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9 juillet 2026 | Temps de lecture : 17 minutes
Portrait

Salhia Brakhlia

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Barthès au féminin

« Mes ques­tions restent sérieuses mais j’enrobe le tout avec des séquences qui font sourire. Ça ne change pas le fond mais le sujet devient beau­coup plus rigo­lo et sym­pa à regarder », Téléra­ma, 6 mai 2014

Sal­hia Brakhlia apporte avec suc­cès, les méth­odes con­tro­ver­sées du Petit Jour­nal dans les médias pour lesquels elle tra­vaille. Le mélange détonne : le non-stop de l’info en con­tinu et le sar­casme du Petit Jour­nal. Der­rière ses coups d’éclat per­son­nels, Sal­hia Brakhlia appar­tient à cette nou­velle caté­gorie de jour­nal­istes qui aiment à faire rire le téléspec­ta­teur par des séquences bien pré­parées et bien mon­tées. For­cé­ment, six ans au Petit Jour­nal, ça laisse des traces… Rev­enue en 2026, elle est la dou­blure de Yann Barthès.

Formation

D’origine algéri­enne, dernière d’une fratrie de sept enfants, Sal­hia Brakhlia est née à Condé-sur‑l’Escaut, dans le départe­ment du Nord en mai 1986. Elle y passe toute son enfance et y suit toute sa sco­lar­ité. Elle fréquente égale­ment le cen­tre social de la com­mune. C’est dans ce cadre qu’en 2003 elle par­ticipe à l’opération « télé-cité », une série «  qui per­met aux jeunes gens et jeunes filles des quartiers de s’exprimer à la télévi­sion, sur France 3 Paris et France 3 Lille ». C’est à ce moment qu’elle fait ses pre­miers pas der­rière la caméra (lien 1 et lien 2, à par­tir de 11 min).

Elle quitte le Nord une fois le bac en poche et com­mence alors un DEUG d’histoire et de sci­ences poli­tiques à la Sor­bonne. Après un pre­mier stage au sein de la chaine de télévi­sion Mona­co Info, elle intè­gre, en 2005, l’école du jour­nal­isme de Nice, dont elle sort diplômée deux ans plus tard. Elle réalise son stage de fin d’études à Ros­ny TV, la web-télévi­sion de la ville de Ros­ny-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis.

Parcours

En sep­tem­bre 2007, elle com­mence comme sta­giaire au « Grand Jour­nal » de Canal+. Elle est alors chargée de réalis­er les fich­es de Michel Denisot sur les invités de l’émission et sur les dif­férents sujets abor­dés. Dans le même temps, elle réalise quelques piges pour le « Petit Jour­nal ». Moins d’un an après son arrivée au sein du groupe Canal+, elle est embauchée, comme jour­nal­iste reporter d’image, pour le « Petit jour­nal », en août 2008.

C’est elle qui lance le « Petit jour­nal » dans le monde poli­tique, en bal­adant son fameux micro rouge dans la salle des Qua­tre Colonnes à l’Assemblée nationale. « Les reportages poli­tiques, c’est l’ADN de l’émission depuis ses débuts », affirme-t-elle à Téléra­ma en mai 2014. « Il y a six ans, quand j’ai com­mencé, nous posions des ques­tions vrai­ment décalées. A l’Assemblée nationale, les députés venaient nous voir pour faire les malins devant la caméra. Aujourd’hui, ils font preuve de plus d’attention car notre traite­ment des sujets poli­tiques a évolué. On essaye de grat­ter un peu plus, de pos­er la ques­tion à laque­lle les autres jour­nal­istes n’ont pas pen­sé, de mon­tr­er l’envers du décor » (source).

Avec Sal­hia Brakhlia et le « Petit Jour­nal », on est en plein « info­tain­ment », un mélange entre véri­ta­ble infor­ma­tion, diver­tisse­ment et déri­sion, comme sait si bien le faire Canal+. « Mes ques­tions restent sérieuses mais j’enrobe le tout avec des séquences qui font sourire », se jus­ti­fie-t-elle. « Ça ne change pas le fond mais le sujet devient beau­coup plus rigo­lo et sym­pa à regarder ». Le rire est effec­tive­ment garan­ti, l’audience égale­ment… Le respect des faits, c’est moins sûr. Le « Petit Jour­nal » sera d’ailleurs régulière­ment pointé du doigt pour ses bidon­nages, ses approx­i­ma­tions, voire ses men­songes et son traite­ment par­tial de l’actualité.

