Accueil E Veille médias E Alliance médiatique en vue de la présidentielle : Le Figaro cherche l’effet de levier avec BFMTV

Alliance médiatique en vue de la présidentielle : Le Figaro cherche l’effet de levier avec BFMTV

6 juin 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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En lançant « 2027 Le Grand Oral BFMTV-Le Figaro », les deux médias pré­par­ent une cam­pagne prési­den­tielle très télévi­suelle. Pour Le Figaro TV, encore en phase de con­sol­i­da­tion, l’accord offre une puis­sance de feu que son seul écosys­tème audio­vi­suel ne garan­tit pas encore.

L’alliance entre Le Figaro et BFMTV n’est pas seule­ment un parte­nar­i­at de cir­con­stance. Annon­cé le 2 juin, le nou­veau ren­dez-vous domini­cal, qui sera dif­fusé pen­dant la sai­son 2026–2027, sera enreg­istré en direct et en pub­lic depuis le plateau de BFMTV, avec retrans­mis­sion simul­tanée sur Le Figaro TV. L’émission doit associ­er les jour­nal­istes des deux rédac­tions, pour des inter­views longues et des con­fronta­tions d’idées, relayées dans le jour­nal papi­er avec des con­tenus com­plé­men­taires en ligne.

Une ambition audiovisuelle encore à rentabiliser

Le point mérite d’être rap­pelé : Le Figaro, qui vient de fêter son bicen­te­naire, n’arrive pas à la télévi­sion sans expéri­ence. Le groupe s’appuie depuis 2017 sur Le Figaro Live, lancé sur son site avant le développe­ment en 2023 d’une chaîne locale et d’une radio. Le groupe annonçait alors 6,5 mil­lions d’euros investis dans ces nou­velles activ­ités, inclu­ant infra­struc­tures, fonc­tion­nement annuel et pro­duc­tion de con­tenus. Le Monde évo­quait de son côté 12,5 mil­lions d’euros investis sur 2023 et 2024.

L’équation reste toute­fois déli­cate. Selon CB News en sep­tem­bre 2025, Le Figaro TV représen­tait « un peu moins de 5 mil­lions d’euros par an » d’investissement, pour env­i­ron 1,5 mil­lion d’euros de recettes pub­lic­i­taires annuelles. Sa dif­fu­sion pro­gresse hors TNT, mais le canal 34 fran­cilien ne représente plus que 40 % de son audi­ence, con­tre 90 % au lance­ment. Autrement dit, la mar­que est forte, mais la chaîne reste en construction.

Mais la trans­for­ma­tion de cette puis­sance numérique en véri­ta­ble audi­ence télévi­suelle reste plus pro­gres­sive : Figaro TV affichait, fin 2025, 1,9 mil­lion de téléspec­ta­teurs uniques men­su­els et 215 000 spec­ta­teurs quo­ti­di­ens, puis 2,6 mil­lions de vues un an plus tard. Des niveaux hon­or­ables mais sans com­mune mesure avec la puis­sance d’exposition d’une chaîne d’information instal­lée comme BFMTV.

BFMTV, partenaire ou rampe de lancement ?

Dans ce con­texte, l’appui de BFMTV appa­raît rationnel d’autant que la chaîne cara­cole en tête des chaînes d’information en con­tinu, avec 2,7 % de part d’audience en mai 2026, devant CNews et LCI, selon les don­nées Médi­amétrie. Pour Le Figaro TV, s’adosser à un plateau instal­lé, à une mécanique de direct et à une audi­ence nationale per­met de franchir un seuil que son seul dis­posi­tif ne per­me­t­trait sans doute pas encore d’atteindre.

Une recomposition opportune à droite

Poli­tique­ment, le mou­ve­ment est intéres­sant. Le Figaro assume his­torique­ment un posi­tion­nement « du cen­tre et de droite », selon la for­mule d’Étienne Mougeotte sur Europe 1. En se rap­prochant de BFMTV, média plus général­iste et moins mar­qué que CNews, il con­tribue à élargir l’espace médi­a­tique où les thèmes de droite peu­vent être traités sans être con­finés à une seule chaîne droitière assumée. Sonia Mabrouk, qui a offi­cié sur CNews avant de rejoin­dre BFMTV cette année, et qui incar­ne une cer­taine lib­erté de ton, pour­ra par­ticiper de ce mouvement.

L’arrivée de la jour­nal­iste du Figaro Eugénie Bastié sur France Télévi­sions dans le cadre de l’élection prési­den­tielle s’inscrit aus­si dans un rééquili­brage général dans un monde télévi­suel qui a tou­jours penché plus au cen­tre gauche.

Ce parte­nar­i­at ne boule­verse donc pas seule­ment la cou­ver­ture de la prési­den­tielle. Il sig­nale aus­si une stratégie : faire peser une sen­si­bil­ité de droite ou du cen­tre dans un grand for­mat de cam­pagne, avec les moyens d’une chaîne instal­lée et la pro­fondeur édi­to­ri­ale d’un quo­ti­di­en d’opinion. Cela dit en pas­sant, les électeurs de droite devront se rap­pel­er qu’en 2022, Alex­is Brézet (directeur de la rédac­tion) a « souhaité », après le pre­mier tour, la réélec­tion d’Emmanuel Macron face à une Marine Le Pen dont le pro­gramme était jugé « dan­gereuse­ment non financé ».

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