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Contrôle de l’information : après la commission Bronner, Viginum

26 octobre 2021

Temps de lecture : 3 minutes
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Contrôle de l’information : après la commission Bronner, Viginum

26 octobre 2021

L’élection présidentielle approche et ce que l’on pourrait appeler une oligarchie macronienne met en place les conditions d’une bonne réélection du président sortant via une plus grande efficacité du contrôle de l’information, que celle-ci soit privée ou publique. Viginum est une parfaite illustration du second terme.

De la loi Avia à la commission Bronner

Infor­tunée Laeti­tia Avia, la députée d’origine togo­laise de Paris espérait son quart d’heure de gloire warholien avec sa loi sur le con­trôle d’internet. Las, la loi a été en grande par­tie vidée de son con­tenu par le Con­seil Con­sti­tu­tion­nel. Pire, après avoir mor­du un chauf­feur de taxi, la mal­heureuse Laeti­tia a été accusée de har­cèle­ment pro­fes­sion­nel par nom­bre de ses anciens col­lab­o­ra­teurs ; chas­sez le naturel il revient au galop, dis­ait ma grand-mère.

Ce qui revient au galop égale­ment, c’est le désir des autorités de dis­pos­er de fil­tres d’information pour que le « bon peu­ple » dis­posant des « bonnes infor­ma­tions » puisse « bien vot­er ». C’est ain­si qu’une enième com­mis­sion Théo­d­ule alias com­mis­sion Bron­ner alias « Les Lumières à l’heure du numérique » a été mise en place.

L’objectif de la com­mis­sion, dirigée par Gérald Bron­ner, con­sis­tera à pro­pos­er une série de propo­si­tions con­tre les dif­fuseurs de haine et la dés­in­for­ma­tion. Devrait donc ressor­tir de cette com­mis­sion un ensem­ble de pré­con­i­sa­tions atten­ta­toires aux lib­ertés sous cou­vert de lutte con­tre la haine. Une sorte de loi Avia sans vote du Par­lement. Le risque ici est évidem­ment : la remise en cause de l’espace de lib­erté qui s’est créé avec le développe­ment d’internet.

De la commission Bronner à Viginum

La com­mis­sion à peine mise en place a vu un de ses mem­bres démis­sion­ner et son prési­dent être accusé d’avoir propagé des fauss­es nou­velles, on pou­vait rêver mieux comme rampe de lance­ment. Vient alors Viginum.

Vig­inum comme vig­i­lance.  Annon­cé par Intel­li­gence Online en févri­er 2021, Vig­inum alias « Ser­vice de pro­tec­tion con­tre les ingérences numériques étrangères » est rat­taché au Secré­tari­at général de la défense et de la sécu­rité nationale (SGDSN), bigre !

Le ser­vice riche­ment doté com­pren­dra 65 per­son­nes équiv­a­lent temps plein (source Let­tre A) pour un bud­get non encore com­mu­niqué au com­plet mais avec déjà une ligne budgé­taire dédiée de 4M€ pour se dot­er de logi­ciels de cyber analyse « anti fake news », en par­ti­c­uli­er venant de l’étranger et encore plus par­ti­c­ulière­ment en péri­ode élec­torale, suiv­ez mon regard…

Du joli monde macro compatible

Le chef sera le mag­is­trat de la Cour des comptes Gabriel Fer­riol. On notera par­mi les mem­bres de son comité éthique et sci­en­tifique (source Intel­li­gence on line), Pauline Tala­grand de l’AFP, Aymer­il Hoang ex directeur de cab­i­net de Mounir Mahjoubi au secré­tari­at d’État au numérique, Julie Joly direc­trice du CFJ le cen­tre de for­ma­tion des jour­nal­istes, une insti­tu­tion où le poli­tique­ment cor­rect est la règle absolue, Jean-Mau­rice Ripert ex diplo­mate ancien con­seiller de Michel Rocard et Lionel Jospin, Benoît Loutrel (ex Google, tiens donc) et mem­bre du CSA, aux­quels pour­raient s’adjoindre dans un rôle plus opéra­tionnel des mem­bres du ren­seigne­ment venus de la DGSE (intérieur) et de la DGSI (extérieur). Des liens seront sans doute étab­lis avec le CLMI, comité de lutte con­tre les manip­u­la­tions de l’information. Au pas­sage la créa­tion de Vig­inum sem­ble faire dou­ble emploi avec le CLMI, soit que ce dernier n’ait pas don­né entière sat­is­fac­tion soit que la sen­si­ble péri­ode élec­torale à venir per­me­tte des investisse­ments espérés fructueux sur le plan politique.

Disinfo pour informer, ou mieux pour désinformer

Tou­jours selon Intel­li­gence on line, Vig­inum utilis­era les ser­vices de « Dis­in­fo », créé en 2019 pour sur­veiller les manip­u­la­tions de l’information, le volet « soft pow­er » du gou­verne­ment. Se référant de manière explicite aux « Macron leaks » qui avaient vu cer­taines infor­ma­tions de l’équipe Macron lors de l’élection prési­den­tielle de 2017 révélées au grand pub­lic, Dis­in­fo utilis­era des out­ils spé­ci­fiques. À titre d’exemple Polit­i­cal Ads per­met aux util­isa­teurs de sig­naler des pub­lic­ités poli­tiques illé­gales sur Face­book. Bot Clus­ters aide à iden­ti­fi­er des réseaux de comptes automa­tisés sur Twit­ter. Open Terms Archive et Scrip­ta Manent suiv­ent les util­i­sa­tions des prin­ci­pales plate­formes en ligne. Des out­ils qui per­me­t­tront de dés­ac­tiv­er les « mau­vais­es infor­ma­tions » néga­tives pour le pou­voir en place, sans doute avec l’aide des GAFAM. On annonce une car­togra­phie des sites de dés­in­for­ma­tion dont la liste sera intéres­sante à consulter.

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