Mal­gré cela, pour ses con­frères de la presse écrite qui font son por­trait ou l’interrogent, Sal­hia Brakhlia devient donc celle qui « taquine les per­son­nal­ités poli­tiques » (La Voix du Nord), ou encore « le poil à grat­ter des poli­tiques. Celle que l’on évite, ou que l’on cherche à crois­er pour les plus auda­cieux d’entre eux », la « jour­nal­iste-ter­reur qui pose les ques­tions qu’une grande par­tie de ses con­frères ne se risque pas à mur­mur­er dans son som­meil », pour Cheek mag­a­zine.

Si Sal­hia Brakhlia et le « Petit Jour­nal » est black­listé par Jean-Luc Mélen­chon — en 2012, elle se voit inter­dire l’entrée à une réu­nion du can­di­dat -, c’est surtout pour et grâce à ses démêlés avec le Front Nation­al qu’elle se fait connaître.

Ain­si, en sep­tem­bre 2013, alors qu’elle cou­vre la ren­trée poli­tique de Marine Le Pen à la braderie d’Hénin-Beaumont, Sal­hia Brakhlia se fait pho­togra­phi­er, ten­ant dans la main, son cahi­er « dont le con­tenu s’apparente plus à un sto­ry-board qu’à un relevé de notes de ter­rain pris­es au vol », selon le com­mu­niqué de presse du Front Nation­al qui sera pub­lié ultérieure­ment. Le reportage sem­ble en effet écrit à l’avance, avec, notam­ment, une séquence déjà prévue, inti­t­ulée « Marine la cougar ». « Dis donc, ils sont jeunes ! », note entre guillemets Sal­hia Brakhlia sur son car­net avant même d’avoir com­mencé son reportage. Pour le Front nation­al, la cause est enten­due : « Le Petit Jour­nal est donc venu avec ses préjugés et un reportage déjà écrit à l’avance, ten­tant vaine­ment au cours de la journée de coin­cer nos mil­i­tants et de les pouss­er à la faute ». Con­séquence de cette affaire, le « Petit Jour­nal » sera désor­mais per­sona non gra­ta dans les réu­nions du Front Nation­al. Fin 2013, Sal­hia Brakhlia ne pour­ra accéder à une con­férence de Mar­i­on Maréchal-Le Pen que grâce au sou­tien de ses con­frères de la presse locale. En jan­vi­er 2014, elle n’est pas autorisée à cou­vrir les vœux de la prési­dente du Front nation­al.

Débuts sur BFMTV : l’affaire Lucette

En sep­tem­bre 2015, elle fait ses débuts sur BFMTV. Tous les soirs, elle présente une pastille de décryptage médias “L’œil de Sal­hia Brakhlia”, dif­fusée dans l’émission de Jean-Bap­tiste Bour­si­er, “Grand angle”. « Elle ne ten­dra plus un micro rouge mais un micro bleu », résume L’Ex­press. Selon Libéra­tion, « out­re la propo­si­tion de BFMTV, elle a été cour­tisée, au print­emps, par trois médias, radio et télé. Ses nou­veaux patrons lui ont promis un poste sim­i­laire à celui qu’elle occu­pait chez Canal+, mais dans un cadre plus flex­i­ble ».

Le 1er novem­bre 2015, elle s’invite chez Lucette, cette retraitée de Van­doeu­vre-lès-Nan­cy, qui avait reçu François Hol­lande chez elle, autour d’une sim­ple tasse de café, quelques jours aupar­a­vant. A cette occa­sion et en faisant par­ler Lucette, Sal­hia Brakhlia, révèle la supercherie et le mon­tage de cette opéra­tion de com­mu­ni­ca­tion, entière­ment orchestrée par l’Élysée. Tout est faux ! Le décor, les chais­es, la déco­ra­tion et même le café ont été fourni par la mairie social­iste de Van­deoeu­vre-les-Nan­cy. Quant aux ques­tions à pos­er, elles ont été pré­parées par le ser­vice com­mu­ni­ca­tion de l’Elysée : « j’avais dans l’idée de dire qu’il s’oc­cupe beau­coup d’im­mi­grés mais pas de clochards qui meurent pour ain­si dire dans la rue. Ça, fal­lait pas que je le dise », avoue la retraitée au micro de Sal­hia Brakhlia.

