Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
Manifestations contre la politique migratoire en Allemagne : une couverture médiatique a minima en France et en Angleterre

26 juillet 2018

Temps de lecture : 4 minutes
Accueil | Veille médias | Manifestations contre la politique migratoire en Allemagne : une couverture médiatique a minima en France et en Angleterre

Manifestations contre la politique migratoire en Allemagne : une couverture médiatique a minima en France et en Angleterre

26 juillet 2018

Red­if­fu­sion. Pre­mière dif­fu­sion le 16 avril 2018

Depuis le début de l’année, plusieurs manifestations contre la politique migratoire de la chancelière Merkel et l’insécurité ont eu lieu en Allemagne. Leur couverture médiatique a été très discrète en France. Le traitement par les médias a‑t-il été le même en Grande Bretagne ? Nous avons mené l’enquête.

À par­tir de 2014, les man­i­fes­ta­tions organ­isées par le mou­ve­ment Pegi­da con­tre l’arrivée mas­sive de migrants avaient fait l’objet d’une assez large cou­ver­ture tant dans le presse française que sur les chaînes de la télévi­sion. Il en va autrement en ce début d’année, où des agres­sions com­mis­es par des migrants ont déclenché des réac­tions d’une par­tie de la pop­u­la­tion allemande.

Les faits

Par­mi les man­i­fes­ta­tions anti immi­gra­tion organ­isées en Alle­magne en ce pre­mier trimestre 2018, on peut citer celle du 3 févri­er 2018 à Cot­tbus. Le site DW.com (Deutsch Welle) nous informe que 2 000 man­i­fes­tants ont défilé dans la ville après deux attaques au couteau com­mis­es par des ado­les­cents syriens. Une man­i­fes­ta­tion pro-migrants a quant à elle réu­ni le même jour env­i­ron 600 personnes.

Le 17 mars, Online.De fait état d’une autre man­i­fes­ta­tion anti migrants à Cot­tbus rassem­blant 2 000 man­i­fes­tants pour pro­test­er une nou­velle fois con­tre la poli­tique d’immigration de la chancelière Merkel.

Le 24 mars, le site Epochtime.de relate une man­i­fes­ta­tion réu­nis­sant 2 500 per­son­nes à Kan­del suite au meurtre d’une ado­les­cente de 15 ans par un Afghan. La con­tre-man­i­fes­ta­tion organ­isée par la gauche est créditée de 600 manifestants.

Le même jour, une man­i­fes­ta­tion con­tre la poli­tique migra­toire du gou­verne­ment est organ­isée à Zwick­au. Radiozwick­au annonce le chiffre de 800 man­i­fes­tants revendiqués par les organisateurs.

La couverture française

La man­i­fes­ta­tion à Cot­tbus du 3 févri­er béné­fi­cie d’une très faible cou­ver­ture médi­a­tique en France :

Euronews présente les deux cortèges : la con­tre-man­i­fes­ta­tion est mise en avant (3 para­graphes sur 5). Une con­tre man­i­fes­tante par­le d’ « hys­térie » de la part des man­i­fes­tants con­tre l’insécurité et l’immigration. La con­clu­sion de l’article est con­sacrée à l’arrestation de « six mem­bres d’un grou­pus­cule d’ex­trême-droite, qui avaient dis­tribué des gaz lacry­mogènes aux habi­tants de la ville de Cot­tbus ».

Arte par­le de « grou­pus­cules xéno­phobes con­tre des migrants ». Avec un tel titre, le camp légitime ne fait plus de doutes. Un soci­o­logue inter­rogé par la chaine par­le d’une manip­u­la­tion visant à eth­ni­cis­er la vio­lence. Le jour­nal­iste indique cepen­dant que la ville a annon­cé sus­pendre les nou­velles arrivées de migrants.

Le Monde titre sur « En Alle­magne, Cot­tbus s’échauffe sur les réfugiés ». Le développe­ment est le plus fourni par rap­port à l’article et au reportage précé­dents : « Ces dernières semaines, le cli­mat s’y est forte­ment dégradé. Le 1er jan­vi­er, des mil­i­tants d’extrême droite armés de poings améri­cains ont attaqué trois Afghans devant un foy­er de réfugiés. Onze jours plus tard, un cou­ple d’Allemands a été agressé au couteau par trois Syriens à l’entrée d’un cen­tre com­mer­cial ». « Depuis, plusieurs cen­taines de per­son­nes sont descen­dues dans la rue, les unes pour réclamer « la fer­me­ture des fron­tières » et dénon­cer « l’islamisation de l’Allemagne », les autres pour défendre « une société de toutes les couleurs » et appel­er à « vivre sans céder à la haine ».

La couverture en Grande Bretagne

Même con­stat en Grande Bre­tagne sur la faible cou­ver­ture de la man­i­fes­ta­tion du 3 févri­er à Cot­tbus, comme des autres qui suiv­ront dans cette ville comme ailleurs.

