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Macron et les médias russes. Réaction d’un enfant gâté ?

2 juin 2017

Temps de lecture : 5 minutes
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Macron et les médias russes. Réaction d’un enfant gâté ?

Avec Emmanuel Macron, les Français ont élu un très jeune président de la République. À la fin du siècle dernier, la France entrait dans l’ère de l’enfant roi et capricieux, persuadé que tout lui est dû. Le nouveau président est-il un faux adulte ou parfois un gamin supportant difficilement contradictions et frustrations ? Un enfant gâté en somme ? Son comportement au sujet de deux médias russes présents en France, Russia Today et Sputnik peut poser question.

Un Macron à la russe je vous prie

Le 29 mai 2017, le prési­dent Macron rece­vait à Ver­sailles le chef d’État de la Russie. Le prési­dent de la République française n’a pas appré­cié, mais pas du tout, que des médias de langue russe soient moins favor­ables à son élec­tion que l’immense majorité des médias français et européens. Médias qui ont fab­riqué l’élu avant même que le peu­ple ne choi­sisse. Comme Michel Onfray, l’affirme dans L’Obs du mer­cre­di 31 mai. Des médias qui ne sont pas par­venus à mas­quer une grande joie une fois les résul­tats du 2e tour con­nus. Seuls des obser­va­teurs peu hon­nêtes ou une presse mil­i­tante peu­vent nier le sou­tien que Macron a reçu de la part des médias dom­i­nants. Mais voilà, une par­tie de la presse présente en France n’est pas en ordre, par­don En Marche. En par­ti­c­uli­er les médias russ­es. Rece­vant le prési­dent Pou­tine et répon­dant à une ques­tion, Emmanuel Macron accuse ces médias : « Quand des organes de presse répan­dent des con­tre-vérités infamantes, ce ne sont plus des jour­nal­istes, ce sont des organes d’in­flu­ence. Rus­sia Today et Sput­nik ont été des organes d’in­flu­ence durant cette cam­pagne qui ont à plusieurs repris­es pro­duit des con­trevérités sur ma per­son­ne et ma cam­pagne. Et donc j’ai con­sid­éré qu’ils n’avaient pas leur place, je vous le con­firme, à mon quarti­er général ». En con­clu­sion de son recadrage adressé aux deux médias : « Donc on va se dire les choses en vérité : Rus­sia Today et Sput­nik ne se sont pas com­portés comme des organes de presse et des jour­nal­istes, mais ils se sont com­portés comme des organes d’in­flu­ence et de pro­pa­gande men­songère, ni plus ni moins ». Le prési­dent de la République répondait à une ques­tion de Xénia Fedoro­va, direc­trice de Rus­sia Today France. Réponse sur­prenante aux yeux de la majorité des obser­va­teurs et qui rap­pelle la rela­tion établie par Trump avec les médias améri­cains au lende­main de son élec­tion. Sauf que le prési­dent des États-Unis avait presque toute la presse de son pays con­tre lui lors de sa cam­pagne. Pour Emmanuel Macron, c’est le con­traire. Et l’honnêteté impose de recon­naître que le com­porte­ment des médias français a tourné en pro­pa­gande en sa faveur.

Qui accuse qui et de quoi ?

