Accueil | Actualités | Dossiers | La crise migratoire devient « la crise de l’accueil des migrants » dans les médias, analyse sémantique janvier/avril 2018

La crise migratoire devient « la crise de l’accueil des migrants » dans les médias, analyse sémantique janvier/avril 2018

Rediffusion. Première diffusion le 3 mai 2018

La couverture médiatique de la crise migratoire a été marquée durant les premiers mois de l’année 2018 par de nombreux événements. Les plus marquants sont l’annonce des chiffres d’arrivées d’étrangers en 2017, les manifestations à Mayotte contre l’immigration et l’insécurité, l’explosion du nombre d’arrivées de mineurs étrangers, le débat autour de la Loi asile et immigration et les manifestations à la frontière franco-italienne. Revue de presse.

Pression migratoire

Les Échos nous informent le 16 janvier que « le nombre de titres de séjour accordés par la France a progressé de 13,7 % (en 2017 par rapport à 2016 NDLR), avec notamment la forte hausse des entrées de réfugiés. La France a délivré 262 000 titres de séjour à des étrangers ». Le Figaro fait également état le 19 avril de l’arrivée de 79 500 clandestins en France en 2017, « trois fois plus en trois ans » et le 4 avril de 121 000 demandes d’asile déposées en 2017.

Cette pression se traduit notamment par l’augmentation constante des clandestins qui se regroupent au nord de Paris, avant une énième « mise à l’abri » : le 1er mars, ils sont selon Le Parisien « 300 migrants (qui) grelottent sous le périphérique ». Le 2 avril, ils sont selon Le Monde «  près de 2 000 migrants qui attendent de pouvoir déposer une demande d’asile dans le nord-est de Paris ». « On reviendra toujours, soyez-en sûrs » dit l’un deux au journaliste. Le 27 avril Le Parisien nous informe que Paris devient « le nouveau Calais ». « Ils sont 3 000 » dans le nord de la capitale. « Chaque semaine, 550 déracinés affluent dans la capitale ». Le quotidien rappelle les 30 opérations d’évacuation des campements organisées depuis juin 2015 et évalue à 150 millions d’euros le coût annuel de la prise en charge des migrants en Ile de France. Le journal fait état du désarroi des riverains du camp de migrants qui « se sentent « abandonnés », « depuis que le camp de migrants s’est installé, il y a des déchets partout ! ».

Concernant l’immigration clandestine entretenue par des réseaux et les passeurs rémunérés ou bénévoles, Le Figaro relate le 29 janvier qu’en 2017, « les services répressifs ont franchi pour la première fois la barre symbolique des 300 filières d’immigration démantelées en un an sur le sol français. (…) Un spectaculaire bond de 67 % en six ans ».

Le 14 mars France Info nous informe que « cinq nouveaux centres d'accueil vont ouvrir en région parisienne. Le centre de la porte de la Chapelle, baptisé la "bulle" installée pour accueillir les migrants et réfugiés va être démonté. Il sera remplacé par cinq centres d'une capacité totale de 750 places (contre 450 porte de la Chapelle), répartis dans cinq départements ».

Le 9 avril, selon Le Dauphiné libéré « la gare SNCF de Briançon ( a été ) transformée en dortoir pour les migrants ». Une réalité confirmée le 21 avril par Europe 1 : « Depuis un an, les Hautes-Alpes connaissent un afflux exponentiel de migrants, essentiellement d’Afrique de l’Ouest. Selon la préfecture, 315 personnes en situation irrégulière ont été refoulées vers l’Italie en 2016 et 1 900 en 2017 ».

Calais

La situation est toujours tendue à Calais. Parmi les faits divers, Le Monde relate le 2 février « une explosion de violence. Une rixe entre migrants afghans et africains a fait une vingtaine de blessés ». « Depuis la visite, le 16 janvier, du chef de l’État, la situation se détériore un peu plus chaque jour ». Le 2 février, Le Figaro nous informe qu’à Dunkerque, « des migrants s'en prennent à la police ».

Le 18 avril La Voix du Nord fait état d’un CRS blessé dans une altercation avec des migrants.

Mayotte

Les manifestations contre l’immigration clandestine et la délinquance à Mayotte font l’objet de plusieurs reportages :

Le 1er mars Le Figaro estime que « Mayotte suffoque. Un député affirme : « Les Mahorais n’ont plus accès comme avant à la préfecture, aux écoles, aux hôpitaux », tant le système est saturé par l’immigration illégale ». L’élu confie également : « Ceux de nos concitoyens qui bénéficient de la sécurité sociale sont même invités à aller se faire soigner à la Réunion ou en métropole ! ».