« Du décryptage chez BFMTV ? », com­mente Daniel Schnei­der­mann dans son émis­sion Arrêt sur Images, « pas si éton­nant que ça : la séquence a été tournée par la jour­nal­iste Sal­hia Brakhlia, arrivée à BFM cet été en prove­nance… du Petit Jour­nal de Canal+ ». Toute­fois, le naturel revient au galop et la jour­nal­iste ne peut s’empêcher de réprimer son sur­moi musul­man, comme lors de son reportage sur la fête du cochon d’Hayange, où la volon­té de dés­in­for­ma­tion est sous-ten­due par une antipathie instinc­tive pour l’animal inter­dit. Elle regrette notam­ment que l’omniprésence du cochon « écarte pas mal de gens… Je pense notam­ment aux per­son­nes musul­manes ou de con­fes­sion juive ». Avec toute la fausse ingé­nu­ité qui la car­ac­térise, elle demande au maire FN d’Hayange Fabi­en Engel­mann pourquoi il n’organiserait pas la « fête du Makrout » dans sa ville.

Après trois ans chez BFMTV, elle ren­tre au bercail et rejoint l’équipe du Petit Jour­nal, désor­mais Quo­ti­di­en, sur TMC. Yann Barthès l’annonce offi­cielle­ment sur Twit­ter le 15 juin 2018. Elle présente une pastille inti­t­ulée “Le Moment de Vérité”, référence à l’ancienne émis­sion poli­tique d’Antenne 2, “L’Heure de vérité”. Elle rem­place occa­sion­nelle­ment Barthès lors de la pre­mière sai­son, avant de devenir son jok­er offi­ciel la sai­son suiv­ante (elle assure l’animation de l’émission cer­tains vendredis).

La jour­nal­iste paie de sa per­son­ne lors des man­i­fes­ta­tions des Gilets Jaunes où “Quo­ti­di­en” n’est pas tenu en haute estime. L’équipe de reportage, inclu­ant Brakhlia, est con­fron­tée par deux fois à Yvan Benedet­ti lors de l’Acte 3 des Gilets Jaunes le 1er décem­bre 2018 et lors de la man­i­fes­ta­tion anti-PMA le 6 octo­bre 2019 (où le matériel de reportage est endom­magé). L’émission porte plainte con­tre Benedet­ti le lendemain.

Débarquée de France Info

La jour­nal­iste ral­lie la mati­nale de Fran­ce­in­fo à la ren­trée 2020, où elle présente l’interview poli­tique de 8h30. Elle suc­cède dans ce rôle à Renaud Dély. Cepen­dant, elle con­serve un pied dans la bande à Barthès en pilotant pen­dant un an une rubrique dans la nou­velle for­mule du Quo­ti­di­en Week End du ven­dre­di. Mas­cotte un jour, mas­cotte toujours.

Lors de son pas­sage sur la radio publique, qu’elle qual­i­fie de « quin­quen­nat » dans Le Point en jan­vi­er 2026, elle pro­pose à l’antenne des por­traits de femmes aux par­cours var­iés (éboueuses, mag­is­trates, femmes de ménage) dans une série bap­tisée « Essen­tielles » qui don­nera nais­sance à un ouvrage du même titre en 2023. En plus de la mati­nale, elle assure par ailleurs avec Marc Fau­velle, puis Jérôme Cha­puis en 2023 l’interview poli­tique de 8 h 30 puis les Infor­més du matin avec Renaud Dély.
Elle est débar­quée de France Info de façon quelque peu expédi­tive en décem­bre 2025, peu de temps après qu’une nou­velle direc­tion ait été nom­mée à la tête du média pub­lic. « Je n’ai pas com­pris », con­fiera l’intéressée au Point.

Agnès Vahrami­an, direc­trice depuis 2024, regrette de n’avoir pu trou­ver un « ter­rain d’entente » avec la jour­nal­iste, sans pré­cis­er davan­tage la nature de ce dif­férend. A sa place, la sta­tion embauche Agathe Lam­bret et Paul Lar­routur­ou, un autre ex de « Quotidien ».

