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Patrick Cohen chez Léa Salamé : masterclass de copinage

26 mai 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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Invité de Quelle époque ! pour présen­ter son livre, Patrick Cohen a eu droit à une récep­tion par­ti­c­ulière­ment chaleureuse de Léa Salamé. Entre com­pli­ments appuyés, sou­venirs d’ancienne élève et silences com­modes sur les polémiques récentes, la séquence a résumé à mer­veille l’entre-soi du ser­vice public.

Patrick Cohen venait par­ler de son livre Les Mys­tifi­ca­teurs, con­sacré aux « gourous de la sci­ence ». Mais, same­di 23 mai, sur le plateau de, le moment le plus instruc­tif ne fut peut-être pas celui con­sacré aux fauss­es nou­velles ou à ce qu’il con­sid­ère comme tel, mais celui où Léa Salamé a déroulé le tapis rouge à son invité. L’émission de France 2 rece­vait ce soir-là Patrick Cohen, Nat­acha Polony et François Ruf­fin, dans une séquence annon­cée comme très politique.

« Un des journalistes les plus respectés »… Par les siens ?

Léa Salamé a présen­té Patrick Cohen comme « l’un des jour­nal­istes les plus respec­tés », « obser­va­teur acéré, pré­cis, rigoureux », allant jusqu’à saluer son « courage » et son absence de « com­pro­mis ». Le pas­sage a aus­sitôt cir­culé sur les réseaux soci­aux, tant l’éloge sem­blait sor­tir d’un por­trait hagiographique plus que d’une interview.

La gêne vient aus­si du lien ancien entre les deux jour­nal­istes. Patrick Cohen a ain­si racon­té par le passé (auprès du Parisien en août 2025 notam­ment) avoir con­nu Léa Salamé lorsqu’elle était son élève à Sci­ences Po, avant de la retrou­ver à France Inter, où il l’a vue pro­gress­er rapi­de­ment. Dès lors, l’échange ressem­blait moins à un entre­tien qu’à une scène de famille pro­fes­sion­nelle : l’ancienne élève encen­sant l’ancien pro­fesseur, sur une chaîne publique, devant un pub­lic invité à applaudir.

Les casseroles sous le tapis

Le prob­lème n’est pas que Patrick Cohen soit invité. Il est qu’il le soit dans un dis­posi­tif où la con­tra­dic­tion sem­ble presque sol­u­ble dans la con­nivence. Car l’éditorialiste ne sort pas d’une péri­ode neu­tre. En sep­tem­bre 2025, son nom a été asso­cié à l’affaire dite Cohen-Legrand, après la dif­fu­sion d’extraits mon­trant Thomas Legrand et Patrick Cohen attablés avec deux cadres social­istes, Luc Broussy et Pierre Jou­vet. La phrase de Legrand : « Nous, on fait ce qu’il faut pour Dati, Patrick et moi » avait déclenché une polémique sur la neu­tral­ité du ser­vice pub­lic, même si les intéressés ont con­testé toute « con­spir­a­tion » dans une séquence un peu minable où le chas­seur de com­plo­tistes est lui-même pris dans le pot de con­fi­ture à com­plot­er… Mais cet aco­quine­ment avec des caciques social­istes n’a pas de quoi effray­er Léa Salamé.

La jour­nal­iste, de son côté, n’est pas sans angles morts poli­tiques. Elle avait déjà dû se met­tre en retrait en 2019 de France Inter et de L’Émission poli­tique en rai­son de la can­di­da­ture de son com­pagnon Raphaël Glucks­mann, alors tête de liste social­iste aux européennes.

La complaisance comme ligne éditoriale

Tout cela aurait pu nour­rir une vraie dis­cus­sion sur la neu­tral­ité, l’engagement, les fron­tières entre opin­ion et infor­ma­tion. Mais Quelle époque ! a préféré la cat­a­pulte de Fort Boyard, les rires com­plices et les com­pli­ments empha­tiques. Le ser­vice pub­lic adore inter­roger les « réseaux d’influence » des autres, il sem­ble moins pressé d’examiner les siens.

Cette séquence n’a évidem­ment rien d’un scan­dale d’État. Elle a seule­ment le mérite de mon­tr­er, en quelques min­utes, com­ment fonc­tionne une par­tie de l’audiovisuel pub­lic : un cer­cle où l’on se con­naît, où l’on se promeut, où l’on se con­grat­ule, tout en con­tin­u­ant à don­ner des leçons de rigueur et d’indépendance. Patrick Cohen venait tra­quer les mys­tifi­ca­teurs. Il est repar­ti cou­vert de lau­ri­ers. On aurait presque aimé qu’un jour­nal­iste soit là pour l’interviewer…

À la décharge de Léa Salamé, la con­tra­dic­tion sem­ble de moins en moins être son fort et peu importe qu’il s’agisse des com­pères social­istes de son mari ou des enne­mis de celui-ci, comme en atteste l’entretien cat­a­strophique qu’elle avait com­mis avec le min­istre des Affaires étrangères russe Ser­gueï Lavrov au 20 heures de France 2 quelques semaines plus tôt, sus­ci­tant de vives cri­tiques et des inter­ro­ga­tions sur sa capac­ité à men­er un entre­tien en bonne et due forme.

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