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RMC/BFM : le pari médiatique de Rodolphe Saadé déprécié de près d’un demi-milliard d’euros

16 juillet 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

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Dix-huit mois après le rachat de RMC BFM, la valeur compt­able de la par­tic­i­pa­tion de CMA CGM a lour­de­ment chuté. Départs coû­teux, recul pub­lic­i­taire et perte du lead­er­ship de BFMTV face à CNews frag­ilisent un investisse­ment stratégique, à l’approche d’une prési­den­tielle où l’audience vau­dra aus­si influence.

Rodolphe Saadé avait déboursé près de 1,6 mil­liard d’euros en 2024 pour s’offrir le groupe Altice Media, rebap­tisé depuis RMC BFM. Une acqui­si­tion spec­tac­u­laire qui fai­sait du patron de CMA CGM l’un des prin­ci­paux pro­prié­taires de médias en France. Deux ans plus tard, ce 15 juil­let, les titres de RMC BFM ont subi une dépré­ci­a­tion de 464 mil­lions d’euros selon L’Informé. Soit une perte de 40 % de sa valeur initiale.

Une dépréciation de près d’un demi-milliard d’euros

Atten­tion toute­fois au rac­cour­ci : Rodolphe Saadé n’a pas « per­du » 464 mil­lions d’euros en numéraire. Il s’agit d’une dépré­ci­a­tion compt­able. Tou­jours selon la même source, la valeur des titres inscrite dans les comptes serait passée d’environ 1,2 mil­liard à 730,4 mil­lions d’euros fin 2025, hors prêts ayant servi à financer l’opération.

Plusieurs fac­teurs expliquent la cor­rec­tion. Le change­ment de pro­prié­taire a d’abord déclenché une impor­tante vague de départs au titre de la clause de ces­sion. Chez BFMTV, 52 jour­nal­istes avaient ain­si quit­té la chaîne un an après le rachat, oblig­eant la nou­velle direc­tion à recon­stru­ire une par­tie de la grille et à sign­er des chèques de départ.

S’y ajoute un envi­ron­nement pub­lic­i­taire dégradé, après une année 2024 arti­fi­cielle­ment soutenue par les Jeux olympiques, en baisse de 8,1 % en 2025 selon le Baromètre unifié du marché pub­lic­i­taire pub­lié en mars. De quoi dimin­uer les recettes de la chaîne.

Surtout, le joy­au du groupe a per­du son statut longtemps incon­testé de pre­mière chaîne d’information. CNews a dépassé BFMTV pour la pre­mière fois sur un mois en mai 2024, avant d’installer plus durable­ment son avan­tage à par­tir de l’automne. BFMTV a repris le dessus début 2026 et vient de sign­er un qua­trième mois en tête d’affilée.

Après l’expansion, l’heure des économies

Le change­ment de cli­mat est désor­mais vis­i­ble. CMA Média a annon­cé le 25 juin dernier un plan visant 20 mil­lions d’euros d’économies, avec un pro­jet de départs volon­taires et la mise en vente des neuf chaînes locales BFM. Claire Léost, direc­trice générale de CMA Média, résumait alors elle-même la nou­velle pri­or­ité : « Nous avons besoin de réduire nos coûts sur nos métiers tra­di­tion­nels » pour inve­stir dans le sport, les réseaux soci­aux ou les créa­teurs de contenus.

Le groupe ne renonce donc pas à son ambi­tion médi­a­tique, mais cherche à ratio­nalis­er un ensem­ble con­sti­tué à marche for­cée : BFMTV, RMC, La Tri­bune, La Provence, Brut et plusieurs chaînes thé­ma­tiques. Le temps de l’accumulation sem­ble céder la place à celui de la rentabilité.

La bataille des audiences avant celle de 2027

L’enjeu dépasse pour­tant les seuls comptes. Une chaîne d’information ne s’achète pas unique­ment comme une usine ou un porte-con­teneurs. À mesure qu’approche l’élection prési­den­tielle de 2027, la con­cur­rence entre BFMTV, CNews et LCI pren­dra une dimen­sion poli­tique crois­sante : invi­ta­tions, débats, hiérar­chie des sujets et expo­si­tion des can­di­dats con­tribueront à struc­tur­er la campagne.

Pour Rodolphe Saadé, le pari est donc dou­ble. Rétablir la valeur économique de RMC BFM, mais aus­si recon­quérir une audi­ence dev­enue un cap­i­tal d’influence. Le demi-mil­liard de dépré­ci­a­tion rap­pelle sim­ple­ment qu’en matière de médias, l’influence peut coûter cher.

Olivi­er Frèrejacques

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