Brahk­lia se con­sole en rebondis­sant chez RMC Life, une chaîne con­fi­den­tielle du groupe BFM TV où les doc­u­men­taires qu’elle présente réalisent des audi­ences faméliques. Toute­fois, Sal­hia Brakhlia garde un pied dans le pub­lic en devenant le jok­er (rem­plaçant) de Car­o­line Roux sur « C dans l’air ». Elle aurait même pu devenir la présen­ta­trice attitrée de l’inamovible émis­sion de débat de France 5, si Roux avait accep­té la propo­si­tion de présen­ter le 20 heures de France 2, rôle finale­ment dévolu à Léa Salamé.

En juin 2026, un an avant la prési­den­tielle, elle quitte le ser­vice pub­lic et la chaîne TMC annonce son (énième) retour sur « Quo­ti­di­en », où elle « sera par­ti­c­ulièrement en charge, aux côtés de Yann, des inter­views avec les grandes per­son­nal­ités que nous recevons sur notre plateau ».

Ce qu’elle gagne

« Suff­isam­ment pour manger » répond-elle à Libéra­tion.

Sa nébuleuse

Yann Barthès et l’équipe du « Petit Jour­nal ». Bangu­mi, la société de pro­duc­tion de Yann Barthès, pro­duit les doc­u­men­taires présen­tés par Brakhlia sur RMC Life.

Mouloud Achour et sa société de pro­duc­tion Pre­mière Fois. C’est grâce à lui que parais­sent les deux volets de Ser­vice Pub­lic. Dans ce pod­cast, elle décrit « être pote avec Mouloud ».+

Filmographie

  • Elle coréalise « Ser­vice Pub­lic », un doc­u­men­taire sor­ti en 2022 qui la mon­tre dans son quo­ti­di­en de jour­nal­iste d’un média pub­lic au cœur de l’effervescence des élec­tions prési­den­tielles de 2022. Une scène la mon­tre notam­ment s’emparer des fich­es de Jor­dan Bardel­la avant une émis­sion et d’en com­menter la lec­ture à voix haute. Dans une autre, elle est dés­espéré­ment à la recherche de sta­tis­tiques accrédi­tant la thèse de la mon­tée du racisme depuis la vic­toire du RN aux lég­isla­tives anticipées de 2024.
  • Pas ras­sas­iée, elle remet le cou­vert deux ans plus tard avec « Ser­vice Pub­lic 2 » à l’image des grands stu­dios améri­cains qui répliquent leur con­cept à l’infini. Cette fois, ce sont les élec­tions lég­isla­tives anticipées de 2024 qui sont mis­es à l’honneur.

Elle a dit

« Je n’ai pas d’avis par­ti­c­uli­er sur les élec­tions, mais j’ai dit à ma mère de bien regarder chaque tract. La nou­veauté peut faire du bien », La Voix du Nord, 3 mars 2014.

« Je suis con­tre le racisme, la xéno­pho­bie, l’injustice, et pour l’égalité », Libéra­tion, 31 août 2015.

« Mes ques­tions restent sérieuses mais j’enrobe le tout avec des séquences qui font sourire. Ça ne change pas le fond mais le sujet devient beau­coup plus rigo­lo et sym­pa à regarder », Téléra­ma, 6 mai 2014.

« Je n’ai pas l’impression de faire un jour­nal­isme par­ti­c­uli­er. Quand je vais inter­view­er un poli­tique, je me demande juste ce que les gens aimeraient savoir, sans pass­er par d’énormes détours et en évi­tant le dis­cours offi­ciel. Les autres jour­nal­istes poli­tiques ne sont pas aus­si directs parce qu’ils ne béné­fi­cient pas de la dis­tance néces­saire pour le faire », Téléra­ma, 6 mai 2014.

« L’idée, c’est de mon­tr­er l’envers du décor, je ne veux pas les cass­er à tout prix », Cheek mag­a­zine, 14 mai 2015.

Le Petit jour­nal est-il une émis­sion engagée ? « Non, mais il y a des sujets qui nous touchent par­ti­c­ulière­ment. Lors du débat sur le “mariage pour tous”, nous ne nous sommes pas dit qu’on allait faire des sujets unique­ment en faveur du mariage. Mais quand on a cou­vert les man­i­fes­ta­tions des “anti”, on a enten­du de telles choses qu’on était obligé de les mon­tr­er. Quand on va sur le ter­rain et qu’on voit que ça se passe comme cela, il faut évidem­ment le dif­fuser. Après, si les grou­pus­cules d’ex­trême-droite qui com­posent “Jour de colère” trou­vent qu’on est de par­ti-pris et nous en veu­lent, moi je m’en fous, j’ai fait mon tra­vail », Téléra­ma, 6 mai 2014.

