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Mineurs étrangers : pédale douce et bons sentiments dans les médias dominants

22 mars 2018

Temps de lecture : 5 minutes
Accueil | Pascal Houzelot | Mineurs étrangers : pédale douce et bons sentiments dans les médias dominants

Mineurs étrangers : pédale douce et bons sentiments dans les médias dominants

Dans la place qui est accordée aux différents sujets d’actualité dans les médias, il en est un qui pourrait remporter la palme de la discrétion, eu égard à son ampleur : celui de l’explosion du nombre d’arrivées de mineurs étrangers sur le territoire français. Une mise en perspective sur la couverture médiatique de ce phénomène s’imposait.

Dans ce pre­mier trimestre de l’année 2018, les Con­seils départe­men­taux en charge de l’accueil des mineurs isolés font le bilan de leurs actions de l’année 2017. Aucun départe­ment ne sem­ble épargné par l’arrivée de dizaines de mil­liers de clan­des­tins qui se présen­tent comme mineurs, et sont à ce titre pris en charge par les col­lec­tiv­ités. L’angle du traite­ment de ce sujet est étroite­ment lié à la voca­tion du média : actu­al­ité locale, nationale, média d’opinion. Revue de presse.

L’arrivée de jeunes clandestins dans les médias locaux, organisation et soutien

Le 19 févri­er, La Dépêche titre un arti­cle sur les pro­pos d’un représen­tant d’une asso­ci­a­tion pro- migrants : « Des mineurs étrangers (sont) privés de leurs droits majeurs ». Le quo­ti­di­en con­state le 16 mars que « leur nom­bre explose pour l’aide sociale à l’en­fance ». « Le con­seil départe­men­tal de Haute-Garonne peine à solu­tion­ner l’af­flux con­stant de jeunes migrants ». « Rares sont ceux qui dis­posent de papiers d’i­den­tité ». L’article dépasse le seul cadre du départe­ment : « En 2010 en France, le nom­bre de mineurs migrants con­fiés aux départe­ments était de 4 000. L’an dernier, leur nom­bre a aug­men­té de 85 % pour dépass­er 25 000 jeunes pris en charge. Cer­taines éval­u­a­tions par­lent même de près de 50 000 jeunes migrants arrivés depuis 2017 sur le ter­ri­toire ». « Selon le Sénat, le chiffre de 40 000 mineurs non accom­pa­g­nés est envis­agé pour 2018 ».

Dans le sud-est, La Provence titre sur « le Vau­cluse en ter­rain miné ». Une bénév­ole de Réseau Édu­ca­tion Sans Fron­tière inter­rogée juge par­fois « arbi­traires » les éval­u­a­tions menées par l’Aide sociale à l’en­fance (ASE) du Vau­cluse. 100% radio con­state que « le nom­bre de jeunes migrants ne cesse d’aug­menter dans le Tarn ».  « Tous les lieux d’accueil du départe­ment sont sat­urés ».

Sud-Ouest se fait l’écho d’ « un rassem­ble­ment de sou­tien à deux jeunes migrants guinéens » à Bay­onne quand Ouest-France cou­vre le 28 févri­er une « man­i­fes­ta­tion con­tre l’ex­pul­sion d’un mineur » ivoirien à Vannes…qui rassem­ble 14 per­son­nes sur la pho­to.

La couverture des médias nationaux, soutien et organisation

La Croix con­sacre plusieurs arti­cles sur le sujet. Le 12 mars, le quo­ti­di­en s’interroge « quelle solu­tion pour les mineurs migrants ? ». La ques­tion cen­trale sem­ble être « qui, de l’État ou des départe­ments, doit s’occuper des jeunes migrants qui se dis­ent mineurs pen­dant la phase de l’évaluation de leur âge ? ». « Les départe­ments ne cessent d’alerter sur l’explosion des coûts qu’ils sup­por­t­ent, estimés à un mil­liard d’euros en 2016. Selon le rap­port Doineau, 71 % des Mineurs Non Accom­pa­g­nés vien­nent d’Afrique, en par­ti­c­uli­er d’Afrique de l’Ouest fran­coph­o­ne, où ils fuient la pau­vreté et le manque de per­spec­tive d’avenir ».

