L’ARCOM a mis en demeure Radio France pour avoir concentré l’essentiel du temps de parole du RN sur France Inter et France Info entre minuit et 6 heures du matin. Le groupe public invoque une « erreur technique », une défense qui peine à dissiper le malaise.
À moins d’un an de la présidentielle, le rappel à l’ordre tombe mal pour Radio France.
L’ARCOM a annoncé, jeudi 11 juin, avoir mis en demeure le groupe public pour manquement à ses obligations de pluralisme politique. En cause : la présence très majoritairement nocturne des représentants du Rassemblement national sur France Inter et France Info entre le 1ᵉʳ janvier et le 31 mars 2026, période qui couvrait notamment la campagne des municipales.
En 2021, l’ancêtre de l’ARCOM avait rappelé à l’ordre CNews pour des pratiques analogues avec des programmations désavantageuses pour LFI et l’exécutif.
Un pluralisme respecté… entre minuit et six heures
Selon le régulateur, près de 60 % du temps de parole accordé au RN sur France Inter a été diffusé entre minuit et 5 h 59. Sur France Info, cette proportion dépasserait 70 %. Autrement dit, le premier parti de France aux européennes de 2024 et l’un des principaux blocs parlementaires aurait certes eu accès aux antennes publiques, mais largement dans les tranches les moins exposées au public.
L’ARCOM estime donc que les représentants de ce parti étaient « insuffisamment présents » dans les programmes diffusés en journée, au regard de leur représentativité. Le grief est d’autant plus embarrassant que le service public audiovisuel est censé répondre à une exigence renforcée d’exemplarité et d’impartialité. Or le pluralisme ne se mesure pas seulement en minutes : il se mesure aussi à l’heure où ces minutes sont diffusées.
Voir aussi : France Télévisions et Delphine Ernotte rattrapés par l’effet Alloncle
L’« erreur technique » de Radio France
Face à la mise en demeure, Radio France a plaidé une « erreur technique » liée au déploiement d’un nouvel outil de suivi des temps de parole. Celui-ci n’aurait pas permis de distinguer correctement les diffusions de jour et de nuit. L’explication surprenante de la part d’un groupe public habitué à transmettre régulièrement ses relevés au régulateur.
Plus troublant encore : l’ARCOM indique que des constats similaires avaient déjà donné lieu à des rappels en 2025 et 2026. Difficile, dans ces conditions, de réduire l’affaire à un simple accident de logiciel. À tout le moins, elle révèle une certaine… légèreté dans le pilotage du pluralisme politique au sein d’antennes qui revendiquent pourtant volontiers leur rigueur journalistique.
L’ARCOM, arbitre impartial ou pompier tardif ?
Étrangement, cette décision intervient quelques jours après la publication du rapport de Bruno Lasserre sur l’impartialité de l’audiovisuel public et du projet stratégique 2026–2028 de l’ARCOM, qui fait de l’indépendance, du pluralisme et de l’exemplarité du service public l’un de ses objectifs affichés. Deux publications survenues dans la foulée de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public.
Reste une question : pourquoi avoir attendu que le déséquilibre soit aussi manifeste pour agir fermement ? L’ARCOM se veut désormais garante d’une régulation plus large, jusque dans l’espace numérique. Mais sur son cœur historique, le pluralisme audiovisuel, elle semble souvent intervenir après coup, lorsque le problème est déjà devenu politique. Pour Radio France, le rappel à l’ordre est sévère. Pour l’ARCOM, il peut aussi être envisagé comme un gage de crédibilité donné sous la pression des critiques. Un autre effet Alloncle ?
Olivier Frèrejacques

