Matinale de France Inter de Demorand, à dieu-Morand

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Du lundi au vendredi, de 7 heures à 9 heures, le duo Nicolas Demorand/Léa Salamé remplace Patrick Cohen aux manettes de la matinale de France Inter. Cette dernière était devenue le haut lieu national du politiquement correct tendance gauche sociale libérale. Ils sont deux sur le plateau mais Demorand en est le directeur des consciences. Des changements ? Un petit tour dans les studios pour voir.

La matinale de France Inter : changer pour ne rien changer

L’axe officiel est le même que sous le (long) règne de Patrick Cohen : « Liberté, modernité, actualité, c’est la promesse de ces deux heures d’information. Deux heures pour décortiquer avec la rédaction l’actualité politique, économique, sociétale… ». C’est l’accroche de l’émission sur la page qui lui est dédiée sur le site de la radio. La promesse est en partie tenue, c’est moderne comme l’ORTF et ouvert à la liberté au singulier. Nicolas Demorand étant semblable à ce que ses auditeurs connaissent de lui : le tenant d’une certaine idée de la liberté. Celle de penser par Demorand lui-même. Forcément, le ton de la matinale de France Inter s’en ressent.

Pas tant du côté des invités. Ici, la matinale ne fait pas de remous, on reste à peu de nuances près idéologiquement entre soi depuis fin août : Éric Woerth, Philippe Martinez, Dominique Méda, Muriel Pénicaud, Thomas Piketty, Valérie Pécresse, Dominique de Villepin, Christophe Castaner, Anne Bert, Martine Aubry, Philippe Besson, Annick Girardin, Benjamin Griveaux, Olivier Besancenot, Élisabeth de Fontenay, Alain Finkielkraut, Boris Faure, Thierry Solère, Anne Hidalgo… Libéral-libéralisme derrière tous les micros, à l’exception notable de Finkielkraut. La rumeur dit que certains auditeurs regrettent Patrick Cohen. C’est dire ! Reste que deux invités par matinale, c’est la règle. Sauf le 12 septembre 2017.

Bonjour Finkielkraut, vous êtes bien encadré ?

« Bonjour, Nicolas. Oui, c’est correct. Mon amie Élisabeth de Fontenay, avec qui je viens de publier un dialogue amical mais sans concessions, et Olivier Besancenot pour faire bonne mesure, je comprends… ». Cet échange n’a pas eu lieu mais on pouvait aisément l’imaginer. Finkielkraut, dans la matinale de France Inter, c’est le risque maximum que peuvent prendre Nicolas Demorand et Léa Salamé — au-delà c’est le Mordor. L’auditeur sent que l’animateur de la matinale a vécu une vraie aventure. Du coup, Besancenot sert encore à quelque chose. Finkielkraut a été autorisé à venir le 12 septembre 2017 puisqu’il ne se déplace plus qu’accompagné de sa copine, Élisabeth, sans doute sous condition de ne pas en faire des tonnes au sujet de l’écrivain Renaud Camus, théoricien du grand remplacement, que le philosophe a récemment eu le courage d’inviter dans son émission Répliques sur France Culture.

Ayant constaté que « Renaud Camus n’a plus voix au chapitre mais qu’il est sur toutes les lèvres », Alain Finkielkraut lui a donné la parole le 10 juin 2017 dans une émission intitulée Le grand déménagement du monde. Noms d’oiseaux et autres mots courtois avaient bien entendu fusé. Finkielkraut et de Fontenay ont pu exposer leurs idées et différences en toute complicité. Ce sont de vieux amis. Et Besancenot a rétabli la balance « révolutionnaire ». Par contre, le nom de Renaud Camus n’a pas été prononcé. Ce devait sans doute être le deal. Bien sûr, Demorand indique que les divergences entre de Fontenay et Finkielkraut sont « massives » et que ce dernier « n’a pas du tout bougé de ses positions ». Pour le journaliste, la première est du côté de « l’espérance », le deuxième du « pessimisme ». Ce que ses deux invités contredisent immédiatement. Le philosophe trouve l’occasion de préciser ses positions. Cela se passe tout de même entre pigistes ou salariés de Radio France, Nicolas Demorand, Élisabeth de Fontenay et Alain Finkielkraut étant des habitués de l’antenne. La rencontre s’intitulait « Montrer qu’on peut se disputer autrement ». Le problème avec France Inter est que cette dispute toute relative ne dure pas, la preuve par ce qui suit.

