dispose d’une légitimité à s’exprimer, mais tout le monde, n’importe qui, surtout n’importe qui. Et de la même manière que n’importe qui peut massacrer les classiques du rock en plein centre-ville un soir dans l’année, n’importe qui peut donner son opinion sur n’importe quel sujet à la radio ou à la télévision, des lycéens au journaliste de Minute. Cet ultra-libéralisme du débat, relativiste, confusionniste et égalitaire, même s’il fait la plupart du temps échouer celui-ci dans la provocation ou l’insulte, est néanmoins cohérent et ignore la censure directe comme indirecte. Bien avant les obsessions hygiénistes des années 2000, les invités ont le droit de fumer et de boire sur le plateau, comme ils ont le droit d’exprimer ce qu’ils veulent et sur le ton qu’ils désirent. Cette nouveauté et cette liberté de ton possèdent en elles-mêmes la dimension sulfureuse suffisante pour capter l’audimat. Et nous verrons que ce dernier point est tout à fait crucial pour assurer la réalisation d’une mutation.

Trouble jeu

Durant les années 90, avec notamment l’émission « Double jeu », et jusqu’au milieu des années 2000 avec le succès de « Tout le monde en parle », Thierry Ardisson est à la pointe du talk-show dont il révolutionne les codes. Or, la mutation qu’il incarne coïncide avec l’hégémonie libérale-libertaire. Pour faire vite, la gauche socialiste a accepté le marché et son idéologie libertaire est devenue compatible avec le libéralisme économique. Cette symbiose implicite se réalise par ailleurs sur les décombres de l’alternative communiste et alors que l’offensive islamiste anti-occidentale n’est pas encore ébauchée. Dans cette époque de fin de l’Histoire et d’épuisement des luttes idéologiques, le soufre fait cruellement défaut dans les débats. Le clivage droite-gauche devient de plus en plus factice, le grand consensus règne. D’ailleurs, Ardisson a beau mélanger les invités, faire asseoir un rappeur à côté d’un ministre, en réalité tous vomissent plus ou moins le même filet d’eau tiède. Mais l’animateur a une idée très simple pour parvenir à faire malgré tout monter la température : le sexe. La séquence où Ardisson demande à Michel Rocard si « sucer, c’est tromper ? » est restée célèbre. On en a fait un symbole de la dégradation du politique par des médias branchés et cyniques. Certes. Mais on peut voir aussi cela selon un autre angle. Puisque plus aucun politique ne tenait un discours véritablement original ou subversif, l’animateur n’avait trouvé comme seul recours pour pimenter un rien la soupe des propos convenus, que d’évoquer l’exégèse d’une fellation avec un vieux notable. On a les condiments qu’on peut…

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Nouvelle aristocratie

Par ailleurs, du joyeux bordel relativiste des années 80, Ardisson et l’esprit qu’il incarne vont peu à peu faire surgir une nouvelle aristocratie médiatique constituée essentiellement de chanteurs, d’artistes mineurs ou d’actrices. Si ceux-ci sont les perroquets de la Pensée Unique qui s’institue définitivement au cours de cette période, il se trouve que les politiques « peoplisés », comme nous l’avons vu, ne racontent de toute manière rien de plus. Alors tant qu’à entendre en boucle les mêmes slogans, autant que celui ou celle qui les répète se trouve être mieux adapté aux règles du média qui l’accueille. Au jeu de la vanne, de la « coolitude », de la provocation sexuelle, de la belle gueule ou de l’émotion de surface, évidemment que l’actrice, le chanteur, la littératrice de confessions médiocres, voire le footballeur, sont meilleurs qu’un député chenu. C’est ainsi qu’une légion à paillettes du politiquement correct prend possession des plateaux de télévision au terme d’une évolution de plusieurs décennies. Il était évident dans les années 60 que l’on trouvait plus raisonnable de demander leur avis sur un sujet de société à Sartre ou Aron qu’à un chanteur yéyé de vingt ans (lequel, d’ailleurs, ne se serait guère cru légitime pour en exprimer un). Mais au cours des années 80, les Coluche, les Goldman, les Renaud, se voient investis de hautes missions morales qu’ils assument d’abord essentiellement par l’invention d’un modèle caritatif spectaculaire, avant que leurs descendants ne jouent tout bonnement aux évangélistes bénévoles de la doxa en vogue.