Libéra­tion évoque le 12 mars un col­lec­tif dont l’objectif est de per­me­t­tre aux clan­des­tins mineurs de pass­er la fron­tière fran­co-ital­i­enne : « (…) com­posé d’associations et d’avocats français et ital­iens, (le col­lec­tif) s’est ren­du à la fron­tière fran­co-ital­i­enne de Men­ton pour observ­er et dénon­cer le refoule­ment illé­gal des étrangers souhai­tant pénétr­er en France. Ils ont obtenu gain de cause devant le tri­bunal admin­is­tratif. “Désor­mais, ils dor­ment à l’hôtel !” dit fière­ment l’avocate niçoise spé­cial­isée dans le droit d’asile ». Le 8 mars, le quo­ti­di­en pub­lie un arti­cle de l’AFP sur « deux scé­nar­ios pour répon­dre à la crise » liée à l’augmentation du nom­bre de pris­es en charge de mineurs isolés étrangers. Ras­surez-vous, aucune mesure restric­tive n’est envis­agée, seul le niveau (Etat, Départe­ment) de prise en charge fait débat.

L’Obs inter­roge un respon­s­able de Médecins Sans Fron­tières : « Tout est fait pour prou­ver que les mineurs étrangers isolés sont majeurs ». « L’Etat, avec sa poli­tique migra­toire répres­sive, n’est pas bien­veil­lant à l’égard des mineurs étrangers isolés ».

Même reg­istre sur France Info qui inter­viewe le prési­dent du Départe­ment de Seine-Saint-Denis : « Nous tirons la son­nette d’alarme depuis des mois ». « Quand les mineurs étrangers isolés arrivent sur nos ter­ri­toires, nous voulons faire un tra­vail de qual­ité. Ils doivent être pro­tégés. La France a pris des engage­ments inter­na­tionaux ».

Le Monde estime que le sujet est « une affaire européenne qui ne s’arrête pas à la majorité » : « l’examen com­para­tif dans les pays voisins de la France mon­tre que tous sont con­cernés par cette ques­tion du fait de sa crois­sance rapi­de et de son ampleur ». « La mis­sion recom­mande que l’Etat et les départe­ments (…) enga­gent une réflex­ion con­jointe (…) sur l’adaptation de la prise en charge, de l’admission à l’Aide sociale à l’enfance jusqu’à l’accompagnement des jeunes majeurs ».

Les médias (minoritaires) qui élargissent le cadre de réflexion

Lim­iter l’accueil de jeunes clan­des­tins à un prob­lème stricte­ment human­i­taire fait l’impasse sur d’autres dimen­sions, notam­ment juridiques, finan­cières, démo­graphiques, etc. Cer­tains médias élar­gis­sent le champ de la réflex­ion.

Le coût financier : Le Figaro indi­quait le 16 févri­er que « les col­lec­tiv­ités esti­ment que la fac­ture pour­rait attein­dre 1,5 mil­liard dans six mois, alors qu’elle était éval­uée à 1 mil­liard en sep­tem­bre dernier ». Dans Le Figaro du 14 sep­tem­bre 2017, le prési­dent de l’Assem­blée des départe­ments de France (ADF) esti­mait que « pour chaque départe­ment, cela représente env­i­ron 50 000 euros par an et par indi­vidu en moyenne ». Chiffre revu à la hausse (60 000 euros par jeune par an) dans une inter­view à France 3 Régions. Sur le site Polemia, une esti­ma­tion aboutit, sur la base de 42 000 Mineurs Non Accom­pa­g­nés pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance en 2018 « à un coût (…) de 3 Mil­liards d’euros en 2018 ». Aucun média ne souligne le car­ac­tère « open bar » de ces dépens­es alors que, con­cer­nant les dépens­es néces­saires pour garan­tir un accueil décent de nos ainés dans nom­bre de maisons de retraite, la Min­istre de la san­té indi­quait à un jour­nal­iste de 20 Min­utes que « la France n’avait ni ” les moyens budgé­taires” ni “les ressources humaines” ».

