Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
Castres : comment une polémique sur les migrants est créée et entretenue par les médias locaux

6 avril 2018

Temps de lecture : 2 minutes
Accueil | not_global | Castres : comment une polémique sur les migrants est créée et entretenue par les médias locaux

Castres : comment une polémique sur les migrants est créée et entretenue par les médias locaux

Tout est parti d’un éditorial du maire de Castres (et président de la communauté de communes Castres Mazamet), en mars 2018 dans le journal municipal. Pascal Bugis, premier édile de la commune du Tarn (droite locale) s’y interroge sur le coût de la prise en charge de mineurs étrangers hébergés dans une commune voisine, Lagarrigue, alors que « l’argent public est une denrée rare ».

Le maire y fait état d’une dota­tion de 160 euros par jour et par mineur ver­sés à l’association organ­isant la prise en charge, « à l’in­star de toutes celles qui enca­drent des migrants mineurs sur le ter­ri­toire français ». Ceci alors que « par le fruit de son tra­vail un salarié rémunéré au SMIC perçoit env­i­ron 53 € nets par jour ». Il n’en fal­lait pas plus pour déclencher une bron­ca très médi­atisée.

Bronca unanime des médias locaux

La Dépêche se range aux argu­ments des détracteurs du maire : « l’édi­to du maire serait «men­songer et dan­gereux ». Le quo­ti­di­en estime que le maire a bien fait d’utiliser le con­di­tion­nel sur le coût de l’hébergement, « le coût serait de 85 euros par jour et par mineur selon le con­seil départe­men­tal ». Les élus de gauche de l’opposition munic­i­pale, le pre­mier secré­taire du PS du Tarn et une élue Les Verts sont inter­rogés et font part de leur indig­na­tion face à ces bass­es con­sid­éra­tions matérielles.

Le Tarn libre titre sobre­ment sur « Cas­tres, polémique con­cer­nant l’édi­to­r­i­al du maire Pas­cal Bugis sur l’ac­cueil des jeunes migrants ». Mais pour argu­menter le débat, le jour­nal donne la parole aux élus de « la gauche rassem­blée » et titre un chapitre sur « Des pro­pos irre­spon­s­ables » (sous-enten­du : du maire).

Pour 100% Radio, le sujet est « la polémique après l’édi­to­r­i­al du Maire de Cas­tres ». La radio détaille les dif­férents coûts et le finance­ment de l’accueil des mineurs migrants dans le Tarn. On y apprend que les mineurs recon­nus « intè­grent le dis­posi­tif d’aide sociale à l’enfance, (c’est le cas des mineurs de Lagar­rigue) et le coût est ici de 85 euros par jour ».

La vérité des chiffres

De qui le maire et les jour­naux locaux ain­si que 100% Radio tirent-ils leurs chiffres ? Per­son­ne ne le saura pré­cisé­ment, les com­mu­niqués des médias ne font men­tion que du con­seil départe­men­tal (PS). À défaut de le savoir, on peut tou­jours se référ­er à des sources a pri­ori fiables, comme le rap­port d’information du Sénat du 28 juin 2017 sur la prise en charge sociale des mineurs non accom­pa­g­nés. On peut y lire que « l’Assemblée des départe­ments de France, de même que les respon­s­ables asso­ci­at­ifs, esti­ment le coût financier annuel moyen d’un jeune admis à l’aide sociale à l’enfance à env­i­ron 50 000 euros, à savoir 140 euros par jour ». Des chiffres plus proches de ceux du maire et très éloignés de ceux cités par les médias locaux. Et un rap­port superbe­ment ignoré par ces médias.

Alors que le nom­bre de mineurs étrangers arrivés en France explose et que des fil­ières de faux mineurs sont mis­es à jour, la bron­ca médi­a­tique qu’ont sus­cité les pro­pos du maire de Cas­tres l’amènent à affirmer que si on ne peut plus pos­er de ques­tions, « on ne peut plus par­ler de trans­parence, on ne peut plus par­ler de lib­erté, il faut par­ler d’autre chose ». Une omer­ta encour­agée par les médias main­stream quand il s’agit de relay­er un con­cert de protes­ta­tions out­ragées, visant à empêch­er tout débat. La Dépêche, Le Tarn libre comme 100% Radio véhicu­lent bien des fake news sur le sujet. Volon­taire­ment ?

Crédit pho­to : domaine pub­lic

Sur le même sujet

Related Posts

None found

Les réseaux Soros
et la "société ouverte" :
un dossier exclusif

Tout le monde parle des réseaux de George Soros, cet influent Américain d’origine hongroise qui consacre chaque année un milliard de dollars pour étendre la mondialisation libérale libertaire.

En effet, derrière un discours "philanthropique" se cache une entreprise à l'agenda et aux objectifs politiques bien précis. Mais quelle est l’étendue de ce réseau ?

Pour recevoir notre dossier rejoignez nos donateurs (avec un reçu fiscal de 66% de votre don).

Derniers portraits ajoutés

Rudy Reichstadt

PORTRAIT — Omniprésent dans les médias, l’ambitieux Reich­stadt sait se ren­dre indis­pens­able, fort de l’expertise qu’il s’auto-attribue. Au même titre que celle des Décodeurs du Monde, dont il est le pen­dant, sa parole est d’or (c’est du plaqué) dès lors qu’il s’agit de sépar­er le bon grain de l’ivraie et d’éduquer les généra­tions futures…

Alexandre Adler

PORTRAIT — Véri­ta­ble caméléon poli­tique, Alexan­dre Adler a été tour à tour com­mu­niste, social­iste puis néo-con­ser­va­teur, favor­able à la guerre en Afghanistan et en Irak, par­ti­san du oui au référen­dum sur la con­sti­tu­tion européenne et sou­tien de Nico­las Sarkozy en 2007.

Lucie Soullier

PORTRAIT — C’est la jour­nal­iste « spé­cial­iste de l’extrême droite » qui monte au Monde. Comme ses com­pères Tris­tan Berteloot (Libé), Ivanne Trip­pen­bach (L’Opinion) ou Camille Vigogne (L’Express), Lucie Soul­li­er ne sem­ble pas avoir de l’appétence pour son sujet, mais au con­traire, un dégoût qui peut con­fin­er à la haine.

Laure Adler

De sa thèse d’histoire sur le fémin­isme aux nom­breuses biogra­phies qu’elle a con­sacrées, tout au long de sa car­rière, à des grandes fig­ures féminines, Lau­re Adler n’aura cessé d’être fascinée par les glo­rieux des­tins de femmes et, à sa manière, en aura incar­né un.

Stéphane Kenech

PORTRAIT — Stéphane Kenech, ou l’histoire d’un jour­nal­iste d’images rêvant de s’ac­com­plir dans le reportage de guerre et d’in­ves­ti­ga­tion. Dans cette voca­tion en devenir, il se pas­sionne pour la Syrie au tra­vers de deux caus­es : le retour des dji­hadistes en France et la lutte con­tre le régime syrien. Par­fois au risque d’y oubli­er la déon­tolo­gie et de met­tre en dan­ger ceux qui lui font con­fi­ance.