Au sujet de Yann Barthès : « Il m’a for­mée, et j’ai énor­mé­ment appris avec lui. Au bureau, il est effec­tive­ment beau­coup plus timide et réservé qu’à l’antenne, mais il a l’humilité de celui qui ne con­naît pas le ter­rain et qui écoute, qui veut creuser, avec qui on peut tou­jours dis­cuter. », Marie Claire, 2016.

« Le truc le plus fla­grant, qui m’a vrai­ment touchée, c’é­tait un jour, quand je fai­sais un duplex. Des mil­i­tants du Front nation­al sont arrivés der­rière moi. Sans s’adress­er à moi, ils ont dit à mon équipe, à mon caméra­man et à mon ingénieur du son : ” Vous êtes en train de filmer une Arabe qui a volé le tra­vail d’une Française”. J’é­tais telle­ment choquée que je n’ai rien dit. J’é­tais vrai­ment sidérée. Et ce qui m’a fait plaisir, c’est que ce sont mes col­lègues qui, eux, ont pris ma défense », France Info, 20 décem­bre 2023.

Réagis­sant à la séna­trice PS Car­ole Del­ga qui van­tait le rôle des immi­grés dans la société française : « Je dois me con­tenir, je suis jour­nal­iste, mais quand elle dit ça, elle me dit que je suis une immi­grée aus­si. Il va fal­loir atten­dre com­bi­en de généra­tions pour être con­sid­érée totale­ment française ? », France 5, 12 octo­bre 2024.

Ils ont dit

« C’est le poil à grat­ter des poli­tiques. Celle que l’on évite ‑ou que l’on cherche à crois­er pour les plus auda­cieux d’entre eux- quand on l’aperçoit dans la salle des Qua­tre Colonnes. Elle est de tous les meet­ings poli­tiques, de toutes les uni­ver­sités des par­tis ou presque. Sal­hia Brakhlia, 27 ans, est cette jour­nal­iste-ter­reur qui pose les ques­tions qu’une grande par­tie de ses con­frères ne se risque même pas à mur­mur­er dans son som­meil. C’est celle qui ose, tou­jours avec le sourire et le micro du Petit Jour­nal ten­du vers les bouch­es qui veu­lent bien se desser­rer le temps d’une phrase ou deux », Cheek mag­a­zine, 14 mai 2015.

« A force de décrypter, au quo­ti­di­en, les tech­niques de com­mu­ni­ca­tion des hommes et femmes de pou­voir – sa spé­cial­ité au Petit Jour­nal – la jour­nal­iste est passée maître dans l’art de con­trôler sa pro­pre parole », Elise Godeau, Sal­hia Brakhlia, joie cathodique Libéra­tion, 31 août 2015.

« Plus le ter­rain est glis­sant, et plus elle ver­rouille sa com. Argent, reli­gion, poli­tique : autant de domaines qui lui inspirent des pon­cifs dignes des plus grands cham­pi­ons de la langue de bois politi­ci­enne. Elle gagne “suff­isam­ment pour manger”, n’est “ni de droite ni de gauche”, mais se dit atten­tive aux “idées” et aux “con­vic­tions” des per­son­nal­ités poli­tiques. (…) Pas révo­lu­tion­naire pour un sou, et elle le fait exprès », Elise Godeau, Sal­hia Brakhlia, joie cathodique Libéra­tion, 31 août 2015.

Brakhlia a « quelque chose à apporter » à BFMTV parce qu’elle est « hyper­mod­erne, jeune et d’origine maghrébine ». « C’est plus trans­gres­sif pour elle d’aller là-bas que de rester à Canal », Quentin Mar­got, in Sal­hia Brakhlia, joie cathodique, Libéra­tion, 31 août 2015.

« Née en France en 1986, d’origine algéri­enne, de par­ents ayant mon­té leur petite entre­prise, pour une fille qui ne sait pas si “à [son] âge, il y en a beau­coup qui ont autant de chance qu’[elle]” (Libéra­tion), le moins que l’on con­state, c’est qu’envers le pays qui a don­né leur chance à ses par­ents, elle n’a pas la recon­nais­sance du ven­tre. », Boule­vard Voltaire, 9 sep­tem­bre 2017.

