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Le Monde s’inquiète du manque de pluralisme dans les médias (en Hongrie et en Pologne)

21 juillet 2021

Temps de lecture : 4 minutes

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Le Monde s’inquiète du manque de pluralisme dans les médias (en Hongrie et en Pologne)

Le Monde s’inquiète du manque de pluralisme dans les médias (en Hongrie et en Pologne)

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21 juillet 2021

Red­if­fu­sion esti­vale. Pre­mière dif­fu­sion le 20 févri­er 2021.

Combien de stations de radio sur les ondes FM françaises hostiles à l’idéologie libérale dominante, au multiculturalisme, à l’immigration de masse, à l’avortement ? Mis à part la très marginale Radio Courtoisie, il n’y en a pas beaucoup, même si certaines, peu nombreuses, laissent la place à une plus grande liberté de parole sur ces questions. On pense notamment à Sud Radio. C’est peu, mais ce n’est pas ce qui inquiète Le Monde. Ce qui inquiète Le Monde, c’est le nombre insuffisant de radios de gauche, hostiles à l’idéologie conservatrice dominante, aux politiques identitaires, à l’immigration contrôlée, au droit à la vie, etc… en Hongrie et en Pologne.

Mur des Lamentations

« En Hon­grie et en Pologne, l’inexorable dégra­da­tion de la lib­erté de la presse », clame le jour­nal de gauche français en titre de son édi­to­r­i­al du 12 févri­er. L’occasion de ce regain d’inquiétude, c’est un juge­ment d’un tri­bunal hon­grois qui vient de con­firmer la déci­sion du Con­seil des Médias de sus­pendre, « sous des pré­textes fal­lac­i­eux » (dix­it Le Monde) la licence de « Klu­bra­dio, la prin­ci­pale radio privée indépen­dante, réputée pour sa lib­erté de parole et ses cri­tiques du pou­voir ».

En Pologne, où « la sit­u­a­tion n’est pas encore aus­si mau­vaise », ce qui inquiète à nou­veau Le Monde, c’est un pro­jet de loi du gou­verne­ment Moraw­iec­ki visant à créer une taxe pro­gres­sive sur la pub­lic­ité, ce qui privera les médias de ressources cru­ciales, « car la Pologne comme la Hon­grie appliquent la même méth­ode pour frag­ilis­er gradu­elle­ment le plu­ral­isme de la presse : retir­er les pub­lic­ités publiques de tous les médias qui dérangent, met­tre au pas l’audiovisuel pub­lic, faire fer­mer ou racheter par des proches les derniers organes indépen­dants ».

Le Monde n’a pour­tant jamais rien écrit à pro­pos d’un jour­nal d’opposition plus proche de chez lui, Présent, privé en 2019 par le gou­verne­ment Philippe, sous des pré­textes vrai­ment fal­lac­i­eux, eux, de la sub­ven­tion accordée aux quo­ti­di­ens à faibles ressources publicitaires.

Et si les gou­verne­ments polon­ais et hon­grois retirent « les pub­lic­ités publiques de tous les médias qui dérangent », c’est bien que ces médias exis­tent. C’est une très vilaine pra­tique, certes, mais les gou­verne­ments qui ont précédé les con­ser­va­teurs dans ces deux pays fai­saient exacte­ment la même chose sans que Le Monde ne s’en inquiète le moins du monde.

Les radios en Hongrie, un secteur pluraliste

Pour revenir à la radio hon­groise privée de licence, con­traire­ment à ce que laisse enten­dre Le Monde, il existe encore sur les ondes FM hon­grois­es des radios cri­tiques du Fidesz et de ses poli­tiques, telle Tilos Radio (Radio Inter­dite). Et c’est sans par­ler du fait qu’un nom­bre crois­sant d’auditeurs écoutent la radio sur Inter­net où il n’est pas besoin d’avoir une con­ces­sion pour une longueur d’onde don­née délivrée par le Con­seil des Médias. Pour voir la descrip­tion de la diver­sité des médias hon­grois qui déclasse large­ment le plu­ral­isme des médias français mal­gré la dom­i­na­tion des médias con­ser­va­teurs plutôt ou com­plète­ment pro-Fidesz, voir dans les archives récentes de l’Obser­va­toire du Jour­nal­isme :

Quant au manque bien plus cri­ant de plu­ral­isme médi­a­tique – qui n’avait jamais dérangé Le Monde – dans la Hon­grie d’avant 2010, voir cet arti­cle pub­lié en 2016 par l’Obser­va­toire du Jour­nal­isme : « En Hon­grie, le Fidesz a imposé le plu­ral­isme dans les médias ».