La minorité en ques­tion : Le pro­cureur de Bobigny le con­fi­ait au Figaro : « L’un des grands prob­lèmes que nous ren­con­trons en ce qui con­cerne les mineurs isolés, c’est que ces per­son­nes peu­vent être éval­uées plusieurs fois à mesure qu’elles changent de départe­ment. Il arrive même qu’ils soient dans cer­tains départe­ments con­sid­érés comme majeurs ». Une logique de guichet vers celui qui con­clu­ra à la minorité en quelque sorte…. Europe 1 évoque le 22 févri­er un rap­port du Sénat pub­lié en juin 2017 selon lequel 39% des « mineurs étrangers » ont été à l’issue d’une éval­u­a­tion con­sid­érés comme majeurs. L’expression « jeune clan­des­tin » sem­blerait plus adéquate ?

La mis­ère ou la crois­sance comme moteur au départ ? Causeur souligne que la récente crois­sance économique des pays sub­sa­hariens accélère les départs, « des par­en­tèles africaines se coti­sant pour financer les départs ». « L’émigration est con­sid­érée comme une fil­ière économique à part entière ».

L’appel d’air en ques­tion : Le site d’information Breizh Info indique que « les départe­ments ne cessent d’ouvrir de nou­veaux lieux, l’afflux d’immigrés ne taris­sant pas. La pres­sion des asso­ci­a­tions, l’aide finan­cière et loca­tive apportée par l’État, con­tribuent sans aucun doute à cet afflux incon­trôlé de jeunes migrants. Un phénomène que les pays d’Europe cen­trale ont quant à eux su éviter ».

Dans une inter­view au Figaro le 16 sep­tem­bre, le Prési­dent de l’Assemblée des départe­ments de France indique avoir noté que « ces jeunes arrivent en France via des réseaux de passeurs. Ils se présen­tent avec des fich­es plas­ti­fiées déjà prêtes, con­tenant les noms et les numéros de télé­phone de nos tra­vailleurs soci­aux ». Le Télé­gramme indique qu’« être mineur étranger et isolé (sans famille) per­met une prise en charge totale et automa­tique par les Départe­ments. Et un mineur est inex­pulsable et peut plus facile­ment obtenir un titre de séjour à sa majorité ». Une ten­dance qui ne devrait pas fléchir à l’écoute de la démo­graphe Michèle Trib­al­at. Celle-ci affirme au Figaro que le pro­jet de Loi sur l’asile prévoit d’« éten­dre le regroupe­ment famil­ial auprès des réfugiés mineurs. Elle crédi­bilise le pro­jet de familles qui envoient leur grand garçon, en éclaireur, essay­er de trou­ver un avenir meilleur en Europe ».

Effet d’éviction : Le Prési­dent du départe­ment du Nord affirme au micro de RMC ne plus avoir les moyens d’accueillir de jeunes nordistes « car pri­or­ité est don­née aux mineurs non accom­pa­g­nés étrangers », « qui arrivent à rai­son de 100 par semaine ».

L’aide sociale à l’enfance : L’accueil incon­di­tion­nel à tout mineur pré­sumé arrivé en France n’est pra­tique­ment pas ques­tion­né dans les médias. C’est au détour d’une émis­sion sur la radio RMC qu’un jour­nal­iste évoque la loi en Grande Bre­tagne où les migrants mineurs ne béné­fi­cient pas d’un accueil incon­di­tion­nel comme en France mais doivent, pour rester sur le ter­ri­toire, béné­fici­er du statut de réfugié.

L’angle pure­ment human­i­taire adop­té par de nom­breux médias dans le traite­ment de ce sujet est sin­gulière­ment restric­tif. La fig­ure de l’enfant vul­nérable et sans pro­tec­tion ne saurait souf­frir de nuances. Sans par­ler de l’avis des autochtones.

Pho­to : migrants en Macé­doine, juil­let 2015. Crédits : Domaine pub­lic

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