Yahoo! News reprend la dépêche de l’agence Reuters : « Des réfugiés arabes ont marché con­tre la haine dans un ville alle­mande en proie à des ten­sions crois­santes ». « Des réfugiés arabes et des alle­mands pro migrants ont défilé à Cot­tbus same­di pour dénon­cer ce qu’ils appel­lent des ten­ta­tives de groupes d’extrême droite pour attis­er les ten­sions après deux attaques au couteau par des ado­les­cents syriens ». La man­i­fes­ta­tion con­tre la poli­tique migra­toire du gou­verne­ment et l’insécurité n’est évo­quée que dans la sec­onde par­tie de l’article.

Sput­niknews UK titre son arti­cle sur « L’Allemagne mon­tre une “grand poten­tiel de vio­lence” con­tre les réfugiés ». « Une man­i­fes­ta­tion con­tre les migrants a eu lieu dans la ville alle­mande de Cot­tbus suite à deux agres­sions con­tre des habi­tants, celles-ci ayant prob­a­ble­ment pour auteurs des réfugiés syriens. Sput­nik s’est entretenu avec des élus locaux (d’où le titre de l’article) ».

Press TV résume les événe­ments : « Des groupes d’extrême droite et des man­i­fes­tants favor­ables aux réfugiés ont man­i­festé dans la petite ville alle­mande. Une ville où le sen­ti­ment anti réfugié a beau­coup aug­men­té et où une man­i­fes­ta­tion et une con­tre-man­i­fes­ta­tion ont eu lieu pour témoign­er sou­tien et oppo­si­tion à la poli­tique migra­toire du gou­verne­ment ».

Le site Bre­it­bart titre « Env­i­ron 2 000 alle­mands man­i­fes­tent con­tre l’immigration de masse dans une ville qui fait face à une vague d’agressions de la part de migrants ». « La man­i­fes­ta­tion a réu­ni 2 000 par­tic­i­pants (…) selon Deutsche Welle. Par­mi les man­i­fes­tants, Mon­sieur tout le monde, des jeunes et des vieux, ain­si que des mil­i­tants de droite. »

Exhaustivité

La palme de l’exhaustivité dans la cou­ver­ture des man­i­fes­ta­tions revient à…Fdes­ouche. L’agrégateur de con­tenu a en effet pub­lié des arti­cles des médias alle­mands (DW.com, Online.De, Epochtime.de ) au sujet des man­i­fes­ta­tions, quand par­fois aucun média français et anglais ne relatait les événe­ments. Alors que le black-out est total dans de nom­breux médias français et anglais, Le Monde a con­sacré deux arti­cles assez four­nis aux man­i­fes­ta­tions à Cot­tbus et à Kan­del. Glob­ale­ment, on est loin de la cou­ver­ture des man­i­fes­ta­tions du mou­ve­ment Pegi­da des années précédentes.

Légitim­ité / disqualification

Pour la grande majorité des médias qui ont cou­vert ces man­i­fes­ta­tions, la prox­im­ité spa­tiale (dans les man­i­fes­ta­tions) ou tem­porelle des « grou­pus­cules d’extrême droite » aux man­i­fes­tants est un élé­ment clef. Elle sem­ble être util­isée comme une machine à dis­qual­i­fi­er les motifs à man­i­fester. La dis­tri­b­u­tion de gaz lacry­mogènes par des mil­i­tants d’extrême droite, l’agression de migrants dans un foy­er à Cot­tbus sont par­fois asso­ciés à la rela­tion des man­i­fes­ta­tions à Cot­tbus. La palme revient à Arte dont le reportage vise à min­imiser des prob­lèmes de délin­quance liés aux migrants.

Contextualisation

Le Monde donne bien un élé­ment de con­texte : « L’attaque de mil­i­tants d’extrême droite armés de poings améri­cains de trois Afghans devant un foy­er de réfugiés ». Euronews évoque la dis­tri­b­u­tion par « un grou­pus­cule d’ex­trême-droite (de) gaz lacry­mogènes aux habi­tants de la ville de Cot­tbus ». Il en résulte que l’on ne sait plus très bien quel est l’élément déclencheur des man­i­fes­ta­tions : l’activisme de grou­pus­cules ou la vio­lence d’étrangers.

Plus glob­ale­ment, en avril 2017, le jour­nal alle­mand Die Zeit attribuait l’augmentation de la crim­i­nal­ité vio­lente en Alle­magne essen­tielle­ment aux dél­its com­mis par les migrants. Une étude cor­roborée par une étude d’ex­perts com­mandée par le min­istère alle­mand de la Famille présen­tée en jan­vi­er 2018 par le site Atlanti­co. La récente loi alle­mande sur les médias ne devrait pas inciter les jour­nal­istes alle­mands à rap­pel­er cet élé­ment de con­texte à pren­dre en compte dans la com­préhen­sion des manifestations…

Mots-clefs : ,

Voir aussi

Cet article vous a plu ?

Il a pourtant un coût : 50 € en moyenne. Il faut compter 100 € pour un portrait, 400 € pour une infographie, 600 € pour une vidéo. Nous dépendons de nos lecteurs, soutenez-nous !

Derniers portraits ajoutés