Femmes et migrantes ? L’âge de bronze à la rescousse !

Le 13 septembre 2017, suite à l’annonce par la ministre de l’Égalité des femmes et des hommes, Marlène Schiappa que la PMA serait bientôt ouverte à toutes les femmes en France, le Journal de 7 heures indique que « les femmes seules et homosexuelles pourront donc en bénéficier ». Simple annonce factuelle. Nul doute que la radio reviendra sur ce sujet dans les semaines à suivre.

Ce 13 septembre, ce n’est pas la peine : cinq minutes après le Journal, la question du droit des femmes reçoit un éclairage novateur grâce à la chronique « scientifique » de Mathieu Vidard, annoncé ainsi par Nicolas Demorand : « Ce matin, une étude qui apporte un nouvel éclairage sur le rôle des femmes à l’Âge de Bronze ». En appelant aux plus récentes disciplines scientifiques, dont la paléo-génétique, laquelle récupère des traces d’ADN dans les restes d’humains et autres ayant vécu dans le passé, Mathieu Vidard explique que des chercheurs allemands ont « révélé des informations sur les déplacements des femmes entre 2500 et 1600 av. J.C », grâce à des dents et à des os. Donc : « Contrairement aux idées machistes largement répandues, les femmes pouvaient voyager sur des centaines de kilomètres pendant que les mâles repus à la bouillie de céréales ne bougeaient pas d’un iota. Je vous rappelle pourtant qu’à l’Âge du Bronze, Téléfoot n’existait pas » (rire audible de Demorand à l’antenne). L’information a filtré suite à l’analyse de molaires de 84 humains. Tu doutes que la PMA pour toutes est un progrès ? PAF ! Prends donc tes ancêtres dans les dents petit réac qui m’écoute ! L’intelligence, c’est femelle, on te le dit. Dans la zone étudiée par les chercheurs, « on découvre ainsi que les femmes venaient de loin, probablement de Bohème ou de l’Allemagne centrale, alors que les bonhommes n’avaient pas évolué au-delà de leur lieu de naissance. Ces femmes ont aussi joué un rôle moteur dans la culture en apportant avec elles de nouvelles technologies et de nouvelles idées, bien que déjà très occupées à faire des enfants [en migrant entre femmes ? NdA], un par an en moyenne à cette époque, elles ont voyagé dans des charrettes tirées par des bovins et ont contribué à la diffusion de certaines techniques de céramique. Beaucoup de femmes de l’Âge du Bronze maîtrisent parfaitement l’art de la poterie [ce sont les molaires qui le disent, ne perdez pas le fil, NdA] et pourtant ce sont les hommes qui font figure de potiches dans cette histoire ».

Le petit Nicolas pose alors une question quant aux déplacements de ces pauvres types sans aucun doute blancs, machistes et hétéros de l’Âge du Bronze, dont un Trump doit bien être le descendant, une trouvaille dentaire finira par le démontrer. Réponse : « Quand monsieur Âge du Bronze daigne sortir de chez lui, c’est pour exploiter sa nouvelle passion pour la violence, son cerveau devient très binaire, hémisphère droit la chasse, hémisphère gauche la guerre. C’est le début de la course aux armements. Les femmes, elles, préfèrent voyager en paix et transmettre de la culture et des idées, foi de molaires ».

Dans 5000 ans, des chercheurs allemands trouvant une molaire de Muriel Pénicaud, par exemple, sur la côte Est des États-Unis déduiront ainsi sans aucun doute que notre ministre du travail est l’introductrice de l’ordinateur portable Apple sur le continent américain. La science a souvent servi l’idéologie dans l’Histoire. Servant le stalinisme à des fins de propagande elle encense ici l’idéologie lib-lib dont Demorand semble vouloir faire le pain quotidien de ses auditeurs. La preuve, le 14 septembre 2017, Les Inrocks considéraient avec un ton quasi messianique que « le mozart de la radio » et « la voix la plus puissante de l’hexagone », DieuMorand donc, est revenu sur Inter.

Pas de tsunami. La matinale d’Inter garde le même fond idéologique. Un même ton aussi, simplement accentué par duo Demorand/Salamé — arrivée au pouvoir d’un archange lib-lib oblige. Si on se gratte un peu les idées le matin entre visions identiques ou presque du monde, il en restera bien quelque chose dans la tête des auditeurs, non ?

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