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La commission Bronner, contre le complot et la désinformation ou le contraire

11 octobre 2021

Temps de lecture : 4 minutes
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La commission Bronner, contre le complot et la désinformation ou le contraire

11 octobre 2021

La campagne présidentielle lancée, la majorité entend imposer son tempo médiatique. Si des acteurs privés se sont mobilisés, à l’image de Křetínský qui a mis la main à la poche pour lancer un média centriste (Franc-tireur), le gouvernement aussi s’active. Mercredi 29 septembre, à la demande du président Macron une commission qui répond au nom légèrement pompeux de « Les Lumières à l’heure du numérique », a été créée.

Un peu de lumière dans un monde obscur de complotistes, la loi Avia sans le nom

Le pos­tu­lat posé par la com­mu­ni­ca­tion élyséenne est sim­ple : la révo­lu­tion numérique a changé notre rap­port à l’information, l’élite s’est vue con­fis­quer le mono­pole de l’information ce qui est « por­teur d’une face som­bre ». Une « frag­men­ta­tion du débat » qui s’accompagne de la « résur­gence de dis­cours de haine » et du « recul du savoir et de la sci­ence dans cer­taines cir­con­stances ». Emmanuel Macron voudrait donc un « grand débat » sur la ques­tion et pour ce faire, les « élites » repren­nent la main avec une quin­zaine d’experts mis­sion­nés pour « penser l’espace de débat com­mun de notre démoc­ra­tie ».  L’objectif de la com­mis­sion, qui sera dirigée par Gérald Bron­ner, con­sis­tera à ren­dre une série de propo­si­tions con­tre les dif­fuseurs de haine et la dés­in­for­ma­tion. Devrait donc ressor­tir de cette com­mis­sion un ensem­ble de pré­con­i­sa­tions atten­ta­toires aux lib­ertés sous cou­vert de lutte con­tre la haine. Une sorte de loi Avia sans vote du Par­lement. Le risque ici est évidem­ment la remise en cause de l’espace de lib­erté qui s’est créé avec le développe­ment d’internet.

Des « Lumières » au profil Macron-compatible

Pour remet­tre un peu d’ordre dans les médias, une com­mis­sion a été nom­mée. Qua­torze « experts », his­to­riens, uni­ver­si­taires, jour­nal­istes et acteurs de ter­rain selon l’Élysée. La par­ité est respec­tée avec sept hommes et sept femmes, la diver­sité aus­si, et on relèvera un élé­ment pour le moins éton­nant, puisque le site de l’Élysée pré­cise pour l’une de ces expertes, Rahaf Har­foush, qu’elle est une anthro­po­logue cana­di­enne. La France ne dis­poserait donc pas d’anthropologues suff­isam­ment com­pé­tents et devrait aller en chercher en Amérique du Nord ?  Tous ont pour point com­mun de ne pas être très cri­tique à l’égard de la poli­tique menée depuis bien­tôt cinq ans. On y retrou­ve essen­tielle­ment des pro­fils très « Sci­ence-Po Paris » plutôt anci­enne généra­tion… Mais pas seule­ment puisque fig­ure égale­ment la jour­nal­iste Aude Favre (IEP de Stras­bourg), déla­trice à ses heures per­dues et ani­ma­trice de la chaine AudeWT­Fake qui décrypte les infor­ma­tions fauss­es ou perçues comme telles par cette dernière.  Deux his­to­riens spé­cial­isés dans la Shoah ont aus­si été dépêchés : Ian­nis Roder et Annette Wiev­ior­ka lais­sant augur­er que cette ques­tion sera évo­quée. L’historien Jean Gar­rigues et sa ligne « ni Zem­mour ni Plenel » sem­ble lui assez bien incar­n­er la ligne direc­trice qui a guidé ce recrute­ment de cette com­mis­sion… Une com­mis­sion qui rap­pelle étrange­ment un média privé qui va bien­tôt voir le jour : Franc-tireur.