« Sal­hia dit au char­cuti­er qu’elle « n’aime pas le cochon ». Là, j’ai envie de lui dire comme aux enfants : « com­ment peux-tu savoir que tu n’aimes pas, si tu n’y as pas goûté ? ». Par exem­ple, moi, je sais que je n’aime pas les escar­gots de Bour­gogne. Mais Sal­hia Brakhlia ne sait pas si elle aime le tra­vers de porc. Elle est juste cochono­phobe par principe.
Quand elle dit que « ça écarte pas mal de gens », elle pré­cise : « je pense par exem­ple aux musul­mans ou aux per­son­nes de con­fes­sion juive, pour ne citer qu’eux ». J’adore « per­son­nes de con­fes­sion juive » : ça doit écorcher la bouche de dire « les Juifs ». Ça me fait penser aux cathos qui dis­ent « per­son­nes homo­sex­uelles » pour ne pas réduire les gens à leur vice. Sal­hia, c’est pareil, elle ne veut pas réduire les Juifs à leur vice qui est d’être juifs. En revanche, les « musul­mans » ne sont pas des « per­son­nes de con­fes­sion musulmane ».
On remar­que qu’elle ne pense pas aux végé­tariens. Elle n’y pense même pas du tout puisqu’elle a demandé au char­cuti­er ce qu’elle pou­vait manger « comme viande » si elle ne pre­nait pas de cochon. Les végé­tariens ne peu­vent pas manger de viande du tout, donc la fête de Sal­hia ne leur con­viendrait pas mieux. Et puis les per­son­nes allergiques au gluten, elle y a pen­sé, Sal­hia ? Eux, ce sont les desserts qu’ils ne peu­vent pas manger à la fête du cochon. Pareil pour les gens allergiques aux œufs. Et puis, imag­i­nons qu’on ait prévu un stand pour les cochono­phobes, je pense que Sal­hia ne serait pas plus sat­is­faite parce que les steaks ne seraient pas for­cé­ment cer­ti­fiés halal. Du coup, « ça écarte pas mal de gens ».
Bon ensuite, Sal­hia n’est pas con­tente parce qu’elle n’arrive pas à trou­ver une oreille com­patis­sante pour son prob­lème : « ça vous dérange pas? » On remar­que que les gens sont polis : ils acceptent de lui répon­dre, en dépit de son regard que l’on devine chargé tout à la fois de sar­casme, de mépris et de détes­ta­tion. Les gens lui répon­dent, et avec le sourire, même les gros costauds tatoués. Pour­tant, ils auraient des raisons de s’énerver. Alors que Juifs et végé­tariens ne se sen­tent tout sim­ple­ment pas con­cernés par la fête du cochon, Sal­hia, elle, est dans une pos­ture mil­i­tante, celle de l’intimidation : il s’agit de sus­citer la honte chez ceux qui osent manger du porc quand d’autres ont fait le choix de n’en pas manger, de leur faire sen­tir que cette fête, parce qu’elle est dis­crim­i­nante, ne devrait pas exis­ter. », Ingrid Riocre­ux, Causeur, 12 sep­tem­bre 2017.

« Et alors qu’un courageux réfrac­taire à la pen­sée réac­tion­naire rap­pelle à la face de Zem­mour que la France a été con­stru­ite par des immi­grés, le polémiste révèle, rigo­lard, et avec l’œil nar­quois qu’on lui con­nait bien, qu’il habite dans un immeu­ble parisien de 1840 et que, « pour con­stru­ire la cathé­drale de Notre Dame de Paris, on n’a pas vu beau­coup de tra­vailleurs algériens » non plus. Faux, s’indigne Sal­hia Brakhlia : « Là aus­si, l’histoire a retenu autre chose. » S’ensuivent des images doc­u­men­taires en noir et blanc d’ouvriers du bâti­ment avec les pré­ci­sions utiles en voix off: « Début des années 60, la France con­nait un véri­ta­ble boom économique, et les Algériens arrivent par bateaux entiers. […] Partout où il faut con­stru­ire, ils vont fournir une main d’œuvre à bas prix. » Laconique et sen­ten­cieuse, notre jour­nal­iste de con­clure sur les méth­odes de Doc­teur Zem­mour en retour plateau, les yeux dans les yeux : « Ça s’appelle réécrire l’histoire. » Laque­lle a évidem­ment retenu que la France avait été con­stru­ite par les Algériens. », Mar­tin Pimentel, Causeur, 21 févri­er 2019.

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