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Pub­lié le 28 mars 2019 | Éti­quettes : , , , , , , ,

Les démocraties à l’épreuve des infox : rencontre INA/BNF, éloge de l’entre soi

Les infox sont à la mode depuis deux/trois ans. Très exactement depuis le vote sur le Brexit et l’élection de Trump. Elles sont d’abord un mode d’explication et de déculpabilisation des élites politiques et journalistiques : ce qui est arrivé n’est pas de notre faute. Et ensuite un mode d’exorcisme pour le futur : de telles catastrophes ne doivent pas se renouveler, l’information doit être mieux verrouillée. C’est autour du thème « Les démocraties à l’épreuve des infox » que l’Institut National de l’Audiovisuel (INA) et la Bibliothèque Nationale de France (BNF) organisaient un colloque le mercredi 20 mars 2019. L'OJIM y était présent le matin.

Les infox, rien de nouveau sous le soleil

En 1917 les services secrets britanniques lancent la rumeur des « usines allemandes de cadavres ». Les autorités allemandes récupéreraient les cadavres anglais – et parfois les cadavres de leurs propres soldats – pour fabriquer des lubrifiants industriels et des bougies. Une invention pure et simple de la guerre psychologique.

Plus récemment, en 1981 et dans un tout autre contexte, la journaliste américaine Janet Cook gagne le prix Pulitzer pour ses articles dans le Washington Post. Dans une série à sensation elle décrivait la vie misérable de « Jimmy », un héroïnomane de 8 ans. Mais Jimmy était une fiction de la journaliste et elle dut rendre son prix. En février 2019 nous publions une illustration des dix « meilleures infox » des médias américains.

Quand les fabricants de fausses nouvelles les dénoncent

Chacun connaît l’histoire du pompier pyromane. Il allume le feu qu’il va éteindre ensuite. Le site américain BuzzFeed est un producteur régulier d’infox. En 2017 le site publie un dossier réuni par un ancien agent du renseignement britannique, Christopher Steele. Le dossier concerne les relations entre Trump et la Russie, ce dernier pays aurait quasi conclu un pacte avec Trump pour faciliter son élection. Des accusations vides de tout contenu comme vient de le confirmer le rapport Mueller. Dans Meet the Press une émission célèbre de la chaine américaine NBC le présentateur Chuck Todd accusait le président de BuzzFeed Ben Smith : « vous n’êtes qu’un fabricant de fake news » (source Columbia Journalism Review, hiver 2019, page 31). BuzzFeed France produit aussi des infox en France. Devinez qui est invité par l’INA/BNF pour parler de « Fake news, business ou idéologie » ? Jane Lytvynenko, de …BuzzFeed News. Il est vrai que l’on a affaire à un média spécialiste de la question.

Tournez manèges, tournez en rond, éloge de l’entre soi

Le monde libéral libertaire ne peut tourner que sur lui-même, ignorant toute analyse contraire. L’après-midi (notre observateur n’a pu assister aux débats) était consacrée à la « lutte contre les fausses nouvelles ». Pour en débattre quatre journalistes tous du même monde, qu’on en juge :

  • Anais Grigori de l’italien La Repubblica, pendant du Monde en Italie ;
  • Pierre Haski France Inter, la pensée conforme par excellence ;
  • Rachel Donadio The Atlantic (États-Unis) dont l’éditorial de mars 2019 appelait à la destitution de Trump ;
  • Adam Nossiter New York Times, le flambeau libéral anti Trump.

La suite était de la même eau avec des interventions de Samuel Laurent dont nous analysions le parti pris sans nuances sur le pacte de Marrakech, et l’inévitable CLEMI représenté par son directeur. Nous avons publié une première analyse de la semaine de la presse du CLEMI.

Remarquons toutefois une intervention passionnante de Gérald Bronner de l’université Paris Diderot sur le thème « Sommes nous crédules ? », analysant nos croyances par délégation sociale et culturelle et soulignant la mise en concurrence généralisée des connaissances et des informations. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps.

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