Des doublons avec Franc-tireur

Dans l’équipe, fig­urent deux futurs col­lab­o­ra­teurs de la revue Franc-tireur (bis) qui ver­ra le jour mi-novem­bre et qui a pour objec­tif de déringardis­er le cen­trisme en pour­fen­dant les pop­ulistes et cor­rigeant les fake news ! Rudy Reich­stadt, fon­da­teur et directeur du site « Con­spir­a­cy Watch » et Rachel Khan, la femme de Jean-François Khan. Une présence de deux plumes de la revue qui sera dirigée par Christophe Bar­bi­er et à laque­lle col­la­boreront des per­son­nal­ités comme Car­o­line Fourest et Raphaël Enthoven, illus­trant la par­tial­ité d’une équipe qui ren­dra son rap­port à quelques mois du pre­mier tour de la présidentielle.

Voir aus­si : Con­spir­a­cy Watch : obser­va­toire objec­tif du com­plo­tisme ou bras armé du gauchisme ?

Bronner : un menteur pour faire la chasse au complot !

Pour diriger la fine équipe, on retrou­ve un soci­o­logue con­tro­ver­sé, le pro­fesseur et mem­bre de l’Académie de médecine Gérald Bron­ner (pho­to ci-dessus). Éton­nant cap­i­taine d’équipe dont on voit à la sim­ple con­sul­ta­tion de sa fiche Wikipé­dia qu’il a recon­nu à deux repris­es avoir dif­fusé de fauss­es infor­ma­tions dans ses livres. Une pre­mière fois dans son ouvrage paru en 2010 La Planète des hommesRéen­chanter le risque qui traite de l’épidémie de choléra à Haïti et dans La pen­sée extrême, ouvrage paru en 2009 dans lequel il reprend des légen­des urbaines comme vérités établies. Dans une péri­ode de doutes per­ma­nents quant à la vérac­ité des pro­pos tenus dans les médias, de revire­ments et de con­tra­dic­tions dans les poli­tiques san­i­taires menées, met­tre un homme d’un tel pedi­gree à cette place relève d’un toupet qui n’étonne plus venant d’Emmanuel Macron mais qui risque de met­tre à mal l’action de cette com­mis­sion avant même ses pre­miers travaux.

Une commission qui agace jusque dans les médias mainstream

Si la mise en place de cette com­mis­sion Bron­ner a ému sur les réseaux soci­aux, elle a égale­ment agacé jusque dans les rédac­tions main­stream. Par­mi les « lumières » de la com­mis­sion, c’est la nom­i­na­tion de Guy Val­lan­cian, chirurgien, pro­fesseur hon­o­raire des Uni­ver­sités et mem­bre de l’Académie nationale de médecine qui est la plus dénon­cée. Fraîche­ment sanc­tion­né par un blâme (juin 2021) par la cham­bre dis­ci­plinaire nationale de l’Ordre des médecins, il a vu son nom revenir dans Le Monde sous la plume de la pneu­mo­logue Irène Fra­chon qui voit dans ce per­son­nage l’un des fers de lance de la néga­tion des effets nocifs du Médi­a­tor. Vive­ment cri­tiqué, Val­lan­cian a fini par jeter l’éponge et démissionner.

L’éditorialiste Alex­is Poulain, chez Rus­sia Today, a d’ailleurs dévelop­pé le CV du per­son­nage sur les réseaux soci­aux pré­cisant que sa con­damna­tion par l’Ordre était liée à un fait de dés­in­for­ma­tion pour faire con­damn­er un con­frère. Un per­son­nage trou­ble qui a don­né lieu à plusieurs por­traits dont un dans Mar­i­anne dans lequel on apprend qu’il est l’urologue des stars et fut l’un des médecins du prési­dent François Mit­ter­rand. Libé qui se voit peut-être con­cur­rencé dans la lutte con­tre les fauss­es infor­ma­tions, est aus­si assez scep­tique sur la démarche, évo­quant une « trou­blante com­mis­sion Bron­ner »Mar­i­anne, sous la plume avisée de Youness Bousse­na, a de son côté pro­posé une cri­tique plus générale de la notion de com­plo­tisme invo­quant notam­ment les travaux de Julien Giry, auteur d’une thèse sur le sujet.

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