Nicolas Madelaine (Les Échos) : Tout ce que les éditeurs perdent, Facebook et Google le gagnent

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L’Observatoire du journalisme enquête régulièrement sur l’emprise de Facebook et Google sur les grands médias classiques. Alors que c’est Google qui a financé (les sommes n’ont jamais été révélées) le quasi défunt Decodex du quotidien Le Monde, Facebook de son côté s’est lancé en France dans la création d’un véritable Index avec le soutien de huit grands médias privés comme publics.

L’effet ciseau

Mais Facebook ne se contente pas d’exercer un droit de regard sur les contenus en supprimant des comptes. Le réseau social enserre les médias imprimés ou non dans ses tentacules par un effet de ciseau.

Première branche du ciseau : instant articles. Le tuyau permet à un quotidien ou magazine de diffuser ses articles et ses vidéos via Facebook. Ces articles sont visibles uniquement via mobiles. Mais ils ne vont pas rentrer dans le nombre de « vus » du site du journal. Ils vont rester dans l’écosystème Facebook comme l’avoue naïvement le responsable digital de Libération dans une fort intéressante vidéo diffusée le 13 janvier 2018 sur Canal+.

Deuxième branche du ciseau : Facebook par des accords financiers au cas par cas paie les médias pour qu’ils produisent des vidéos qui passeront par un canal partagé avec le média. Dans le même documentaire Le Figaro ne semble pas avoir trouvé son compte dans l’expérience à laquelle le quotidien a mis fin en décembre 2017, la décrivant comme « profondément inégalitaire ».

Ponction de la valeur ajoutée

Pourquoi ? Facebook empoche une partie substantielle des retombées publicitaires des vidéos. Comme le note le journaliste web Nicolas Becquet « dans quelques années 80% des contenus qui seront publiés sur Facebook seront de la vidéo ». Et il n’hésite pas à considérer les médias qui adhérent au modèle économique du réseau social comme des « représentants de commerce » du réseau, sciant avec application la branche sur laquelle ils sont assis.

Résumons : d’un côté Facebook supprime des comptes sans explications et avec de très faibles possibilités de recours, puis monopolise la diffusion sur mobiles via instant articles et enfin finance en partie les médias classiques pour exploiter la publicité générée par leurs vidéos. Les journalistes et les éditeurs devant tout cela ? Ils assistent médusés et fascinés (au sens du lapin qui ne bouge pas devant le serpent qui va les dévorer) à leur lente digestion par les réseaux sociaux américains qui pompent une part croissante de la valeur ajoutée générée par les créateurs d’information. Pile je perds, face tu gagnes, Nicolas Madelaine des Échos qui conclut la vidéo a quelques raisons d’être pessimiste…

Crédit photo : Joe The Goat Farmer via Flickr (cc)