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Jeu de massacre

C’est la rupture de ce consensus dont les starlettes sont devenues l’avant-garde qui va représenter l’enjeu fondamental de la mutation suivante. Après qu’Ardisson, tout en la criblant de cruautés mondaines, a élevé cette nouvelle cour à une légitimité intellectuelle et morale inédite, Ruquier en fait défiler les membres un à un dans son fauteuil pour les soumettre à la question. Et là, par une sorte d’effet bascule, un duo « d’intellectuels vintage », Éric Zemmour et Éric Naulleau, un journaliste politique et un éditeur pétris tous deux de culture classique, dévoilent la vacuité et le dogmatisme en toc dont témoigne en réalité cette pseudo aristocratie de plateau adoubée la génération précédente. Commence alors un jeu de massacre suffisamment jubilatoire pour que le public n’éprouve plus la nécessité d’être tenu en éveil par la complaisance graveleuse d’un Ardisson. Les Patrick Sébastien, Francis Lalanne, les Cali, les Raphaël, les Michaël Youn, les Grand Corps Malade et tant d’autres avec eux, sont renvoyés à leur conformisme, à leur sectarisme, à leur invraisemblable suffisance, à leur inculture, alors que la parole critique reprend le pas sur la culture de la vanne. Non seulement ce soudain basculement répond aux nécessités du spectacle – pour surprendre, il faut sans cesse bouleverser les règles du jeu –, mais, comme toujours, il traduit également une évolution de la société française. Depuis le tournant des années 2000, ceux qu’un universitaire stipendié, Daniel Lindenberg, qualifia de « Nouveaux réactionnaires » dans un livre publié en 2002 (Le Rappel à l’ordre au Seuil) commencent d’ébranler la chape de plomb du politiquement correct à l’intérieur du pays. Mais encore, à l’international, l’attentat du 11 septembre 2001 a comme relancé l’Histoire et le monde s’apprête à redevenir multipolaire. En bref, de toute part : le consensus éclate.

Tous contre seul

Or, une décennie plus tard, il paraît donc que la configuration se remodèle encore. Léa Salamé et Yann Moix, une journaliste étiquetée France Inter et un écrivain vassalisé par BHL : les chroniqueurs sont à nouveau en plein dans le giron du pouvoir médiatico-politique. Ils se retrouvent, de fait, sur la même ligne idéologique que l’animateur, Laurent Ruquier, et donc sur la même ligne également que la plupart des invités pailletés. Mais ce nouveau formatage global du plateau est compensé par l’invitation systématique d’un mal-pensant, au centre, seul contre tous, dont on montre la présumée étrangeté, voire la hideur morale, afin d’exciter l’audience, tout en tentant, à tous contre un, d’en circonscrire la puissance. Ce n’est plus la cour, ce n’est plus le tribunal, c’est le cirque où l’on exhibe le phénomène. Ce n’est plus l’animateur-roi, ce n’est plus le chroniqueur-procureur, c’est l’invité-monstre. Le modèle fondateur de ce nouveau dispositif étant l’invitation d’Éric Zemmour le 4 octobre 2014, puisque le Frankenstein de Laurent Ruquier catalyse à lui-seul le processus à l’œuvre depuis quinze ans. Or, depuis que ce qu’il pensait être sa créature lui a totalement échappé, l’animateur tente par tous les moyens de réparer ce qu’il doit considérer comme une impardonnable faute morale tout en bénéficiant encore de l’aura sulfureuse du journaliste-vedette, et il pense sans doute parvenir à concilier ces deux exigences, morale et spectaculaire, en mettant en scène son encerclement, sa prise au piège, tout en vendant son exhibition. Ce qu’il pense donc avoir réussi l’an dernier au moment de la promotion du Suicide français est devenu le patron de la nouvelle formule. Et comme à la plus éclatante époque de son talk-show, quand y officiait le duo Zemmour-Naulleau, chaque semaine : c’est le buzz.