Le 4 mars, lors du journal de TF1, des habitants pointent les habitants des Comores. Une habitante témoigne : « on est fatigué de ceux qui viennent à Mayotte pour voler ». Toujours sur TF1 le 12 mars, un reportage sur « la première maternité de France » à Mayotte. « 70% des femmes qui accouchent sont clandestines. Une Aide-Soignante reconnaît que c’est le droit du sol qui les attire : «Même si le père et la mère n’ont pas de papiers français, comme l’enfant est né à Mayotte, un jour il sera Français». Le 17 mars, selon RT actu, « un groupe de citoyens annonce patrouiller dans les villages du nord de Mayotte pour arrêter les clandestins, venus principalement des Comores et d'Afrique et les remettre aux gendarmes – qui «collaboreraient». « La ministre des Outre-mer condamne ».

Mineurs non accompagnés

Comme relaté dans un précédent article de l’OJIM, les médias font écho de l‘inquiétude de Présidents de Conseils départementaux qui doivent prendre en charge les mineurs étrangers isolés.

Le 7 février, le site Fdesouche reproduit une lettre du président du Conseil départemental d’Indre-et-Loire adressée au Premier Ministre. L’élu indique que « le budget départemental pour les mineurs « est passé de 3,8 M€ en 2016 à 11,9 M€, montant équivalent à l’aide à l’investissement consacrée aux communes et aux intercommunalités ».

Le Figaro fait le même constat le 15 février au niveau national : « Le nombre de mineurs étrangers explose. Le coût annuel de leur accueil atteindrait 1,5 milliard dans six mois, alors qu’il était évalué à 1 milliard en septembre dernier ». « Si un migrant se voit refuser un accès aux Aide Sociale à l’Enfance dans une collectivité, il peut toujours tenter sa chance dans une autre ».

Certains mineurs étrangers sont violents. Ainsi à Brest, Ouest-France relate qu’« une bande de mineurs étrangers, isolés, s’adonne à des vols, des violences et à un trafic de stupéfiants dans le centre-ville. Policiers et élus s’avouent impuissants face à ce phénomène. Mais ces interpellations multiples n'ont aucun effet sur les jeunes ». « Il s'agit de mineurs étrangers, isolés. Ils ne sont pas en situation irrégulière car, quand on est mineur, on n'a pas besoin de papiers. Ils ne sont donc pas expulsables ».

Le phénomène est constaté à Paris où selon Le Parisien le 28 mars, des « dizaines de mineurs marocains (sont) en errance dans les rues de la Goutte-d'Or depuis plus d'un an ». « Une pétition de riverains fait état d’une «  nette dégradation, marquée par l’apparition de problèmes bien plus graves : violence, cambriolages, prostitution et augmentation du trafic de drogue ».

Une délinquance constatée également à Versailles dans Le Parisien du 21 mars.

Le 4 avril Métropolitain fait état d’une « filière démantelée à Montpellier : les mineurs isolés étaient adultes ». « Ces investigations ont été déclenchées après 17 plaintes déposées par le conseil départemental de l’Hérault pour un préjudice estimé à 900 000 euros, puisque les mineurs isolés qui étaient majeurs ont profité des aides financières et matérielles du Département». La prise en charge totale d’un mineur non accompagné étranger coûte 284 euros par jour ».

Le 27 avril France Bleu relate une « révolte dans un foyer pour mineurs étrangers à Nantes ». « Plusieurs pensionnaires se sont mis à casser des vitres, des meubles et des ordinateurs. La police a du intervenir ». « Pourquoi ? Parce que plutôt que de leur donner de l'argent, le département de Loire-Atlantique a décidé de leur fournir directement des repas ».

Loi asile

L’OJIM a consacré deux articles au traitement médiatique du débat sur la loi Asile. Alors que le quotidien Le Parisien parle le 27 avril d’une loi « qui prévoit un durcissement considérable des conditions d’accueil en France » et que la fronde de quelques députés En Marche semble être le principal enjeu pour beaucoup de journalistes, d’autres points de vue se font entendre dans les médias.

