Dix-huit mois après le rachat de RMC BFM, la valeur comptable de la participation de CMA CGM a lourdement chuté. Départs coûteux, recul publicitaire et perte du leadership de BFMTV face à CNews fragilisent un investissement stratégique, à l’approche d’une présidentielle où l’audience vaudra aussi influence.
Rodolphe Saadé avait déboursé près de 1,6 milliard d’euros en 2024 pour s’offrir le groupe Altice Media, rebaptisé depuis RMC BFM. Une acquisition spectaculaire qui faisait du patron de CMA CGM l’un des principaux propriétaires de médias en France. Deux ans plus tard, ce 15 juillet, les titres de RMC BFM ont subi une dépréciation de 464 millions d’euros selon L’Informé. Soit une perte de 40 % de sa valeur initiale.
Une dépréciation de près d’un demi-milliard d’euros
Attention toutefois au raccourci : Rodolphe Saadé n’a pas « perdu » 464 millions d’euros en numéraire. Il s’agit d’une dépréciation comptable. Toujours selon la même source, la valeur des titres inscrite dans les comptes serait passée d’environ 1,2 milliard à 730,4 millions d’euros fin 2025, hors prêts ayant servi à financer l’opération.
Plusieurs facteurs expliquent la correction. Le changement de propriétaire a d’abord déclenché une importante vague de départs au titre de la clause de cession. Chez BFMTV, 52 journalistes avaient ainsi quitté la chaîne un an après le rachat, obligeant la nouvelle direction à reconstruire une partie de la grille et à signer des chèques de départ.
S’y ajoute un environnement publicitaire dégradé, après une année 2024 artificiellement soutenue par les Jeux olympiques, en baisse de 8,1 % en 2025 selon le Baromètre unifié du marché publicitaire publié en mars. De quoi diminuer les recettes de la chaîne.
Surtout, le joyau du groupe a perdu son statut longtemps incontesté de première chaîne d’information. CNews a dépassé BFMTV pour la première fois sur un mois en mai 2024, avant d’installer plus durablement son avantage à partir de l’automne. BFMTV a repris le dessus début 2026 et vient de signer un quatrième mois en tête d’affilée.
Après l’expansion, l’heure des économies
Le changement de climat est désormais visible. CMA Média a annoncé le 25 juin dernier un plan visant 20 millions d’euros d’économies, avec un projet de départs volontaires et la mise en vente des neuf chaînes locales BFM. Claire Léost, directrice générale de CMA Média, résumait alors elle-même la nouvelle priorité : « Nous avons besoin de réduire nos coûts sur nos métiers traditionnels » pour investir dans le sport, les réseaux sociaux ou les créateurs de contenus.
Le groupe ne renonce donc pas à son ambition médiatique, mais cherche à rationaliser un ensemble constitué à marche forcée : BFMTV, RMC, La Tribune, La Provence, Brut et plusieurs chaînes thématiques. Le temps de l’accumulation semble céder la place à celui de la rentabilité.
La bataille des audiences avant celle de 2027
L’enjeu dépasse pourtant les seuls comptes. Une chaîne d’information ne s’achète pas uniquement comme une usine ou un porte-conteneurs. À mesure qu’approche l’élection présidentielle de 2027, la concurrence entre BFMTV, CNews et LCI prendra une dimension politique croissante : invitations, débats, hiérarchie des sujets et exposition des candidats contribueront à structurer la campagne.
Pour Rodolphe Saadé, le pari est donc double. Rétablir la valeur économique de RMC BFM, mais aussi reconquérir une audience devenue un capital d’influence. Le demi-milliard de dépréciation rappelle simplement qu’en matière de médias, l’influence peut coûter cher.
Olivier Frèrejacques


