Accueil E Veille médias E Sibyle Veil face au rapport Alloncle : la Maison ronde en mode bunker

Sibyle Veil face au rapport Alloncle : la Maison ronde en mode bunker

13 mai 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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Cinq jours après la pub­li­ca­tion du rap­port Allon­cle, Sibyle Veil a choisi La Tri­bune Dimanche pour con­tre-atta­quer. La prési­dente de Radio France dénonce un doc­u­ment « daté » et une pos­si­ble « mise au pas » de l’audiovisuel pub­lic. Une défense qui révèle surtout la ner­vosité du secteur.

Sibyle Veil n’avait pas réa­gi à chaud à la pub­li­ca­tion du rap­port Allon­cle sur l’audiovisuel public.

Bien après sa con­sœur de France Télévi­sions Del­phine Ernotte, c’est dans un entre­tien accordé à La Tri­bune Dimanche que la prési­dente de Radio France explique avoir voulu « pren­dre le temps de lire » et ne pas « faire son ser­vice après-vente ». Le choix du média n’est pas anodin : en s’exprimant dans un titre économique et poli­tique, elle ne par­le pas seule­ment aux audi­teurs de Radio France, mais aux décideurs, aux futurs can­di­dats à la prési­den­tielle et à ceux qui pour­raient être ten­tés de repren­dre les con­clu­sions du rap­port comme cer­tains l’ont déjà évo­qué.

Une riposte cadrée autour des « vrais sujets »

La ligne de défense de Sibyle Veil est claire : selon elle, le rap­port Allon­cle « passe à côté des véri­ta­bles sujets », reprenant à son compte la cri­tique de Sébastien Lecor­nu le 5 mai dans un long mes­sage posté sur le réseau social X. Elle reproche au texte une « vision datée » du secteur, inca­pable de saisir les boule­verse­ments liés à l’intelligence arti­fi­cielle, aux ingérences étrangères ou à la con­cur­rence des plate­formes mondialisées.

L’argument est semi-habile : il tente de déplac­er le débat. Le rap­port Allon­cle por­tait d’abord sur la neu­tral­ité, le fonc­tion­nement et le finance­ment de l’audiovisuel pub­lic. Sibyle Veil répond en élar­gis­sant le cadre, comme si l’enjeu prin­ci­pal n’était plus la ges­tion de Radio France ou son plu­ral­isme interne, mais la défense générale d’un ser­vice pub­lic men­acé par le numérique, les plate­formes et la désinformation.

La « mise au pas », argument de défense du service public

La dirigeante de Radio France s’attaque par­ti­c­ulière­ment à la propo­si­tion de mod­i­fi­er le mode de nom­i­na­tion des dirigeants de l’audiovisuel pub­lic. Con­fi­er cette nom­i­na­tion au prési­dent de la République lui paraît « para­dox­al » pour une com­mis­sion cen­sée inter­roger l’indépendance des médias publics. Elle y voit les ingré­di­ents d’une « mise au pas » : rat­tache­ment au Pre­mier min­istre, pres­sion finan­cière accrue, recul de l’indépendance. Pour­tant, la propo­si­tion du député UDR serait en réal­ité syn­onyme de trans­parence accrue, avec avis con­forme de l’Ar­com, pour éviter les mani­gances à huis clos ayant con­duit à la nom­i­na­tion (et à la recon­duc­tion) de Del­phine Ernotte il y a onze ans à la tête de France TV.

Mais ce dis­cours défen­sif laisse de côté une ques­tion cen­trale : l’organisation actuelle garan­tit-elle réelle­ment l’impartialité que le ser­vice pub­lic revendique ? Le rap­port Allon­cle a pré­cisé­ment eu le mérite d’évoquer un sujet, longtemps évité ou ren­voyé à la car­i­ca­ture. À enten­dre Sibyle Veil, toute réforme pro­fonde deviendrait sus­pecte, comme si le statu quo était par nature syn­onyme d’indépendance.

Radio France face au contrôle parlementaire

Sibyle Veil con­teste aus­si les cri­tiques visant Radio France, notam­ment sur sa « fragilité finan­cière » ou sur les propo­si­tions de rap­proche­ment entre Ici et France 3 Régions. Elle rap­pelle que la Cour des comptes aurait salué la ges­tion de Radio France et affirme que la fusion locale aurait des « coûts colos­saux ». Un fait qui peut être nuancé par le rap­port de la juri­dic­tion finan­cière, remis au début de l’année 2025, qui avait notam­ment une ges­tion sociale déli­cate.

Elle défend égale­ment Patrick Cohen, Nagui et Sophia Aram, qu’elle estime « par­ti­c­ulière­ment ciblés » don­nant une tonal­ité vic­ti­maire à sa prise de parole.

Reste que cette inter­ven­tion illus­tre la dif­fi­culté du ser­vice pub­lic à accepter un con­trôle poli­tique sub­stantiel. Que des dirigeants de médias publics ren­dent des comptes sur leur finance­ment, leurs équili­bres édi­to­ri­aux et leur gou­ver­nance n’a rien d’anormal. La vigueur de la réac­tion mon­tre plutôt que le rap­port Allon­cle a touché un point sen­si­ble. En choi­sis­sant La Tri­bune Dimanche, Sibyle Veil tente de repren­dre la main auprès des décideurs. Mais sa défense con­firme mal­gré elle l’essentiel : le rap­port Allon­cle a ouvert une brèche dans un sys­tème peu habitué à être sérieuse­ment interrogé.

Rodolphe Cha­la­mel

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