Le 17 février, sur le site Atlantico, Eric Veraeghe évoque « la gauche Castafiore » qui donne de la voix. « Leur objectif est de transformer des problèmes politiques en problèmes affectifs, ou de culpabilité morale. Gustave Le Bon, notamment dans sa Psychologie des Foules, avait très bien décrit ce mécanisme, qui vise à détourner les individus de la rationalité pour les manipuler par des bons sentiments. On peut observer cette tendance générale à la gouvernance par l'émotion dans le débat public français aujourd'hui ».

Dans Valeurs actuelles du 19 avril, la journaliste Charlotte d’Ornellas résume « la fausse fermeté présidentielle » en matière d’immigration. Elle égrène une longue liste « des dispositions prises en faveur des clandestins ».

Actions judiciaires

Les médias nous informent régulièrement des actions judiciaires engagées par les associations d’aide aux migrants. Après la contestation de la circulaire Collomb, du montant de l’allocation d’attente, etc., France 3 nous informe le 24 janvier que « la suppression des aides (au Passe Navigo) pour les étrangers en situation irrégulière (décidée par la Présidente du conseil régionale est) annulée » par le tribunal administratif de Paris. « Les bénéficiaires de l'aide médicale d'Etat, devraient pouvoir de nouveau bénéficier d'une réduction de 75 % sur le prix du pass Navigo ».

Le 25 février selon Le Figaro, « des associations humanitaires poursuivaient l’État pour avoir refoulé, de façon expéditive et illégale, selon eux, 20 jeunes Africains venus d’Italie qui se disaient mineurs. Ces migrants soudanais, maliens, érythréens, guinéens ou égyptiens ». Ils ont obtenu gain de cause. Les associations « ont observé le travail policier, cherché la faille et trouvé parmi les refoulés de jeunes étrangers susceptibles de former, par leur entremise, un recours pour excès de pouvoir. Le juge administratif les a suivis. Il a estimé que « lorsqu’il n’est pas possible de déterminer si l’étranger est majeur, le doute profite à l’intéressé et le mineur présumé non accompagné d’un représentant légal ne peut être rapatrié avant l’expiration du délai d’un jour franc ».

Violence et délinquance en Europe

Le 17 février, L’Obs consacre un article à « Casel Volturno, petite ville fantôme d'Italie, tombée aux mains des gangs nigérians ». Sputnik News relate qu’à Florence, le 6 mars : « indignés par le meurtre d'un marchand ambulant sénégalais, des migrants africains ont manifesté, lundi soir, dans le centre de la ville italienne de Florence, en commettant des actes de vandalisme et en se livrant à d'autres excès ».

A Madrid, la mort inexpliqué d’un sénégalais le 16 mars provoque selon RFI une « violente bataille de rue qui s'en est suivie avec les policiers, d’une violence très inhabituelle à Madrid ». Selon Focus.De, à Donauwörth, en Allemagne, « des dizaines de migrants provoquent une émeute pour empêcher les policiers d’expulser un clandestin gambien, 30 arrestations ».

L’histoire et les faits revisités

On ne compte plus les manifestations et actions en faveur des migrants relayées dans les médias, même si leur soutien dans l’opinion reste à établir : de la fille de Jacques Chirac qui selon Le Point offre à des migrants les costumes de son père aux forums de l’emploi réservés aux migrants.

Sans parler de l’abondante production éditoriale sur le sujet. Cela n’empêche pas 63% des français de penser qu’il y a trop d’immigrés en France selon un sondage BVA présenté le 7 février par Challenges.

Alors que « l’histoire mondiale de France » revisitée façon « village global » par P. Boucheron est largement encensée dans les médias, une enseignante, Barbara Lefèbvre, fustige le 20 janvier sur C8 (Salut les terriens) l’enseignement d’une histoire de la contrition et de la concurrence mémorielle : « On a réintroduit la préhistoire, pour nous expliquer l’Histoire sous l’angle des migrations ».

Pendant ce temps, La Provence nous informe que « SOS Méditerranée sensibilise le milieu scolaire aux flux migratoires ». « Ouvrir les élèves vers une réflexion sur l'exil, vers ce choix de départ de son pays pour trouver un lieu de vie possible. Cette action pédagogique a démarré en région Paca mais implique désormais une quarantaine de bénévoles à travers la France et compte bien s'étendre à l'ensemble du territoire national à très court terme ».

Dans ces conditions, on est à peine étonné d’apprendre le 4 avril par BFMTV que « le parquet de Paris a requis 5 000 euros d'amende avec sursis contre Nicolas Dupont-Aignan pour avoir évoqué une "invasion migratoire" dans un tweet en 2017 ».

