En lançant « 2027 Le Grand Oral BFMTV-Le Figaro », les deux médias préparent une campagne présidentielle très télévisuelle. Pour Le Figaro TV, encore en phase de consolidation, l’accord offre une puissance de feu que son seul écosystème audiovisuel ne garantit pas encore.
L’alliance entre Le Figaro et BFMTV n’est pas seulement un partenariat de circonstance. Annoncé le 2 juin, le nouveau rendez-vous dominical, qui sera diffusé pendant la saison 2026–2027, sera enregistré en direct et en public depuis le plateau de BFMTV, avec retransmission simultanée sur Le Figaro TV. L’émission doit associer les journalistes des deux rédactions, pour des interviews longues et des confrontations d’idées, relayées dans le journal papier avec des contenus complémentaires en ligne.
Une ambition audiovisuelle encore à rentabiliser
Le point mérite d’être rappelé : Le Figaro, qui vient de fêter son bicentenaire, n’arrive pas à la télévision sans expérience. Le groupe s’appuie depuis 2017 sur Le Figaro Live, lancé sur son site avant le développement en 2023 d’une chaîne locale et d’une radio. Le groupe annonçait alors 6,5 millions d’euros investis dans ces nouvelles activités, incluant infrastructures, fonctionnement annuel et production de contenus. Le Monde évoquait de son côté 12,5 millions d’euros investis sur 2023 et 2024.
L’équation reste toutefois délicate. Selon CB News en septembre 2025, Le Figaro TV représentait « un peu moins de 5 millions d’euros par an » d’investissement, pour environ 1,5 million d’euros de recettes publicitaires annuelles. Sa diffusion progresse hors TNT, mais le canal 34 francilien ne représente plus que 40 % de son audience, contre 90 % au lancement. Autrement dit, la marque est forte, mais la chaîne reste en construction.
Mais la transformation de cette puissance numérique en véritable audience télévisuelle reste plus progressive : Figaro TV affichait, fin 2025, 1,9 million de téléspectateurs uniques mensuels et 215 000 spectateurs quotidiens, puis 2,6 millions de vues un an plus tard. Des niveaux honorables mais sans commune mesure avec la puissance d’exposition d’une chaîne d’information installée comme BFMTV.
BFMTV, partenaire ou rampe de lancement ?
Dans ce contexte, l’appui de BFMTV apparaît rationnel d’autant que la chaîne caracole en tête des chaînes d’information en continu, avec 2,7 % de part d’audience en mai 2026, devant CNews et LCI, selon les données Médiamétrie. Pour Le Figaro TV, s’adosser à un plateau installé, à une mécanique de direct et à une audience nationale permet de franchir un seuil que son seul dispositif ne permettrait sans doute pas encore d’atteindre.
Une recomposition opportune à droite
Politiquement, le mouvement est intéressant. Le Figaro assume historiquement un positionnement « du centre et de droite », selon la formule d’Étienne Mougeotte sur Europe 1. En se rapprochant de BFMTV, média plus généraliste et moins marqué que CNews, il contribue à élargir l’espace médiatique où les thèmes de droite peuvent être traités sans être confinés à une seule chaîne droitière assumée. Sonia Mabrouk, qui a officié sur CNews avant de rejoindre BFMTV cette année, et qui incarne une certaine liberté de ton, pourra participer de ce mouvement.
L’arrivée de la journaliste du Figaro Eugénie Bastié sur France Télévisions dans le cadre de l’élection présidentielle s’inscrit aussi dans un rééquilibrage général dans un monde télévisuel qui a toujours penché plus au centre gauche.
Ce partenariat ne bouleverse donc pas seulement la couverture de la présidentielle. Il signale aussi une stratégie : faire peser une sensibilité de droite ou du centre dans un grand format de campagne, avec les moyens d’une chaîne installée et la profondeur éditoriale d’un quotidien d’opinion. Cela dit en passant, les électeurs de droite devront se rappeler qu’en 2022, Alexis Brézet (directeur de la rédaction) a « souhaité », après le premier tour, la réélection d’Emmanuel Macron face à une Marine Le Pen dont le programme était jugé « dangereusement non financé ».