Au fond, Emmanuel Macron sem­ble mal sup­port­er la con­tra­dic­tion. Comme le font cer­tains gamins. De quoi s’agit-il ? Lors du débat prési­den­tiel de 2e tour, la can­di­date adver­saire de Macron inter­roge le futur prési­dent au sujet de rumeurs qui cir­cu­lent sur inter­net. Rumeurs évo­quant un éventuel « compte off­shore au Bahamas ». Le lende­main du débat, le can­di­dat d’En Marche dépo­sait plainte con­tre X pour « faux » et « prop­a­ga­tion de fausse nou­velle », dis­ant de madame Le Pen qu’elle « a der­rière des troupes sur inter­net qui se met­tent en place », l’accusant d’avoir « des alliés » propageant des men­songes, alliés « pour cer­tains liés à des intérêts russ­es ». Les médias offi­ciels ne dénon­ceront pas comme rumeur cette affir­ma­tion non véri­fiée selon laque­lle madame Le Pen aurait des alliés russ­es propageant de fauss­es nou­velles. Cette affir­ma­tion lancée à l’emporte-pièce au sujet des pré­ten­dus intérêts russ­es liés à madame Le Pen demeure pour­tant à ce jour du domaine pur et sim­ple de la rumeur. Exacte­ment au même titre que celle por­tant sur un compte au Bahamas établi au nom d’Emmanuel Macron. Force est de con­stater, à ce moment de débat et de l’analyse, que la ques­tion est plutôt de déter­min­er qui fait pipi le plus loin dans la cour de récréa­tion de la cam­pagne. Sauf que le 29 mai 2017, ce n’est plus le can­di­dat Macron ou la can­di­date Le Pen qui par­lent et sont en cam­pagne l’un con­tre l’autre. C’est le prési­dent de la République française. Moins un homme qu’une fonc­tion, dont les français atten­dent de la hau­teur de vue. Et non du ressen­ti­ment. La rédac­tion de Sput­nik a pub­lié une mise au point deman­dant à ce que les « pièces » pou­vant être qual­i­fiées de fake news pré­ten­du­ment pub­liées par ses soins soient pro­duites par les accusa­teurs, autrement dit les proches de l’actuel prési­dent actuel, alors mem­bres de l’équipe de cam­pagne d’En Marche. À l’heure où nous écrivons, ces pièces n’ont pas été fournies. Ce que Sput­nik explique. Quant à Rus­sia Today, le média donne la parole au jour­nal­iste Guy Met­tan. Et le même média pub­lie le 1er juin 2017 une infor­ma­tion qui con­firme com­bi­en l’équipe d’En Marche, entre les deux tours, et le prési­dent récem­ment élu, le 29 mai 2017, sem­blent inté­gr­er de vraies rumeurs dans leur rela­tion per­son­nelle des pré­ten­dus faits : « Guil­laume Poupard, le directeur de l’Agence nationale de la sécu­rité des sys­tèmes d’in­for­ma­tion (ANSSI) qui a enquêté sur le piratage de l’équipe de cam­pagne d’Em­manuel Macron, a déclaré qu’au­cune trace de hack­ers russ­es n’avait été relevée » (…) « L’at­taque infor­ma­tique était si générique et sim­ple qu’elle aurait pu être per­pétrée par pra­tique­ment n’im­porte qui », a‑t-il expliqué, ajoutant « qu’il était pos­si­ble qu’elle soit le fait d’une seule per­son­ne, dans n’im­porte quel pays ». Il n’y a tout sim­ple­ment pas d’affaire Sput­nik ou Rus­sia Today. Par con­tre, la légèreté avec laque­lle le jeune prési­dent de la République accuse des médias russ­es en pub­lic et en présence du chef de l’État de ce pays peut inter­peller.

À rumeur, rumeur et demie

Retour en arrière. Le Point du 4 mai 2017 : « L’équipe de Macron n’a pas tardé à réa­gir, revenant tôt jeu­di matin sur les dif­férentes étapes de la dif­fu­sion de cette “fake news” et obser­vant que l’ar­ti­cle en ques­tion a été partagé plusieurs mil­liers de fois sur Twit­ter. D’une pub­li­ca­tion anonyme sur le forum 4chan à la reprise en direct lors du débat télévisé par Marine Le Pen, “l’in­for­ma­tion” aurait cir­culé sur les réseaux soci­aux, notam­ment sur Twit­ter, relayée par des sou­tiens de Don­ald Trump, puis s’est retrou­vée « dans la sphère d’in­flu­ence de comptes asso­ciés, en France, à Sput­nik et à Rus­si­a­To­day, affirme En Marche ! ». Notons l’origine de l’information : « affirme En Marche ».

Qu’une équipe en cam­pagne comme celle d’En Marche réagisse après les graves mal­adress­es de madame Le Pen lors du débat télévisé, cela peut se com­pren­dre. Les cam­pagnes élec­torales sont rarement d’une grande élé­gance. Qu’elle par­le de « sphère d’influence », autrement dit propage une rumeur fondée sur des opin­ions per­son­nelles non véri­fiées, cela ne manque pas de sur­pren­dre. Que cette rumeur revi­enne le 29 mai dernier, lors de la ren­con­tre entre deux chef d’État, cela ressem­ble tant à une gaminer­ie que l’observateur impar­tial est en droit de s’interroger sur les moti­va­tions du prési­dent de la République française. Compte-t-il inté­gr­er la capac­ité de déter­min­er qui est ou n’est pas jour­nal­iste dans la fonc­tion prési­den­tielle ? Définir les médias autorisés ou non sur le ter­ri­toire de la République ? Ou bien s’agit-il d’un sim­ple caprice comme en font si sou­vent les jeunes de cette généra­tion et des suiv­antes ? Les jour­naux satiriques ont sans doute intérêt à faire atten­tion à l’humour de leurs Unes à venir… et peut-être aus­si les autres.

Crédit pho­to : Jeso Carneiro via Flickr (cc)

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