Le CSA hongrois

Le Monde sem­ble aus­si ignor­er que le Con­seil des Médias hon­grois est large­ment aus­si indépen­dant que notre CSA, même s’il est certes autant dom­iné par des per­son­nes proches du pou­voir que son homo­logue français. Après avoir exam­iné le recours de Klu­bra­dio après la déci­sion d’un Con­seil des Médias faisant suite à des infrac­tions répétées s’étalant sur plusieurs années, le tri­bunal hon­grois n’a vis­i­ble­ment pas con­sid­éré comme Le Monde qu’il s’agissait de « pré­textes fal­lac­i­eux » et il n’a fait qu’appliquer la loi sur les médias hon­groise. Les infrac­tions con­sis­tant en un refus répété de fournir au Con­seil des Médias des infor­ma­tions req­ui­s­es par la loi exclu­ait Klu­bra­dio de la pos­si­bil­ité d’obtenir un renou­velle­ment automa­tique de ses fréquences mais ne l’exclut pas de se porter can­di­date pour toute nou­velle procé­dure d’attribution de fréquences FM (voir ici l’explication en hon­grois de la prési­dente du Con­seil des Médias).

Quant à l’inquiétude du Monde pour le plu­ral­isme et la lib­erté des médias en Pologne, elle sem­ble encore plus déplacée, puisque son prin­ci­pal motif est un pro­jet de loi gou­verne­men­tal qui en est encore à l’étape des con­sul­ta­tions et qui sus­cite l’hostilité non seule­ment des médias (pour des raisons finan­cières évi­dentes) mais aus­si de toute l’opposition et d’une par­tie de la majorité. En bref, ce pro­jet a peu de chances de voir le jour.

Pologne, la taxe sur les médias toucherait tout le monde, sauf les plus petits

« Mer­cre­di 10 févri­er, c’est une vision glaçante qui a accueil­li les lecteurs des médias privés polon­ais : des pages noires des­tinées à mon­tr­er « à quoi ressem­blera un monde sans médias indépen­dants ». Une cinquan­taine d’organes de presse ont voulu ain­si pro­test­er con­tre un pro­jet de loi du gou­verne­ment visant à tax­er les recettes pub­lic­i­taires, qui les privera de ressources cru­ciales », écrivait Le Monde dans son édi­to­r­i­al. Cinquante organes de presse capa­bles de pro­test­er de con­cert con­tre un pro­jet de loi du gou­verne­ment, cela mon­tre bien que la Pologne ne manque pas de médias capa­bles de cri­ti­quer le gou­verne­ment ! Pré­cisons que tous les médias privés n’ont pas par­ticipé à cette action de protes­ta­tion, cer­tains, notam­ment par­mi ceux de droite, ayant préféré s’abstenir. Pré­cisons aus­si que la taxe pro­posée par le gou­verne­ment Moraw­iec­ki s’appliquerait, selon la ver­sion actuelle, de manière indis­crim­inée à tous les médias publics et privés et à toutes les pub­lic­ités publiques et privées, le seul critère de dif­féren­ci­a­tion étant le vol­ume des recettes pub­lic­i­taires annuelles (avec un mon­tant exonéré, puis un taux de 7,5 % et enfin un taux de 10 % au-dessus d’un cer­tain plafond).

Comme pour la Hon­grie, Le Monde, qui s’inquiète aus­si à nou­veau dans son édi­to­r­i­al du rachat par une com­pag­nie publique de la presse régionale polon­aise qui apparte­nait à un seul et même groupe médi­a­tique alle­mand (accepterait-on la même sit­u­a­tion en France ?), était moins regar­dant avant l’arrivée des con­ser­va­teurs au pouvoir.

Voir à ce sujet, dans les archives de l’Observatoire du Jour­nal­isme :

Rediffusion estivale

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