Un réquisitoire qui semble donner raison à Douglas Murray dont le livre, « L’étrange suicide de l’Europe », récemment publié en France a été chroniqué notamment par Le Figaro : « Qu’on acquiesce publiquement au sujet de l’immigration à l’opinion majoritaire, et là on risque sa réputation, sa carrière et son emploi ».

Opposition

Comme relaté dans un article récent de l’OJIM, plusieurs manifestations contre l’immigration et l’insécurité ont été organisées ces derniers mois en Allemagne, avec une couverture médiatique très faible. En France, l’opposition et le mécontentement au sujet de la politique migratoire se sont manifestés à plusieurs reprises :

Le Parisien fait état le 19 janvier qu’à « Villemomble : le maire ne veut pas des migrants ». « Une centaine de personnes évacuées tôt vendredi matin d’un campement à Saint-Denis ont été conduites vers un gymnase de Villemomble. C’est à l’Etat d’agir, tonne (le maire). Il doit construire des structures pérennes, et arrêter de venir perturber les activités communales. »

Le 22 janvier, à Langourla (22), « l’opposition contre les migrants grandit » selon Breizh Info. À tel point que le 9 février, « le conseil municipal vote l’abandon du projet d’accueil de migrants ».

Nous apprenons le 28 mars par Actu.fr que « l’accueil des mineurs isolés étrangers vient d’être contesté devant la justice par Alain de Peretti, citoyen de Gironde, opposé à la venue de ces migrants dans la commune de St-Macaire, dont il est voisin ».

Le 21 mars France 3 régions informe que le maire (DVD) de Castres, Pascal Bugis, « refuse que les Français payent pour les migrants ». Ce qui vaudra une polémique médiatique analysée par l’OJIM.

À Blacé (69), le 9 mars Le Progrès relate qu’« une résidence prévue pour les personnes âgées va peut-être accueillir des migrants mineurs. Un collectif d’habitants dénonce cette éventualité ».

Globalement, dans la période, les médias auront lourdement insisté sur l’aspect « répressif » de la loi asile immigration, sans faire le lien avec une situation qui apparait de plus en plus hors de contrôle à Mayotte, Calais, au nord de Paris comme ailleurs. Le peuple semble toujours être l’« angle mort » des médias sur le sujet.

Alors que, comme nous le soulignions en 2017, les médias ont largement relayé la contestation de la distinction réfugié politique/migrant économique, ce début d’année est marqué par de nouveaux éléments de langage. L’arrivée massive de migrants serait normale et ce qui serait anormal serait l’inadaptation des capacités d’accueil. La formule, « il n’y a pas de crise des migrants mais une crise de l’accueil des migrants » est répétée en boucle dans les tribunes offertes aux journalistes, associations et personnalités pro-immigration: France Inter, L’Obs, France Info, Nice Matin, L’Opinion, Le Monde, Sud Ouest, La Croix, Libération, etc... Parfait exemple de ce que le sociologue Howard S. Becker développait en 1963, dans le livre « Outsiders », des « entrepreneurs de morale ». Pour parvenir à leurs fins, les entrepreneurs de morale mènent une « croisade morale », destinée à gagner l’opinion publique. Dans le cas présent, cette « croisade » largement médiatisée prend la forme d’éléments de langage répétés ad nauseam, afin de faire retourner une opinion publique, qui, malgré tout, reste réticente face à ces injonctions.

Crédit photo : Squatte Le Monde via Flickr (cc)

Ce contenu a été financé par les donateurs de l'OJIM

Ce portrait a été financé par les donateurs de l'OJIM

Aider l'Observatoire du journalisme, c’est contribuer au développement d’un outil indépendant, librement accessible à tous et à votre service.

Notre site est en effet entièrement gratuit, nous refusons toute publicité et toute subvention - ce sont les lecteurs/donateurs qui assurent notre indépendance. En donnant 100 € vous financez un portrait de journaliste et avec l'avantage fiscal de 66% ceci ne vous coûte que 33 €. En donnant 200 € vous financez un dossier. Vous pouvez régler par CB, par PayPal, par chèque ou par virement. Rejoignez les donateurs de l'Ojim ! Nous n'avons pas d'autres sources de financement que nos lecteurs, d'avance merci pour votre soutien.

37% récolté
Nous avons récolté 745€ sur 2.000€. Vous appré­ciez notre tra­vail ? Rejoignez les dona­teurs de l’Ojim !

Suivez-nous sur les réseaux sociaux

Téléchargez l’application

L'Ojim sur iTunes Store