Localisation de la doxa

Et chaque semaine, Léa Salamé, devant l’invité-monstre, martèle ce dont le système a pris acte : que la pensée dominante a changé de camp. Et chaque semaine, l’invité-monstre lui expose comment ce qui est sans doute valable dans l’opinion publique est néanmoins contredit dans le champ médiatique où la Pensée Unique, reliquat d’un consensus défunt, se trouve pourtant toujours être très largement majoritaire. Très concret, dépassionné, factuel, l’écrivain Michel Houellebecq explique qu’il suffit d’ouvrir les journaux pour considérer qu’en terme de volume de discours produit, la Pensée unique couvre encore 90% du panorama, et que celle-ci peut être classée comme relevant globalement du centre-gauche. Ce qui pose tout de même un problème, puisque sans pour autant que l’opinion des médias se doive d’être strictement conforme à l’opinion publique, un trop grand décalage finit par ressembler à une forme de putsch idéologique, comme si des généraux conservaient autoritairement le pouvoir pourtant perdu de manière flagrante aux élections par leur parti. Ce que Michel Onfray traduit ainsi : « Je critique l’usage privé qui est fait du service public. Vous êtes payés par le contribuable, et quand on est payés par le contribuable, on n’a pas une pensée unique, toujours la même. » Face à Geoffroy Lejeune, dont le roman d’anticipation politique imagine la victoire de Zemmour aux présidentielles, le 26 septembre, et alors que ce dernier explique comment le journaliste, par sa parole dissidente, permet à des millions de gens de « respirer », Léa Salamé a cette réaction ahurissante : « Ils n’ont pas besoin de respirer puisque la plupart des gens pense ça ! » prétend-elle après avoir à nouveau avalisé la droitisation générale de la population. Or, sur le plateau où Léa Salamé officie, qui se trouve autour d’elle ? Yann Moix et Laurent Ruquier, qui pensent globalement comme elle ; Xavier Durringer, touche-à-tout politiquement bien borné dans la gauche des années 80 la plus puérile et sectaire, qu’incarnent indirectement les starlettes de l’époque que sont Géraldine Martineau et Marc Lavoine, lequel s’est récemment illustré parce qu’il exigeait l’accueil des migrants par la France sans pour autant accepter d’en recevoir chez lui ; enfin, Frédéric Chau, une recrue du « Djamel Comedy Club » rendu célèbre par le film bien-pensant Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu ?… Léa Salamé est donc politiquement en quasi monopole sur un plateau où celui qui pense différemment, tout en étant totalement isolé dans un tel contexte, est pourtant largement représentatif de l’opinion. Mais elle ne voit pas pour quelle raison ses adversaires politiques pourraient éprouver la nécessité de respirer… Pire, Salamé se laisse aller à revendiquer la subversion ! Il faudrait alors considérer en effet « subversif » un dictateur haï qui oserait pourtant aller systématiquement à rebours des vœux de son peuple ! Kim Jong-Un, roi des rebelles du PAF !

Extrêmes et centre

Ruquier annonce alors, sur ce thème plutôt gênant pour sa caste, que la majorité des personnes des médias seraient « plutôt au centre », autant à droite qu’à gauche. Une telle assertion est facile à étayer : en réalité, 74% des journalistes auraient voté Hollande en 2012. Autant dire que les journalistes sont moins « plutôt au centre » que carrément de gauche libérale ! Mais surtout, il est intéressant d’analyser ce que le journaliste insinue en usant d’une telle dichotomie insidieusement « démophobe », pourrait-on dire. Il y aurait un centre ; et des extrêmes. Ce « centre » manifeste bien, en effet, l’alternance unique libérale-libertaire, que le FN taxait d’ « UMPS », semble-t-il à raison, étant donné de tels aveux. Ce centre, dominant dans les médias mais aussi dans les élites, serait par conséquent modéré, raisonnable, conséquent, tandis que les extrêmes seraient le résultat d’exaspérations populistes dangereuses et potentiellement criminelles. Tout d’abord, il peut paraître un rien délirant de supposer « raisonnable » un « centre » qui a mené le pays dans une telle situation de crise globale, économique, morale, identitaire, en moins de trente ans. Ensuite, il peut sembler un rien hâtif d’amalgamer dans « les extrêmes » une gauche radicale ne l’étant pas davantage, radicale, que le mitterrandisme initial (avant le virage libéral de1983), une droite nationale de plus en plus chevènementiste, des groupuscules anarchistes violents, ou bien véritablement néo-nazis, ou encore des sympathisants de l’État Islamique… Il existe une dichotomie sans doute infiniment plus pertinente, celle qui insisterait sur le clivage entre un pôle conservateur et un pôle contestataire. Non pas conservateur au sens moral, on l’aura compris, mais du point de vue du pouvoir. Le « centre » de Ruquier, ce n’est ni plus ni moins que le camp de ceux qui veulent conserver le système tel qu’il existe, parce qu’ils en profitent au mieux. Quant aux prétendus « extrêmes », c’est une manière de désigner ceux qui contestent le pouvoir, d’où qu’ils le fassent, et qui le contestent en général pour l’excellente raison qu’ils en souffrent.

Le scandale Morano

La particularité de ce dispositif médiatique inédit au cours duquel, chaque samedi, un sénat délégitimé tente de décrédibiliser un tribun du peuple isolé dans l’arène, a déjà été parfaitement compris par certains, parmi lesquels : Nadine Morano. La plus prolo des députés des Républicains n’est pas aussi sotte qu’elle le paraît. Son prétendu « dérapage » est exactement le contraire d’une sortie de route. Sa citation polémique de de Gaulle était même le but essentiel de sa venue. Partant d’un constat simple, que dans une configuration telle que celle que nous avons décrite, celui qui est désigné comme ennemi par le cercle médiatique incarne la majorité croissante de l’électorat, il a dû lui sembler que scandaliser ce cercle revenait à agréger les électeurs de manière quasi mécanique et que plus on frappait fort, plus le bénéfice serait important. Ayant également très bien compris que le tabou des tabous de notre époque était relatif à la race, la députée a dû s’imaginer qu’il suffisait de balancer plus ou moins de but en blanc la fameuse citation du Général pour terroriser l’assemblée et fédérer derrière elle une grande partie des téléspectateurs. L’analyse est pertinente, mais la méthode fut pour le moins grossière, artificielle, tellement téléphonée qu’il est difficile de présumer qu’elle réussisse. Mais en mettant aussi nettement les pieds dans le plat (la question traitée ici, on l’aura compris, n’est pas l’à-propos de sa citation), le scandale Morano aura du moins l’immense mérite de révéler trois choses. Premièrement, ce fameux dispositif que nous venons de décrire et la tentative des politiques de s’en servir selon ses nouvelles règles de fonctionnement. Deuxièmement, comment Yann Moix, à l’instar de nombreux de ses confrères et vérifiant les prédictions de Michel Houellebecq est déjà prêt à la « soumission », ne voyant aucun inconvénient à l’islamisation du pays (laquelle, par ailleurs, est censée n’avoir pas lieu). Troisièmement, comment les prétendus héritiers du gaullisme ne partagent plus du tout la conception de la France qui était celle du Général, une conception qui les répugne même au dernier degré.

Prolonger l’usurpation

Pour conclure, on peut remarquer que cette dernière mutation du dispositif est aussi flagrante, radicale, qu’inquiétante. En effet, elle ne traduit ni plus ni moins que la mise en scène, par un pouvoir idéologique, de sa tentative désespérée de prolonger son usurpation. Au lieu d’ouvrir le cercle, la caste médiatique le referme en public sur ce qui la menace, c’est sa manière ambiguë de laisser s’exprimer ce qui discute son hégémonie tout en tentant du même coup de l’étouffer. Certes, elle admet qu’elle n’a plus beaucoup d’intellectuels et d’idées de son côté, mais une poignée de comiques certifiés conformes, de pouffiasses parvenues, de crooners has-been et d’écrivains ratés, résidus des plateaux télé mitterrando-chiraquiens, lui permet néanmoins de faire nasse, du moins à l’écran. En attendant, les 80% de Français qui ne sont pas ou plus de centre-gauche devraient déjà s’estimer heureux, comme l’affirme Léa Salamé (tous les matins sur France Inter, tous les samedis soirs sur France 2), qu’on leur laisse parfois la parole…

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